Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine

De Senso-ji, le temple bouddhique au monde des mangas

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C’est Benoît notre guide français qui va nous emmener ces deux jours à la découverte de la métropole ; le contact est très rapidement noué et nous le suivons, facilement avec sa casquette rouge … cela me sera bien utile quand je serai à la traîne pour prendre de multiples photos. En bordure de la rivière Sumida, un bâtiment signé par le célèbre designer parisien Philippe Starck en 1989, pour la non moins célèbre brasserie Asahi, représente un bock de bière mousseuse, soit un monolithe de granit noir couronné d’une gigantesque flamme dorée de 43 mètres. Et à l’arrière, la nouvelle tour de Tokyo, la SkyTree est ouverte au public depuis le mois de mai ; elle mesure deux fois la tour Eiffel et en plus de restaurants, commerces et d’un observatoire sur la ville et sur le mont Fuji par temps clair, elle est un relai d’émission pour la radio et la télévision … elle n’est pas à notre programme de la journée.

Nous parvenons à Kaminarimon, la porte du tonnerre, avec ses statues de divinités de la foudre et son énorme lanterne de papier rouge ; elle est l’entrée du temple Senso-ji et l’un des endroits les plus photographiés de la ville. Une allée piétonne, étroite et grouillante de monde est bordée d’une centaine d’échoppes traditionnelles, offrant des kimonos, des perruques de geishas, des souvenirs et des encens, des ombrelles et les éventails, des douceurs colorées et des crackers de riz laissant échapper une agréable odeur. Sur la seconde porte, sont exposées les chaussures du Bouddha, d’une taille imposante ! La pagode chez les japonais est devenue une très haute construction de 5 ou 7 étages alors qu’à l’origine du bouddhisme en Inde, elles étaient en pierre et de taille bien plus modeste. Elle renferme les cendres du Bouddha et lors d’un festival annuel, les cendres sont portées en procession dans les rues depuis le sanctuaire, dans des Mikoshis, petits temples dorés très lourds, portés par une cinquantaine de personnes. Benoît nous explique, devant un petit Bouddha en bronze caressé par des dames, qu’il est de coutume de caresser les parties du corps pour lesquelles nous aimerions guérison.
       
Ensuite je commence les étapes du cheminement vers le temple ; tout d’abord je lis ‘ma fortune’, en tirant un petit bâtonnet d’une boîte … zut, il s’agit d’un message de ‘mauvaise fortune’ mais mes prières pourront tout changer. J’enroule le message sur le portique à cet effet, il y a déjà de nombreux Ema, plaquettes en bois sur lesquelles les fidèles expriment leurs remerciements ou leurs vœux au Bouddha. Un grand vase rempli de sable où sont piqués des bâtons d’encens incandescents apporte quand on y respire, la purification intérieure du corps mais aussi de l’esprit. La bouche et les mains sont purifiées par l’eau que l’on puise dans une fontaine ; celle-ci est superbe. Les offrandes et les prières peuvent alors se faire dans le temple. Senso-ji est le plus grand, le plus ancien et le plus populaire de Tokyo ; la ville ayant été fortement détruite durant la guerre, de nombreux bâtiments ont dû être reconstruits par la suite.
  


Dans ce temple, on vénère Kannon, la déesse de la miséricorde ; au 7ème siècle, deux pêcheurs auraient trouvé dans les eaux de la Sumida une petite statuette de la déesse, emmêlée dans leurs filets et c’est ainsi qu’à côté du temple principal, un petit sanctuaire shintoïste a été construit dix siècles plus tard, pour rendre hommage aux pêcheurs. Ce serait un des seuls bâtiments à avoir échappé aux séismes, incendies et dégâts de la guerre. Dans la salle de prière du temple Senso, a lieu un office chanté par des moines et assisté par quelques fidèles seulement mais il paraît qu’au Nouvel An, l’attente pour venir faire ses offrandes est de plusieurs heures, toute la rue est noire de monde. Dans les entourages des lieux saints, plusieurs personnes viennent avec le costume traditionnel du kimono, que ce soit pour fêter un anniversaire ou un événement familial. C’est tellement mignon quand il est porté par des enfants ; soie, broderies, couleurs et getas de bois. Les espaces sont vastes, on ne trouve jamais un temple seul mais souvent un jardin japonais y est adjacent, avec ses lanternes et ses ponts de pierre, sa rivière aux carpes, ses massifs de verdure superbement taillés ; j’apprécie particulièrement pour son parfum délicatement orangé, l’Osmanthus, aussi appelé ‘Olivier odorant’.
     

