Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Le parc olympique et le jardin botanique

Un ciel bleu encore pour mon escapade vers le parc olympique qui se situe bien loin à l’est de la ville. Je m’y trouve avec un groupe de touristes asiatiques et je discute deux mots avec une fille de Malaisie, c’est incroyable le rythme auquel ils visitent les villes en si peu de temps.

C’est sur l’ancienne ville de Maisonneuve que s’étend le complexe ainsi que le Jardin Botanique. Fin du dix-neuvième siècle des marchands et des fermiers canadiens-français s’installent ici et vingt ans plus tard la ville sera annexée à Montréal. Sous le mandat du maire Jean Drapeau, le jardin botanique voit le jour, initié par le frère Marie-Victorin, botaniste québécois et en 1976, l’immense complexe sportif accueillera les Jeux Olympiques – je me souviens avoir pu acheter cet été-là mon premier blue jeans sur la poche duquel était inscrit Montréal avec les anneaux; nous étions en vacances dans la région d’Avignon.

Le stade principal doit sa forme ovale à l’architecte français Roger Tallibert, ainsi que la tour penchée, la plus haute du monde mais ironie du sort, elle ne pût être terminée pour l’ouverture des Jeux. Elle fait cent-septante-cinq mètres et s’incline à quarante-cinq degrés. J’y monte dans le funiculaire qui offre une vue imprenable sur les deux immeubles en forme de pyramides qui ont logé les athlètes durant les jeux et sur la ville bien évidement. De l’observatoire on admire le Mont-Royal, les silos le long du fleuve, les ponts sur le St. Laurent, dont le pont Jacques Cartier; la vue se porte très très loin et juste sous nos pieds, le biodôme que je visite ensuite – j’ai en effet pris un billet combiné pour ‘la totalité’ des attractions.

Cet ancien vélodrome au toit faisant penser à un casque de vélo, abrite maintenant un musée pour les plantes et les animaux en milieu artificiel reconstituant les températures et niveaux d’humidité. Je pénètre ainsi dans la forêt tropicale – tiens donc, un panneau annonce à l’entrée qu’il y fait chaud et très humide – où je me reconnais assez bien, replongée trois-quatre mois en arrière. Ensuite la forêt Laurentienne, le St. Laurent marin et enfin le monde polaire. Dans chaque écosystème, des mammifères et des oiseaux nichent, parfois bien cachés, dans la végétation. Les exclamations de surprise et d’émerveillement des nombreux enfants qui se promènent sont mignonnes à observer.

En face, depuis un mois seulement, est ouvert un planétarium dont la structure extérieure fait penser à deux télescopes pointant vers le ciel. Une exposition sur la découverte de l’univers et du système solaire, très didactique, très axée nouvelles technologies média – avec un tuteur en hologramme – interactives et accessibles attire bien des jeunes, en aparté des deux énormes sphères qui produisent des spectacles. Confortablement installée dans le ‘Théâtre du Chaos’, cette première représentation nous emmène dans un voyage qui nous immerge dans l’art et l’émotion, de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Sur fond de mélodie tantôt relaxante, tantôt vibrante – musique de Philip Glass -, au-dessus de nos têtes, des nuages éclatent, les étoiles dansent, les planètes s’entrechoquent, les couleurs se mélangent … pour un véritable détachement de la réalité.

Dans la seconde sphère, le ‘Théâtre de la Voie Lactée’, ce sera plus instructif et ce petit rappel, tellement bien fait par un jeune aux explications claires et imagées, capte mon attention – non pas comme mon voisin qui se met à ronfler dès l’extinction des lumières. En cette fin de mois de mai, ici à Montréal, on peut observer la conjonction de Mercure, Venus et Jupiter vers l’horizon à l’ouest et il nous indique aussi où trouver Saturne. C’est nettement plus facile de repérer tout cela, aidés par cette vraie modélisation 3D de la voie lactée où l’instructeur pointe ce dont il nous parle. Il ne passera pas en revue les huitante-huit constellations mais principalement celles dites permanentes que l’on peut observer toute l’année parce que proches de l’étoile polaire. Et si nous nous éloignons de la ville vers le nord, avec un peu de chance, il est probable d’observer en cette période de soleil intense, ces rideaux de lumières des aurores boréales. Il nous emmène enfin pour un voyage dans l’espace, étudier de plus près les planètes du système solaire, parcourir notre galaxie et même en sortir … qu’est-ce qu’on se sent petit alors !

Mon quatrième ticket donne accès au Jardin Botanique, un peu plus grand encore que celui de Singapour. L’imposant bâtiment de briques rouges, style Art déco, ouvre l’accès à une dizaine de serres que je parcoure tranquillement, admirant ici des orchidées, des plantes grasses, des pivoines, des plantes asiatiques, etc. Je dois avouer que suite aux incroyables dômes de Marina, il m’est difficile de vraiment m’émerveiller mais cela me fait plaisir plutôt de reconnaître cette végétation tropicale que j’ai respirée, admirée des mois durant. Il est possible de se perdre dans les méandres des jardins extérieurs, des jardins à thème comme la roseraie – pas encore fleurie malheureusement -, les jardins des plantes de montagne et de rocaille, les jardins des premières nations, les sous-bois et autour d’un étang de magnifiques massifs colorés de pivoines aux fleurs riches en pétales délicats.

Je plonge un moment seule dans l’Arboretum plus sauvage, aux sentiers tortueux mais une partie du parc est privée d’accès pour la préparation de sculptures géantes de verdure qui seront l’animation d’un festival à partir du 22 juin – certaines sont terminées, fantastiques.

Je suis bien évidemment intéressée par le Jardin Japonais, ses arbres en fleurs, son jardin sec, ses points d’eau, ses lanternes de pierre et son pavillon … qui fait surgir en moi la nostalgie de ma chambre zen de Lonay.
Le Jardin de Chine est lui aussi remarquable avec tous ses pavillons de bois rouge, ses portes rondes, sa pagode, ses étangs, ses bonsaïs … il manquerait juste le Koï Pond, cet étang des carpes koï où l’on cherche à voir une carpe jaune pour nous porter bonheur la journée. Un artisan façonne de délicats petits sujets en farines colorées … et nous explique qu’il réalise beaucoup de serpents car c’est l’année du serpent pour les chinois … ça je m’en souviens!


