La pluie battait la fenêtre cette nuit mais le portier avait raison, il fait sec ce matin contrairement aux premières prévisions et déjà il faut refaire les valises.
C’est la Gay Pride Parade aujourd’hui, il y a de l’animation pour le rassemblement sur Copley Square ; les voitures de police contrôlent le quartier et bloquent certaines rues.
Nous avons réservé le lunch au restaurant panoramique qui se trouve dans Prudential Tower. Ainsi nous finissons notre séjour en beauté, au Top of the Hub, au cinquante-deuxième étage, attablés face à la Charles River et au MIT. En faisant le tour, nous reconnaissons les différents quartiers visités, sur un relief très plat jusque bien loin à l’horizon.
Le repas est excellent, la serveuse très agréable et je me demande toujours si les questions qu’elle nous pose oseraient surgir des serveurs chez nous. Ce n’est pas seulement d’où on vient mais pour quelle raison nous sommes à Boston et même si nous fêtons un événement particulier ce jour !
Le taxi se trouve un peu dans les bouchons vu l’animation dans la ville mais nous sommes bien à l’heure à l’aéroport Logan. Le service Air Canada est rapide et comme au départ, nous montons dans un petit Bombardier de cinquante places, bas de plafond ; une seule hôtesse pour nous servir boisson et chips sur moins d’une heure de vol … un vol comme on les aime, convivial.
L’objectif initial de cette journée de vendredi était une excursion en bateau jusque Provincetown, à la pointe nord de Cape Cod, ce bras de terre avec des plages idylliques, des ports de plaisance, une côte qui s’ouvre sur l’océan … une journée de rêve dont tout le monde nous a conseillé la destination. Mais c’était sans compter sur Andrea, cette tempête dont la queue nous apporte vent violent et pluie drue annoncés tout le jour. Et pourtant hier mon portier m’avait bien assuré le beau jusque milieu d’après-midi et quand je l’asticote ce matin, il répond : si le mauvais vient plus vite, il repartira plus vite aussi … pourvu qu’il ait raison ! Et de Cape Cod, nous nous contenterons du phare sur le paquet de chips.
Rester toute la journée dans l’hôtel ne me tente guère, je propose donc une sortie accessible en métro jusqu’à la Prudential Tower, et son centre commercial. Il compte seulement septante boutiques, soit dix fois moins qu’à Marina, ce qui décide Yves à me suivre et pour son bonheur le premier magasin est la librairie Barnes & Noble. J’y déniche un joli nouveau carnet de notes – je les remplis à vitesse grand V – et la présentation de leur liseuse nook, pas mal. Les enseignes qui retiennent notre attention sont Cheesecake Factory tellement alléchant, Microsoft avec un espace de vente qui fait penser à ceux de Apple et sa tablette Surface et un gigantesque salon de coiffure MIZU – il y en a également un à New York.
Nous restons ensuite bien calfeutrés dans notre hôtel Fairmont, un établissement datant de 1912, avec le cachet d’un petit château; son corridor et son hall aux lustres de cristal et aux plafonds dessinés dans des tons clairs, ses salles de réception éblouissantes – nous y verrons un mariage et un défilé de mode -, ses marbres et ses tapis, sa boîte aux lettres dorée, son Long Bar pour les repas dans un cadre de châtelain.
Mais je dois surtout parler de Catie Copley, l’ambassadrice canine que le Fairmont offre comme compagnie pour ses invités, un labrador noir adorable. Elle a quatorze ans, a été entraînée comme guide pour aveugle et quand sa vue a elle a baissé souffrant d’une légère cataracte, elle a changé de carrière; l’équipe de conciergerie de l’hôtel tient un agenda pour ses rendez-vous de balade. Un livre à la réception raconte aux enfants sa vie et elle possède sa carte de visite, on peut également lui envoyer un email … funny, isn’t it? Je ne prendrai pas le temps de la balader mais juste de discuter avec elle chaque fois que je rentre …
Le Fairmont est idéalement situé pour visiter la ville et malgré qu’il soit sur une place animée, nous l’avons trouvé très calme; les chambres sont capitonnées, les épaisses moquettes américaines couvrent les bruits de pas. Au dernier étage, un fitness avec une terrasse pour prendre le soleil avec la vue sur les immeubles et les toits du quartier mais il est clair que nous aurions pu aussi réserver au Harbor Hotel qui marie le charme historique et l’élégance moderne; un hôtel spectaculaire, avec un quai d’accostage qui donne l’impression d’entrer sous le porche avec son yacht … il est permis de rêver.
C’est bien le moment pour chatter avec nos jeunes; Thomas a fait son dernier jour à Zurich et est tout enthousiaste de commencer à Lausanne lundi, Mathieu regrette l’arrivée du beau temps avec son flux de pollens qui lui pourrissent la vie. Tous deux vont suivre ce week-end un cours de moto et Mélina qui était en formation cette semaine a beaucoup ri quand leur enseignant a annoncé qu’il allait parler de Business Model Generation, créé par un professeur de Lausanne!
Je me suis fait hier soir un itinéraire précis – avec les stations métro – et complet pour une série incroyable de choses à voir aujourd’hui. Une vraie journée ‘marathon’ et c’est d’ailleurs juste en face de l’hôtel que se trouve la ligne gravée sur le trottoir de cette course célèbre depuis 1897 – avec seulement quinze coureurs pour la première édition alors que de nos jours ils sont plus de vingt mille. Elle fut malheureusement cette année un lieu de tragédie, dont tout le monde ici parle encore; des fleurs, des chaussures, des peluches commémorent ce triste événement. Les professeurs que l’on rencontre et qui habitent sur le campus témoignent de ces jours effrayants à Cambridge, devenue ville fantôme, avec les rues désertes et seuls les bruits des sirènes et des coups de feu.
