Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine

Nara

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Tadashi nous accompagne une nouvelle fois pour la journée de clôture de notre initiation japonaise. Il commence par nous raconter sa journée du dimanche ; dans le cadre d’un festival des traditions ancestrales, il avait été sélectionné pour porter un kimono de la cour impériale, datant du dixième siècle. Son kimono, de couleur noire, se composait de 5 couches et c’est avec l’aide de deux assistants qu’il l’a revêtu. Et le kimono de sa compagne ‘impératrice du jour’, pesait 20 kg pour une succession de douze couches. La beauté et la richesse de ces toilettes se révèlent à l’alignement des couches qui sont toujours un peu décalées des précédentes. Il nous envoie le soir quelques photos … on ressent l’honneur et la fierté d’avoir été partie prenant de cette représentation.


Nara, notre destination se trouve à 42 km au sud de Kyoto et chemin faisant dans le train qui nous y emmène, nous papotons … il nous montre des photos du Learning Centre de Lausanne. Il a passé quelques jours en Suisse cet été, invité chez un architecte qui fut un de ses clients, comme nous. Le festival de Jazz de Montreux lui a beaucoup plu … il est sportif et aimerait venir skier dans nos Alpes – nous avons bien entendu le message. Il nous parle de son oncle qui s’est acheté une petite maison au nord de Kyoto, y a planté un champ de riz et Tadashi a participé à la récolte, une récolte d’une tonne et demi environ qui couvrira les besoins des 20 personnes de sa famille durant toute une année. On voit dans le paysage les fagots de riz qui sèchent, tête en bas. Le semis se fait en mai pour une récolte en automne à l’inverse du thé vert japonais qui se plante en automne et se cueille au printemps. Sur ces étendues de thé, spécialité de Uji – ville au sud de Kyoto, des filets noirs sont étendus pour abriter des intempéries.

J’observe en m’amusant le conducteur du train qui ganté de blanc, pointe le doigt devant, sur la droite, sur la gauche puis en haut … il fait ses contrôles : personne devant, feu ok, pas d’obstacles. Tandis qu’un autre convoyeur parle dans le micro, annonçant les arrêts et toutes les connexions possibles à chacun d’eux, avec les horaires … mais je ne suis pas certaine qu’il ne raconte pas aussi sa vie !

Nara fut la capitale, avant Kyoto, de 710 à 784 et c’est ici que le Bouddhisme arriva au Japon. Tadashi nous a préparé quelques devinettes pour nous préparer aux découvertes du jour. Les curiosités sont proches de la gare et nous entrons très vite dans le grand parc, dit le parc aux daims. Environ 1’100 daims s’y baladent tranquillement, en toute liberté, se mêlant aux touristes et aux promeneurs ; on peut les nourrir en achetant des biscuits dont le profit de la vente revient à une œuvre caritative … le bonheur pour les enfants et pour les grands. Le paysage est montagneux, verdoyant, présentant une similitude avec nos profils du Jura ; deux superbes Pagodes émergent dans le décor, l’une de cinq étages – la plus haute après celle de Kyoto –, et l’autre de trois étages.

      
Le temple de Tofukuji – même école que celui de Kyoto hier, fondé en 710, a compté jusque 175 bâtiments dont nombre d’entre eux ont été détruits par les incendies. Dans ce qui subsiste de ce complexe, un temple, appelé La Maison du Trésor National, expose un grand nombre de statues bouddhiques de grande valeur ; des superbes gongs et lanternes où sont gravés des sutras (versets bouddhiques), des statues de Bouddha en bronze avec les lobes de ses oreilles toujours si allongée, symbole de bonheur, de Maitreya le bouddha du futur, de Ashura – reconnaissable avec ses 3 paires de bras – le dieu méchant qui en Inde provoquait la sécheresse alors qu’au Japon il a une connotation gentille, Kannon la déesse de la miséricorde, représentée avec mille mains qui peuvent sauver mille personnes, des magnifiques statues en bois des moines de la secte Hosso – que l’on croirait presque vivants, datant de 1189 … dommage que l’appareil photo soit interdit.

Avant de nous emmener au plus spectaculaire, notre guide fait un détour par le jardin Isuien, un des plus beaux de l’ancienne capitale ; des pavillons recouverts d’une toiture en roseaux et en écorces de cyprès japonais, un étang en forme de canard, des petits ruisseaux qui serpentent entre les collines artificielles, des rochers et des arbres harmonieusement disposés de-ci de-là.
      