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De Jean-Talon à Maplewood

Le soleil nous sourit à nouveau après avoir boudé quelques jours. Les Montréalais se plaignaient de la sécheresse dans leurs jardins, j’espère à présent qu’ils sont satisfaits que vont oublier les nuages. Suite à mes réclamations, un jeune technicien installe une borne Wifi dans notre appartement. Je croise les doigts pour que cette connexion s’améliore, même s’il me dit bien que cela reste une ligne partagée et n’est donc pas comparable à une connexion privée.

Me voici en route vers le Marché Jean-Talon, le plus grand marché public de Montréal et je dirais aussi un peu plus populaire – non pas au sens péjoratif – que celui de Atwater. Il regorge d’étals de fruits et légumes, de produits du terroir, de poissonneries et boucheries, de fleurs et plantes à repiquer en quantité incroyable. Amusant d’y trouver un ‘Chez Nino‘, du nom de notre chef cuisinier de l’université de Lausanne. Le Marché des Saveurs est une boutique où l’on trouve tous les produits purement québécois – du pâté de caribou, du beurre d’érable, … – et je craque … non seulement pour nous mais j’y déniche aussi ce que Geneviève m’a demandé de lui rapporter.
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Le quartier s’appelle ‘La Petite Italie‘; Montréal possède une forte communauté italienne et au vu des enseignes de bistrots et restaurants, des devantures de magasins, il n’y a aucun doute, les italiens émigrés se sont bien installés par ici. Plusieurs églises se trouvent sur mon chemin, dont celle de Madona della Difesa, avec une façade de briques rouges, berceau de l’histoire des italo-canadiens, construite en 1919.
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Le Boulevard St. Laurent est une artère principale de la ville, il est appelé le ‘couloir de l’immigration‘ à Montréal. Depuis 1880 les nouveaux arrivants s’y sont installés, retrouvant leur communauté d’origine, les chinois en bas de la rue, les français, les portugais, les italiens. En repartant vers l’ouest par l’avenue Bernard, j’arrive ainsi à Outremont, le vis-à-vis francophone de Westmount, de l’autre côté du Mont-Royal. Le quartier a accueilli une population assez aisée, dont certaines familles influentes au Québec. Se dresse sur cette avenue Bernard le Théâtre d’Outremont, un bâtiment Art déco classé monument historique. Et dans ce quartier se trouve une grande partie de la communauté juive de Montréal; avec presque cent mille personnes, elle serait une des plus importantes d’Amérique du Nord et aussi la plus ancienne. Ce sont principalement des juifs ultra-orthodoxes qui habitent ces rues entre Outremont et Mile-End, le secteur résidentiel juif depuis les années 1950.

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Je tombe admirative devant l’avenue Bloomfield, riche en verdure, calme, paisible avec son parc St. Viateur. Celui-ci est tellement joli avec son étang, son petit pont courbé, son pavillon blanc érigé sur un îlot. Puis le parc Outremont qui opère une belle tranquillité au milieu de ces rues résidentielles, avec une fontaine montrant un joyeux groupe d’enfants. Les bancs dans ces parcs sont bien prisés, des jeunes, des couples plus âgés, des mamans avec leurs enfants … c’est très beau et reposant.

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Avant de rentrer, je me laisse flâner dans les rues et ruelles de Mile-End – St. Viateur, St. Urbain, Fairmont, Jeanne Mance, la minuscule rue Groll – où se ressent la diversité culturelle de Montréal; un quartier mi-bourgeois, mi-bohème, qui vit autour de ses nombreux bistrots qui débordent sur les trottoirs. L’église St. Michel-Archange semble coincée entre les magasins et les habitations; de style byzantin, elle est un sanctuaire pour la communauté polonaises et est garnie d’un dôme de vingt-trois mètres de diamètre, le plus grand après celui de l’Oratoire St. Joseph.

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Je descends jusque l’avenue Laurier où les riches boutiques s’alignent, jolies vitrines pour la population aisée d’Outremont. Avant de remonter vers l’Université, je fais une halte à l’église St. Viateur d’Outremont, très belle construction de pierres grises, dont l’intérieur est riche en peintures, verreries, ébénisteries, sculptures recouvrant le plafond et les voûtes et le chœur – je me montrerai discrète en présence de l’office en cours. Courageusement je monte l’avenue MapleWood pour enjoindre Edouard-Montpetit. Cette rue très escarpée, est appelée ‘avenue du pouvoir de Outremont-en-Haut‘; les résidences sont ici incroyablement cossues, de vrais petits châteaux, aux jardins tellement magnifiques et sont habitées par des personnages influents … je n’en doute pas!
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Une grande balade aujourd’hui qui m’a permis de m’imprégner dans des atmosphères très différentes, allant de la communauté italienne, aux juifs orthodoxes, aux habitants des ruelles du Mile-End, aux riches propriétaires d’Outremont.


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Un dimanche pluvieux agréablement occupé

Nous nous sommes si bien retrouvés, nous ne nous quittons plus … Martine et Alain viennent nous chercher pour un brunch dans le Vieux Montréal et ensuite une visite du Musée Pointe-à-Callière, un programme picobello pour un dimanche où les parapluies sont de sortie. Mais nous ne mangerons pas au Cartet, dont ils nous ont fait baver, ni non plus au restaurant du Musée; c’est le dimanche de la gratuité des musées et le succès est incontestable. C’est donc au restaurant Communion que Alain parvient à nous dénicher une place, je dois avouer que leur brunch est superbe, surtout les pancakes et je confirme ainsi que le brunch est bien une ‘institution’ ici à Montréal.

La file énorme devant le musée en vue nous décourage et ce sera plutôt un tour de ville en voiture que Alain nous propose. Entre le vieux port et le canal de Lachine, trônent des vestiges de l’époque faste du port, comme de gros silos à grains dont certains fonctionnent toujours puis nous longeons ces énormes cubes grisâtres, que l’on croirait posés les uns sur les autres de manière aléatoire; Habitat 67 date de l’Exposition Universelle de 1967, un ensemble de logements sur le quai du fleuve St Laurent, avec vue sur la ville – assez recherché de nos jours. Passant outre le bras du St. Laurent, nous tournons dans les îles Ste Hélène et Notre-Dame, avec le fameux Casino, la Biosphère que nous avions visités lors du voyage en 201. Ce sont des pavillons qui subsistent de cette Exposition universelle. Étonnamment nous roulons ensuite sur le Circuit Gilles Villeneuve, ‘woah’ diraient les garçons, et ce, une dizaine de jours seulement avant le Grand-Prix lui-même! Quand je pense que pour celui de Singapour, certains passages étaient déjà bloqués deux mois à l’avance.