Copley Square – du nom d’un peintre portraitiste né à Boston en 1738 – est le cœur de Back Bay, anciennement un étang vaseux dont le niveau de l’eau dépendait des marées jusqu’au moment où Boston s’étend et où ce quartier est remblayé fin du dix-neuvième siècle pour devenir un quartier de résidence, de rues commerçantes aux façades de grès brun et aussi de beaux espaces verts. La place est dominée par la plus haute tour de la ville – soixante étages -, Hancock Tower toute en verre, dessinée en 1976, par l’architecte sino-américain I. Ming Pei – à qui l’on doit la pyramide du Louvre. Dans cet énorme miroir se reflète la Trinity Church, église anglicane de 1733. Sa façade en grès et granit est déjà spectaculaire en soi mais entrer dans cet édifice religieux inspire le respect, le calme. C’est l’artiste La Farge qui imagina cet intérieur très coloré, assez foncé; des motifs, des fresques et des dessins inspirés de l’église chrétienne, mais aussi un peu de byzantin, de motifs médiévaux et de la Renaissance. Les vitraux, extraordinaires, sont souvent l’œuvre d’artistes européens. L’église fut construite alors que le sol était encore mouvant, ainsi elle repose sur d’énormes pieux et un système de drainage fut mis en place.
L’autre bâtiment somptueux de la place est la bibliothèque municipale, avec une imposante façade, des escaliers la surélevant, et de part et d’autre de l’entrée une statue représentant l’Art et une autre la Science. L’intérieur est conçu comme un palais Renaissance, avec un majestueux escalier de marbre, des plafonds de mosaïques, des peintures murales et une paisible cour intérieure.
Le métro me débarque ensuite le long de Fort Point Channel, que j’enjambe pour voir de plus près le Children’s Museum, le meilleur terrain de jeux pour les petits et sur l’eau, le Boston Tea Party Ship qui permet aux visiteurs de revivre les événements de 1773, qui bloquèrent le port de Boston, début de la révolution américaine. Sur les quais où je me balade et admire de loin, les gratte-ciels du quartier financier et le magnifique édifice de verre de l’Intercontinental, une exposition particulière du Design Museum, appelée ‘Design is everywhere, so are we’, permet de prendre place sur des bancs publics originaux dont chacun est détaillé et expliqué sur un panneau et ceci tout le long du canal.
Cette partie de la ville semble en plein bouleversement; un grand palais des congrès et ses hôtels de luxe semblent avoir remplacé un ancien quartier de pêcheurs et d’artistes. C’est ici que se trouve aussi, en porte à faux de l’embouchure de ce bras d’eau, le ICA (Institute of Contemporary Art) à l’architecture novatrice et dont l’éclairage de nuit procure tout son effet. Derrière un contour de la promenade sur les quais, surgit un imposant bâtiment cylindrique, incurvé, de briques rouges et de verre qui abrite la Cour de Justice, face au fleuve.
Plusieurs grands espaces verts ont émergé dans la ville; une grosse route qui traversait jadis la ville a été enterrée et transformée ici en une chaîne de parcs et jardins, la Rose Kennedy Greenway. Entre l’eau et les buildings du quartier financier, je m’arrête pour humer, admirer les fleurs et la verdure; une jeune horticultrice discute deux mots et me donne le nom des roses rouges très en fleurs.
Le bâtiment des pompiers est spectaculaire, ainsi que bien d’autres hauts buildings dont certains sont un mix entre ancien et nouveau, tel le Exchange Building. Peu de façades avec des peintures comme à Montréal mais par contre, on retrouve toujours aux États-Unis les camions rutilants aux enseignes évocatrices.
La Custom House Tower, tour carrée avec sa grande horloge, abrite aujourd’hui le Marriott hôtel et elle me signifie que je suis proche de Quincy Market. Trois longs bâtiments à l’arrière du Faneuil Hall où passe le ‘Chemin de la Liberté’, sont un endroit pour le shopping – quelle bonne idée d’avoir emporté deux valises moitié vides – et la bonne table, un quartier piéton où s’en donnent aussi les artistes de rue. C’est ici que l’histoire de la ville a commencé il y a quatre siècles, et l’on ressent le mariage entre l’architecture coloniale qui jouxte dans le paysage élancé des gratte-ciels. Les quais accueillaient dans le temps des navires marchands, chargés de café, de thé, d’épices et ce sont maintenant des ferries et des bateaux de croisières pour passagers.
Le long de Union St., le Mémorial de l’Holocauste est original, avec un couloir de granit noir qui traverse six hautes structures de verre sur lesquelles sont gravés six millions de numéros ainsi que les témoignages de quelques survivants, un passage silencieux dédié au souvenir. Avant de reprendre le métro, j’observe ce massif gris du Boston City Hall, conçu par I. Ming Pei aussi mais qui est considéré ici comme un échec, sans espace vert, trop de béton.
Quelques stations plus loin, je débarque au nord de Charles Street, l’artère qui borde le quartier le plus prisé de la ville, Beacon Hill. Des rues étroites, vallonnées, des maisons et des trottoirs de brique rouge, des réverbères à gaz, des fleurs et de la verdure qui dégringolent des rebords des fenêtres, des boutiques chics et des antiquaires en font un endroit de flânerie tranquille, plein de charme. Et c’est à Louisburg Square, un jardin privé, une enclave pour les élites, que le prix de l’immobilier atteint des sommes folles … c’est magnifique.
