La météo nous a réservé un beau week-end avec peu de pluie pour la saison, les températures sont fort agréables et le petit vent au bord de la piscine irrésistible. Une sortie à Holland Village nous amène dans le quartier des expatriés, on entend parfois y parler français, surtout au Coffee Bean où le capuccino est très bon et où le wifi attire les clients. Un restaurant coréen, Charcoal, nous fait repenser aux Yakiniku du Japon … le grill au milieu de la table, un choix de viande qui fond dans la bouche, des sauces parfumées.
Dimanche fin de journée a lieu au Centre Culturel juste en face de chez nous, une cérémonie importante de remise de prix à quelques trois mille personnalités et qui voit se déplacer le Président de Singapour. Nous ne sommes pas invités mais nous pouvons constater toutes les mesures de sécurité qui sont mises en place ; une alignée de blocs de béton comme nos Toblerone antichars en Suisse et des portiques sophistiqués de contrôle du passage des véhicules, sur un périmètre important.
Nous avons minutieusement collecté les renseignements et rempli les formulaires pour la demande de visas vers la Chine. Je me rends donc lundi au rendez-vous pris en ligne ; quelle illusion de croire que nous serons ainsi peu nombreux à cette heure-là ! La pièce est remplie de gens qui se déplacent en tous sens, certains remplissent sur place les documents, une dame s’occupe juste de faire des photocopies pour nous quand le format des documents ne convient pas et je fais la file pour obtenir mon numéro, comme chez le boucher. La préposée vérifie tous mes papiers et semble douter du cas de Yves : pour un visa business il faudrait une invitation officielle par le gouvernement chinois … rien que ça ! Elle m’octroie toutefois un numéro et je patiente avec tous les autres devant la douzaine de guichets. Je présente alors, toute innocente, mes dossiers et la dame me réexplique la même chose. Fort aimablement, elle suggère deux visas touristiques pour cette fois, que je peux venir chercher vendredi. Et c’est gagné !
Le ciel est couvert mais pas trop sombre, je profite de me trouver dans le quartier des affaires pour contourner la baie, regarder les premiers petits sapins de Noël offerts par les sociétés pour des œuvres caritatives et rejoindre les Dômes des Gardens avec l’objectif de parvenir au barrage. Je croise peu de monde sur la balade le long de l’embouchure de la ‘river’ … c’est beau, c’est paisible. J’aperçois le barrage et non seulement celui-ci mais également un énorme espace et bâtiment en forme d’anneau, de spirale qui s’élève. Oh! comme c’est impressionnant … et en me retournant je découvre un autre point de vue de Marina Bay. La plaine au-dessus de l’édifice, couverte de gazon, a la superficie de quatre terrains de football ; c’est un endroit privilégié pour les cerfs-volants. On aperçoit les turbines du barrage dans une grande salle aux parois vitrées et il y a également un joli musée sur la thème ‘SustainableSingapore’ … l’eau est un sujet de première importance pour la ville. Le barrage s’étend sur 350 mètres, que l’on parcourt sans autre, à pied ou à vélo.
Il joue trois rôles pour la population locale ; celui d’un réservoir d’eau qui pourvoit au dixième des besoins de la ville, celui de contrôle du niveau de l’eau dans les zones basses que sont Boat Quay, Chinatown ou encore Clarke et enfin celui d’un espace de loisirs nautiques avec la possibilité de pratiquer du canoeing, du windsurfing ou d’admirer des ‘light water shows’. Lors des fortes pluies – et nous savons qu’elles peuvent être fortes – et en rapport avec les marées, il régule le niveau du bassin, qui représente un sixième de Singapour et qui s’immisce dans les quartiers habités dont certains ont été repris sur la mer. La ville est donc maintenant épargnée des inondations connues par le passé.
Je n’avais pas vu figurer le site sur les guides touristiques et ma surprise en est d’autant plus belle. Sur le toit du bâtiment et aussi sur le barrage lui-même, le vent marin fait rêver, la vue se porte au loin soit vers la ville, soit vers l’océan et ses gros porte-containers en stagnation.
Et cela me donne envie au retour de faire un bout de chemin sur un de ces ferries pour touristes, qui me ramène à Clarke … un moment de navigation fort agréable. Clarke commence à revêtir ses décorations de Noël et Jingle Bells résonne déjà dans les centres commerciaux.
