Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Nara

Tadashi nous accompagne une nouvelle fois pour la journée de clôture de notre initiation japonaise. Il commence par nous raconter sa journée du dimanche ; dans le cadre d’un festival des traditions ancestrales, il avait été sélectionné pour porter un kimono de la cour impériale, datant du dixième siècle. Son kimono, de couleur noire, se composait de 5 couches et c’est avec l’aide de deux assistants qu’il l’a revêtu. Et le kimono de sa compagne ‘impératrice du jour’, pesait 20 kg pour une succession de douze couches. La beauté et la richesse de ces toilettes se révèlent à l’alignement des couches qui sont toujours un peu décalées des précédentes. Il nous envoie le soir quelques photos … on ressent l’honneur et la fierté d’avoir été partie prenant de cette représentation.


Nara, notre destination se trouve à 42 km au sud de Kyoto et chemin faisant dans le train qui nous y emmène, nous papotons … il nous montre des photos du Learning Centre de Lausanne. Il a passé quelques jours en Suisse cet été, invité chez un architecte qui fut un de ses clients, comme nous. Le festival de Jazz de Montreux lui a beaucoup plu … il est sportif et aimerait venir skier dans nos Alpes – nous avons bien entendu le message. Il nous parle de son oncle qui s’est acheté une petite maison au nord de Kyoto, y a planté un champ de riz et Tadashi a participé à la récolte, une récolte d’une tonne et demi environ qui couvrira les besoins des 20 personnes de sa famille durant toute une année. On voit dans le paysage les fagots de riz qui sèchent, tête en bas. Le semis se fait en mai pour une récolte en automne à l’inverse du thé vert japonais qui se plante en automne et se cueille au printemps. Sur ces étendues de thé, spécialité de Uji – ville au sud de Kyoto, des filets noirs sont étendus pour abriter des intempéries.

J’observe en m’amusant le conducteur du train qui ganté de blanc, pointe le doigt devant, sur la droite, sur la gauche puis en haut … il fait ses contrôles : personne devant, feu ok, pas d’obstacles. Tandis qu’un autre convoyeur parle dans le micro, annonçant les arrêts et toutes les connexions possibles à chacun d’eux, avec les horaires … mais je ne suis pas certaine qu’il ne raconte pas aussi sa vie !

Nara fut la capitale, avant Kyoto, de 710 à 784 et c’est ici que le Bouddhisme arriva au Japon. Tadashi nous a préparé quelques devinettes pour nous préparer aux découvertes du jour. Les curiosités sont proches de la gare et nous entrons très vite dans le grand parc, dit le parc aux daims. Environ 1’100 daims s’y baladent tranquillement, en toute liberté, se mêlant aux touristes et aux promeneurs ; on peut les nourrir en achetant des biscuits dont le profit de la vente revient à une œuvre caritative … le bonheur pour les enfants et pour les grands. Le paysage est montagneux, verdoyant, présentant une similitude avec nos profils du Jura ; deux superbes Pagodes émergent dans le décor, l’une de cinq étages – la plus haute après celle de Kyoto –, et l’autre de trois étages.

      
Le temple de Tofukuji – même école que celui de Kyoto hier, fondé en 710, a compté jusque 175 bâtiments dont nombre d’entre eux ont été détruits par les incendies. Dans ce qui subsiste de ce complexe, un temple, appelé La Maison du Trésor National, expose un grand nombre de statues bouddhiques de grande valeur ; des superbes gongs et lanternes où sont gravés des sutras (versets bouddhiques), des statues de Bouddha en bronze avec les lobes de ses oreilles toujours si allongée, symbole de bonheur, de Maitreya le bouddha du futur, de Ashura – reconnaissable avec ses 3 paires de bras – le dieu méchant qui en Inde provoquait la sécheresse alors qu’au Japon il a une connotation gentille, Kannon la déesse de la miséricorde, représentée avec mille mains qui peuvent sauver mille personnes, des magnifiques statues en bois des moines de la secte Hosso – que l’on croirait presque vivants, datant de 1189 … dommage que l’appareil photo soit interdit.

Avant de nous emmener au plus spectaculaire, notre guide fait un détour par le jardin Isuien, un des plus beaux de l’ancienne capitale ; des pavillons recouverts d’une toiture en roseaux et en écorces de cyprès japonais, un étang en forme de canard, des petits ruisseaux qui serpentent entre les collines artificielles, des rochers et des arbres harmonieusement disposés de-ci de-là.
      
Et enfin nous découvrons le temple Todaiji qui abrite le Grand Bouddha de bronze, de 16 mètres de hauteur, la plus grande statue de bronze au monde … waouh, quelle splendeur et quelle émotion ! Bouddha en position assise, sur des pétales de lotus, est représenté avec la main droite levée, d’où partent des petits fils invisibles qui vont chercher les soucis des gens – signifiant ‘ne vous inquiétez pas’ – et la main gauche ouverte à plat – signifiant ‘je m’occupe de vous et de vos problèmes’. Cela semble incroyable qu’une telle œuvre fut construite au huitième siècle par des êtres humains, tout comme le Daibutsu, le bâtiment en bois qui abrite la statue. La plus grande construction en bois du monde, elle mesure 48 mètres de haut, 57 de long et 50 de large. Et encore ! A l’époque de sa construction il faisait 80 mètres de long mais suite à un incendie il a été reconstruit dans ses nouvelles dimensions. Son toit de tuiles d’argile pèse trois mille tonnes ; dans les années 1980, il a été démonté pour des rénovations et on raconte que la construction a alors grandi de 11 cm. De nombreux pratiquants possèdent un carnet pour calligraphie dans lequel ils font dessiner dans chaque temple visité sur leur vie, le nom du temple ; à leur mort ce cahier de 50 pages doit être complet et brûlé dans le cercueil pour ouvrir le chemin du paradis !

      
La porte que nous voyons à la sortie date du 12ième siècle, les gardiens en bois mesurent 8 mètres de haut et sont composés de 3’000 pièces de bois agencées sans que cela se remarque à peine.


Après un lunch dans le restaurant situé au sommet de la mairie, nous marchons encore dans le parc au daims, vers un joli pavillon au milieu d’un étang, d’où les gens peuvent admirer la lune … non pas dans le ciel mais son reflet sur l’eau … encore plus magique.

  
L’excursion touche à sa fin, le quartier traditionnel avec ses petites maisons et boutiques a beaucoup de charme ; on y admire dans les vitrines des pinceaux et papiers pour la calligraphie, art que les enfants apprennent tous à l’école, des kimonos aux couleurs et tissus magnifiques. J’achète un sachet de thé brûlé dans un magasin qui nous attiré par son atmosphère délicieusement parfumée. Les maisons traditionnelles sont en bois ; sur la devanture est posé un seau rouge avec de l’eau pour parer au plus vite en cas d’incendie … et pend le traditionnel chapelet de poupées de singes, qui reflète la composition de la famille.

       
Dans le train pour le retour, nous sommes instruits sur la langue japonaise qui nous intrigue passablement. Avec le Bouddhisme, les japonais ont importé de Chine la langue chinoise et ses 5’000 kanjis … de là, par souci de simplification, ils ont créé le hiragana, langage phonétique qui traduit ces symboles kanjis, puis le katakana qui permet de transcrire des mots étrangers. Cela nous paraît bien compliqué, même si la notion de tonalité, présente dans le chinois, n’existe pas ici. Les enfants tout jeunes commencent pas le hiragana, apprennent ensuite les mille premiers signes kanjis à l’école primaire et atteindront deux mille signes à la fin du lycée ; c’est à peu près ce qu’il faut savoir pour pourvoir lire un quotidien. Benoît nous a dit qu’avec ses cours journaliers intensifs, il était à l’aise pour une conversation après trois mois d’apprentissage mais que la lecture et l’écriture sont vraiment plus ardues. A l’origine les ouvrages étaient tous écrits de droite à gauche et verticalement mais aujourd’hui nous voyons aussi des livres ou journaux avec notre présentation classique ; toutefois nombre de textes sont composés des trois ensembles de caractères.