Par une longue passerelle au-dessus des avenues, j’accède au parc qui suit les berges de Charles River Bassin,l’Esplanade, propice à la balade, aux pic-nics, aux siestes au soleil sur une estrade en bois tout en regardant les embarcations sur l’eau et en face le campus du MIT; des sentiers traversent les pelouses où se promènent les écureuils, des lapins, des oies, … des petits ponts, des étangs, des sculptures dont la tête en plaques d’acier de Arthur Fiedler, initiateur du parc et des concerts en plein air alors qu’il jouait dans l’orchestre symphonique. C’est pourquoi sur la grande plaine se trouve une scène très originale en forme de coquillage, en bois sur l’intérieur, où les concerts attirent tout l’été des centaines de milliers de spectateurs, notamment le 4 juillet pour la fête nationale et son feu d’artifice. Arthur Fiedler y a amené la tradition d’un concert du Boston Pop’s Orchestra, qui en 1929 se donna dans une scène temporaire en bois déjà en forme de coquillage.
Rentrant dans les rues de la ville, un attroupement devant Cheers, un pub rendu célèbre par une série télévisée qui connut un succès énorme entre 1982 et 1993 – beaucoup trop vieux pour nos garçons -, racontant la vie de ce bar de Boston et qui détient toujours le record d’audience (84 millions de spectateurs pour un épisode). Un deuxième bar Cheers a ouvert au marché Quincy et ils ont même inventé, semblable à la Freedom Trail, un Cheers Trail documenté, menant de l’un à l’autre.
Et je rentre progressivement vers Back Bay, en traversant Commonwealth Avenue Mall, non pas un centre commercial mais une allée harmonieuse de parcs, une artère de verdure où s’échelonnent des statues. Un U-Turn et la ligne droite de Newbury St., longue de deux kilomètres, bordée d’arbres, de jolies boutiques, de terrasses me fait découvrir un petit magasin regorgeant de bonbons, irrésistible. J’aime également ces vitrines extérieures, présentant des vêtements dans les cours devant l’entrée de la boutique ou ces sièges en forme de main manucurée pour signaler un Nail Beauty.
Le timing est parfait, nous nous retrouvons à l’hôtel vers 16 heures; Yves, après avoir rencontré un collègue de Babson College s’est dirigé vers Harvard pour se plonger dans l’ambiance et travailler à son aise, dans une librairie ou un café. Et c’est ensemble que nous partons vers le sud-ouest, en direction du Musée des Arts, agrandi il y a peu d’une aile moderne mais c’est un autre musée qui nous tente ce soir, le Isabella Steward Gardner Museum. Cette riche dame bostonienne, collectionneuse d’art et globe-trotteur pour acheter des œuvres, fit construire ce palais de pur style vénitien, sur trois étages pour y exposer ses quelques deux mille pièces. Elle fonde le musée en 1903 et y présente sa collection de peintures, de sculptures, d’objets d’art décoratif dans des pièces ouvrant sur une superbe cour intérieure plantée de fleurs et de plantes. Sa collection comprend des Rembrandt, Titien, Boticelli, Vermeer … certains tableaux ont été volés en 1990 et jamais retrouvés, est-ce pour cela que les gardiens sont si nombreux et que toute photo est interdite. En 2012, Renzo Piano conçoit une nouvelle aile, toute moderne celle-ci, aérée avec un salon, un restaurant, un jardin et sur la façade un portait d’un homme africain, imprimé sur un maillage, réalisé par Adam Pendleton, un artiste noir américain connu, ayant déjà exposé au MoMA et au Tate. Cette façade change tous les six mois, invitant des artistes à créer une œuvre pour cet endroit précis.
Nous remontons à pied vers notre Square, en traversant un jardin public – anciennement un marais – qui fait partie de Boston Emerald Necklace; ce ruban vert qui s’étire sur onze kilomètres à travers la ville a été conçu par Frederick Law Olmstead, le créateur de Central Park à New York. Cette partie, appelée Back Bay Fens est sauvage et nous plait, tout comme la magnifique roseraie qui rayonne de couleurs et de parfums.
Ce coin renferme de nombreuses Universités et écoles supérieures, il est animé par les étudiants dans les nombreux bars et bistrots; le Berklee College of Music est une des meilleures des États-Unis, nous traversons son quartier et je peux dire en tout cas que c’est vaste.
Ayant déjà pas mal sillonné la ville, mon impression est vraiment très agréable; Boston présente de nombreux espaces verts super bien aménagés, la ville est vraiment nette et propre en son centre touristique, peu de travaux et de chantiers, nettement moins de personnes qui demandent l’aumône que dans d’autres métropoles, beaucoup de façades rouges, quelques escaliers extérieurs par-ci par-là, de jolies façades de cuivre pour des loggias d’appartements bien situés.
Une journée riche en découvertes, qui se termine autour d’un bon repas – homard pour moi évidemment – en compagnie d’Olivier, un jeune professeur de Liège qui parvient à passer plusieurs mois par année ici à l’université Bentley de Boston pour y faire de la recherche.
Yves avait un contact pour donner une conférence au MIT à 16 heures aujourd’hui mais hier soir, un mail lui apprend qu’il aura un bureau à disposition dès le matin et est joint un horaire de rendez-vous, d’heure en heure avec des chercheurs, des professeurs. Il part ainsi pour une longue journée à la Sloan School du MIT. C’est à Cambridge, de l’autre côté de la Charles River qu’ont élu domicile les deux plus prestigieuses universités au monde. Harvard est fondée en 1636, avec la faculté de théologie et est la plus ancienne école d’enseignement supérieur du pays. Le MIT est un peu moins bourgeois, il a débuté avec des facultés de sciences et de technologies en 1861, fondé par William Barton Rogers.
Voilà ainsi une belle destination pour moi également aujourd’hui. Je vise d’abord Harvard que je rejoins par le métro. Le métro ici à Boston est quelque peu particulier, il ressemble plutôt à un train souterrain, qui nous balade avec bruit dans les catacombes de la ville. Les wagons sont assez anciens, souvent avec quelques marches d’escaliers, il est possible de discuter avec le conducteur. Les voitures s’ouvrent parfois des deux côtés, il s’agit de faire le bon choix selon la sortie ou la correspondance que l’on veut prendre. Et même à la rue, il faut connaître sa direction pour emprunter le bon escalier; par contre de nombreuses stations sont accessibles pour les handicapés avec des ascenseurs. Tout comme la ville, le métro est propre, il y a des poubelles spéciales pour récolter les journaux gratuits lus – belle invention – et j’ai même eu droit à un petit concert sur des tuyaux dans les bas-fonds d’une station.