Comment trouver les mots pour décrire le spectacle de Philippe Genty, pour transcrire les impressions ressenties tout au long de cette soirée où il nous balade entre rêve et réalité. C’est en ouverture de ‘Voilah’, le French Festival de Singapour que se joue ‘Voyagers to Nowhere’ mais qui sont ces voyageurs immobiles, les sept acteurs passagers d’un voyage dans l’imaginaire, l’inconscient ou bien nous, spectateurs assis dans nos fauteuils, comme des enfants éblouis par la magie des effets spéciaux et cherchant à reconstituer la trame de ce périple autour de la planète. Un mélange de théâtre, danse, marionnettes, arts plastiques et pratiquement sans textes mais où tout est en perpétuel mouvement, une course sur place, une traversée du désert, des villes ou des océans, des situations reflétant l’amour, la jalousie, la naissance, des représentations plus loufoques comme ces nourrissons à tête d’adultes comprimés dans des boîtes ou cet homme qui accouche d’une quantité de bébés en celluloïd.
Philippe Genty est plasticien de formation et c’est ainsi qu’il mêle aux acteurs différents types de marionnettes qui surgissent de nulle part, se désarticulant, se transformant en être humain … il est un créateur hors du commun, metteur en scène d’un univers indescriptible, artisan de la matière. La mer, les océans, la banquise sont devant nos yeux, bringuebalant des valises, des cartons d’où émergent les voyageurs pris dans la tourmente, dans un mouvement des vagues et de l’écume tellement réel qu’il nous donnerait presque le mal de mer. Le vent se déchaîne, le désert remplace l’immensité de l’eau, avec ses papiers moulés aux formes humaines et l’on ne sait plus où est le vrai et son image.
C’est émotionnellement fort par moments, parfois dérisoire ou même à la limite de l’admissible mais cela nous emporte dans un tourbillon d’idées, visuellement ébouriffant. J’ai trouvé sur Youtube une courte séquence qui passe au travers des points forts de ce spectacle éblouissant :
L’Esplanade est le théâtre auquel l’architecte a donné la forme de deux durians, ce fruit épineux, écoeurant, interdit dans les transports publics mais typique de Singapour. Vaste, moderne, on y expose ces temps des chiens et des chats, de couleur rouge, assez expressifs.
Et en arrivant pour notre sortie de ce soir, nous assistons à un petit concert symphonique joué avec brio par de jeunes enfants … c’est beau !
Le soleil brille par ma fenêtre ce matin, il faut en profiter avant que l’orage ne vienne perturber mon plan. Lors de ma première visite à Marina Bay, je n’avais pas pu me balader dans les jardins extérieurs à cause de la pluie. Voici une belle destination ; j’échange quelques mots avec un couple de Bangkok avant de sillonner les parties du parc. Ces jardins prennent place sur des terres reprises sur la mer, et en bordure du réservoir d’eau formé par le barrage. Une centaine d’hectares qui se veulent un espace récréatif et éducatif extérieur et qui s’inscrivent dans la politique de Singapore, ‘ une ville dans un jardin’ ; la verdure et les fleurs en ville améliorent la qualité de vie de ses habitants.
Je me promène dans un paysage fabuleux, avec des zones par thème ayant un design et une atmosphère propres ; des palmiers, une végétation malaise, les ressources du temps de la colonisation, un jardin chinois coloré et aux pierres impressionnantes, et également plusieurs points d’eau. L’image du domaine est bien évidemment ces immenses structures en forme d’arbres, s’ouvrant en vase sur la hauteur, appelés ‘Supertrees’. Les plus hauts font 50 mètres ; ils sont recouverts de végétation plantée à la verticale et forment une place centrale où il fait bon respirer. Un chemin aérien, entre deux supertrees offre un bol d’air plus frais et une vue sur le parc, le fameux hôtel ‘bateau’, la ville, la mer proche. Ces arbres s’animent de musique et de lumières à la nuit tombée ; nous avons déjà pu les admirer au retour de l’aéroport ou de Sentosa.
C’est incroyable aujourd’hui le nombre de classes en course d’école que je rencontre dans ces jardins ; tous sont en uniformes, accompagnés de leur maîtresse et aussi souvent d’une maman … tiens donc ! Un chemin en bois longe le plan d’eau sur toute la longueur, avec une végétation plus sauvage et aquatique, de roseaux et d’herbes folles ainsi qu’une superbe libellule qui brille de ses éclats. Il fait très chaud dès que le soleil ne nous est pas caché, le temps est orageux et donne une plus forte impression de chaleur encore. Mon application iphone indique 32 degrés avec un real feel à 42 degrés …
Le Dôme des fleurs, une des deux énormes serres, est toujours aussi magique et climatisé, ce qui est appréciable ; en cette période d’automne, un parterre central s’est décoré aux couleurs orangées de citrouilles et je me réjouis de le découvrir aux tendances de Noël. Dans les magasins et les centres commerciaux, les fêtes de fin d’année commencent à rayonner.