Le moment est venu de nous quitter – qui sait nous reverrons-nous peut-être en Suisse ou au Japon – et Tadashi nous fait présent de son flyer de guide ‘Japon sans sushi’ ! Le Haruka est le train rapide qui nous conduit à l’aéroport d’Osaka, grand aéroport où tout se déroule au mieux ; quelques achats de dernières minutes et un souper tempuras avant un vol nocturne de six heures où tous les deux nous ferons de doux et merveilleux rêves …


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Tofukuji, la gare, le chemin de la philosophie, Ginkakuji et souper de rêve

C’est moi encore aujourd’hui qui vais faire office de guide touristique et nous commençons par réserver à la gare les places pour le train du retour demain soir vers l’aéroport de Osaka … snif. La météo est triste, il pleut, les parapluies et k-ways sont de mise ; je ne passe pas inaperçue avec ma veste de pluie rose fluo que Thomas m’a achetée chez Esprit, au sein des costumes sombres des gens qui se rendent au travail !
Kyoto est entourée de montagnes et se caractérise par la présence d’un grand nombre d’érables japonais. L’enceinte du temple de Tofukuji en compte deux milles qui ont déjà commencé à revêtir leur manteau rouge d’une telle beauté picturale. Le complexe est une représentation du bouddhisme zen depuis 750 ans ; le pont en bois Tsutenkyo qui traverse la vallée, long d’une centaine de mètres, offre une vue apaisante sur cette nature luxuriante. De nombreux bâtiments sont imposants comme la porte Sanmon de 22 mètres de hauteur, une des plus anciennes de la ville et le grand temple aux mêmes dimensions.

  
Le temple Hojo est entouré lui sur les quatre côtés par un jardin, chacun avec son caractère zen, mélange de tradition et d’abstraction moderne considéré comme un exemple de jardin zen contemporain ; l’un arrangé comme un damier de verdure et de pierres, un autre comme un jardin sec où sur un tapis de fin gravier joliment ratissé sortent des rochers, certains recouverts de mousse ou encore un jardin d’azalées ou de pierres cylindriques provenant des anciennes fondations … un moment de méditation tout en écoutant un office chanté par un moine qui frappe le gong d’une main et sonne parfois la cloche de l’autre, apaisant !

   


De retour par le train à la gare de Kyoto, nous en prenons quelques photos et profitons pour la visiter de l’intérieur ; une construction hyper moderne, sur onze étages, qui n’a pas été de suite à sa création en 2009 acceptée par les habitants. Isetan, une grande enseigne japonaise s’étale sur de nombreux étages de part et d’autre du hall central que l’on gravit par d’impressionnants escalators, jusqu’au sommet où nous prenons un lunch dans un petit restaurant, choisissant encore un Bento sur base d’une petite photo.

  
Au Miyako Messe, le musée d’artisanat traditionnel, nous assistons à des danses et présentations de geishas maquillées, coiffées et vêtues de leur plus belle parure … nous admirons les danses et les toilettes mais ne comprendront rien aux commentaires uniquement diffusés en japonais, c’est très beau ! Un must à Kyoto est le parcours à pied du Chemin de la Philosophie, chemin qu’a foulé jour après jour un célèbre philosophe de Kyoto, tout en méditant, le professeur Nishida Kitaro. Le sentier longe un vieux canal, semblable à nos bisses du Valais, prenant son départ au temple Nanzenji près duquel nous découvrons par surprise un superbe aqueduc de briques rouges, construit fin du 19ième siècle, faisant partie d’un canal pour un projet ambitieux de transport de marchandises. La pluie a cessé et le ciel nous laisse au sec pour une jolie promenade tranquille dans la nature … nature qu’un artiste peint avec charme, assis sur un petit pont qui enjambe l’eau. Grâce à nous, il se dit content d’avoir gagné sa journée, qui s’annonçait morose et il nous offre une petite reproduction au fusain également. L’alignée de cerisiers qui borde cette demi-heure de balade laisse présager un spectacle formidable à la saison des Cherry Blossoms

        
Le cadre bucolique laisse soudain place à un décor plus touristique, avec nombre de visiteurs et de pousse-pousse mais aussi une ruelle en pente gorgée de boutiques de souvenirs et de friandises, telles les rues de nos villages de Provence. Elle mène au Temple Ginkakuji, appelé aussi Pavillon d’Argent car il fut construit au 15ième siècle pour servir de villa à un shogun qui désirait le couvrir de feuilles d’argent. Le souhait ne fut jamais réalisé et à sa mort la villa fut transformée en temple bouddhique. Son rez-de-chaussée est construit selon une architecture japonaise traditionnelle alors que l’étage adopte le style des temples chinois. Sur le faîte est perché un Phoenix de bronze, pointant vers l’est et qui protège le temple dédié à Kannonbosatsu, déesse de la miséricorde. Le temple trône sobre et même un peu sombre au sein d’une forêt abondante, avec d’innombrables érables, que l’on peut gravir pour admirer le panorama mais nous restons subjugués par le charme incroyable de son jardin sec. On s’imagine les mouvements des vagues et le Mont Fuji moulé dans du sable blanc ; reflet d’un travail inimaginable, pas un faux pli, pas une trace qui diverge, pas une feuille pour entacher la pureté du tableau … certains de ces jardins sont refaits par les moines chaque matin, notamment ici où le grain est très fin, et parfois un seul ratissage hebdomadaire suffit. Quelle splendeur !

    
Les choux à la crème et les confiseries fourrées de pâte de haricots rouges nous permettront de tenir un moment avant le repas du soir ; Yves avait entendu parler par des collègues des Yatsuhashi, spécialité de Kyoto, ces petits triangles de pâte de riz et de cannelle, fourrés aux marrons, à la fraise, au chocolat … il n’en raffole pas mais moi, cela me plait.
Le retour dans la civilisation est obligatoire … nous ne pouvons vivre tout le temps dans ce monde sacré et paisible ; nous connaissons le chemin de retour par les rues commerçantes animées même le dimanche et faisons une halte au BAL, conseillée par Tadashi pour sa librairie. Et quelle librairie ; elle s’étend sur 3 ou 4 étages et comprend un large rayon en anglais … ce sera lourd mais je craque. Et c’est à deux endroits très visibles que Yves retrouve les versions japonaises de BMG et  BMYou. Le reste du magasin abrite les collections de Muji ; on sent presque chez soi déjà.
Il ne faudrait pas rater notre dernier souper au Japon … et pourtant ce fut presque le cas : ma première adresse s’avère beaucoup trop bruyante et enfumée – eh oui, la cigarette est encore autorisée dans les lieux publics. Une petite attente qui me serre le cœur et j’entraine Yves vers un taxi qui nous amène dans le quartier de Gion. Une révélation … un endroit inespéré … comme dans nos rêves. Le YakinikuKaiseki à Yasaka propose à ses clients des petits salons privés, avec la table toute basse, les merveilleux shojis – portes coulissantes typiques, un serveur aux petits soins pour nos moindres questions et désirs … le nôtre, probablement le seul qui parle l’anglais est adorable. Il nous suggère un Kaiseki course menu, soit un menu traditionnel digne de la ‘haute cuisine’ et nous voyons se succéder des plats délicats, d’une qualité adorable, une présentation digne de la renommée japonaise, avec comme plats principaux deux assortiments de morceaux de bœuf que nous grillons à notre table – le serveur nous montrant chaque fois sur lui, la pièce en question (joue, langue, côte, cuisse, …) et nous tâchons de ne pas en rire. Nous croyons rêver, si cela ‘ce n’est pas terminer en beauté’, me dit Yves …