Harvard Square est très animé, coloré et met dans l’ambiance de la jeunesse. Le campus est étendu mais je commence par la mythique Harvard Yard; c’est comme dans les films … un parc bien vert et feuillu, autour duquel s’alignent des édifices historiques de briques rouges et colonnes blanches, la statue prisée par les étudiants de John Harvard et sa chaussure porte-bonheur. La Memorial Church et la gigantesque bibliothèque Widener aux quelques huitante kilomètres d’étagères – mais dont l’accès n’est pas autorisé au public. Une sculpture du célèbre britannique Henry Moore se trouve près de la bibliothèque, je le reconnais de suite après ma visite à l’AGO de Toronto et j’en reverrai une autre également au MIT.
Le parc est entouré de clôtures aux ferronneries travaillées et en pourtour je découvre les facultés de droit, des sciences et aussi telle une église, le Memorial Hall qui renferme une grande salle de spectacle. Trois musées d’art de Harvard sont actuellement en travaux extérieurs, pour être réunis en un seul complexe et c’est Renzo Piano qui orchestre ce grand projet. Sur cette même rue Quincy, le Carpenter Center abrite une école d’arts plastiques, c’est le seul édifice de Le Corbusier aux États-Unis. Je ne passe pas l’eau pour voir la Harvard Business School car l’heure a tellement vite passé et je me suis attardée dans les boutiques de livres et souvenirs.
Le MIT a ouvert le monde vers les technologies, c’est dans un laboratoire ici qu’est né en 1928 le premier ordinateur et c’est grâce aux travaux d’un informaticien du MIT qu’a été créé Internet. Le style des bâtiments et leur architecture sont tout autres que sur Harvard, avec moins d’unité. L’édifice qui attire le plus le regard est bien évidemment celui de Frank Gehry, le Ray and Maria Stata Center; une construction un peu folle, où se mêlent en façade la brique, le verre, le métal dans des formes aux antipodes des conventions d’architecture habituelles.
Le bâtiment principal de cette université est une construction gigantesque, un énorme monolithe gris, aux hautes colonnes, un dôme discret, regardant la Charles River où des voiles rouges briques au logo MIT se laissent porter par le vent. Alors qu’à Harvard, les cérémonies de remises de diplômes ont déjà eu lieu, ici elles se préparent avec l’alignement de centaines de chaises dans la plaine et les essais de musique; et voici pourquoi nous ne trouvions pas de place dans les hôtels de Cambridge. Je pénètre incognito dans le hall du bâtiment, impressionnant et je m’enfile dans les corridors à perte de vue, laissant voir quelques labos de physique, chimie. Sur le retour vers le métro, il y a des constructions plus modernes comme le centre Novartis ou le centre de recherche sur le cerveau. Il me faut quitter cet endroit magique pour les étudiants et rentrer vers la ville.
C’est dans le South-End, proche du Centre pour les Arts que nous dénichons un bistrot bohème et chaleureux, réputé pour son club de jazz, où la soirée sera délicieuse, dans l’assiette et les oreilles, le Beehive sur Tremont.
Le taxi commandé hier chez Diamond se présente pile à l’heure à 7h15 et nous n’oublions pas de lui demander un reçu cette fois-ci. En une vingtaine de minutes nous sommes à l’aéroport, l’enregistrement, le contrôle de sécurité se passent sans aucune file d’attente, le hall est vaste et désert, le personnel est vraiment très agréable à chaque poste et ce n’est pas moins de dix fois que notre carte d’embarquement est scannée. C’est à la douane américaine, que l’on passe par chance ici à Montréal, que nous nous attendions à des questions insistantes … eh bien non, que du contraire, le douanier est souriant, sympathique et nous souhaite un très bon séjour aux US. Martine en conclura qu’il doit être content de vivre au Québec. Il nous reste ainsi plus de deux heures pour un copieux petit-déjeuner et du travail de messagerie pour Yves tandis que je bouquine mes guides sur Boston.
La vue à l’atterrissage est superbe sur la baie mythique de Boston, avec quantité incroyable de voiliers et des îles éparses. Munis d’un pass pour les transports en commun, le trajet vers l’hôtel se déroule aisément et nous découvrons Copley Square, magnifique et animée ce jour d’un marché dit ‘familial’. En attendant que notre chambre soit prête, un lunch sur Newbury St. nous met de suite dans l’atmosphère d’une ville à l’ambiance joyeuse, aux terrasses bondées, aux bars où la musique fait vibrer.
Boston est dite la ville la plus européenne d’Amérique du Nord, elle compte aujourd’hui un peu plus de six-cent-mille habitants mais deux millions de visiteurs par an; elle est la capitale du Massachusetts et plusieurs quartiers font penser à l’Angleterre. Les premiers arrivants venaient en effet de Grande-Bretagne mais ont suivi des vagues d’immigration d’Irlande, d’Italie et plus récemment d’Asie, ce qui en fait une ville très cosmopolite.
C’est en 1620, à bord du Mayflower, que débarquent les premiers immigrants issus d’une secte presbytérienne puritaine qui fuyait les persécutions religieuses de leur pays et ils fondent la petite colonie de ce qui deviendra Boston, une dizaine d’années plus tard avec John Winthrop, le premier gouverneur du Massachusetts. Les colons veulent une société chrétienne et où l’éducation tient une place importante; en 1636, Harvard College voit le jour pour former les pasteurs de la colonie.
