Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine

Découverte de Kanazawa

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Kanazawa est une ville de 500’000 habitants située au bord de la mer du Japon, dans la préfecture d’Ishikawa, une région réputée pour sa nature et sa gastronomie. L’accès y est rapide depuis une année alors que le Shinkansen permet de s’y rendre en direct depuis Tokyo, cela a fait croître le nombre de visiteurs et le train est bien rempli. La gare est grandiose, œuvre de l’architecte japonais Tameo Kobori, comme une large cathédrale de verre et une entrée en bois côté Est en forme de portique de temple typique de la région.

Les habitants sont bavards, ils aiment parler avec nous et le taximan babille sans arrêt, nous explique probablement ce que l’on voit sur la route qui nous mène au Musée d’Art Contemporain, appelé musée du 21ième siècle. Sa forme ronde, dessinée par le bureau Sanaa, est originale; l’espace est lumineux, très blanc pur et présente peu d’œuvres dans chaque salle.

Le château de Kanazawa est le premier château que je visite, il n’en reste que quelques-uns de l’époque féodale dans le pays. Il fut la résidence de la famille Maeda depuis la fin du 16ième siècle, il fut détruit par les flammes fin du 19ième; une partie seulement fut restaurée et ouverte au public en 2001. Il trône comme nos châteaux forts sur la colline, son ossature bois est typique et nous est présentée en détail dans les salles que nous visitons. Le bois utilisé provient en grande partie de la région, du cèdre rouge japonais, du pin, du cyprès japonais et aussi du cèdre blanc d’Amérique. La forme des tours est carrée, les murs en bois recouverts de pierre claire, les portes sont très belles, les toits courbés et les fenêtres sont dépassantes vers l’extérieur – le bas pouvait se lever pour permettre de jeter des projectiles sur l’ennemi envahisseur. La maquette nous montre que c’était pratiquement tout un village qui entourait la famille régnante.

Externe aux douves du château, se trouve le fameux Kenrokuen garden, le troisième plus beau jardin japonais selon les experts. Sa première esquisse date de 1676 et aujourd’hui il s’étend sur dix hectares, ce qui n’est pas de trop pour accueillir tous les visiteurs! C’est avec une bonne glace au macha que je parcours les allées, admirant les érables, le jeu de couleur des mousses, les pins qui sont soutenus par des pieux, les étangs où se reflètent végétation, lanternes, pont, pavillon ou maison du thé. Il reste quelques cerisiers en fleurs mais c’est la saison des iris d’eau qui pointe son nez.

La marche n’est pas trop longue pour rejoindre Nagamachi Bukeyashiki-ato, le quartier résidentiel des samouraïs, avec ses ruelles étroites pavées de pierres plates, ses habitations basses cachées derrière des murs en torchis. Les japonaises s’y baladent en kimonos, ce qui ajoute un charme supplémentaire à cette atmosphère traditionnelle. Mikiko m’a conseillé un petit salon de thé, où assis face à un jardin tout mignon et paisible, nous dégustons un macha avec des sucreries à base de haricots rouges, comme il se doit. Le délicat arrangement floral, le service à thé, la soucoupe en argent sont d’une finesse tellement touchante. Juste à côté, la résidence Nomura date de l’époque féodale, c’était une famille connue de samouraïs du clan des Maeda. C’est une maison traditionnelle, avec ses tatamis au sol, ses parois coulissantes, ses peintures et ses calligraphies, son autel de prière et son beau jardin.

Après un Teppanyaki excellent, seuls dans ce petit restaurant, nous rejoindrons l’hôtel. Le bœuf qui nous est préparé par le cuisinier est tendre mais celui-ci n’est pas du tout bavard, même un peu trop timide, alors que la dame qui nous sert, une dame très distinguée, d’un certain âge, avec le visage couvert de poudre blanche, est elle très gentille. L’hôtel choisi, est de construction très récente et nous y trouvons un style japonais moderne, avec des panneaux, du bois, une salle de bain typiquement japonaise, une porte de chambre qui coulisse et ouvre d’abord sur un petit vestibule, une œuvre d’art dans une vitrine à chaque chambre. Il y a même un onsen, que je me ferai le plaisir de fréquenter, une cour intérieure et un jardin devant l’entrée très bien aménagés. Nous apprécierons le calme dû à la localisation un peu excentrée ainsi que le bus navette qui relie la gare deux fois heure, avec proche de la gare un service de conciergerie très utile. C’est le nom Sainoniwa qui avait accroché mon attention (à cause du « niwa ») et je ne suis pas déçue.

Omicho Market est un grand marché couvert, avec plus d’espace que celui de Kyoto. Il est ouvert six jours sur sept et ses 180 étals de nourriture sont surtout impressionnants quand ils proposent du poisson. Les poissonniers s’en donnent à crier leurs produits et nous sourions en voyant se balancer les paniers en osier qui servent de caisse pour les recettes – ils ont la chance de vivre dans un pays où le vol est inconnu. C’est un peu tôt pour le repas et pourtant les restaurants de ce marché sont à la source de produits frais et ceux de l’étage offrent une belle vue sur le va-et-vient des clients.

Le pont Asanogawa enjambe la rivière du même nom et nous amène à Higashi Chaya district, l’un des trois anciens quartiers de geishas. Nous voici à nouveau remontés dans le temps, au 19ième siècle; les rues piétonnes sont bordées de maisons basses en bois (les portes me paraissent si petites), aux fenêtres lattées. On dirait des maisons borgnes et pourtant en y pénétrant on découvre un décor très mignon, des jardins, des points de lumière très raffinés. Ce sont aujourd’hui des boutiques d’artisanat de la région, connue pour sa poterie, céramique ou porcelaine de Kutani, ses teintures sur soie Kaga Yuzen, ses objets recouverts de laque de Wajima dessinée ou de laque Yamanaka laissant voir le grain du bois, ses dorures à la feuille d’or – que ce soit sur des vêtements, des sacs, chaussures, porcelaine, verre ou papier, nourriture, même les murs d’une pièce. Les 99% des feuilles d’or produites au Japon le seraient ici à Kanazawa.

Et nous resterons sous le charme de ce quartier, même sous une petite pluie – qui donne le plaisir d’admirer de beaux parapluies japonais encore en bois – en savourant un menu local dans une ancienne maison de thé. Décor sobre, senteur de la paille des tatamis et du bois de la construction, présentation des plats comme des œuvres d’art, calme et grande gentillesse des serveuses.

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