Nous quittons le monde de l’histoire et du bouddhisme pour passer à un aspect beaucoup plus moderne de la vie des japonais … le monde du jeu et ses Pachinkos, une sorte de croisement entre un flipper et une machine à sous. Des salles immenses sont omniprésentes, avec des rangées infinies de machines, un bruit assourdissant, une atmosphère enfumée … le jeu pour l’argent n’étant pas autorisé, la loi est contournée mafieusement en passant par un gain de billes, que l’on échange contre des cadeaux, que l’on revend dans une boutique voisine. Les petites rues du quartier Asakusa sont jalonnées de poteaux d’électricité qui resserrent encore l’espace libre pour circuler ; dans un passage couvert, nous admirons de splendides katanas, des kimonos traditionnels et des tissus, avant d’atteindre Kappabashi, la rue des ustensiles de cuisine. Sur une longueur de huit cent mètres, il y a plus de 170 boutiques de grossistes proposant vaisselle et couteaux, ustensiles et tabliers, moules et emporte-pièces mais aussi toutes ces assiettes factices en cire que l’on nous présente dans les devantures des restaurants ! La quantité, la variété et ce regroupement sont impressionnants et magiques.
      
A un carrefour, Benoît nous montre un Koban, petit bureau de police que l’on trouve pour chaque quartier ; on peut toujours s’y renseigner quand besoin est. Il y a bien de nombreux plans affichés mais ce n’est pas toujours évident de se repérer. Une adresse est donnée par un nom de quartier, un nom ou numéro de bloc et enfin un numéro de maison dans le carré mais ceux-ci ne sont pas toujours en séquence. Les gens circulent beaucoup à vélo, pas toujours de dernier cri, équipés de paniers pour les courses, les enfants ou les chiens et aussi muni d’un pied qui s’articule vers l’arrière et qui donne une vraie stabilité. La ville est super propre, les trottoirs brillent et aucun déchet ne traîne ; notre guide nous dit que sa voisine nettoie chaque jour le trottoir devant chez elle et coupe quasiment aux ciseaux les herbes au pied de l’arbre sur ce même trottoir.
Quoi de plus étonnant que de découvrir un magasin qui vend des autels en bois pour honorer les morts au sein de la maison ; il y en a un dans chaque famille où l’on dépose des photos, des fleurs, des offrandes. Ce sont de jolies pièces en bois clair ou sombre, brut ou le plus souvent laqué. L’office de tourisme est un très beau bâtiment avec ses lattes de bois ; une maquette du quartier permet bien de localiser notre cheminement du jour et de ce que nous pourrons faire nous-même lundi sans le guide. Un exemple de Mikoshi est en vitrine, étincelant.
Nous faisons Itadakimas (bon appétit) avant de commencer un très bon repas de tempura, porc et ebi, les grosses crevettes savoureuses ; les menus sont souvent composés d’une salade, d’un plat principal, de quelques légumes vinaigrés et d’un bol de soupe miso. La pause est bienvenue et je profite pour prendre des notes et poser de nombreuses questions à Benoît.
      
Un petit trajet en transport public et nous nous laissons guider vers Akihabara, le quartier fou, éclatant, de l’électronique, des jeux, de l’érotisme, des mangas, des maid cafés. La Mecque des Otakus, comme on appelle au Japon les personnes passionnées par un intérêt particulier, mangas, idoles japonaises, jeux vidéo ou même un sport ! Un monde que sans notre guide, nous n’aurions pas apprécié à sa juste valeur et dans ses profondeurs. Tout d’abord, il nous emmène dans Yodobashi-Akiba, un mega-store d’appareils électroniques de tout genre, allant des téléphones, aux ordinateurs, aux aspirateurs, aux auto-cuiseurs de riz, aux appareils photos, tv et sono, aux montres et j’en passe. C’est immensément fou dans l’offre en quantités et en variétés de modèles (un million d’articles en magasin)… des étages et des étages de marchandises … tout est parfaitement rangé et brillant de propreté. De plus les japonais utilisent peu la carte de crédit, tout se paie ici en cash, que ce soit une télévision, un appareil photo ; ses beaux-parents ont par exemple payé en liquide leur voiture ! Etonnant … Souvent le salaire est encore versé dans une enveloppe ; quel intérêt à le laisser aux banques ? Le quartier de l’électronique ne se limite bien évidemment pas à ce grand magasin, il y en a quantité d’autres dans les rues avoisinantes, c’en est aveuglant.
 