Une passerelle surplombe l’avenue et me ramène vers le prestigieux hôtel Marina Bay Sands que je traverse pour découvrir une balade sur les toits du gigantesque centre commercial. Je domine la baie, son musée des arts en forme de Lotus, le stade qui descend en cascade vers l’eau, et je peux presque m’imaginer sur un voilier entre ses câbles tendus. Il y a toujours à découvrir quand on se balade … Un chemin piéton à l’architecture très moderne, avec des arches tubuleuses et lui-même en arc de cercle permet de rejoindre l’autre rive de la baie et offre une vue dont je ne me lasse pas sur ce quartier mythique de Singapour … même si nous l’avons en poster dans l’appartement. Et je constate avec joie que notre Merlion a laissé tomber ses échafaudages, il a revêtu son beau manteau blanc et crache à nouveau son jet d’eau. Les ‘durians’ du théâtre de l’Esplanade complètent le paysage … c’est magnifique.
Ce soir je me lance dans une nouvelle aventure … je m’initie au Qigong ! C’est mon médecin acupuncteur qui donne ce cours et cela me tente bien d’essayer. Un peu de méthode, un peu de prise de conscience, un peu d’initiation à la méditation et ensuite, en extérieur, deux premiers enchaînements de postures. Il détaille très bien les mouvements, il nous corrige pour chaque petite imperfection … de nuit, dans l’espace restreint de la clinique Body & Soul. L’ambiance est vraiment très conviviale et décontractée même si nous sommes toutes et tous fort concentrés pour ce genre d’exercices peu habituels – il n’y a qu’un chinois parmi le groupe qui se compose d’expatriés caucasiens. On devrait se retrouver là tous les jeudis soirs et sans regarder nos montres, le temps ne compte plus. Je sympathise avec Petra et surtout Agata, qui vient d’arriver à Singapour, depuis Shanghai … voilà qui m’interpelle et elle me propose de suite de me donner de la documentation et répondre à mes questions pour notre prochain voyage fin du mois.
Je suis assez contente de boucler mes posts, avec de nombreuses photos pour les onze journées merveilleuses passées au Japon. Ce Pavillon d’Or est superbe ; j’en fais faire un nouveau poster rigide au centre … et une cliente me demande là si c’est notre maison de campagne !! Déjà Yves parle du prochain voyage en Chine, où il est invité pour deux jours de workshop par China Business Média Group. Des visas sont nécessaires pour nous et je commence à rassembler les informations et documents à présenter (lettre d’invitation, billets d’avion, réservations des hôtels). Tout n’est pas encore connu, quelques mails sont envoyés. Il est prévu de séjourner cinq jours à Beijing et ensuite trois jours à Shanghai que nous rejoindrons en train ; les paysages qui vont défiler en traversant la Chine valent le détour, nous a-t-on dit.
Un matin en sortant faire mes courses, je croise notre voisin de pallier ; j’ignore depuis combien de temps il est ici car je n’ai jamais aperçu qu’un chat pas la porte entrouverte! Ce jeune homme est rattaché à la faculté de Computer Sciences, dans une discipline sans doute pas très éloignée de Yves et on fera plus ample connaissance prochainement.
Si je suis de manière détaillée, heure par heure, la météo, je parviens à me réserver des plages de beau et chaud pour retrouver ma place appréciée autour de la piscine, avec un bloc pour rédiger des mails, des textes ou alors une revue sur les nouveautés et manifestations à Singapour. Les orages sont fréquents mais le soleil re-pointe souvent son nez ensuite.
Mardi soir, au centre culturel, soit à dix minutes à pied de la maison, nous assistons à un spectacle de danse contemporaine fabuleux. Danny Tan est le chorégraphe que nous avions découvert lors de Phase47 au quartier chinois. Ce spectacle aujourd’hui est le grand final d’une année d’échanges et de collaboration avec des danseurs du monde, Europe, Australie, États-Unis et Asie. La représentation est grandiose; les artistes vraiment pros, les costumes vaporeux, les décors et montages vidéo parfaits, la mise en scène révèle l’originalité et le talent de ce Danny, qui dans le morceau final emballe tout le public. Après ce moment de plaisir, comme c’est souvent le cas lors de manifestations, un grand buffet attend les spectateurs et les artistes ; c’est le moment de pouvoir échanger quelques mots avec eux, chaleureusement et en toute simplicité.