La capitale prend aussi le surnom de ‘berceau de la liberté‘ car c’est ici qu’ont démarré les manifestations contre le prélèvement de taxes dans les colonies exigées par l’Angleterre. Celle-ci face aux rebelles autorise alors les compagnies de l’Inde de vendre leur thé et c’est la révolte, le conflit avec les anglais et finalement les anglais quitteront Boston en mars 1776, quatre mois avant la proclamation d’indépendance des États-Unis. La ville se développe rapidement au niveau commercial, industriel et culturel; les musées, les salles d’opéra et de concerts, les librairies en sont le témoin encore aujourd’hui.
J’entraîne Yves à la découverte de l’histoire de la ville par le Freedom Trail, un parcours piéton de quatre kilomètres, tracé d’une ligne rouge sur les trottoirs, qui se réfère – via seize sites – aux événements, lieux et personnages importants de la guerre d’indépendance des États-Unis. Le parcours débute dans un grand parc public, magnifique, avec des massifs déjà bien fleuris, des gazons superbes, des arbres géants, des étangs où l’eau ici ne fait pas défaut. Ma prise de photos ralentit un peu de rythme de Yves, nous avons une petite brochure qui nous détaille chacun des sites et nous admirons ainsi le nouveau bâtiment du Gouvernement avec son Dôme recouvert de feuilles d’or, des églises de briques rouges au clocher élancé tout blanc, de petits cimetières épargnés dans les ruelles, un des importants salons littéraires du dix-neuvième siècle, le Hall Faneuil – lieu historique de la révolte des colons, la plus ancienne demeure coloniale en bardeaux du centre, celle de Paul Revere, un patriote qui a joué un rôle important au moment de l’attaque des anglais.
Nous enjambons la Charles River pour atteindre Charleston, un très joli quartier, paisible qui clôture le parcours avec un obélisque de granit, le Bunker Hill Monument. Il commémore sur une colline la première grande bataille sanglante de la révolution américaine; c’est sans doute une petite chance pour moi que l’entrée en soit déjà fermée en cette fin d’après-midi – il ne doit pas y avoir d’ascenseur pour en atteindre le sommet mais bien quelques trois cents marches. Charleston était autrefois un quartier ouvrier, de par son chantier naval. A quai, le USS Constitution Old Ironsides – dont l’équipage avait cru ses flancs en acier quand un boulet de canon avait rebondi dessus – construit fin du dix-huitième siècle, c’est le plus vieux navire en service de la marine américaine, il sort à quelques reprises sur l’année pour des croisières dans le port.
Vite, vite, me crie Yves … une navette fluviale est sur le départ pour nous ramener sur l’autre rive près de l’Aquarium, une petite traversée de rêve pour nous offrir une jolie vue sur la ville et le fleuve. Le quartier nous tente pour un repas en terrasse du Tia’s et nous nous lançons dans l’éclatement d’un homard entier pour en savourer sa chair délicieuse, armés de pinces, aiguilles, d’un bavoir et je me désaltère d’une bonne bière locale, une Samuel Adams. C’est succulent, une spécialité de Boston; je ne m’en priverai pas tout au long du séjour, sous différentes présentations – le Lobster Roll est aussi un régal. Le retour à pied le long du fleuve, sur le parcours de HarborWalk, et ensuite en traversant le quartier financier pour rejoindre notre douce chambre d’hôtel permet de repérer les balades des prochains jours.
Une journée de rédaction non stop pour moi, j’ai pris un peu de retard mais le résultat me satisfait et j’aurai dans les jours qui suivent de gentils commentaires, principalement à propos de St. Benoît-du-Lac; c’était sincèrement une rencontre fascinante.
Yves a un agenda complet pour cette journée, qui se clôture en beauté avec la conférence 5@8 Créatif, organisée par le groupe Mosaic de HEC. La salle de restaurant du Cercle, au dernier étage du bâtiment est un très bel endroit, l’audience est variée avec des professeurs, des doctorants, des chercheurs, des entrepreneurs, des architectes, des designers, etc. Leur intérêt se manifeste par une bonne participation et de nombreuses questions par la suite, il y aura même une interview pour une chaîne de télévision locale tout bientôt.
Je salue quelques professeurs que je connais déjà et discute avec Martine et Alain ainsi que Patrice, un jeune entrepreneur dynamique qui s’intéresse vivement à la participation de Yves l’an prochain au Congrès de l’Innovation. Il faut arracher Yves à ces discussions post-présentation pour le repas au Leméac, avec trois professeurs de l’organisation de cette soirée.
La brasserie se situe sur Laurier, le repas est excellent et les papotages vont bon train, sur les deux écoles HEC mais aussi sur l’Asie, sur les bonnes adresses de Montréal, sur le Cirque du Soleil avec qui l’équipe a des contacts très soudés … un petit espoir de pouvoir les approcher …
Le summum du repas sera le dessert ‘commun’, un énorme morceau de brioche préparé en pain perdu, avec de la glace et du sirop d’érable qui enrobe le plat … un délice !
Martine et Alain viennent nous chercher à 9 heures pour nous emmener à Saint-Benoît-du-Lac, découvrir cette abbaye bénédictine et surtout rencontrer son dernier architecte.
Hier soir en rentrant, nous avons été surpris par un orage violent, les trombes d’eau et le vent nous ont trempés en moins de deux et ce matin encore c’est la pluie qui est au rendez-vous à notre départ en excursion.
Ça papote tout au long de ce trajet bien agréable qui nous fait découvrir les régions campagnardes de l’est de la ville; nous nous dirigeons d’ailleurs vers ce qu’on appelle Les Cantons de l’Est, en bordure de la frontière toute droite avec les États-Unis. Une large autoroute – cela étonne toujours venant de l’Europe – à la conduite tranquille, traverse des étendues énormes de cultures mais aussi parfois un paysage plus boisé et vallonné, un peu comme le Jura ou les Ardennes. C’est bien vert, les collines sont plus hautes, les premières montagnes apparaissent ainsi que le soleil qui pointe son nez.