De là nous passons au monde de l’érotisme ; au grand jour, sans se cacher, dans une ambiance loin d’être obscure, s’échelonnent des commerces, parfois sur plusieurs étages de Dvds, poupées, appareils de tout genre pour les amateurs de sexe … ici non plus, nous n’aurions pas mis les pieds sans l’œil avisé de Benoît. Cela fait partie des divertissements des japonais en toute simplicité et déjà nous sentons que les figurines de dessins animés les inspirent énormément.
La ville électrique va bientôt s’illuminer de ses néons clignotants, de ses idéogrammes géants quand nous traversons les rues des jeux vidéo, SEGA et autres. Dans tous ces domaines de divertissements, on trouve aussi bien du neuf, que de la location ou de seconde-main (mais toujours en parfait état car les japonais sont soigneux). Et pour les bricoleurs, tout petit matériel est accessible pour monter soi-même son gadget électronique … incroyable.
Pour passer un bon moment, les japonais sont fans également des maid cafés ou des cafés à thème. Les jeunes filles habillées en soubrettes, interpellent dans la rue, sur le thème du café qu’elles représentent ; elles portent une coiffe de chat, une mini-jupe, des habits de Mickey ou de Hello Kitty … et elles sont des dizaines ainsi à racoler. Une ambiance joviale et gentille qui nous étonne là aussi.
Benoît désespère devant notre manque de culture dans le domaine des mangas et des dessins animés japonais ; nous sommes vraiment incultes … mais apprenons à connaître Hatsune Miku, un personnage de dessin animé très mignon, qui a autant de succès chez les adultes qu’auprès des jeunes. Elle se produit même en concert virtuel, devant un public déchaîné. Les magasins de figurines, objets et cartes de collections tournant autour de ces personnages de fiction sont étonnants … je m’y accrocherais bien ! Les mangas aussi touchent autant les adultes, parlant de politique ou de médecine – Tezuka Osamu est connu pour ce genre de sujets ; certains dessins ont un côté provocateur. Et il y a même des éditeurs de petites histoires manga écrites par des auteurs-artistes inconnus ; on les achète, on les revend, on se les échange … ça grouille de monde ! L’aventure commence par un dessin animé, qui s’il décolle est transcrit en film et/ou épisodes télé, avec toute la panoplie annexe des objets fétiches qui s’accumulent. Certaines séries durent ainsi une dizaine d’années, voire plus.
       
Une pause dans un café à thème, le Good Smile Café, sur le thème de mangas évidemment, nous ravit : nous choisissons une table sur le thème de Tari Tari, une de leurs productions personnelles. Les menus sont dessinés selon cette histoire, des écrans passent les épisodes des dessins animés, des figurines adorables sont exposées, nous tirons au sort un badge à leur effigie … tout est fait pour rendre ce café attrayant. Et quand un nouveau client arrive, tous les serveurs les uns après les autres ‘chantent’ le petit mot de bienvenue ! Des sketch books sont à disposition pour laisser les amateurs exprimer leur art … il y a des merveilles. Certains passionnés collectionnent les figurines articulées et en font des prises de vue pour créer des films de stop motion, captivant. Il faudra que je lise ou regarde des aventures de ‘One Peace’, manga sorti en série ou de ‘Totoro’, film d’animation, si je veux revenir au Japon …
Entretemps, avec l’aide de Benoît, nous avons fait faire deux tampons avec notre prénom traduit en japonais ; une petite boutique, tenue par un couple âgé, qui a pris la tâche à cœur pour nous façonner ces petits bijoux souvenirs de notre passage à Tokyo. C’est un mode de signature en effet fort utilisé ici et nous sommes fiers de notre acquisition.
  
AKB48 devrait aussi signifier quelque chose pour nous, mais non, rien … et nos garçons non plus ne semblent pas connaître ce groupe de 60 jeunes filles qui chantent sur scène, produisent des dvds, se produisent dans des émissions tv, font des publicités … des icônes dont les garçons, de tous âges, s’arrachent les signatures, les cartes, les objets fétiches ! Et nous terminons notre virée dans les lumières et les bruits des centres de divertissements de Tokyo, par des sortes de luna-park où après le travail ou la journée de cours, les jeunes viennent se défouler, se défoncer sur des jeux vidéo musique, guerre, agilité, voire même des cabines de karaoké ou des Pouli Koula, soit des cabines où les filles peuvent se maquiller, se déguiser de mille manières et se prendre en photos les plus loufoques ou les plus romantiques.

Au passage encore, un petit café à thème, le Gundam Café avec ses robots géants. Non loin de notre hôtel, nous traversons les rues où s’alignent cette fois des dizaines de magasins spécialisés d’instruments de musique, principalement des guitares.

Quelle journée fascinante, époustouflante, déroutante, envoutante … que nous terminons par un délicieux souper dans le restaurant de l’hôtel, avec un personnel très attentionné et une présentation des plats comme des œuvres d’art.



 
   

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