Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine

Des temples, des jardins, des sanctuaires et le château Nijo

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Quand on observe le plan de Kyoto, on s’aperçoit qu’il y a presque à chaque coin de rue un temple, un sanctuaire ou un jardin … c’est inimaginable, il va falloir choisir ! La ville est quadrillée par ses rues et avenues, parfaitement à l’horizontale et verticale, ce qui devrait rendre plus aisé le repérage. Il n’y a que deux lignes de métro et quelques lignes de trains mais ce matin nous partons à pied découvrir notre quartier. J’ai posé sur le plan plusieurs sites répertoriés comme monuments Unesco – il y en a une vingtaine sur toute la ville ! Les deux temples Honganji nous émerveillent déjà, par leur taille, leur architecture de bois foncé – le plus vaste édifice en bois de la ville -, leurs espaces et la sérénité qui y règne. Un mur d’enceinte entoure souvent les espaces religieux et nous n’avons pas accès à tous les bâtiments, des moines habitant quasiment dans chacun des temples. La fontaine pour les ablutions est jolie dans notre première visite de ce matin et de belles cloches ciselées de bronze trônent sur les hauteurs. Il y a souvent un petit musée, un espace de repos où est servi du thé, une bibliothèque. Nous allons prendre l’habitude de nous déchausser plusieurs fois par jour … les salles de prières nous sont ouvertes, recouvertes au sol de tatamis sur toute la surface, avec des statues de Bouddha, des offrandes et par chance, nous entendons parfois un office et les chants de moines. Une coursive en bois conduit d’un temple à un autre, au sein d’une même espace et comme chacun se promène pieds nus, tout est calme et reposant. On pourrait juste s’asseoir, regarder la beauté des architectures, écouter la nature et les chants.
           
Yves doit me quitter pour aller donner sa conférence à l’Université de Kyoto tandis que je poursuis mon chemin dans les ruelles derrière mes temples, découvrant une magnifique porte de l’autre côté de l’enceinte puis un bâtiment comme une maison de maître, qui est une autre université et la porte Shimabara qui fut l’entrée d’un quartier de plaisirs et de divertissements.
    
Le train m’emmène un peu plus au nord pour aller visiter le château Nijo et en chemin je m’arrête déjà dans un petit temple tout simple, entre les maisons, avec son petit jardin zen, et sa salle de prière ouverte où pose un magnifique gong – j’y suis seule. Devant moi apparaissent des dames parées de leur kimonos et chaussées de leurs getas comme si c’était dimanche, elles ont traversé le jardin Shinsen-en où je me faufile également … une petite merveille de nature déjà un peu orangée, un étang tortueux, un pont arqué de bois rouge, un autel pour des offrandes. Kyoto est ainsi, parsemée de beautés aux endroits où on ne s’y attend pas … il faut flâner, pénétrer dans les ruelles et se laisser surprendre et émerveiller.

    
Je ne serai pas seule par contre au château … une trentaine d’autocars sont garés le long des douves. Le château fut construit en 1603 par les shoguns Tokugawa, comme résidence secondaire lors de leurs séjours à Kyoto ; la demeure est somptueuse avec des salles agencées en escaliers et aux parois recouvertes de panneaux peints, de vraies œuvres d’art. Nous pouvons encore aujourd’hui admirer une douzaine de chambres, de salles de réception, de bureaux, … en nous promenant sur les couloirs extérieurs construits en lattes de bois légèrement espacées et avec des clous qui font un petit bruit quand on marche, signalant toute présence. Les jardins sont eux aussi magnifiques, soignés comme toujours ici au Japon et depuis l’ancien donjon, la vue s’étend sur la ville entourée de montagne et de forêt. L’eau qui stagne dans les fossés entourant le château est de couleur verte avec des remouds dessinant des arabesques et où se reflètent les arbres des parcs. Dans la cour en gravier proche de la haute porte de sortie, des échoppes se sont installées, attirant les touristes par l’odeur des confiseries, des nouilles, des soupes, des brochettes qu’ils cuisent … pour moi, ce seront quelques sushis franchement succulents et un thé vert, comme il se doit. Les étals de souvenirs et d’artisanat ont aussi pris place dans ce lieu très fréquenté.

    
Je repars vers l’est avec le métro jusque la station de Higashiyama où un monsieur aimerait vraiment m’aider avec mon plan mais son anglais est inexistant et mon plan n’est pas en japonais ! La rue Jingu michi est enjambée par une énorme Torii d’un rouge éclatant qui se repère de loin et c’est l’entrée vers l’esplanade des musées d’arts traditionnels et modernes, vers le sanctuaire Heian Jingu et son jardin. Ici on voit beaucoup de pousse-pousse qui transporte les touristes d’un temple à un sanctuaire ; ce sont souvent des jeunes qui les tirent portant soit un chapeau noir pointu ou un bandana un peu à la mode ninja et ils courent dans les rues qui ne sont pas toutes planes pourtant. Ce sanctuaire est à l’image de sa Torii, flamboyant de cette couleur rouge typique, avec les toits courbés, de cuivre vert comme on se les imagine tellement bien ; les couleurs ressortent d’autant mieux sur les sols de gravier clair.