   


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Le Pavilon doré, le jardin de pierre, le village de temples, les kimonos et la pâte de haricots

Tadashi est japonais, il a étudié le français et l’histoire dans une université bouddhique de Kyoto ; il sera notre guide ce samedi. Je lui ai demandé de nous faire découvrir le fameux Pavillon doré dont nous avons acheté la peinture à Tokyo. Tadashi va nous apprendre beaucoup sur l’histoire de la ville, ses coutumes et ses religions ; il vient d’être nommé guide officiel et en fait son métier plein temps tandis que Benoît le faisait occasionnellement, quelques jours par mois.
Les temples correspondaient autrefois au mairies actuelles, tout citoyen était rattaché à un temple de son quartier, ce qui explique leur multitude : Kyoto compte encore 1’600 temples aujourd’hui pour 1’500’000 habitants. Nous prenons le bus vers le nord-ouest, en direction de Kinkakuji (-ji signifiant ‘temple’), le Pavillon d’Or qui fut à l’origine, au quatorzième siècle, la villa de détente d’un shogun qui voulait montrer son pouvoir devant les chinois, avec lesquels il souhaitait entreprendre des relations de commerce. La splendeur de cette résidence en est le reflet. Le bois est tout d’abord recouvert de laque qui à l’époque était très coûteuse et c’est pour protéger la laque, qu’il le fit recouvrir de feuilles d’or sur les deux étages supérieurs qui se reflètent magnifiquement dans le lac.
   
Le jardin qui l’entoure est lui aussi d’une splendeur indescriptible et le ciel bleu dont nous jouissons ce matin ne fait que raviver les couleurs. A la mort du shogun, la villa fut transformée en temple et fut détruit malencontreusement en 1950, par un moine, un peu dérangé qui en voulant se supprimer a mis feu au magnifique édifice … le Phoenix qui trônait au sommet du toit, était signe de renaissance et les habitants de Kyoto ont tous donné de leur labeur pour reconstruire le temple à son image cinq années plus tard et on ne peut que les en remercier. Il y a toute une symbolique dans les éléments du temple et de son jardin ; par exemple, dans tout point d’eau on retrouve des grosses carpes, noires, blanches ou rouges mais aussi une cascade et on raconte que la carpe qui parvient à grimper la cascade se transforme en dragon. Le dragon représente la réussite, les carpes les humains et la cascade les difficultés que nous avons à franchir dans notre vie … A l’entrée du temple figurent inscrits les cinq commandements du règlement ; le cinquième est ‘du saké, tu n’abuseras pas’ ! Et ce n’est pas moi qui vais en abuser, son parfum est assez âcre à mon goût. Beaucoup de dames qui se promènent dans les rues ou les temples portent le kimono et Tadashi nous explique qu’il existe à Kyoto un ‘kimono passport’ qui procure à celle qui le porte un certain nombre de privilèges et d’avantages dans les musées, les temples, les restaurants, les magasins !

Si le Bouddhisme est né au cinquième siècle avant JC en Inde, il est arrivé au Japon seulement au sixième siècle après JC. De manière très simplifiée, on peut dire que Bouddha, né dans une famille riche, face à la pauvreté et à la souffrance autour de lui, a voulu aider son peuple en leur proposant une méthode, une école de vie qui vise à chasser le désir – la souffrance vient du désir de ce qu’on ne peut atteindre, sans ce désir la souffrance n’a plus de raison d’être ; puisons le bonheur en nous-même. Et dans le bouddhisme, on distingue deux courants : celui de la terre pure, celui de la prière, celui des aristocrates qui prient leur dieu pour être sauvés après la mort et celui de la méditation, celui des guerriers, le bouddhisme ‘zen’ de ceux qui ne pensent pas à la mort et qui méditent, ressourcent leur esprit ici sur la terre.

Le Shintoïsme trouve lui ses racines loin dans la préhistoire, comme une religion populaire animiste, croyant à la présence d’une âme aussi bien dans les humains, que dans les objets et dans tout élément de la nature et qui vénère les kamis, les divinités qui habitent toute chose, que ce soit le soleil, le vent, la foudre, le tremblement de terre … pour ainsi s’en protéger. Les prêtres shintos ont plus une fonction politique et sociale que la fonction sacrée qu’ont les moines bouddhistes. Il y aurait quelques huit millions de divinités shintoïstes.
Au Japon tous les sanctuaires sont shintos tandis que les temples sont bouddhiques mais tout japonais pratique l’une et l’autre des croyances qui selon eux se complètent ; le shintoïsme pour les baptêmes et les mariages et le bouddhisme pour les enterrements.
La fréquentation des temples, où l’on vient vénérer ses ancêtres, est ainsi estimée à 90% et pour ne pas réveiller nos morts, on frappe délicatement le gong avant de prier pour leur repos. A l’opposé, les fêtes célébrées dans un sanctuaire étant plus joyeuses, l’habitude est de sonner la grosse cloche de cuivre et de claquer dans les mains après avoir fait son offrande. Nous approfondissons ainsi avec Tadashi notre connaissance et compréhension du comportement des fidèles que nous observons dans chaque endroit sacré visité depuis une semaine maintenant.
 
En quittant cet endroit magique, il nous montre la montagne où le 16 août les gens de Kyoto ont coutume d’allumer des feux pour honorer les ancêtres, c’est un peu l’équivalent de notre fête de Toussaint. Les rues sont étroites ici au dessus de la ville et il semble que la conduite à gauche soit née justement de cette étroitesse, afin que les samouraïs qui portaient leur katana sur la hanche gauche, ne les cognent pas en se croisant.

La seconde étape sera le Temple Ryoanji mais tout d’abord il nous emmène vers un petit sanctuaire rouge – le rouge étant la couleur du shintoïsme, comme le soleil qui se lève ou se couche – avec un simple autel où déposer les offrandes. Les temples et les sanctuaires sont tous construits en bois, du cèdre ou du cyprès et les toits sont faits de grosses tuiles d’argile anthracite ou d’écorces de cyprès. Avant d’ériger un grand temple, ils construisent un sanctuaire pour demander aux dieux l’autorisation de construire à cet endroit et s’en assurer la protection. Le rite vaut encore à l’heure actuelle quand les japonais construisent leur maison de manière traditionnelle, il s’agit alors d’un petit autel qui souvent restera dans ou devant l’habitation. Et une fois pas mois environ, un moine vient y prier avec la famille ; il reçoit ainsi une aumône. Il y a encore beaucoup de moines qui exempts de taxes, vivent de ces dons et des diverses entrées que nous payons sur les sites – on a vu également que certains faisaient l’aumône dans la rue. Tadashi a étudié dans son université avec des candidats moines, ce qui le rend probablement tellement à l’aise avec toutes ces traditions religieuses.