Bolton, Austin et nous découvrons le site enchanteur de l’Abbaye. La communauté compte aujourd’hui quarante moines vivant selon la règle monastique de St. Benoît; c’est en 1912 que la communauté normande de St. Wandrille, en exil en Belgique, projette de s’établir au Canada et envoie quelques moines qui achètent une ferme aux abords du lac Memphrémagog. La communauté va s’agrandir et il est décidé de construire un monastère en pierre; c’est Dom Bellot, moine architecte de Solesmes qui dessine les plans des deux ailes qui seront terminées en 1941 – c’est lui également qui a participé à la conception de l’Oratoire St. Joseph.
Une dizaine d’années plus tard, le monastère est élevé au rang d’abbaye, il compte soixante moines et des soutiens financiers vont permettre d’ajouter un clocher, l’hôtellerie et la crypte de l’église abbatiale, dessinés par un disciple de Dom Bellot, le moine architecte Dom Côté. C’est lui qui a eu l’idée de colorer les joints entre les pierres de l’édifice, ce qui est assez surprenant et se remarque de suite. Les couleurs sont d’ailleurs très présentes dans le choix des briques et des carrelages du corridor que l’on peut encore traverser, un vrai damier.
Les moines vivent du travail de leurs mains, ils assurent leur subsistance grâce à la fromagerie, le verger, la cidrerie, une production de sirop d’érable et dont les produits sont vendus dans leur magasin, tous les jours sauf le dimanche … zut, pas de chance.
Dan Hanganu, est un architecte roumain établi à Montréal et qui va être appelé à dresser les plans à la fin des années huitante, de l’église abbatiale. Woah, quel challenge! Et quel énorme plaisir et honneur pour nous, de pouvoir ce jour l’écouter nous raconter cette grande aventure; il est passionnant. Il commencera par visiter en Europe de nombreuses abbayes pour s’inspirer de leur atmosphère, du sens à apporter à son œuvre; les discussions avec les moines ne sont pas tristes … et leur réponse ou leur moyen d’obtenir le dernier mot face aux discordes avec l’architecte, sera toujours la voix de Dieu.
L’édifice s’insère magnifiquement bien, entre deux ailes anciennes; difficile à décrire le pourquoi mais l’uniformité du lieu est incontestable, un vrai chef d’œuvre. Nous pénétrons tous ensemble dans l’église pour assister à la messe chantée par les moines, tout est chanté même les lectures et l’évangile, sur ce ton universel qu’ont ces chœurs de monastères … clore les yeux et se laisser enchanter par la mélodie, parfois accompagnée de l’orgue joué par le père abbé lui-même. C’est par contre au moment de l’homélie que l’on se rappelle que nous sommes au Québec.
L’église est tellement superbe, élancée, éclairée par les rayons du soleil qui pénètre par les nombreuses fenêtres haut-perchées; ce soleil qui va justement éclairer l’autel au moment où tous les moines y sont réunis pour l’eucharistie. Une énorme charpente métallique soutient la construction, séparée des corps de briques; les lumières, les croix, les stalles, les bancs, … tout a été dessiné dans la recherche et la sobriété, procurant un effet d’ensemble face auquel il est impossible de rester indifférent. Il y a toute une symbolique dans les divers éléments, que Dan nous narre avec passion et humour. Derrière l’autel, une énorme croix toute simple d’éclats de verre bleu de Murano attire le regard et devant elle, des rideaux de câbles d’acier qui, éclairés par le soleil tombant du puits de lumière de la tour, donnent une impression de pluie vivante reliant le ciel à la terre, tandis qu’à l’autre extrémité c’est une très jolie rosace qui laisse pénétrer la clarté, sur le narthex et sur ce bénitier où scintille un petit triangle doré.
C’est le 4 décembre 1994 que par la célébration de la Dédicace, la communauté a offert la messe d’inauguration, messe où nos amis étaient aux côtés de Dan Hanganu. Aujourd’hui une assemblée nombreuse s’est réunie, en spectateur de ce moment que les moines ne partagent pas vraiment avec les fidèles. L’hôtellerie peut accueillir pour quelques jours les hommes qui désirent prendre un peu de recul par rapport à leur vie bouillonnante et se plonger dans leur fort intérieur. Les dames elles seront reçues dans une petite maison dans le parc, la Villa Sainte-Scholastique. Merci à Dan, Martine et Alain pour ce moment de partage dans un oasis de paix et de beauté.
C’est dans le petit village de Knowlton que nous trouvons une terrasse dans un pub pour un lunch qui me fait découvrir le plat typique de la smoked meat, de la viande de porc fumée, coupée en lamelles que l’on déguste en sandwich entre deux tranches de pain … j’aime assez. Le pub s’appelait anciennement l’auberge Bolton Pass, située sur le chemin qui constituait la seule route carrossable entre les États-Unis et la région de Montréal via le passage difficile des montagnes du Bolton Pass.
Nous sommes au bord du lac de Brome, où Alain a déjà couru un demi-marathon et connu pour son élevage de canards. Que de longs hangars aux alentours de la jolie petite boutique où nous craquons toutes les deux pour un beau magret, du foie gras, de la sauce Carminée aux pommes. Avant de reprendre l’autoroute vers la ville, une halte pour un café dans le village Sutton; situé au pied des Monts Sutton qui culminent à 960 mètres, c’est le pied à terre des amateurs de ski sur ces montagnes qui offrent une vue à la ronde. Ces villages sont typiques avec les maisons dont les pignons sont recouverts de lattes de bois peint.
