Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine

Mikiko, ma nouvelle guide et Benoît, notre ancien guide

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Mikiko est une guide francophone, amie de Tadashi et elle sera ma guide ce jour pour rayonner dans un quartier insolite proche de chez moi. Je fais sa connaissance à la sortie de la station Nezu sur ma ligne de métro et de suite le contact se passe très bien, je la trouve sympa – nous allons passer un super moment toutes les deux.

Je n’avais jamais visité le sanctuaire de Nezu, quelle erreur; il est sobre, pas trop grand, peu peuplé. Et surtout il semble protégé par sa colline couverte d’azalées; celles-ci sont toutes à leur apothéose de floraison et avec une météo ensoleillée, c’est magnifique – Maude m’avait prévenue qu’une surprise m’y attendrait et elle avait raison.

Un retraité, amoureux de la nature et de la photo, se met à parler avec nous et me conseille les bons spots pour mes photos. C’est un bavard et Mikiko me résume souvent ses propos – il est venu plusieurs fois en Suisse, dans les montagnes, pour des photos et en garde un merveilleux souvenir. Nous sillonnons la colline au milieu de ces massifs joyeusement colorés et nous traversons le tunnel des Torii rouges où sont gravés les noms des donateurs.

Mikiko me remet en mémoire les bases du shintoïsme (religion née au Japon) et du bouddhisme (religion importée et adaptée), elle répond à mes interrogations ou mes étonnements et nous pratiquons ensemble la phase de lavage des mains, de la bouche (pour la parole gentille) puis de l’offrande et des vœux après avoir claqué des mains. Une petite scène accueille, surtout l’été, le théâtre Nô et les kiosques vendent les amulettes, les emas, les porte-bonheur divers.

Ensuite elle me demande si j’aimerais goûter du Amazaké : why not? Il s’agit d’une boisson chaude sucrée, à base de riz fermenté; c’est un peu épais, pas très alcoolisé et surtout c’est un fortifiant, bon pour la santé ! J’aime et suis très contente d’avoir pu participer à ce partage – on en prépare seulement aux grandes occasions, ici c’est pour la fête des enfants qui a lieu début mai. Sheena me dira qu’elle n’a pas souvent l’opportunité d’en déguster, parfois à la nouvelle année seulement. La dame du stand est surprise de ma présence ici, moi seule étrangère, elle nous offre du thé et me félicite, via ma guide, pour mon accent parfait du Arigato gozaimasu !

Nous nous promenons alors dans Yanaka, qui signifie « la vallée du milieu », quartier situé entre les plateaux de Ueno et de Hongo. C’est une chance que ces ruelles aient été préservées dans le temps des bombardements, des incendies, des intempéries; les maisons y sont restées petites, souvent en bois et certaines sont restaurées pour leur redonner le cachet d’antan. Les habitants y vivent à un autre rythme que dans le centre de Tokyo, ici on prend le temps de discuter, on garnit les devantures des habitations avec des plantes, des pots de fleurs.

Yanaka est connu comme étant la ville des chats, ils sont nombreux à se dorer au soleil, à se promener comme nous; la plupart sont sauvages et ont élu domicile dans le grand cimetière. Il n’est donc pas étonnant que le chat soit la mascotte de cette zone; les japonais aiment les mascottes, ils en ont des centaines et font même des concours de popularité. Ici, dans une toute petite ruelle nous discutons un moment avec un monsieur assis à même la route, avec son chat en laisse – il m’autorise à photographier … le chat … et finit par me donner un plan en anglais de Tokyo ainsi que sa carte business. Il a des chambres à louer sur Airbnb et son épouse, d’origine russe, tient une petite école dans sa langue maternelle – leur maison est mignonne. Ceux qui n’aiment pas les chats alignent devant leur porte des bouteilles d’eau en plastic – Mikiko n’est pas du tout convaincue de l’efficacité. Et les barreaux que j’observe souvent aux portes ou fenêtres n’ont pas pour fonction de se protéger de la délinquance mais bien des tremblements de terre.

Par le passé Tokyo a subi plusieurs incendies importants et le gouvernement a alors décidé de déplacer un maximum de temples vers Yanaka, qui en plus d’être la ville des chats est aussi devenue la ville des temples. On les compte par dizaines, on les repère sur les plans par le manji 卐 , qui ici représente l’amour, la sagesse, l’union des religions. Ils ont tous leur cachet, leur cimetière adjoint, leur verdure tellement belle, leurs statues de pierre dont beaucoup d’enfants protégés d’un bonnet rouge. Le grand cimetière de Yanaka, très connu pour son allée de cerisiers – sous lesquels les tokyoites viennent aussi pique-niquer au moment de Sakura – possède des tombes d’hommes célèbres, artistes, politiques et aussi la famille du dernier shogun.