Ryoanji est surtout connu pour son jardin sec où quinze rochers émergent d’une mer de sable blanc … on s’assied en face et on reste à observer, à méditer … sa pureté et sa simplicité sont l’émanation du bouddhisme zen. Tout ici encore est symbolique ; le sable représente l’eau, la rivière et les pierres représentent des tigres qui sautent pour traverser cette rivière – le tigre étant l’animal du bonheur en Chine, et le jardin zen s’inspire des mythes chinois. Nous avons beau tenter de compter les rochers, nous n’en trouvons pas quinze … tout comme chacun de nous a une part cachée, secrète, ici aussi certaines pierres sont cachées. Mais il y en a un nombre impair, toujours un nombre impair dans la mythologie car un nombre pair signifie la séparation possible en deux parts égales, la discorde et neuf est le chiffre impair par excellence.
    
Notre guide nous fait reprendre le bus, qui même s’il semble rempli peut toujours accueillir plus de monde … on se serre et on entasse ;-). La matinée se clôture en beauté avec la visite de Daitokuji, endroit moins touristique mais quel n’est pas notre étonnement devant ce village de temples ! C’est incroyable, ces rues où s’alignent temple sur temple ; il y en a une vingtaine mais cinq seulement sont ouverts au public. On y transmet l’enseignement du bouddhisme zen, la diffusion de la doctrine au décès de chaque fondateur d’école de vie. Aujourd’hui un mur d’enceinte délimite chaque bâtiment du complexe mais autrefois ce sont ces lanternes de pierre qui faisaient office de frontière entre les propriétés et cela facilitait la reconnaissance de son territoire en cas d’incendie, ce qui fut malheureusement très fréquent par le passé. Il y a dans ce village des trésors superbes et de magnifiques jardins datant du 15ième au 17ième siècle. Tadashi nous emmène dans son temple préféré, Kotoin et nous découvrons une jolie salle de méditation, sobre, face à la nature aux couleurs apaisantes … La méditation s’apprend à l’école dès la tendre enfance et il n’est pas rare que les japonais aillent seul, avec des amis ou la famille, méditer dans un endroit qui leur tient particulièrement à cœur. Serait-ce celui-ci pour notre guide, nous ne ferons que le supposer.

      
Chaque moine a son petit pavillon pour la cérémonie du thé et c’est au 16ième siècle que Senno Rikyu a ici dans ce village instauré cette coutume, qui fait ainsi partie prenante que la pratique religieuse. La pièce est petite, basse de plafond et le sol recouvert d’un tatami; on s’y tient courbé et assis. Les pièces étaient chauffées par du charbon de bois incandescent qui brûlait dans des vases de céramique – donc pas de cheminée dans les maisons traditionnelles japonaises. Le maître reçoit son client pour marquer leur amitié, en lui offrant du thé, toujours du thé vert au Japon, et en commençant par un thé léger pour aller vers un thé plus fort. La vraie cérémonie dure quatre heures et est accompagnées de confiseries, souvent en pâte de haricots, pour adoucir l’amertume du thé qui se corse. Ainsi s’explique la profusion de pâtisseries et confiseries de toutes sortes que l’on voit en ville.

  
Kyoto est connue pour sa quantité d’érables et ses jardins au sol de mousse. La terre y est argileuse et donc propice à la mousse car elle conserve l’humidité, ce qui permet de bien nourrir les arbres dont les érables et on dit qu’en échange, lors du soleil cuisant de l’été, c’est le feuillage des érables qui protègent la mousse ! Ne ferais-je pas moi aussi un jardin de mousse, on croirait un tapis de velours … et plus besoin de tondeuse ! Pour l’anecdote, j’avais trouvé très étrange d’observer une dame dans un jardin de Tokyo qui enlevait les herbes poussant au milieu de la mousse alors que nous pratiquons l’inverse chez nous.

Le moment du lunch est arrivé ; le Sarasa s’est installé dans des anciens bains publics … un bâtiment lui aussi resté authentique où les murs sont toujours recouverts des céramiques et où le mur de séparation hommes/femmes est encore visible. Les bains publics existent toujours et sont fréquentés surtout par des étudiants qui n’ont pas de salle d’eau dans leur chambre. Ils s’appellent sento alors que onsen est utilisé pour les bains avec une source naturelle d’eau chaude, comme à Tokyo. Le Sarasa propose des menus du jours sous forme de Bento, avec divers petits plats délicieux, tempura, haché en sauce soja avec tomates, légumes vinaigrés, riz, soupe miso … tout simple et très frais.
  
Nous verrons un sento encore actuel et une fabrique de tatamis – ils sont faits avec des herbes spéciales cultivées sur des îles proches de l’équateur – avant de nous diriger vers le quartier de Nishijin. C’est le quartier où sont fabriqués les kimonos, une spécialité reconnue dans tout le pays utilisant les techniques de tissage jacquard de France. Orinasu-kan, un petit musée expose quelques superbes kimonos ayant été portés pour des représentations au célèbre théâtre Noh et notre intérêt pour le sujet pousse le patron à nous faire visiter la salle de leur atelier de tissage traditionnel qui est en pleine activité ! C’est un vrai privilège et nous sommes impressionnés par ce travail manuel minutieux, où les canettes de fils de soie colorée et or jonglent dans les mains de ces artisans pour créer des bandes de tissu aux détails fabuleux. Dans une autre salle sont exposés des modèles d’imprimés que des clientes viennent choisir pour la confection de leur prochaine tenue élégante de sortie. Un monde que l’on ne pouvait imaginer, encore tellement réel … et faisant penser à un autre temps. Il faut neuf mille petits cocons de soie pour confectionner un seul kimono. A l’issue de la visite la dame pour offre le thé avec une pâtisserie … dans un joli petit salon.
Tadashi nous presse pour que nous soyons à l’heure au Nishijin Textile Center pour le défilé de kimonos en nature … leur défilé de mode habituel et là nous voyons à l’œuvre une personne préparant les cartes perforées pour une machine de tissage jacquard, de la broderie de surface et du travail pointilleux de collage de fines feuilles d’or.
         


Nous – surtout Yves qui n’est guère passionné par ce genre de toilettes – avons bien mérité une petite récompense ; le guide nous emmène dans un salon de thé où le confiseur façonne devant nos yeux des fleurs et des verdures en pâtes de haricots blancs ou rouges, selon la coutume. Nous les savourons avec respect, accompagnés du traditionnel thé vert servi pour les tea time japonais ; un thé opaque et un peu pâteux, préparé avec de la poudre de feuilles de thé vert écrasées. Cela demanderait une petite habitude pour s’y faire, nous préférons le thé vert grillé et son parfum fumé. Les japonais consomment principalement cinq variétés de thé vert.

 


Pour le repas du soir, nous retrouvons Adam, un professeur polonais rencontré hier à l’université, accompagné de sa copine, japonaise de Osaka et d’un autre collègue de Hong-Kong. Le restaurant qu’ils nous font découvrir, O Mo Ya, allie la cuisine asiatique et française, autour d’un menu orienté poisson. La maison est une ancienne bâtisse en bois, où l’on se déchausse à l’entrée, marchant sur des tatamis ou des planchers. Le repas est excellent, la discussion animée et joyeuse, comme de amis qui se retrouveraient et raconteraient leurs expériences récentes ou leurs derniers voyages. Adam est au Japon depuis une douzaine d’années et il raconte les grands moments de doutes, de peurs, de questionnements qui ont suivi la catastrophe de l’année dernière et l’afflux de la population qui s’éloignait du centre du séisme. Les trains étaient remplis de mamans avec leurs enfants et lui-même a accueilli chez lui plusieurs compatriotes qui ne sont jamais retourné vers le nord. La pression était grande de la part des familles qui en Europe n’avaient pas les mêmes informations que sur place …
Nous nous quittons avec l’espoir de nous revoir prochainement, lors de leur voyage en fin d’année vers la Malaisie et très probablement Singapour.