Dans un ancien poste de pompiers du vieux quartier industriel, Alain fait un détour pour admirer des souffleurs de verre. Espace Verre est un atelier, une galerie, une boutique, un centre de cours et nous les admirons au travail depuis l’étage, c’est toujours magique.
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De retour dans notre quartier, Yves et moi entrons dans l’ancien bâtiment HEC qui a été récemment rénové par le bureau d’Alain. C’est superbe, ils ont transformé un espace que je pouvais m’imaginer gris-béton en un lieu où par les couleurs, par les formes, par les matières, les étudiants ont plaisir à venir travailler en groupe, faire leurs lectures, se poser, même en dehors des cours qui se donnent dans les auditoires. Je reconnais des cubicles comme ceux où travaille Mathieu à la bibliothèque de l’EPFL; des espaces sont aussi aménagés pour bosser à plusieurs sur des écrans muraux. De grandes baies vitrées, débordantes sur la verdure apportent clarté, ouverture vers le monde … une magnifique réalisation.
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SIDIM, le salon du Design et Manon à l’opéra

Après un copieux brunch à l’américaine chez EggSpectation, après une halte toujours intéressante à notre librairie Renaud-Bray, après avoir réservé hôtel et vols pour notre prochain voyage à Boston … nous nous mettons en route pour la ville.

Ce week-end, dans les sous-sols énormes de la Place Bonaventure, se tient le Salon International du Design de Montréal. Plus de cinq cents exposants, professionnels du design au Canada nous font rêver … Nous y retrouvons Martine et Alain, qui est de permanence pour leur bureau Provencher Roy, bureau qui compte plus de cent trente employés et réalise des projets d’urbanisme, d’architecture et de design intérieur de par le monde. Ici ils offrent aux enfants la possibilité de jouer aux apprentis-architectes avec des blocs de mousse. En sillonnant le salon, j’ai des pensées pour nos proches; une balustrade en bois en forme de vélo, un stand d’artisanat du Cameroun, des meubles de rangement d’habits très compartimentés, des étagères ou sièges en carton ondulé, une machine à café concurrente de Nespresso, une claie de rangement de bouteilles de vin avec des lumières Led, un grand canapé d’angle qui ferait le bonheur de Mathieu dans ‘sa’ maison et je pose même devant le décor de l’affiche du Salon!

Pur-Z est une maison complète, avec un volume décalé, une esthétique très moderne aux lignes épurées, l’espace de vie à l’étage pour une meilleure vue et de la lumière naturelle, donnant sur une terrasse et au rez, les chambres, un potager et un abri pour la voiture. Tout est cubique, très aéré … plus vraiment l’idée que l’on se fait de ‘ma cabane au Canada’ mais ça me plait!

Alain présente Yves à un des organisateurs du Sommet de Montréal sur l’Innovation qui s’est tenu en début de semaine; celui-ci serait très intéressé de pouvoir mettre Yves à l’affiche du programme de l’an prochain … à suivre.

Nous restons ce soir dans le monde des artistes mais tout d’abord, nous empruntons les couloirs souterrains pour rejoindre la salle de spectacle. C’est en 1962, lors de l’inauguration de la Place Ville Marie, que commencèrent les travaux du réseau souterrain, combinés avec le début du Métro. Aujourd’hui cette ‘cité sous la cité‘ compte trente kilomètres de galeries qui donnent accès à des restaurants, boutiques, bureaux, cinémas, théâtres, hôtels, gares, résidences; certains privilégiés peuvent se rendre de leur appartement à leur bureau sans mettre le nez dehors, ce qui serait bien dommage à la bonne saison mais qui est bien confortable par les -30 degrés de l’hiver ou les pluies battantes. Des plans de ce RÉSO sont affichés à chaque station de métro, permettant de se repérer dans ce dédale de corridors; ils sont par contre très peu fréquentés après notre représentation, pas certaine que je m’y aventurerais seule, non par crainte d’une agression mais plutôt d’être chicanée par un sans-abri un peu éméché!

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La Place des Arts est un complexe culturel consacré aux arts de la scène, ce quartier des spectacles réunit plus de huitante lieux d’expression culturelle et c’est ici que cet été nous aurons le bonheur d’assister aux divers festivals. Ce soir c’est dans la salle Wilfrid-Pelletier, salle d’opéra moderne et vaste que nous assistons à la représentation de Manon, par des voix superbes, toutes canadiennes à l’exception du Ténor portugais Bruno RibeiroMarianne Fiset est merveilleuse dans le rôle de Manon et j’aime également beaucoup son frère interprété par Gordon Bintner. Nos garçons doivent bien rire dans leur coin, se souvenant de cet opéra où ils avaient dû nous suivre il y a dix ans à Vancouver!


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De nouveaux amis italo-belgo-tunisiens

Le travail de rédaction reprend son rythme, puis dans l’après-midi, une connaissance d’Yves vient nous chercher en voiture pour nous emmener chez lui un peu en dehors de Montréal.

Mokhtar se souvient avoir rencontré Yves la première fois en 1995 pour une conférence AIM à Namur. Il est à présent professeur à l’Université de Kingston, à mi-chemin entre Montréal et Toronto, au bord du lac Ontario, soit à plus de 270 km de son domicile! Il donne peu de cours et l’avantage de l’âge et de l’ancienneté lui octroie de n’enseigner que durant l’été. Au Canada, il n’y a pas d’âge de retraite; ainsi il nous raconte avoir un collègue de huitante-neuf ans.