Et enfin nous découvrons le temple Todaiji qui abrite le Grand Bouddha de bronze, de 16 mètres de hauteur, la plus grande statue de bronze au monde … waouh, quelle splendeur et quelle émotion ! Bouddha en position assise, sur des pétales de lotus, est représenté avec la main droite levée, d’où partent des petits fils invisibles qui vont chercher les soucis des gens – signifiant ‘ne vous inquiétez pas’ – et la main gauche ouverte à plat – signifiant ‘je m’occupe de vous et de vos problèmes’. Cela semble incroyable qu’une telle œuvre fut construite au huitième siècle par des êtres humains, tout comme le Daibutsu, le bâtiment en bois qui abrite la statue. La plus grande construction en bois du monde, elle mesure 48 mètres de haut, 57 de long et 50 de large. Et encore ! A l’époque de sa construction il faisait 80 mètres de long mais suite à un incendie il a été reconstruit dans ses nouvelles dimensions. Son toit de tuiles d’argile pèse trois mille tonnes ; dans les années 1980, il a été démonté pour des rénovations et on raconte que la construction a alors grandi de 11 cm. De nombreux pratiquants possèdent un carnet pour calligraphie dans lequel ils font dessiner dans chaque temple visité sur leur vie, le nom du temple ; à leur mort ce cahier de 50 pages doit être complet et brûlé dans le cercueil pour ouvrir le chemin du paradis !

      
La porte que nous voyons à la sortie date du 12ième siècle, les gardiens en bois mesurent 8 mètres de haut et sont composés de 3’000 pièces de bois agencées sans que cela se remarque à peine.


Après un lunch dans le restaurant situé au sommet de la mairie, nous marchons encore dans le parc au daims, vers un joli pavillon au milieu d’un étang, d’où les gens peuvent admirer la lune … non pas dans le ciel mais son reflet sur l’eau … encore plus magique.

  
L’excursion touche à sa fin, le quartier traditionnel avec ses petites maisons et boutiques a beaucoup de charme ; on y admire dans les vitrines des pinceaux et papiers pour la calligraphie, art que les enfants apprennent tous à l’école, des kimonos aux couleurs et tissus magnifiques. J’achète un sachet de thé brûlé dans un magasin qui nous attiré par son atmosphère délicieusement parfumée. Les maisons traditionnelles sont en bois ; sur la devanture est posé un seau rouge avec de l’eau pour parer au plus vite en cas d’incendie … et pend le traditionnel chapelet de poupées de singes, qui reflète la composition de la famille.

       
Dans le train pour le retour, nous sommes instruits sur la langue japonaise qui nous intrigue passablement. Avec le Bouddhisme, les japonais ont importé de Chine la langue chinoise et ses 5’000 kanjis … de là, par souci de simplification, ils ont créé le hiragana, langage phonétique qui traduit ces symboles kanjis, puis le katakana qui permet de transcrire des mots étrangers. Cela nous paraît bien compliqué, même si la notion de tonalité, présente dans le chinois, n’existe pas ici. Les enfants tout jeunes commencent pas le hiragana, apprennent ensuite les mille premiers signes kanjis à l’école primaire et atteindront deux mille signes à la fin du lycée ; c’est à peu près ce qu’il faut savoir pour pourvoir lire un quotidien. Benoît nous a dit qu’avec ses cours journaliers intensifs, il était à l’aise pour une conversation après trois mois d’apprentissage mais que la lecture et l’écriture sont vraiment plus ardues. A l’origine les ouvrages étaient tous écrits de droite à gauche et verticalement mais aujourd’hui nous voyons aussi des livres ou journaux avec notre présentation classique ; toutefois nombre de textes sont composés des trois ensembles de caractères.

Le moment est venu de nous quitter – qui sait nous reverrons-nous peut-être en Suisse ou au Japon – et Tadashi nous fait présent de son flyer de guide ‘Japon sans sushi’ ! Le Haruka est le train rapide qui nous conduit à l’aéroport d’Osaka, grand aéroport où tout se déroule au mieux ; quelques achats de dernières minutes et un souper tempuras avant un vol nocturne de six heures où tous les deux nous ferons de doux et merveilleux rêves …

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