Montréal est vite atteinte lorsque l’on discute et nous allons découvrir un des endroits chers à Martine et Alain, où ils ont vécu avec leurs fille Fabienne petite. L’Île des Sœurs, que l’on rejoint juste après le pont Champlain, à l’époque était habitée principalement par des européens, ils vivaient presque en communauté ou en tout cas s’entraidaient pour tout. Ils étaient quelques milliers et maintenant il y aurait quasi vingt mille résidents. La forêt la recouvrait en grande partie alors que de nos jours la verdure a été sacrifiée pour des immeubles, beaucoup d’immeubles mais cela reste un magnifique endroit de résidence, une île au milieu du fleuve St. Laurent.
Au nord de la ville, à proximité des anciennes carrières du quartier Saint-Michel, le célèbre Cirque du Soleil a installé son siège social en 1997; le bâtiment fut récemment agrandi, par Dan Hanganu, l’architecte que nous rencontrons demain et nous avons ici bien évidemment une pensée pour les deux frères Detraz, copains de nos garçons qui viennent de sillonner le monde pendant deux années avec la compagnie. D’autres institutions liées aux arts du cirque sont venues d’installer toutes proches, créant ainsi la ‘Cité des arts du Cirque’, notamment l’Ecole Nationale, créée en 1981, qui forme les jeunes dès l’âge de neuf ans mais son bâtiment est fermé au public.
Édifié en 2004, une énorme construction circulaire, appelée TOHU, abrite une salle de spectacle pouvant accueillir mille-sept-cents spectateurs où sont programmés des cirques du Québec et du monde entier. Nous sommes heureux de trouver ici la porte ouverte et encore plus heureux de nous mêler à la foule qui s’anime devant des jeunes qui donnent un spectacle dans le hall; vif, sous une musique entraînante, de l’acrobatie juste sous nos yeux! Des gens près de moi on en main des billets pour un spectacle et en moins de cinq minutes, je parviens à dénicher deux places pour la représentation qui débute tout soudain de ‘Pour le meilleur et pour le pire‘. Quelle chance … la magie opère sur les adultes et sur les enfants nombreux, captivés par tout un spectacle qui est construit comme une chorégraphie, sur le thème du mariage, de la fête, de la déception, de la jalousie, de la timidité … tout en blanc, en voile, en pureté. Ce sont des acrobates et des artistes prodigieux, dont le travail quotidien doit être intensif; Alain Francoeur est le concepteur et metteur en piste de ce spectacle où nous admirons des performances folles aussi bien à la roue, qu’au mât chinois aussi rapide que mes petits écureuils, à la corde ou au fil de fer qui donne des frissons, la jonglerie avec des anneaux et un parapluie très drôle, les clowns qui font beaucoup éclater de rire les petits, et la féerie du cerceau aérien et du duo de trapèze qui sont probablement mes préférés. Un moment très fort sur fond de musiques et de chansons connues.
Mon parcours hier sur le Plateau est encore tout frais, je le fais découvrir à Yves, avec pause chez Mamie Clafoutis pour de délicieux canelés bien dodus et devant certaines devantures que j’ai aimées – comme une visite guidée du quartier. Notre coup de cœur va pour la boutique ‘Flower Box Galerie’ qui vend des plantes vivantes et stabilisées – donc sans besoin d’arrosage – sous forme d’arrangements comme des splendides tableaux végétaux, ça donne tout son effet! C’est une innovation française, importée ici au Canada depuis quelques années déjà, une belle découverte.
Enfin – se dit Yves – nous atteignons la tente d’exposition des BDs. C’est un festival jumelé avec celui de Lyon, pour sa seconde édition et qui attire de nombreux passionnés. Coup de foudre pour un livre bande dessinée sur Tokyo – le Japon nous poursuit – et pendant la magnifique dédicace de son auteur, nous entamons une longue et intéressante discussion avec Sandrine et Rémi, le jeune couple marseillais qui a réalisé ce splendide ouvrage, souvenirs de leur voyage de noce. Eux aussi sont tombés amoureux du Japon, nous échangeons à n’en plus finir et … une heure plus tard, nous serons en photo sur leur page Facebook!
Après deux jours dans mon quartier, je repars en exploration, cette fois vers le Plateau. Il était au départ le coin des vieilles familles ouvrières francophones et ensuite il fut recherché par les artistes, les intellectuels et plus récemment par les jeunes professionnels. Des avenues animées le cernent avec commerces, bistrots, galeries mais dès que je flâne dans les rues centrales du quartier, je trouve une quiétude, accentuée par cette verdure abondante. Les habitations, aux façades colorées, sont ici très typiques, des duplex ou triplex, étroits et allongés auxquels on accède par des escaliers extérieurs aux contours amusants et sur la largeur de ce qui serait une bonne maison, on trouve quatre ou cinq logements, tous accessibles par une porte à la rue, individuelle. Entre deux rues d’habitations de ce type, je m’immisce parfois indiscrète dans la petite ruelle qui reçoit les faces plus privées, également avec des escaliers courbés, des petits jardins, des terrasses dans les étages. Je me situe sur la rue St. Denis dans sa partie supérieure, la rue Fabre ou Cherrier, la rue Duluth que j’aime beaucoup. Ce qui me fascine et attire de suite mon regard, ce sont ces grandes peintures sur les pignons des maisons; certaines sont de vraies œuvres d’art et aujourd’hui je suis gâtée.
Je vais manger un encas simple, délicieux dans un cadre très sympathique chez Mamie Clafoutis et sur cette rue St. Denis, il me sera difficile de résister dans certaines boutiques. Pourtant la première excuse pour en franchir la porte est souvent de trouver un peu d’air conditionné pour me rafraîchir.