Il n’est pas très tard mais nous sommes dans les bouchons du vendredi, quittant Montréal vers l’ouest. Le Canada ne connaît pas les ronds-points comme nous en avons tant vus naître chez nous; ici à un carrefour en croix, chacun marque le stop et c’est le premier arrivé qui repart le premier … cela me rappelle les souvenirs de conduite à Vancouver. Il nous semble également que les vélos respectent bien plus les feux de circulation ici qu’en Europe. Il y a énormément de travaux, ce qui ralentit le trafic sur l’Autoroute du Souvenir – joli nom!

Nous aurons ainsi presque une heure à discuter dans la voiture – trois fois plus que sans circulation – passant près de Lachine, Dorval, Pointe-Claire. Nous lui racontons nos voyages et découvertes; cela l’amuse car sa famille ou ses amis en visite veulent tous aller aux Chutes du Niagara et à New-York … nous savons ce qu’il nous reste à faire.

Dans un domaine autre, selon lui, les deux mets à tester absolument ici à Montréal sont la smoked meat de chez Schwartz sur St. Laurent et les fameux bagels du Fairmont. Et il vient à parler ensuite d’un sujet qui retient mon attention : l’alimentation comme troisième médecine. À l’origine, l’analyse vient d’un professeur de Montpellier, Dr Jean Seignalet et le thème sera repris, testé par elle-même et vulgarisé dans un ouvrage d’une doctoresse de Montréal, Jacqueline Lagacé. On y traite de choix des aliments mais aussi du mode et de la température de cuisson; un sujet de lecture dans lequel je me plongerai sans doute un jour.

Nous arrivons à Beaconsfield, à l’origine une banlieue anglophone, où ils ont par trois fois dans la même rue, acheté, mis à terre et reconstruit leur maison! Celle-ci est très jolie, avec un jardin impeccable, dans une rue résidentielle superbe. Nous sommes en bordure du Lac St. Louis, soit un endroit sur le fleuve  St. Laurent où les rives s’élargissent et où l’eau est plus calme. À trois pas du lac, leurs enfants embarquent leur canoë, se sauvent très souvent sur l’eau, nagent un peu plus loin des berges et vont jusqu’aux petites îles … cela fait rêver!

Marie-Paule est italienne par son papa et belge par sa maman, elle enseigne le français à l’Université Concordia et aussi à HEC, pour des mises à niveaux. Chaque faculté, chaque école ici à Montréal peut exiger un certain niveau de français et d’anglais pour obtenir son diplôme. Lorsque sa famille a émigré au Canada en 1951, elle était toute petite; elle est donc pure canadienne mais nos racines communes semblent quand même nous rapprocher, le courant passe immédiatement. Mokhtar est un personnage très drôle, positif, blagueur; il est originaire de Sidi Bou Saïd et vit à Montréal depuis quarante ans.

Ainsi notre année de voyages ne nous aura pas seulement enrichis de découvertes mais aussi de nombreux nouveaux amis fort chaleureux; une deuxième vie sera nécessaire pour entretenir ces relations d’amitié …

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Après l’angoisse, je décompresse …

Journée noire ce jeudi suite à l’oubli hier soir dans le coffre du taxi du sac de Yves avec ses ordinateurs et tout son matériel de travail. Et ce jeudi matin, il donne une vidéo-conférence pour l’équipe AIM à Lyon; comble de malchance, le wifi ne répond pas du tout à l’appartement, ce qui lui aurait permis de re-préparer son exposé sur mon Mac pendant cette nuit où nous dormons mal. Quantité de mails, de coups de téléphones et aidés par Martine, la piste va se dessiner positivement grâce au fait qu’une seule compagnie de taxis utilise le gps … et en fin d’après-midi, c’est LE sms qui annonce que le sac est retrouvé !

Mon moral tient difficilement le cap, avec de plus cette pluie continue qui arrose Montréal et qui a vu baisser les températures drastiquement. Pour couronner le tout, suite à une erreur humaine, le niveau des réservoirs d’eau est tombé trop bas, privant d’eau potable plus d’un million de personnes dans notre région.

La journée heureusement se clôture par la bonne nouvelle … nous sommes bien forcés de boire un verre de vin … la nuit sera bonne!


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Longue balade dans les îles

Toronto compte plusieurs îles, un oasis de verdure et de tranquillité proche de la ville. Je m’embarque à bord d’une navette lacustre pour touristes qui traverse en dix minutes le petit port intérieur, m’éloignant ainsi de la vie trépidante pour rejoindre le calme. Je commence par la pointe Est, Ward’s Island, du croissant que forme ce chapelet d’îles; je croiserai très peu de monde au cours de ces heures de balade tranquille.

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Certains propriétaires chanceux ont ici leur cottage, coquet, pittoresque, avec un jardinet fleuri méticuleusement soigné et la vue sur le lac Ontario tel une mer: 250 familles habiteraient ce coin de paradis. Ainsi je verrai une école et quelques véhicules de services mais surtout de nombreux petits ports avec quantité de bateaux de plaisance. Certains espaces sont eux tout à fait sauvages, parfois ressemblant à nos dunes du nord tandis que des parcs sont super bien entretenus, principalement sur l’île centrale qui est la plus fréquentée avec ses nombreuses attractions pour les familles. Ce serait un peu le Sentosa de Toronto et c’est ma chance de ne pas m’y trouver un jour d’affluence – ce doit être nettement moins paisible les week-ends ensoleillés.

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Il y a quelques plages, désertes ce jour et une longue promenade aménagée sur un chemin de bois en bordure du lac; les mouettes me tournent autour, les oiseaux chantent, j’observe le vol en ligne des canards et cela me fait presque penser à mes balades délicieuses à Préverenges avec Cristina ou Régula au bord du Léman.

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Soudain apparaît un ancien phare, presque caché au milieu des arbres; ce serait le plus ancien phare encore sur pied, des Grands Lacs, datant du début du dix-neuvième siècle pour guider les bateaux vers le port de York. Alors qu’à l’époque la plupart des constructions étaient en bois, ce phare fut monté en pierres provenant de la région de Niagara pour résister aux violentes tempêtes du lac. Le site est magnifique, inspire les artistes peintres certainement et ainsi un Lodge est ici pour les accueillir avec des espaces de travail, pour des stages ou des moments d’isolement.