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Des temples, des jardins, des sanctuaires et le château Nijo

Quand on observe le plan de Kyoto, on s’aperçoit qu’il y a presque à chaque coin de rue un temple, un sanctuaire ou un jardin … c’est inimaginable, il va falloir choisir ! La ville est quadrillée par ses rues et avenues, parfaitement à l’horizontale et verticale, ce qui devrait rendre plus aisé le repérage. Il n’y a que deux lignes de métro et quelques lignes de trains mais ce matin nous partons à pied découvrir notre quartier. J’ai posé sur le plan plusieurs sites répertoriés comme monuments Unesco – il y en a une vingtaine sur toute la ville ! Les deux temples Honganji nous émerveillent déjà, par leur taille, leur architecture de bois foncé – le plus vaste édifice en bois de la ville -, leurs espaces et la sérénité qui y règne. Un mur d’enceinte entoure souvent les espaces religieux et nous n’avons pas accès à tous les bâtiments, des moines habitant quasiment dans chacun des temples. La fontaine pour les ablutions est jolie dans notre première visite de ce matin et de belles cloches ciselées de bronze trônent sur les hauteurs. Il y a souvent un petit musée, un espace de repos où est servi du thé, une bibliothèque. Nous allons prendre l’habitude de nous déchausser plusieurs fois par jour … les salles de prières nous sont ouvertes, recouvertes au sol de tatamis sur toute la surface, avec des statues de Bouddha, des offrandes et par chance, nous entendons parfois un office et les chants de moines. Une coursive en bois conduit d’un temple à un autre, au sein d’une même espace et comme chacun se promène pieds nus, tout est calme et reposant. On pourrait juste s’asseoir, regarder la beauté des architectures, écouter la nature et les chants.
           
Yves doit me quitter pour aller donner sa conférence à l’Université de Kyoto tandis que je poursuis mon chemin dans les ruelles derrière mes temples, découvrant une magnifique porte de l’autre côté de l’enceinte puis un bâtiment comme une maison de maître, qui est une autre université et la porte Shimabara qui fut l’entrée d’un quartier de plaisirs et de divertissements.
    
Le train m’emmène un peu plus au nord pour aller visiter le château Nijo et en chemin je m’arrête déjà dans un petit temple tout simple, entre les maisons, avec son petit jardin zen, et sa salle de prière ouverte où pose un magnifique gong – j’y suis seule. Devant moi apparaissent des dames parées de leur kimonos et chaussées de leurs getas comme si c’était dimanche, elles ont traversé le jardin Shinsen-en où je me faufile également … une petite merveille de nature déjà un peu orangée, un étang tortueux, un pont arqué de bois rouge, un autel pour des offrandes. Kyoto est ainsi, parsemée de beautés aux endroits où on ne s’y attend pas … il faut flâner, pénétrer dans les ruelles et se laisser surprendre et émerveiller.

    
Je ne serai pas seule par contre au château … une trentaine d’autocars sont garés le long des douves. Le château fut construit en 1603 par les shoguns Tokugawa, comme résidence secondaire lors de leurs séjours à Kyoto ; la demeure est somptueuse avec des salles agencées en escaliers et aux parois recouvertes de panneaux peints, de vraies œuvres d’art. Nous pouvons encore aujourd’hui admirer une douzaine de chambres, de salles de réception, de bureaux, … en nous promenant sur les couloirs extérieurs construits en lattes de bois légèrement espacées et avec des clous qui font un petit bruit quand on marche, signalant toute présence. Les jardins sont eux aussi magnifiques, soignés comme toujours ici au Japon et depuis l’ancien donjon, la vue s’étend sur la ville entourée de montagne et de forêt. L’eau qui stagne dans les fossés entourant le château est de couleur verte avec des remouds dessinant des arabesques et où se reflètent les arbres des parcs. Dans la cour en gravier proche de la haute porte de sortie, des échoppes se sont installées, attirant les touristes par l’odeur des confiseries, des nouilles, des soupes, des brochettes qu’ils cuisent … pour moi, ce seront quelques sushis franchement succulents et un thé vert, comme il se doit. Les étals de souvenirs et d’artisanat ont aussi pris place dans ce lieu très fréquenté.

    
Je repars vers l’est avec le métro jusque la station de Higashiyama où un monsieur aimerait vraiment m’aider avec mon plan mais son anglais est inexistant et mon plan n’est pas en japonais ! La rue Jingu michi est enjambée par une énorme Torii d’un rouge éclatant qui se repère de loin et c’est l’entrée vers l’esplanade des musées d’arts traditionnels et modernes, vers le sanctuaire Heian Jingu et son jardin. Ici on voit beaucoup de pousse-pousse qui transporte les touristes d’un temple à un sanctuaire ; ce sont souvent des jeunes qui les tirent portant soit un chapeau noir pointu ou un bandana un peu à la mode ninja et ils courent dans les rues qui ne sont pas toutes planes pourtant. Ce sanctuaire est à l’image de sa Torii, flamboyant de cette couleur rouge typique, avec les toits courbés, de cuivre vert comme on se les imagine tellement bien ; les couleurs ressortent d’autant mieux sur les sols de gravier clair.

    
Le plan propose des circuits pédestres et c’est ainsi que j’emprunte une petite rue qui monte et sillonne vers la colline dans un décor de verdure … verdure qui ressemble plus à notre végétation européenne que ce que je connais à Singapour. Et là encore, je découvre temple sur temple, de belles constructions en bois qui se mêlent au paysage … plus on s’enfonce, plus on voit surgir de temples, autels ou sanctuaires. Le plus majestueux est le temple Chion-in avec toutes ses dépendances, presque un village en soi. Un édifice imposant au milieu est en rénovation, les échafaudages et les toiles le recouvrent entièrement … quel boulot, mais je suppose que de cette manière, les autres temples peuvent rester accessibles aux visiteurs et aux fidèles.

   
Le parc Maruyama englobe tout ce quartier est vaste sur ma carte, je le quitte en plongeant vers le quartier de Gion, le quartier traditionnel de Kyoto. Shinbashi-dori m’amène à deux ruelles tellement typiques avec leurs maisons basses, en bois sombre, évoquant l’architecture de l’ancien Japon ; un petit canal bordé d’arbres et enjambés de ponts menant à des restaurants ou des boutiques d’artisanat local. Le temps s’est comme arrêté dans cet endroit où se promènent encore dans les rues des maikos (apprenties geishas) mais aussi des couples de jeunes mariés comme j’en croise en cette fin d’après-midi, avec leur kimono resplendissant et leur ombrelle.

  
Le calme se transforme vite en activité de shopping (pour les autres…) dès que je passe la rivière Kamo pour m’engager dans Shijo-dori, une des artères de magasins à la mode, d’où partent également deux galeries couvertes historiques de la ville, longues à perte de vue.

A l’hôtel je retrouve Yves qui a fait une présentation fort appréciée par les étudiants et chercheurs du professeur Kanaka et c’est la première fois, qu’il a donné cours en chaussettes, me raconte-t-il. Il a offert ici son ouvrage en japonais, qu’il avait recouvert comme la coutume le propose, d’un tissu décoratif acheté à Tokyo chez Muji – quand le professeur lui rend le tissu, Yves le pousse à le garder mais non, la tradition est que le cadeau est déballé et l’emballage rendu au visiteur. La technique s’appelle Furoshiki et j’ai moi-même acheté un de ces morceaux de tissus avec lequel je ferai un sac … je pensais bien le garder pour moi. Les codes et les coutumes sont omniprésents et ce ne doit pas être évident de tout assimiler pour les expatriés.
 