    
Le plan propose des circuits pédestres et c’est ainsi que j’emprunte une petite rue qui monte et sillonne vers la colline dans un décor de verdure … verdure qui ressemble plus à notre végétation européenne que ce que je connais à Singapour. Et là encore, je découvre temple sur temple, de belles constructions en bois qui se mêlent au paysage … plus on s’enfonce, plus on voit surgir de temples, autels ou sanctuaires. Le plus majestueux est le temple Chion-in avec toutes ses dépendances, presque un village en soi. Un édifice imposant au milieu est en rénovation, les échafaudages et les toiles le recouvrent entièrement … quel boulot, mais je suppose que de cette manière, les autres temples peuvent rester accessibles aux visiteurs et aux fidèles.

   
Le parc Maruyama englobe tout ce quartier est vaste sur ma carte, je le quitte en plongeant vers le quartier de Gion, le quartier traditionnel de Kyoto. Shinbashi-dori m’amène à deux ruelles tellement typiques avec leurs maisons basses, en bois sombre, évoquant l’architecture de l’ancien Japon ; un petit canal bordé d’arbres et enjambés de ponts menant à des restaurants ou des boutiques d’artisanat local. Le temps s’est comme arrêté dans cet endroit où se promènent encore dans les rues des maikos (apprenties geishas) mais aussi des couples de jeunes mariés comme j’en croise en cette fin d’après-midi, avec leur kimono resplendissant et leur ombrelle.

  
Le calme se transforme vite en activité de shopping (pour les autres…) dès que je passe la rivière Kamo pour m’engager dans Shijo-dori, une des artères de magasins à la mode, d’où partent également deux galeries couvertes historiques de la ville, longues à perte de vue.

A l’hôtel je retrouve Yves qui a fait une présentation fort appréciée par les étudiants et chercheurs du professeur Kanaka et c’est la première fois, qu’il a donné cours en chaussettes, me raconte-t-il. Il a offert ici son ouvrage en japonais, qu’il avait recouvert comme la coutume le propose, d’un tissu décoratif acheté à Tokyo chez Muji – quand le professeur lui rend le tissu, Yves le pousse à le garder mais non, la tradition est que le cadeau est déballé et l’emballage rendu au visiteur. La technique s’appelle Furoshiki et j’ai moi-même acheté un de ces morceaux de tissus avec lequel je ferai un sac … je pensais bien le garder pour moi. Les codes et les coutumes sont omniprésents et ce ne doit pas être évident de tout assimiler pour les expatriés.
 
Durant une pause à l’hôtel, je cherche sur le net un restaurant typique pour ce soir, une sorte de cuisine à découvrir. Yves me fait confiance et nous demandons au lobby de l’hôtel de bien vouloir nous réserver une table ; nous sommes toujours étonnés de la longueur de la conversation téléphonique, juste pour réserver une table … mais que racontent-ils donc ? Il est vrai que le simple bonjour, au revoir ou merci dans les magasins n’est pas non plus expéditif !

Le Junidanya est une ancienne maison en bois et c’est dans un cadre purement authentique que nous découvrons le Shabu Shabu, la fondue chinoise à la façon japonaise. Un grand chaudron de cuivre avec un tube central, où bouille de l’eau et où l’on fait cuire soi-même la viande et les légumes, ensuite plongés dans une sauce de leur spécialité et que l’on mange avec des baguettes bien sûr. J’en ai encore l’eau à la bouche …
Nous sommes à quelques pas de mon quartier Gion des maikos où Yves s’émerveille lui aussi, devant ces rues qui ont conservé leur caractère d’antan. Pas de geishas en vue mais tellement de dames qui portent le kimonos en ville ; on n’avait pas vu cela dans la capitale. La balade nocturne pour rentrer aux Citadines est celle que j’ai faite quelques heures plus tôt mais avec la magie des éclairages et des enseignes. Nous admirons au passage les nombreuses vitrines et les décors des boutiques de friandises, d’artisanat et de souvenirs. Les rues vivent encore intensément à cette heure tardive … quand les commerces ont fermés leur devanture, ce sont les restaurants, les bars, les salles de jeux et les pachinkos qui prennent le relai.

  

Une réflexion sur “Des temples, des jardins, des sanctuaires et le château Nijo

  1. Bravo! Toujours aussi intéressant et passionnant. Super!

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