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J’ai marché cinq kilomètres pour atteindre Halan’s point, l’autre extrémité du croissant et juste derrière la clôture, le petit aéroport urbain Porter. Les oies se dandinent en bandes sur les pelouses – vive la semelle de mes chaussures ce soir – et traversent les rues sans se soucier des véhicules; elles s’octroient la priorité! Un monument célèbre un rameur d’aviron installé ici au bout de l’île qui prit son nom; Ned Hanlan remporta de nombreuses compétitions de par le monde. Je me retrouve ainsi proche à vol d’oiseau de la CN Tower et du Centre Rogers, tels qu’ils apparaissent sur les photos typiques de Toronto. Le vent a balayé les nuages, il fait tellement beau quand je décide de retraverser le bras d’eau, cette fois à bord d’un bac, en compagnie d’ouvriers qui rentrent chez eux après leur journée de travail.

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Ma dernière visite mais pas la moindre, loin de là, sera la Art Gallery of Ontario, un musée extraordinaire qui a été rajeuni il y a cinq ans par une nouvelle façade de verre et de bois, fantastique, conçue par le célèbre architecte Frank Gehry, originaire de Toronto. Par cette structure transparente, il a voulu créer une relation entre les activités du musée et celles de la rue; c’est magique de se promener dans cette galerie au niveau deux qui surplombe le trottoir.

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A l’arrière du bâtiment un escalier monumental en colimaçon, tout de bois, tel un serpent qui s’entortille, incrusté dans l’ancienne façade avant de sortir en extérieur. Woah, la vue vers la ville, surplombant Grange Park, vers le cube sur pilotis de OCAD est superbe; je suis fascinée par cette architecture mais aussi par les collections que je prends le temps de parcourir.

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Mes deux premiers étages exposent des œuvres contemporaines; au niveau supérieur, des œuvres des cinquante dernières années où les artistes chacun à leur manière, explorent la notion d’espace, soit un lieu physique, soit un sondage de notre pensée comme une émotion, un souvenir ou un rêve. C’est grand, on se laisse emporter.

Ensuite je vais découvrir une forme d’art dont j’étais ignorante; ce sont différents box où au moyen d’installations média, le visiteur ressent des émotions, se laisse transporter dans des mondes tels que un opéra, un orage, un grenier flippant, un voyage en mer, une machine ancêtre de la chaise électrique … Ce sont Janet Cardiff et Georges Bures Miller, les pionniers de cette approche artistique particulière, qui au départ surprend – moi en tout cas – mais finalement me prend au cœur. Ce sera également Janet Cardiff qui met en espace une quarantaine de hauts-parleurs crachant les mélodies de huits chœurs à cinq voix chantant Spem in Alium, d’un compositeur de la Renaissance … je resterais scotchée là à écouter, tout en admirant autour de cette corole de voix, les sculptures de Henry Moore, artiste britannique, amoureux de Toronto qui légua une grande partie de ses œuvres au musée.

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Le Groupe des Sept est pour moi aussi une découverte : des artistes qui en 1920, après avoir peint ensemble de nombreuses années, décident de former ce groupe, persuadés que le Canada devait définir sa voix artistique pour devenir une nation reconnue. Ils furent exposés de génération en génération dans ce Musée des beaux-arts de l’Ontario.

Sorel Etrog est lui un sculpteur très présent dans la ville; originaire d’une famille juive de Roumanie, il installe son atelier dans une ancienne fabrique d’habits à Toronto en 1963 et une dizaine de ses œuvres garnissent les espaces publics. J’aurais aimé avoir plus de temps pour m’intéresser à d’autres salles mais l’heure me pousse à renoncer. Je termine toutefois par la Grange, là où tout a commencé pour l’AGO; la maison familiale d’un ancien maire et membre du Parlement où artistes et intellectuels se sont réunis durant de nombreuses années. Sa veuve a légué la maison au début des années 1900 à ce qui est devenu la Art Gallery of Ontario; c’est la plus ancienne maison de briques de la ville. Depuis le parc Grange, cette demeure semble entourée d’un ciel bleu géant, la façade du Musée moderne.

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Yves a lui passé une bonne journée de travail, son séminaire du soir a eu beaucoup de succès à la ISchool. Nous nous retrouvons à l’hôtel pour partir ensemble chercher l’avion qui nous ramène à Montréal. Alors là, c’est un record de rapidité et d’efficacité. Le taxi nous emmène au hall du Porter AirPort, là un bac nous fait traverser le petit canal et au guichet d’enregistrement de Air Canada Express, l’employé nous propose une place dans le vol une heure plus tôt que prévu, soit dans dix minutes. Un contrôle de sécurité rapide, pas de longs corridors, nous montons à bord d’un avion Bombardier à hélices, qui va décoller trente minutes après notre départ de l’hôtel. Peu de passagers, un snack et une boisson, presque comme un jet privé et nous nous envolons par-dessus les îles où je laisse mes doux souvenirs de Toronto.

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De Queen’s Park à Yorkville

En quittant l’hôtel ce matin, je m’attarde devant le Roy Thomson Hall, une construction originale toute en rondeur avec une couronne de verre réfléchissant; nous n’aurons pas l’occasion d’apprécier l’acoustique exceptionnelle de cette salle de concert où se produit l’orchestre symphonique de Toronto. Non seulement pour épargner mes jambes mais aussi pour tester le métro de la ville et surtout explorer la vie souterraine – Toronto compte plus de vint-cinq kilomètres de corridors sous terre, juste un rien moins qu’à Montréal – je m’enfonce dans ce labyrinthe où il est plus difficile de se repérer qu’au niveau des rues. Le métro est lui assez restreint, les stations sont ici plus lumineuses et les rames, signées Bombardier, plus récentes que d’où nous venons, avec de jolis sièges en velours rouge! La ligne jaune m’amène à Queen’s Park, point de départ de ma randonnée d’exploration.

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À l’entrée de ce grand parc, trône majestueusement le bâtiment de la Législature d’Ontario, construit à la fin du dix-neuvième siècle par un architecte de Buffalo à qui l’on doit également un bâtiment de l’Université McGill de Montréal. Des jardins, des parterres fleuris, des statues entourent cet édifice de briques foncées, aux façades richement sculptées; la reine Victoria inspire le respect des visiteurs.