Durant une pause à l’hôtel, je cherche sur le net un restaurant typique pour ce soir, une sorte de cuisine à découvrir. Yves me fait confiance et nous demandons au lobby de l’hôtel de bien vouloir nous réserver une table ; nous sommes toujours étonnés de la longueur de la conversation téléphonique, juste pour réserver une table … mais que racontent-ils donc ? Il est vrai que le simple bonjour, au revoir ou merci dans les magasins n’est pas non plus expéditif !

Le Junidanya est une ancienne maison en bois et c’est dans un cadre purement authentique que nous découvrons le Shabu Shabu, la fondue chinoise à la façon japonaise. Un grand chaudron de cuivre avec un tube central, où bouille de l’eau et où l’on fait cuire soi-même la viande et les légumes, ensuite plongés dans une sauce de leur spécialité et que l’on mange avec des baguettes bien sûr. J’en ai encore l’eau à la bouche …
Nous sommes à quelques pas de mon quartier Gion des maikos où Yves s’émerveille lui aussi, devant ces rues qui ont conservé leur caractère d’antan. Pas de geishas en vue mais tellement de dames qui portent le kimonos en ville ; on n’avait pas vu cela dans la capitale. La balade nocturne pour rentrer aux Citadines est celle que j’ai faite quelques heures plus tôt mais avec la magie des éclairages et des enseignes. Nous admirons au passage les nombreuses vitrines et les décors des boutiques de friandises, d’artisanat et de souvenirs. Les rues vivent encore intensément à cette heure tardive … quand les commerces ont fermés leur devanture, ce sont les restaurants, les bars, les salles de jeux et les pachinkos qui prennent le relai.

  


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Le palais impérial de Tokyo avant le voyage pour Kyoto

Ce serait regrettable de quitter la capitale sans être allée vers le palais impérial. Celui-ci est bien caché au milieu d’un grand parc en plein centre de Tokyo, cerné par des remparts du 16ième siècle et des douves ; il n’ouvre ses portes au public qu’une ou deux fois par an. En 1868, l’empereur Meiji transféra la capitale de Kyoto à Tokyo et il établit la résidence impériale sur le site de l’ancien palais des shoguns Tokugawa, appelé le château d’Edo. Aujourd’hui tous les touristes convergent vers l’élégant pont en pierre à deux arches, le Nijubashi, devant l’entrée principale. Les 5 km qui forment le pourtour du domaine sont le site préféré des joggers de la ville, j’en verrai à tout moment sur mon chemin. La place dite de l’Imperial Palace est de toute beauté avec son parc au sol d’un gazon parfait, coupé au couteau, tel un tapis de velours vert tendre et ses superbes pins et cyprès taillés en plateaux, minutieusement.
       
Attenant au palais, Higashi gyoen, le jardin de l’est, de 20 hectares est lui accessible au public ; on y accède par une grande porte et un chemin qui grimpe entouré de murs d’énormes pierres, avant d’atteindre le plateau sur lequel était érigé le grand donjon du château d’Edo. Des variétés de fleurs, de plantes et d’arbres agrémentent ce magnifique jardin, offrant en chaque saison aux visiteurs une balade agréable ; aujourd’hui des abricots, des roses et des bambous costauds retiennent mon attention.

       
Le temps me presse et je me dirige vers le Kitanomaru Park qui offre lui déjà de jolies couleurs d’automne sur certains de ses arbres ; outre un étang aux contours sauvages et arborisés, il abrite des musées comme le Musée National d’Art Moderne et le Musée des Sciences avec sa façade blanche composée d’étoiles. A l’autre extrémité, le Nippon Budokan Hall est une énorme construction, de style traditionnel japonais, qui date des jeux olympiques de 1964 pour les compétitions de judo et arts martiaux; aujourd’hui il est utilisé pour des manifestations sportives, culturelles ou musicales … les Beatles s’y sont produits en 1966 et on semble y attendre un groupe d’idoles ce soir !

      
Autour de la Crafts Gallery, bâtiment en briques rouges anciennement quartier général de la garde impériale, j’entends et j’observe une certaine effervescence quand soudain un garde m’accoste et m’accompagne pour me placer en toute belle place afin de voir sortir le couple impérial du palais. Waouh, quelle chance … cela s’appelle, être au bon endroit au bon moment ! Moment émouvant quand l’impératrice baisse sa vitre pour saluer les quelques personnes qui se trouvent avec moi. C’est pour eux aussi la première fois qu’ils la voient et ils en sont tout émotionnés ; une jeune fille a remarqué que je filmais, elle me donne son adresse email pour que je veuille bien lui envoyer la vidéo. J’en suis moi même ‘toute chose’. Il était 14 heures précises quand la circulation a été stoppée pour laisser passer la voiture impériale.

   


Le parc Chidorigafuchi est semble-t-il merveilleux à la saison des cerisiers en fleurs mais la balade est belle, surplombant les douves et le fossé où l’on peut louer des barques pour y naviguer. Ayant bien profité, malgré un temps un peu gris, de mon exploration du domaine impérial – avec en sus une belle cerise sur mon gâteau – je reprends la direction de l’hôtel.

  
Yves a une fois de plus été très bien accueilli à Tokyo Institue of Technology ; les étudiants ne le lâchaient pas de leurs questions après son exposé. Et l’heure est arrivée de quitter la capitale pour prendre un de ces trains grande vitesse, le Shinkansen qui nous emmène à Kyoto. Un corps de balai vient s’aligner sur le quai, 3-4 personnes en uniforme rose et en ligne comme à l’armée, devant chaque wagon … une organisation impressionnante, sur quelques minutes le train est entièrement nettoyé et bien sûr, les sièges retournés !
  
Le train présente le confort de nos TGV, avec toutefois plus de place pour les jambes ; avec le JR Pass et nos réservations de sièges faites en arrivant vendredi, nous sommes en ordre pour ce voyage. J’ai simplement un petit doute en remarquant que l’année est ’24’ et non 2012 … au Japon, il y a deux manières de compter les années, soit comme nous la connaissons, soit en comptant les années à chaque changement de règne de l’empereur. Ainsi c’est la 24ième année du règne de l’empereur Akihito. Nous quittons Tokyo et passons par Yokohama avant de nous éloigner vers l’ouest. Le paysage défile avec ses habitations dans les rues encombrées de poteaux d’électricité, le soleil faiblit, le ciel rougit et au loin les montagnes se font voir … le Mont Fuji est toujours bien reconnaissable. Il fait tout calme, les japonais sont très discrets de nature ; que ce soit dans le train, le métro, l’ascenseur et souvent même dans les restaurants, répondre au téléphone portable ne se fait pas et ils chuchotent entre eux ou même ne se parlent pas – nous étions quinze dans l’ascenseur qui nous montait dimanche au 45ième de la Mairie et on entendait les mouches voler ! C’en est presque inquiétant parfois…


