Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Souper Fondue au Swiss Club

Un orage violent et très bruyant nous a réveillés cette nuit. Il paraît que Singapour est touchée par la foudre environ 170 jours par année, à cause de son climat chaud et humide permanent et cela en fait une des capitales mondiales de l’éclair (sans danger toutefois, rassurez-vous). Il est vrai que j’entends très souvent le ciel gronder mais sans que cela ne déclenche chaque fois un déluge … fort heureusement. La pluie tombe ce matin toute droite, drue et en force mais le bonheur ici, c’est que cela ne dure pas trop longtemps.

Il n’y a aucun rapport entre cette pluie et l’eau qui coule dans ma salle de bain. J’ai bien cru expliquer hier au bureau de la résidence que c’était sous les toilettes et non dans la douche … mais le technicien vient avec un flexible de douche! Il resserre juste une rondelle près du wc, je doute que ce soit d’un grand effet. J’en profite pour lui demander où je peux me procurer des sacs pour l’aspirateur … il paraît étonné de ma question ; le vôtre était neuf à l’entrée dans l’appartement, me dit-il et ça dure des mois … et là c’est moi qui fais l’étonnée! Explication : il faut ôter le sac de l’aspirateur et le vider dans la poubelle … simple !

Yves est lui libéré de son attachement à Swisscom depuis ce mois et souhaite utiliser son numéro singapourien sur son iPhone, alors qu’il avait pris un modèle Nokia basic au départ ici. Le format des cartes SIM étant différent, il va s’enquérir chez Singtel de la possibilité d’échanger une grande carte SIM pour une petite, sans devoir changer de numéro. Mais pourquoi faire compliqué, une fois de plus, quand on peut faire simple … l’employé a tout naturellement coupé physiquement la carte pour la faire entrer dans l’iPhone … le tour est joué … et ça marche!

En fin d’après-midi, le bus me dépose en bas de la Swiss Club Road, rue qui monte, pas étonnant puisque nous avons rendez-vous ce soir avec la Suisse. Les maisons sont grandes, magnifiques et leurs propriétaires sans aucun doute de riches bourgeois de Singapour. Je montre patte blanche au garde à l’entrée du Swiss Club, un des clubs de la ville les plus appréciés, selon nos informations (un peu biaisées, je l’avoue). Une jolie bâtisse datant de 1927 et qui fut créée à l’origine pour servir de stand de tir aux suisses expatriés … pas question d’échapper aux tirs militaires obligatoires à l’époque ! La propriété se situe sur une petite hauteur et au milieu de la forêt, dont on reconnaît typiquement les bruits … et Yves a même vu passer un « dinosaure » tranquillement. Se trouvent ici aussi l’ambassade, une école suisse, des installations sportives comme les courts de tennis et la piscine, sans oublier le petit chalet en bois aux volets rouges et quelques vaches !  En attendant le début des « festivités », nous croisons par hasard Yin Yin … quelle coïncidence, c’est pratiquement ma seule amie locale (elle est membre du club et attend son garçon qui suit ici des leçons de tennis).
Yves est convié par l’association Swissnex, à faire une présentation pour les alumni HEC Lausanne, en position à Singapour ; ensuite un souper « fondue fromage » nous est offert pour ne pas nous permettre d’oublier nos racines. L’ambiance est hyper conviviale ; Yves reconnaît pratiquement tous les visages de ses anciens élèves. On parle beaucoup français, voire même vaudois mais aussi anglais avec des tous jeunes gens de Lugano. Par contre dans les bars et restaurants du club, c’est le suisse-allemand qui domine. Nous sommes une vingtaine et les contacts se font rapidement ; on échange, en fait pour nous c’est plutôt recevoir, des informations sur la vie à Singapour et en Asie. Plusieurs couples se sont installés il y a une dizaine d’années et n’envisagent pas du tout un retour en Europe ; ici ils apprécient le climat, la nature, le statut qui leur permet d’avoir une maison et du personnel. Par contre à l’âge des études universitaires, la jeunesse s’échappe aux Etats-Unis ou en Europe, par besoin de liberté et aussi de connaissance de leurs racines. Et c’est ainsi que dans la conversation, Arne, mon voisin, me parle de Claude et de Daniel, deux amis très proches … et soudain le monde se rétrécit ! Ou alors, après avoir papoté un bon moment avec Alexandra, nous nous apercevons que nous avions fait connaissance, il y a plus de vingt-cinq ans, lors de grillades à La Forclaz, chez Isabelle, la première assistante de Yves. Elle nous demande des nouvelles de Gabor, d’Alex, etc. La soirée se passe ainsi dans une ambiance excellente et les cartes de visite s’échangent de-ci de-là … on se reverra !
      