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L’Université de Toronto s’étend sur un carré immense de verdure, comptant une quarantaine de bâtiments; certains sont historiques de style oxfordien tandis qu’ils jouxtent des constructions ultra-modernes. L’ancien et le moderne se côtoient dans cette ville un peu partout. L’University College est le plus ancien du campus avec un magnifique portail de l’horloge et des sculptures de pierre remarquables. Je ne peux m’empêcher un petit crochet à la librairie universitaire, riche de nombreux objets à son enseigne et dont la salle qui renferme un grand nombre d’ouvrages de tous domaines a conservé le cachet des anciennes salles de lecture. Bien qu’il soit beaucoup moins pittoresque que celui de Kyoto, le chemin du philosophe est une promenade relaxante au sein du campus; les grands chênes, les marronniers en fleurs, les gazons impeccables, les écureuils noirs à la queue rousse accompagnent les étudiants, les professeurs, les visiteurs au son de la musique du conservatoire camouflant le bruit des rues trépidantes.

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Yves a deux rendez-vous ce jour à la faculté Rotman de gestion alors que demain il fera sa conférence à la I School ( Faculty of Information ); nous nous retrouvons pour une petite pause de midi au ROM, le Royal Ontario Museum. Celui-ci est le plus grand musée au Canada, un musée d’histoire naturelle renfermant des millions de trésors artistiques et archéologiques; nous déambulons dans les galeries présentant Rome, l’Egypte, la Grèce ou encore la Chine et la Corée. Des classes bien sages d’enfants écoutent attentivement leur maîtresse racontant l’histoire des civilisations, observant dans les vitrines ces merveilleuses pièces antiques.

En 2008, le bâtiment ancien s’est vu agrandi par ce qu’on appelle le Crystal, une énorme structure de verre et d’aluminium qui surplombe le trottoir de la rue Bloor; les adeptes et les réfractaires sont toujours prêts, semble-t-il, à discuter de cette architecture mixte assez extravagante.

L’architecte est Daniel Libeskind, notamment connu pour avoir fait le Musée Juif de Berlin; il aurait également gagné le concours pour refaire les World Trade Towers, mais aurait été écarté par la suite. En assistant à un mariage près du ROM, il avait dessiné un genre de diamant sur une serviette en papier, ne pensant pas spécialement répondre au concours mais quelqu’un l’a vu, a aimé et il a été rappelé pour répondre au concours et faire la rénovation!

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Seule ensuite je vagabonde dans les rues de magasinage de Toronto; sur Bloor Street se succèdent les grandes signatures comme Chanel, Vuitton, Prada, Cartier avant de retrouver les façades de Hudson’s Bay ou Holt Renfrew, les magasins dits à rayons, purement canadiens. Mais je préfère de loin, les plus petites rues parallèles que sont Yorkville, Cumberland ou Hazelton; elles offrent un joli rassemblement de boutiques design, de galeries, de cafés où les gens en terrasse créent l’animation. Des maisons colorées, variées qui font assez penser à certains quartiers de Montréal; même les boîtes de relais électriques sont peintes dans le décor, les devantures valent le détour, une autre facette de cette grande métropole.

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Sur Yorkville, un célèbre parc urbain a été créé au-dessus d’une station de métro – le bruit m’a d’ailleurs surprise – un arrangement harmonieux de pierres et de verdure où l’été il doit être agréable d’y rechercher la fraîcheur de l’ombre.
Tim Hortons, comme Starbuck ou Second Cup sont l’endroit idéal pour une pause – aujourd’hui ce sera Tim Hortons pour la première fois; une chaîne créée en Ontario par une homme d’affaires et un joueur de hockey. Un doux café glacé et un délicieux cookie moelleux me redonnent de l’énergie …
Ce soir nous sommes invités à manger chez nos amis Trish et Alan, les designers des livres Business Model; ils habitent Dalhousie Street, facile à mémoriser puisque notre appartement à Vancouver se trouvait sur une rue de même nom. Pour nous rendre chez eux, le métro nous mène à Dundas, une large place qui à la tombée du jour ne peut que faire penser à Piccadilly ou Times Square. C’est presque dommage que nous ne soyons pas montés ici avec un peu de marge; un cracheur de feu, un lanceur de couteaux, un groupe rock, etc.

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Leur logement est situé dans un très très gros bâtiment, en bordure de l’Université Ryerson, anciennement une fabrique qui a été récemment reconvertie en petits appartements. Leur loft est très design, original, sobre et chaque objet semble avoir été choisi avec goût et attention – c’est bien ainsi que je pouvais m’imaginer leur intérieur. Les pièces sont hautes, le plafond est resté en béton, certaines tuyauteries encore apparentes, des placards et portes aux parois coulissantes, tout espace est judicieusement utilisé. Ils sont mieux lotis ici qu’à Montreal en hiver, nettement moins perturbés par la neige. Les deux nous disent avoir étudié à York University, une des plus grande, qui compte quelques cinquante mille étudiants. Je déguste avec Alan, une jolie sélection de bières locales dans une pinte originale, le repas est joyeux, nous avons beaucoup à nous raconter … Trish est d’origine grecque et me propose un café grec après le repas, miam c’est la même saveur que le café turc que j’aime particulièrement et ils ont également de délicieux chocolats à Toronto!

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Toronto à pied !

Ce lundi est férié au Canada, non pour la Pentecôte mais pour célébrer la reine Victoria. Sous un beau ciel bleu et soleil, nous partons bien décidés à la découverte de Toronto et ses divers quartiers nommés districts; ni bus, ni tramway, ni métro nous n’emprunterons, seules nos jambes nous transporteront. Les rues, les avenues alignées au cordeau facilitent le parcours que nous débutons par West Queen West, le quartier surnommé Art & Design District. Les bars, boutiques, restaurants, galeries de cette rue mythique recèlent beaucoup d’originalité; on y ressent un air appelé ‘bohème-branché‘ par les torontois eux-mêmes. Le nombre de façades joliment colorées de tags figuratifs me plaisent beaucoup et c’est une chance que ce jour férié voit les portes closes pour une majorité des commerces. Dans le parc Trinity-Bellwoods, les lilas sentent merveilleusement bon et les citadins s’allongent sur les gazons pour profiter des heures de repos.