Au bas de Yanaka ginza, la rue mentionnée dans tous les guides, avec ses chats peints, sculptés un peu partout et ses boutiques d’artisanat, Mikiko a son restaurant préféré pour le poisson grillé. Je n’aurais jamais osé franchir cette porte, ne m’imaginant pas que c’était un restaurant et c’est pourquoi j’aime parfois la compagnie d’un guide pour ce genre de découverte. Le tenancier est poissonnier également (en fait c’est une histoire de famille sur trois générations et c’est ainsi que ça fonctionne souvent par ici pour ces petits restaurants de quartier) et Mikiko me conseille de goûter le Saba, une espèce de maquereau japonais. Je vois le patron l’embrocher et le faire griller sur le charbon. Sa peau caramélisée au sucre brun est un régal, le Saba est très goûteux – il faut que je retienne le nom (c’est d’ailleurs le nom de ce poisson qui fait que les japonais aiment nous demander « ça va? » car c’est pour eux la même prononciation) !

J’apprécie tant ce quartier que ma guide me propose de le sillonner encore un moment et on garde son autre projet pour une prochaine visite. Les boutiques d’artisans sont nombreuses, elle en choisit quelques-unes et je suis fascinée par une papeterie avec toutes sortes de décors traditionnels pour des objets d’utilité, comme des sacs, des porte-monnaies, des couvre-livres, des tissus également ou des cartes, des serviettes. Chez le boulanger l’odeur de cuisson est alléchante mais je n’ai plus faim et pourtant ce goût de sésame grillé me ferait bien envie.

Et c’est ici que ma chance se révèle; dans la teahouse voisine, des dames distinguées, en kimono, proposent la cérémonie du thé. Étonnamment je n’ai encore jamais participé à une dans ce contexte purement traditionnel et avec les explications de Mikiko ce sera un vrai moment intense – prendre le temps d’observer, d’admirer, de respecter les objets que l’on utilise, le bol, le petit fouet en bambou, la cuillère pour doser la poudre de macha. Tout est codifié et devenir maîtresse de cérémonie demande un long apprentissage, ce sera un moment d’échange que je n’oublierai pas, avec trois maîtresses et six participants. Il y a même une maman venue de loin dans Tokyo, avec son petit garçon de quatre ans – souvent les enfants ne sont pas les bienvenus mais le sien est très calme, bien gentil et il aime tant ces cérémonies du thé, nous dit sa maman. La maîtresse du jour nous informe en quittant quelle n’organise ces cérémonies pour le public qu’une seule fois par mois – c’est mon jour de chance!

Sur ce, l’horloge a tourné et il est temps de revenir vers la civilisation. Nous allons emprunter un « community bus », soit un petit bus de quartier dont le circuit passe par les ruelles plutôt que les grandes avenues. J’en découvre non seulement l’existence mais aussi les circuits et les horaires fréquents, bon tuyau de ma guide. Sur le trajet, elle me parlera aussi d’un onsen public et du jardin des pivoines. Mon seul regret sera de ne pas avoir rencontré Mikiko plus tôt dans mon séjour.

Ce soir Yves et moi sommes en partance vers Koiwa, la campagne, soit un quartier un peu éloigné, où la vie est moins bruyante, les vélos sont nombreux. Nous sommes de plus en plus à l’aise dans les rues pour nous repérer et ce ne sera pas trop compliqué de retrouver la maison de Benoît. Il était notre premier guide à Tokyo en 2012; nous suivons ses projets et connaissons depuis l’an dernier sa famille, son épouse Akiko, leur fils Link qui a 3 ans et leur petite Luna qui fêtera son premier anniversaire dans un mois exactement. Link est beaucoup plus volubile que l’an dernier, je n’y comprends rien mais il me met la manette du jeu vidéo en mains pour que je me mesure à lui … tellement drôle, tandis que Luna se cale dans mes bras, tout sourire. Benoît a lancé un commerce en ligne de friandises japonaises, il y a ajouté petit-à-petit des figurines ou objets du monde des mangas. Les 80% de ses clients sont en France et le nombre de commandes croît sans cesse, il s’est multiplié par trois depuis une année. Tant et si bien que leur projet d’aménager des chambres d’hôtes dans la maison sur trois niveaux qu’ils ont fait construire, tombe à l’eau car toutes les pièces servent de stock. Ils aimeraient pouvoir acheter la maison et le terrain voisin pour encore s’étendre. La poste vient trois fois par jour, 7 jours sur 7, chercher les colis qu’ils ont préparés manuellement, tandis que ses achats, il va les chercher lui même et il nous explique à nouveau que toutes les transactions pour son commerce se font en cash, il achète en liquide des timbres pour payer le facteur et il doit donner du liquide quand il va chercher ses friandises, etc. chez ses fournisseurs. C’est vraiment une habitude japonaise que de procéder ainsi, même pour s’offrir un sac Vuitton ou une montre Rolex, nous dit-il. Le repas est chaleureux autour d’un magnifique et délicieux plateau de sushis que Akiko a fait livrer … nous serons toujours les bienvenus chez eux.

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