Le retour est joyeux également ; il tombe quelques gouttes seulement à la sortie du bus et il ne nous faut que dix minutes pour rejoindre le condo. Eh bien, cela suffit pour prendre une bonne douche … les nuages tout d’un coup décident de se vider sur Kent Vale. Le petit parapluie est insignifiant face à la force de l’eau et ça rebondit de partout, formant une vraie rivière au sol. Nous ne pouvons qu’en rire, avec nos jolies chaussures, Yves en chemise classe et moi avec ma petite robe de soirée … L’avantage ici, c’est qu’avec la température, même à minuit, on ne prend pas froid et c’est bien aussi quand cela arrive au retour plutôt qu’à l’aller. J’ai compris ce soir, preuve à l’appui, que le parapluie à Singapour est utile pour se protéger du soleil et non de la pluie !


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Anecdotes de la vie ici

Nous n’aurons jamais fini de découvrir des endroits insolites, sympas, un peu à l’écart des sentiers battus. Hier Yves donnait un cours à la prestigieuse école INSEAD, qui ne se trouve pas très éloignée de Buona Vista. Je lui propose donc de m’arrêter à cette station de métro, à mon retour de la ville, ayant lu quelque part que Rochester Park valait une visite. Il ne s’agit pas d’un parc où l’on fait des km de balade mais de petites rues cachées dans les bois où de magnifiques bars et restaurants se fondent dans le paysage de la forêt. Un repas tout simple mais dans un cadre qui fait oublier tous les « éventuels » soucis ou douleurs de la journée. Dans ce coin là, en septembre, à été inauguré un CC à l’architecture grandiose, une fois de plus; on se croirait dans un énorme paquebot à ciel ouvert; les architectes se donnent du plaisir ici.
           
Je dois aller à un bureau de poste à Clementi pour récupérer un envoi; l’adresse sur l’avis indique « 3 Clementi Avenue » et je me souviens que le coiffeur conseillé par Jutta se trouve au 2 de la même avenue. Mais ne serait-ce pas trop facile pour moi que ce soit juste des voisins ou de l’autre côté de la rue? Je dois bien marcher quinze à vingt minutes pour aller de l’un à l’autre … je comprends enfin que le 3 Clementi Avenue est toute une rue en elle-même, à l’intérieur de laquelle chaque building a un numéro de block et il en va de même pour l’autre adresse. Il suffit de savoir; je trouve enfin le salon de Oscar, qui a justement décidé de prendre sa journée! Mais comment Jutta a-t-elle déniché ce petit salon au rez d’un block perdu dans ce quartier de HDB?

Je suis retournée chez Joy pour une longue séance de manucure-pédicure, un plaisir de me faire dorloter avec un bon thé et des petits chocolats … pour moi en tout cas c’est un plaisir mais pas pour le monsieur qui, installé à quelques fauteuils du mien, pousse des cris de douleur quand la fille lui triture les orteils … serait-il tellement douillet; il a mis de l’ambiance au salon aujourd’hui!

Puisque c’est le moment des anecdotes, je continue avec celle du début de semaine. On m’a proposé sur le campus un cornet de glace, gratuit … et ceci pour l’inauguration d’un nouveau guichet de banque! Je pensais plutôt recevoir un bic, un porte-clé … mais non un cornet de glace, avec trois parfums, fraise, chocolat … tout va bien mais je suis surprise du troisième goût : sweet corn. Étrange de se trouver avec un grain de maïs en bouche alors que je déguste une glace, mais ce n’est pas si désagréable!

Yves, lui, apprend que son collègue finlandais a hérité d’une philippine qui travaillait pour des amis ayant quitté Singapour. Nous aurions de la peine à héberger une jeune fille à notre service, dans ce réduit minuscule, borgne, sans climatisation, qui me sert à moi de cave. Mais elles sont très contentes d’avoir du travail, celle-ci gagne 600$ par mois, elle fait les courses et leur prépare tous de bons repas asiatiques, qu’ils ont réussi à lui faire prendre à leur table (ce qui n’est pas usuel). Le dimanche est leur jour de congé, on les retrouve en nombre sur les trottoirs de Orchard Road et dans les environs, tout comme on l’avait observé à Hong-Kong, il y a une vingtaine d’années.

Un autre professeur belge, de Hasselt, est en visite à NUS pour deux mois. Il vient de s’installer, à Kent Vale également, et est rattaché à un département management de la faculté d’ingénieurs où Yves est déjà intervenu dans un cours. Ils se trouvent des contacts et des centres d’intérêt communs … même ici le monde est petit!


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Little India et le quartier arabe

Alors que Chinatown enlève ses lanternes et ses guirlandes après les festivités de la mi-automne, le quartier indien, Little India, sort ses décorations de rue pour Deepavali, la fête hindoue des lumières, qui brillera tout le mois d’octobre. Little India est un quartier qui a conservé une atmosphère plus pittoresque, moins aseptisée que le reste de Singapour. Ce n’est pas ici que l’on trouvera des magasins au sol de marbre et avec un air climatisé.
Les arcades de shophouses, également très colorées, débordent sur les trottoirs d’échoppes d’où se dégagent de la musique et des relents d’épices. Ces échoppes s’entassent, proposant parfums, cds, vêtements, chaussures et bien sûr des bijoux en or ! Les fruits et légumes se vendent quasi jour et nuit, le long des rues.
    