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Même si ce n’était pas initialement dans nos plans, le crochet par Kensington Market apporte une autre vision plus vivante d’un quartier populaire, avant de nous retrouver dans le district chinois. Les couleurs vives, les enseignes aux caractères kanji, les étalages de canards laqués et d’épices ou de champignons, les grandes tables rondes des restaurants, les pharmacies de plantes médicinales … on s’y reconnaît, c’est bien la vitrine d’un Chinatown. L’immigration remonte au milieu du dix-neuvième siècle, avec des commerces de blanchisseries – avant l’invention de la machine-à-laver – et de restauration et aujourd’hui on compte un-demi million de chinois à Toronto.

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Le fameux musée d’art est fermé le lundi et nous dénichons en face un petit restaurant/galerie qui expose les toiles de Lim Khim Katy, née à Ho Chi Minh City; ses maisons de campagne, ses paysages lumineux, ses personnages expressifs … j’aime. Sur la rue McCaul, c’est la découverte du bâtiment le plus original que nous ayons jamais vu, le Sharp Centre for Design qui fait partie de OCAD, le Ontario College of Art and Design où Yves a un rendez-vous mercredi. Incroyable, cet énorme cube rectangulaire aux façades de cases noires sur fond blanc, perché sur douze immenses pilotis colorés, chapeautant un ancien bâtiment! De près, de plus loin, la vue reste accrochée à cet édifice audacieux, inoubliable.

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L’objectif suivant est l’ancien Hôtel de Ville de style victorien devant lequel fut érigé le New City Hall, avec deux tours courbées telles deux mains ouvertes qui protègent la soucoupe où siège le conseil de la ville. Des passerelles d’accès surélevées offrent une splendide vue sur cet espace public devant l’hôtel de ville, le Nathan Phillips Square. Des enfants courent se mouiller, se rafraîchir sur les jets d’eau, les gens ont emporté leur siège pliant pour se détendre en observant l’animation de la place et nous écoutons les airs entraînants d’un orchestre, sous la baguette de la talentueuse Resa Kochberg, dans le cadre du programme de la semaine de musique juive.
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Je parviens à entraîner Yves dans le Centre Commercial Eaton, de cinq étages infinis, coiffé d’une immense arcade au toit de verre et avec en suspension un magnifique vol de bernaches en fibre de verre. Un écart qui valait le coup d’œil.
Et nous parvenons à Yonge Street que nous descendons vers le sud jusqu’à l’Esplanade. Yonge street est une des plus longues rues au monde, portant le même nom sur 1’896 km, depuis le lac Ontario jusqu’à la ville de Rainy River. Elle suivrait le tracé utilisé par les Hurons et ensuite par un explorateur français. Sa construction a débuté dans les années 1790, pour faciliter les communications entre la nouvelle York, appelée Toronto, et la baie Géorgienne en cas de conflit avec les américains. Elle est aujourd’hui une rue commerçante super animée, avec également des musées et des théâtres.
De Yonge à Bay street, s’étend Brookfield Place, un autre symbole architectural de Toronto. Entre deux tours jumelles, une galerie de verre de cinq étages, supportée par une structure métallique blanche; nous y trouvons un ‘Marché‘, boutique et restaurant à l’enseigne suisse – comme celui de Singapour – et le Spirit of Hockey bien sûr.

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Pour atteindre le Distillery District, recommandé par Anaelle, nous traversons le quartier de la vieille ville de Toronto, là où le commandant Simcoe de l’armée britannique a fondé la ville de York en 1793. Ce sera longtemps le centre économique de la métropole avant qu’il ne se déplace plus récemment vers la forêt de gratte-ciel que constitue le quartier des affaires. Au passage nous admirons la façade du Gooderham building, un trompe l’œil qui représente le bâtiment qui lui fait face de l’autre côté de Front Street. Le secteur est de nos jours à la mode pour y élire domicile plus au calme.

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The Gooderham and Worts Distillery est fondée en 1832 et devient rapidement la plus grande au monde, produisant jusqu’à huit millions de litres d’alcool par an. Les restrictions et interdictions de la première guerre mondiale vont aboutir en une reconversion en production d’acétone et ensuite chuter. C’est dans les années 1990 cependant un lieu reconverti une fois de plus, en studios de films. Nous entrons dans ce quartier entièrement piéton, un Hub de culture, de loisirs et d’art; lieu de la mode, du design, d’artisans, de galeries, de cafés et restaurants branchés mais aussi un paradis pour les résidences. Nous avons la chance qu’il s’y passe ce week-end un rassemblement d’artisans à l’ouvrage et vendant leurs œuvres; une animation qui fait fête, sous un beau soleil qui réjouit les cœurs.

En 2003 un petit groupe d’entrepreneurs visionnaires fait le rêve de transformer les quarante-sept bâtiments de pure style industriel victorien de l’ancienne distillerie en un espace où les passions et la créativité pourraient s’exprimer, se développer, se partager avec d’autres. Pour terminer la rénovation des rues, ils auraient acquis six cent mille pavés de brique rouge de Cleveland. Ils sont parvenus à créer un ensemble où l’ancien et le moderne se fondent; une destination idéale pour rêver, se sentir hors du temps, chiner parmi les quantités de boutiques d’objets insolites – comme chez Bergo Designs, par exemple – ou se laisser captiver par un magicien de rue, savourer un délicieux chocolat aux pépites de caramel, une bière rousse de Mill St. Brewery. Un vrai moment de bonheur pour lequel nous remercions vivement Annaelle du conseil! C’est d’ailleurs à sa santé que nous prenons nos consommations sur un banc face au soleil …

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Le retour se fait le long de Queens Quay, East puis West dès que l’on passe outre cette Yonge street et l’on revient vers la ville qui donne le vertige. Le nombre de travaux, de grues fait dire aux locaux qu’il y a deux saisons à Toronto : l’hiver et … la saison des constructions!

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Niagara Falls

Une excursion organisée par Gray Line, va nous permettre d’apprendre et de visiter plusieurs sites de la région de Niagara en une seule journée. Notre chauffeur Jim est très gentil et attentionné; notre guide, Edward, officiellement à la retraite, est drôle et intéressant – il faut cependant bien tendre l’oreille pour décortiquer ses phrases mâchées. Jim s’amuse à quitter l’autoroute quand la circulation devient dense et ainsi nous progressons à bon rythme. Nous passons à proximité de Burlington, une région recherchée en bordure du lac, avec des golfs et des plages de rêve pour ses riches résidents. Hamilton est elle moins réjouissante car très polluée à cause de ses chantiers de constructions navales et ses hauts-fourneaux en quantité concentrée.