En moins de trois heures, que j’ai passées à potasser ma documentation sur notre nouvelle destination, nous atteignons Kyoto et sa gare phénoménale que nous découvrirons en détail plus tard. Kyoto a été la capitale du Japon pendant plus d’un millier d’années et a conservé des trésors inestimables, peu touchés par les aléas du temps. Les bombardements auraient miraculeusement épargné la ville lors de la seconde guerre, juste grâce à la volonté d’un haut responsable américain, sans doute émerveillé par la splendeur des monuments qu’elle renferme.
Nous sommes vite mis au parfum à l’Office de Tourisme de la gare : la communication en anglais sera plus difficile que dans Tokyo. La gentillesse et l’envie d’aider compenseront le manque de langage parlé … l’employé nous remet un plan de la ville et des cartes pour les bus et métro, sans que nous ne soyons très certains de leur utilisation exacte. Le taximan nous amène sans souci à notre hôtel, avec toujours la petite carte que j’ai préparée portant les coordonnées en japonais (le gps fonctionne avec le numéro de téléphone, vraiment efficace). Yves a réservé nos quatre nuits dans un appart-hôtel (Citadines) qui est parfait et bien localisé ; l’entrée et le lobby font penser à un petit jardin et salon japonais et le personnel ici est largement bilingue.
Nous leur demandons un conseil pour le premier souper, la proposition s’avère excellente. Le Kobe Misono nous séduit : une pièce de bœuf grillée devant nos yeux, accompagnée de copeaux d’ail doux et de légumes ; la viande fond littéralement dans la bouche et nous savourons ce repas, dans un petit coin du restaurant, avec un cuisinier très sympathique, tout en dégustant pour la première fois un vin rouge japonais. Le souci du service est toujours aussi présent ; un petit bac pour poser mon sac, des cintres juste derrière nous pour les vestes, des serviettes humides avant de commencer le repas, les verres qui ne restent jamais vides et avec un sourire toujours sur les lèvres. Le restaurant se trouve dans une des grandes avenues commerçantes de Kyoto, avenues qui sur des kilomètres sont animées jour et nuit, avec des enseignes lumineuses dont nous en reconnaissons la plupart maintenant. Les trottoirs sont assez larges et couverts sur toutes les longueurs d’un immense toit blanc qui protège du soleil et de la pluie. Nous rentrons à pied à l’hôtel, sans faire fausse route … Tadashi, notre guide nous confirme sa présence samedi à 9 heures, c’est parfait.
  



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Yokohama

Magnifique surprise, la météo s’est remise au beau pour notre virée dans le sud. Yves rencontre aujourd’hui des professeurs et doctorants à l’université Keio de Yokohama ; je me dois de l’y accompagner, au cas où il se perdrait dans les trains … mais surtout la ville est en bordure de mer et promet de jolies découvertes.
Arrivés en gare principale de Yokohama, je reçois à l’Office de Tourisme un superbe plan avec les curiosités bien en évidence. Située à 30 km au sud de Tokyo, c’est une ville portuaire sur la baie qui est la deuxième ville du pays par son nombre d’habitants. Son port international reste une des principales activités pour les importations de matières premières, les exportations de soie et de produits finis mais aussi comme centre important de transport maritime de passagers. Je reconnais les enseignes des grands magasins Takashimaya et Lumine et avec Yves nous trouvons un endroit sympathique sur une terrasse surplombant un canal, pour un quick lunch ensemble.
Quand Yves rejoint Keio, je monte dans un bateau de tourisme à Bay Quater qui m’emmène vers Minato Mirai 21, une presqu’île qui abrite des bâtiments à l’architecture rénovée ou moderne, des musées, une grande roue et son parc d’attractions Cosmo World, l’hôtel Intercontinental à la forme d’une voile de bateau, la Landmark Tower dont les 70 étages en font un des plus hauts buildings d’Asie.
   
Je saute à quai près du Red Brick Warehouse ; deux anciens entrepôts transformés en galeries d’artistes, de boutiques et de restaurants dont l’intérieur a conservé les ferronneries et grosses portes d’antan. Le ciel est magnifique ; comme c’est agréable de se promener ainsi au bord de l’eau, ne sachant où poser le regard tellement c’est grandiose. Au dessus de nos têtes, une grande roue horizontale forme un passage piéton original pour enjamber l’avenue ; je me sens attirée par le World Porters, répertorié comme un centre pour la mode, le design d’intérieur, les fines épiceries … et mon sac à dos commence à se remplir ! Tout un étage vit à l’heure hawaïenne, de jolis souvenirs.

            
La promenade conduit à Osanbashi Pier que la dame de l’Office de Tourisme m’a conseillé pour la vue ; un quai pour les bateaux de passagers à l’architecture fantastique, en forme de vagues de tous les sens, formées de lames de bois foncé. Je pourrais presque penser que c’est le même bureau d’architecte que pour le Learning Center de Lausanne. Au large un très joli pont blanc suspendu et au loin les premières couleurs de l’automne attirent mon regard.

 
Les quais continuent, avec tantôt un ancien poste de police, une jolie sculpture, une fontaine indienne, un parc et enfin la Marine Tower. Le NYK Hikawa Maru est un ‘bateau musée’ ; il transporta des passagers dès les années 30 entre le Japon et Seattle et il aurait même servi à recueillir des réfugiés juifs fuyant l’holocauste.

    
La communauté chinoise est très présente à Yokohama et on dit que son Chinatown serait un des plus grands des pays asiatiques. Dès 1859 les portes du commerce international se sont ouvertes, les traders chinois ont afflué dans la région et s’y sont installés. Les entrées du quartier, les rues, les façades des magasins, les restaurants resplendissent de couleurs, de vie, de brillance, d’animation. L’extravagance et la propreté, la bonne humeur et la vente active, les odeurs de vapeurs de buns ou de nouilles et les musiques font de ce district un lieu incontournable.

           
Notre point de rendez-vous est le Starbuck derrière la gare, où j’ai le temps de savourer un Frapuccino au caramel de beurre salé en attendant Yves qui revient super enchanté de sa rencontre du jour. Le professeur Adrian Cheok était à Singapour lorsque nous avons décidé de venir en Asie et entretemps, il a repris un poste au Japon ; ses doctorants furent très intéressés par le cours de Yves et il insiste pour qu’il vienne passer quelques mois à Keio! Il faudrait des sabbatiques plus souvent …

Le train du retour est bien chargé ; dans la chambre de l’hôtel, Yves répond à une interview pour un magazine de Lausanne avant de passer un moment avec deux japonais qui lui ont donné rendez-vous ce soir ici. Ce sont des passionnés acharnés des business models ; ils donnent des séminaires avec un plaisir que Yves a rarement rencontré. L’enthousiasme transpire dans leurs discussions ; ils organisent même des workshops le dimanche avec des familles et des enfants, laissant émerger la créativité des petits dans ce domaine où le design est primordial pour la communication. Yves en est fasciné et ici aussi, ce serait dommage de ne pas se revoir …

Je me suis éclipsée vers le centre Laqua, ayant repéré par exemple de jolies petites bottes … mais zut, les plus grandes pointures au Japon sont le 38 … Benoît m’avait bien prévenue pourtant. Les achats depuis notre arrivée, ainsi que les cadeaux reçus, se sont toutefois accumulés et je crains de ne pouvoir tout faire rentrer dans la valise ; une nouvelle valise chez Muji sera le seul luxe que je m’octroie ce soir. J’ai découvert dimanche UNIQLO, une marque japonaise de vêtements chauds (HeatTech est leur devise) et j’ai ainsi commencé à prévoir notre voyage hivernal en Chine !
La surprise est parfois de mise lorsque nous choisissons un restaurant juste au look de son enseigne ; il me semble que le Watami proche de l’hôtel est un établissement bien accessible aux étrangers … C’est assez bruyant, un repaire de jeunes étudiants – en effet nous sommes logés dans un quartier de hautes écoles et le serveur ne comprend rien à l’anglais. Merci aux photos ; nous pensons choisir des nems au crabe comme entrée, puis un steak avec des brochettes de rouleaux de poireaux et nous recevons d’abord les poireaux seuls, ensuite le steak et finalement les rouleaux frits … aucun souci, tout est délicieux et le vin rouge – pour cela, nous parvenons toujours à nous faire comprendre – aide à oublier l’ordre perturbé des plats.