Et les colliers de fleurs attirent les regards ; c’est tout un art et un apprentissage que de choisir et enfiler ces petites fleurs isolées pour créer de superbes « bijoux », destinés aux offrandes mais aussi aux décorations lors de cérémonies de mariages, Deepavali ou simplement pour garnir les cheveux. Au 19ème siècle, ont émigré d’Inde et de Malaisie les premiers « flower garland makers » ; ils façonnent leurs oeuvres avec des petites roses, du jasmin et des tagètes … dont je trouve le terme anglais de marigold plus mignon.
 
Certains petits malls ont un thème bien précis, comme Tekka Centre qui à l’étage au-dessus d’un marché mouillé bien odorant, regorge de marchands de saris. C’est tellement coloré, satiné et aussi tout en brillance de paillettes. L’autre jour dans le métro, nous avons admiré deux petites filles indiennes avec habits, sac et bijoux traditionnels, si mignonnes.
 
Ce ne sont pas non plus les restaurants qui manquent et les serveurs, parfois en habit, essaient de nous aguicher … je sais par contre que les plats sont souvent fort épicés et j’attendrai Yves pour faire une découverte astronomique typique ; nous avons quelques adresses. Aujourd’hui, j’assure … je plonge dans une sorte de self-service, tout clair et hyper propre, où j’espère trouver à mon goût un petit snack. Oh, la carte est incompréhensible pour moi sans photo; alors je me fais aider, il y a un jeune serveur qui parle un peu anglais et il me prépare une assiette de samosa chaat arrosée d’une délicieuse sauce verte … c’est excellent, juste un peu relevé et tellement parfumé ! Il est ravi que cela me plaise.
Tout le monde ici m’a dit d’aller voir Mustafa … ce n’est pas une personne mais un grand magasin, ouvert 24h/24 où l’on trouve de tout et en quantité inimaginable (des bijoux en or, des jeans, tongs ou baskets, des sacs et valises, des parfums, de la literie, des jouets et vêtements bébés, des colliers ou petites robes tutus, des costumes pour Gilles … de la vaisselle, de l’alimentation et tout un rayon Lindt, …)! Les expats viennent se fournir ici quand ils s’installent … et non chez Ikea, trop cher. Mais c’est un fouillis indescriptible par endroits, la marchandise est entassée en couches superposées … ça valait le détour. J’y admire les rouleaux de tissus, style de marchandise que l’on ne trouve plus guère chez nous. Le magasin ou les magasins sont énormes, assez sombres et vieillots, avec des escaliers plutôt que des escalators et je dois un peu chercher pour en trouver la sortie …
       
Il y a peu de limite entre le quartier indien et arabe. Ayant déjà visité quelques temples, j’explore aujourd’hui les mosquées. J’hésite à entrer dans la belle Masjid Abdul Gaffoor, habillée de tons de vert et crème, la mosquée des indiens tamouls, car je n’y aperçois que des hommes. Mais une jeune touriste d’Ouzbékistan se joint à moi ; pieds nus et vêtues d’une longue djellaba, nous pouvons ainsi pénétrer dans la salle des prières, sobre et aérée.
  
Et alors que je suis mon plan le long du canal Rochor vers une autre mosquée, je découvre une petite église blanche, immaculée, l’église catholique de Notre Dame de Lourdes ! Elle a été construite en 1888 sur le modèle original, semble-t-il. La mosquée des musulmans malabars, du sud de l’Inde et du Sri Lanka, a été reconstruite il y a 50 ans; elle resplendit de mosaïques bleues, couleur lapis-lazuli, et d’un dôme doré. A côté, dans un fouillis d’herbes folles, on peut voir des stèles d’un vieux cimetière abandonné.
 
 
La mosquée principale des communautés malaises et indonésiennes, Masjid Sultan est également impressionnante mais j’y arrive trop tard pour la visiter. Elle est située près du Malay Heritage Center, avec son musée rénové tout récemment et j’y reviendrai également pour une visite guidée. L’endroit est paisible en cette fin de journée, dans un joli parc où le gazon semble taillé aux ciseaux, tout à fait comme le mien à Lonay!
 
Bussorah street, Arab street, Haji lane sont des ruelles au mode de vie alternatif, où il est agréable de flâner, de chiner parmi les petites boutiques d’artisanat, de foulards, de vêtements … on peut s’y faire peindre les mains à l’henné … on y adore la fumée odorante des narguilés.
   
J’allais oublier de dire que pour la pause au milieu de mes longues heures de balade dans ces quartiers chauds (point de vue température, bien sûr), je me suis laissée tenter par l’enseigne du Tang Dynasty. Je gravis un petit escalier sombre, étroit et je découvre un merveilleux spa, charmant comme tout, où je m’offre une heure de massage des pieds … quel bien cela fait !