Deux églises imposantes sont sur mon parcours; l’église Notre-Dame-du-Saint-Sacrement dont la façade est un peu austère, on y accède, passée la première lourde porte, par une rampe d’escaliers et le décor intérieur est original, coloré, incitant à la prière devant l’exposition permanente de l’Eucharistie. L’église St. Jean Baptiste est un témoignage de la forte communauté ouvrière catholique du Plateau à la fin du dix-neuvième siècle mais cette église sera la proie des flammes et a dû être reconstruite; ses portes sont closes aujourd’hui et il me semble qu’elle est devenue un lieu pour des concerts. Il y a tant d’églises dans la ville et de moins en moins de pratiquants qu’elles sont rachetées et trouvent une deuxième vie, transformées en bibliothèque, en condos ou même en centre gym-Spa!
Proches du parc La Fontaine, un grand bâtiment cubique de briques rouges regroupe les studios de diverses compagnies de danse contemporaine depuis une vingtaine d’années et chapeautée par l’UQAM, c’est l’Agora de la danse. Également en face du parc, l’ancienne bibliothèque centrale de Montréal qui avec ses colonnes ressemble presque à un édifice grec. Depuis l’ouverture de la Grande Bibliothèque dans le quartier latin, siège ici le Conseil des arts et du patrimoine.
La fraîcheur je la cherche à l’ombre des beaux arbres du parc La Fontaine, aménagé sur les terrains d’une ancienne ferme d’une grande famille écossaise. C’est un véritable lieu de rencontre, de balade, d’activités comme le tennis, le base-ball, le beach-volley. Des classes y pratiquent leur sport tandis que les vélos, les rollers, les promeneurs circulent sur les sentiers. Mais pourquoi donc Montréal a-t-elle choisi cette période pour assécher ses lacs d’agrément? Pas de chance, les deux lacs artificiels ici sont en cours de nettoyage des algues … c’est nettement moins joli et les pauvres canards ne doivent eux non plus pas être très contents. Ma récompense sera de découvrir l’installation du Festival de la BD où j’emmènerai Yves demain.
Assise sur un banc dans un parc, sur la terrasse d’un bistrot ou dans les longs trajets en métro de ce début de semaine, je fais la relecture des articles pour la revue SIM et le prochain numéro est ainsi presque bouclé. A Lonay, Mathieu termine ses cours, ses rapports, ses tests de fin de semestre avec de superbes résultats déjà et d’autres belles perspectives. Son blocus va démarrer pour la session d’examens fin juin. Tandis qu’à Morges, nos deux grands se battent la nuit avec une chauve-souris qui semble se plaire en leur compagnie.
En faisant les courses ce matin, je m’aperçois que c’est ici aussi le jour des publicités! Celles-ci sont glissées dans un grand sac en plastic par ménage et le livreur – qui n’est pas non plus le facteur – accroche le nombre de sachets nécessaires. Voici donc à quoi servent les crochets qui font la boucle sous les boîtes aux lettres.
Et où trouve-t-on les bureaux de poste ici à Montréal? Dans les pharmacies bien sûr … évident! C’est bien dans le Pharmaprix que j’ai pu faire envoyer mes petits colis, dont celui de Thomas n’est d’ailleurs jamais arrivé à destination depuis trois semaines … serait-ce parce que Mélina est pharmacienne et risque d’être choquée par les tâches d’une pharmacie? Ici que ce soit Pharmaprix ou Jean Coutu, c’est finalement un petit supermarché avec des cosmétiques et des médicaments en plus; je peux y acheter du jambon, du chocolat et des friandises, du savon vaisselle, des cartes de vœux et j’en passe. Le souvenir me revient des États-Unis et du Canada sauf pour le service poste.
Ce matin je suis à la recherche d’un magasin dans mon quartier où trouver des cartouches d’encre pour l’imprimante ainsi qu’un centre de reproduction pour imprimer les grands Canvas de Yves. Merci Internet qui m’aiguille vers Plaza Côte-des-Neiges et là, je découvre un centre commercial assez vieillot, pas vraiment intéressant si ce n’est que j’y reconnais un Walmart et ça, c’est un souvenir bien précis de l’époque de Roswell – Atlanta – où nous avons fait moult achats – les garçons s’en souviennent-ils? En parcourant à pied mes rues voisines, j’ai observé que sur certaines qui voient les enfants aller et rentrer de l’école, à pied ou plutôt en School bus – toujours les mêmes vieux bus jaunes – il y a un panneau jaune indiquant ‘couloir scolaire’; cela devrait attirer l’attention des conducteurs.
Alors que mardi, au cours de ma balade au Jardin Botanique, j’ai replongé pour un court instant dans le monde japonais, voici que nous recevons un email de Tadashi : il nous annonce son mariage avec une française, dans la région de Nice. Il fut notre guide à Kyoto, un guide excellent, très orienté bouddhisme et méditation, fort attachant. Les sentiments sont probablement partagés vu qu’il nous annonce ce grand événement dans sa vie.
C’est la période du Lobster au restaurant ‘Le Cercle’ de HEC et Yves m’y invite un midi; il semble déjà bien connu du personnel ici et les gens sont vraiment chaleureux. Ce homard est un régal! Sur les grandes télévisions dans le bâtiment, défilent les nouvelles de la faculté … et soudain je vois apparaître la photo de Yves! C’est l’annonce du séminaire de lundi prochain, le 5@8. Cela fait un mois déjà et il fait partie des murs; il doit par contre changer de bureau pour la suite du séjour, un bureau qui va être nettoyé de fond en comble, avec vue sur un des patios du quatrième étage, qu’on appelle ici des ‘baignes‘.
Par une belle fin de journée, Yves m’arrache à mon ordinateur pour une magnifique balade vers la ‘montagne’; un chemin sinueux dans la forêt nous amène à un point de vue fréquenté par des jeunes, assis sur les grosses pierres, avec leurs boissons … fêtant peut-être la fin des cours et l’été. On s’imagine monter à Nax à ‘La Pierre aux Enfants‘ car ici aussi ce fut anciennement une piste de ski, qui a vu des compétitions mondiales de descente parallèle.