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Seule à Tsukiji et Odaiba

La météo est médiocre en ce mardi, orage, pluie, vent fort et ciel sombre. Yves a une journée très chargée de rendez-vous avec des consultants qui verra dans l’hôtel, Tim l’auteur avec Alex et Yves, de l’ouvrage, BMYou qui sort aujourd’hui dans sa version japonaise, les éditeurs Shoeisha des deux versions locales qu’ils rencontreront à l’Université de Tsukuba, pour des interviews et séances photos, avant de participer en fin de journée au cours de son collègue Tim Clark.
Ma première destination est Tsukiji, connu pour son Fish Market, le plus vaste marché de poissons du pays. L’odeur se distingue déjà à la sortie de la rame de métro car les gens matinaux reviennent avec leurs achats. C’est dès l’aube que tout une monde s’agite sous une halle immense, de façon chaotique et désordonnée ; 2’800 tonnes de poisson de toutes les mers du globe transitent chaque matin ici et dès 5 heures se sont les enchères au thon, la star de l’endroit et à 7 heures commence la ruée des restaurateurs tokyoïtes, chaussés de bottes, vaquant sur un sol mouillé d’eau de mer et de sang, au milieu du ballet de charrettes et de chariots électriques. Je n’en verrai que l’effervescence des rangements, les déchets, têtes et carcasses, la valse des boîtes en frigolite et cela me convient très bien … c’est étonnamment grand et il est clairement mentionné, par des dessins style bande dessinée, que c’est un lieu de travail et non de tourisme. Nous ne devons pas perturber les marchands, le passage leur est prioritaire ; ça valait le détour.
       
Hama-Rikyu Onshi Teien était un jardin familial des shoguns, esquissé au 12ième siècle et devient la résidence secondaire des Meiji au 19ième siècle. Il est coincé aujourd’hui, comme un oasis de verdure, entre la rivière Sumida et les immeubles du Shiodome ; c’est un étang d’eau de mer alimenté par la baie de Tokyo, appelé aussi étang de marée. On y retrouve dans une magnifique végétation soigneusement taillée, des ponts de bois de cyprès menant à un pavillon du thé, des jardins à thème comme le verger d’abricotiers ou le superbe champ de cosmos, un pin majestueux âgé de 300 ans.

         
Au loin on aperçoit déjà le Rainbow Bridge que j’emprunterai à bord du monorail aérien qui mène vers Odaiba, l’île grignotée sur la baie. Le monorail circule entre deux rangées de voitures, sur un pont suspendu de 918 mètres de long et les trajectoires s’élèvent au-dessus de l’eau par une étonnante boucle formant un cercle complet. Donnant sur le port de Tokyo, Odaiba est une zone gigantesque d’attractions, de commerces, de restaurants, de divertissements. Depuis la plage artificielle, la vue est superbe sur le pont suspendu, la ville et au loin la Tokyo Tower ; on s’étonne presque de voir ici une grande reproduction de la Statue de la Liberté. L’architecture des bâtiments est spectaculaire, principalement le siège de Fuji Tv qui ressemble à un Meccano géant, l’énorme robot devant un des multiples centres commerciaux ou le Tokyo Big Sight, centre d’exposition et de congrès monumental avec ses pyramides inversées. De longues promenades paisibles mènent de long en large, avec vue sur les bateaux et aussi sur les avions à l’approche de leur atterrissage à Haneda, le second aéroport de la ville.

       
Venus Fort est un shopping mall un peu particulier, non par la variété de ses magasins mais par le décor du deuxième étage qui retrace une ambiance de rues européennes au 18ième siècle avec une fontaine baroque, une église et un ciel bleuté. Un seul magasin retiendra un peu plus longtemps mon attention, c’est l’endroit où l’on peut venir acheter un petit chiot … ils sont si adorables, ils sont superbement installés et jouent par deux ou trois dans des petits enclos vitrés.

     


En face, je fais un petit tour dans Mega Web, le show room géant de Toyota ; circuits pour enfants, modèles les plus variés, voitures hybrides ou électriques … et je reconnais la forme cubique de leurs modèles pour le Japon. La place est limitée en ville, les gens sont à la recherche de véhicules spacieux mais qui occupent peu de place au sol. Nos garçons aimeraient !
  
Je circule tantôt à pieds, tantôt en monorail sur cette île d’Odaiba et lorsque je me retrouve près du bâtiment des Telecom, un peu à l’image de la Défense à Paris, le ciel est devenu d’un noir profond alors qu’il n’est pas encore 16 heures. Pourquoi donc ne pas m’en échapper pour un moment de bien-être ? Je tente alors une expérience fantastique dans des bains chauds thermaux. Oedo Onsen Monogatari est unique à Tokyo, un centre thermal géant alimenté par une source d’eau chaude profonde de 1’400 mètres. Je suis immergée dans un monde totalement japonais et je dois me faire expliquer le déroulement, par des gestes. Je choisis d’abord la longueur et un imprimé qui me plait pour le Yukata (kimono de coton léger) que je revêts avant de traverser une ruelle étonnante, animée, avec boutiques et restaurants, qui est une reconstitution de l’ancienne Edo. C’est magnifique et amusant de voir tout le monde ainsi vêtus de la même manière mais aux motifs différents ; une bande dessinée dans les vestiaires explique comment revêtir le Yukata. Je pénètre ensuite dans la zone, réservée aux femmes, des bains chauds où l’on me remet des draps et la clé d’un deuxième casier pour y laisser mon kimono. Le silence règne dans cet énorme espace de bains de sources d’eau chaude, intérieurs et extérieurs … c’est merveilleux, les dames portent souvent le linge sur la tête pour ne pas le mouiller, et je circule de bassin en bassin pour mon plus grand plaisir. A l’extérieur, ce sont comme une rivière dans un lit de grosses pierres où l’on peut s’asseoir ou bien des bassins individuels en forme de tonneau en bois. Je comprends sur un panneau qu’il est possible pour bien parachever le circuit de faire un gommage du corps et massage de la chevelure. Sans échanger un seul mot d’anglais j’y parviens et c’est formidable ! Le scrub légèrement parfumé et toute cette eau chaude qui me libère … c’est très très bon. J’aurais encore pu profiter d’un bain de sable chaud, ce sera pour la prochaine fois !

    
Cette fois la nuit est bien tombée et je reprends le monorail vers la ville, avec une sortie pour aller admirer la Tokyo Tower toute éclairée. Perchée sur une petite colline, elle rayonne de ses mille feux blancs et orangers, copie de la Tour Eiffel avec 8 mètres supplémentaires. Et je rentre à l’hôtel vers 19h30, après une longue journée d’une dizaine d’heures de nouvelles explorations. Ce soir nous mangeons dans le deuxième restaurant de l’hôtel, typiquement japonais, en compagnie de Patrick, un des intervenants du premier livre. Il est au Japon pour donner lui aussi des conférences sur le modèle, notamment pour la société Fujitsu et ensuite il enchaînera sur Taiwan. Repas délicieux, de petits plats très décorés, un décor sobre et une ambiance joyeuse … je m’éclipse après le dessert, laissant mes deux compères cogiter encore sur le futur des business models.