La zone qui s’ensuit est très fertile, recouverte de terres d’alluvions suite à la fonte des glaces et des neiges des Montagnes Erié … elles nous font bien rire leurs ‘montagnes’, pas très hautes. Par contre les étendues de vergers, cerisiers, pommiers, etc. sont de taille américaine – nous circulons sur FruitLand Road – et aux alentours de Ste Catharines, nous approchons des vignobles, des alignées immenses de ceps et des caves, dont certaines n’ont rien à envier à nos châteaux. Par contre Edward a pris rendez-vous pour nous dans la petite cave ‘Caroline‘. C’est l’heure de l’apéro et cette dégustation de Riesling, Cabernet Sauvignon et IceWine tombe bien à point. Le show est très américain, même que je ne sois pas experte dans le domaine, c’est amusant.

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Reprenant notre route, nous enjambons le canal Welland, un canal de quarante-deux kilomètres avec huit écluses, assurant le passage du lac Ontario au lac Erié en évitant les chutes du Niagara. Ce canal est emprunté par la navigation de plaisance et commerciale et fait partie de cette Voie maritime du St.-Laurent; il facilite le transport des marchandises produites dans les villes industrialisées bordant les Grands Lacs vers l’océan atlantique, en passant par le Mississippi. La région est magnifique, les chemins empruntés nous font découvrir de très jolies habitations et nous arrivons au Parc Niagara, avec ses endroits de pic-nic bien sympathiques, son horloge de fleurs, son école horticole, son jardin botanique, plusieurs grands terrains de golf, des réservoirs qui alimentent les centrales hydroélectriques et enfin Woah, nous apercevons les fameuses chutes! Le lunch se prend au treizième étage du Sheraton, avec une vue spectaculaire sur le site, peut-être la plus belle de l’endroit.

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Les chutes, la rivière Niagara et les Grands Lacs nord-américains sont nés de la déglaciation il y a cinquante mille années. L’érosion et le recul des chutes ont créé une séparation : les chutes canadiennes appelées le Fer à Cheval et les chutes américaines qui toutes deux sont situées sur la rivière Niagara qui relie le Lac Erié au lac Ontario. La frontière entre les deux pays est tracée telle une ligne toute droite au milieu des deux lacs. Et trois ponts imposants sur la rivière permettent de passer cette frontière, les files d’attente aux douanes peuvent s’étendre sur plusieurs heures.

La hauteur des chutes n’est que de cinquante-deux mètres mais leur largeur – 323 mètres pour les américaines et presque huit cents mètres pour le Fer à Cheval – provoquent un débit de plus de deux mille huit cents mètres cube par seconde, le même taux étant dévié pour la production d’énergie; cela en fait les plus puissantes de l’Amérique du Nord. Elles sont donc également une source importante d’énergie hydroélectrique et les ingénieurs s’efforcent par de nouvelles technologies de réduire le taux d’érosion.

Il y a toujours polémique pour savoir quel européen a fourni le premier des descriptions des chutes; Samuel de Champlain début du dix-septième siècle ou Pehr Kalm, un finno-suédois un siècle plus tard? Une légende amérindienne raconte qu’une très jolie jeune femme refusa le mariage organisé par son père pour choisir de se sacrifier à son amour He-No, dieu du tonnerre vivant dans une caverne derrière les chutes du Fer à Cheval. Alors qu’elle amenait son embarcation aux rapides de la Rivière pour le rejoindre, elle tomba à l’eau et fut sauvée par son héros, He-No!

La légende a donné son nom aux embarcations qui emmènent les touristes au pied des chutes, Maid of the Mist. Équipés de pèlerines bleues pour nous épargner la douche complète, le périple nous amène le long des chutes américaines qui se fracassent sur un amas de roches brisées tombées en 1954, accompagnés d’un flux de mouettes et ensuite le bateau s’engage plus loin dans les tourbillons de la gorge vers les chutes du Fer à Cheval. L’impression est forte, on ressent profondément la force des courants, on pense être au plus près – les appareils photos déjà cachés car il n’est plus possible de les tenir – mais non, le bateau approche encore, s’enfonce dans ce brouillard humide bouillonnant d’énergie! Woah, ça valait franchement le coup! Le soleil, le vent, les 29 degrés sont juste bien présents pour que nous soyons à peu près secs quand on reprend le car.

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Les statistiques donnent quatorze millions de visiteurs par an pour cet endroit exceptionnel, lieu touristique depuis plus d’un siècle, et qui est la destination première des Lunes de miel. La localité côté canadien, mais aussi américain je crois, n’a elle rien de très pittoresque; elle fait penser à un petit Las Vegas extravagant. Par contre notre excursion prévoit un dernier arrêt à Niagara-on-the-Lake, petite ville où se serait installée la première communauté anglaise en Ontario et considérée comme une des plus belles de la province. Une rue principale, commerçante, magnifique, avec des boutiques, des bars, restaurants, hôtels – dont le Prince of Wales, très old fashion – au cachet comme j’aime et dont les souvenirs d’escapades avec Candy et Richard nous reviennent. Les arbres sont superbes, une jolie petite église Saint-Vincent de Paul, des calèches au charme d’antan et … des glaces affreusement savoureuses … miam, le parfum de cherry cheesecake !

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Journée qui procure un bien-être exquis, qui fait tout oublier; les images inondent les yeux et chassent de l’esprit les réalités de la vie quotidienne.

Victor est le restaurant du Germain, tenu par David Chrystian qui a participé à l’émission Top-Chef au Canada. Nous y apprécions énormément un menu ‘tasting‘ dont les saveurs vont crescendo au cours du repas. Originaire de Roumanie, il s’est inspiré des recettes de sa grand-maman; des parfums excellents! Et nous faisons causette à la table voisine avec un couple de belges retraités, joyeux et bavards – mais peut-il en être autrement – en voyage de New-York à Montréal en passant par Toronto; demain ils feront la même excursion vers les chutes. Rencontre fortuite agréable, on se croisera à plusieurs reprises.