Caroline, une copine de Marie-Christine me donne rendez-vous vendredi matin pour un café à Holland Village. Installée ici depuis les années 2000, elle connaît tout le monde dans ce Coffee Bean, repaire des caucasiens. Nous sympathisons très vite, elle est maman de quatre enfants et apprécie la vie ici avec sa maid philippine et les facilités dont peuvent bénéficier les expatriés. Sa maman vit à Bâle, les sujets de discussion s’enchaînent et elle me fait une longue liste de conseils à tous points de vue, magasins, musées, visites, bien-être … elle m’entraîne d’ailleurs pour un massage des pieds, excellent où nous nous laissons aller, presque jusqu’au sommeil. J’y reviendrai … Et c’est Isabella, une autre amie de Caro et Marie, qui m’attend alors pour une nouvelle discussion et prise de connaissance, toujours au Coffee Bean ! Voilà, comment on passe ses journées quand les expatriées se retrouvent. Elle est également hyper sympa et me raconte qu’elle va suivre des cours d’hypnose ; elle travaille comme bénévole dans un hospice et pense que la technique pourrait soulager la douleur des personnes qui souffrent en fin de vie. Qui sait, peut-être lui servirai-je de cobaye ! Nous parlons de la Suisse où elles rentrent toutes en général durant l’été et ce sera, je l’espère, un moyen de conserver le contact. Cammy, l’esthéticienne conseillée par Caroline (elle m’a pris de suite un rendez-vous) est très gentille et professionnelle. Et voilà une journée pas trop productive pour mes reportages mais enrichissante en relations ; cela m’a redonné du punch.
Yves a envie d’évasion ; quoi de plus simple que de se retrouver au paradis de Sentosa pour le week-end … et la connexion y est excellente pour mon travail de bloggeuse. Le samedi démarre par des fortes pluies, qui nous font presque rire … pour autant que l’on puisse s’abriter ou trouver un taxi. L’odeur de cette humidité équatoriale est très caractéristique ; on s’y fait et les ventilations font tout leur effet. Les paons sont toujours nos compagnons sur la terrasse du Shangri La et notre chef coq marocain nous reconnaît aussi ; son couscous royal est succulent ainsi que l’assiette de fromages français qu’il nous offre à présent chaque fois !
Mes textes sont bouclés, il me reste à faire un choix parmi les deux mille photos et vidéos prises sans limites. Mathieu m’a également envoyé un petit rapport à relire ; je n’y comprends pas tout, loin de là mais cela me semble clair, précis et je corrige les coquilles.
C’est une vue magnifique ensoleillée, sur la plage, la piscine et les palmiers, qui nous sourit dimanche au réveil … Au cours du petit-déjeuner, toujours sur la même terrasse, Yves engage la conversation … en français avec Ben, le General Manager de cet établissement ravissant. Il a travaillé plusieurs années au Club Med avant de rejoindre le groupe Shangri La et il fait tourner cet hôtel d’une main de maître … nous lui disons notre bonheur de venir passer ici un week-end de temps en temps. Et voilà qu’il nous offre le repas de midi au restaurant qui se trouve juste en bordure de mer ! Quelle chance, c’est un buffet de grande qualité, où le crabe nous est servi décortiqué – le luxe – on se régale tout en admirant la vue et supportant avec plaisir la légère brise marine. Il passera nous saluer, sans rester partager le repas.
La chaleur pèse sur notre balade vers l’est de l’île, direction du Golf … un endroit de toute beauté également. La plage située en bas des collines, est peu peuplée, son sable est beau clair. Nous espérions prolonger vers les quartiers résidentiels car nous connaissons deux personnes qui y habitent ; zut, l’accès est clôturé. Un beau dimanche qui a rechargé nos batteries pour la semaine.
Nous allons manger des sushis ce soir avec le collègue d’Yves finlandais, et sa famille. Ils ont deux charmantes petites filles, habituées aux voyages puisque elles sont nées aux US; ils ont habité dix ans à Ann Arbor au Michigan. Miina son épouse va reprendre du travail en janvier, ils sont bien aidés par la maid philippine qu’ils ont héritée d’un couple rentré au pays. Ces jeunes filles font tout, des courses aux repas, de la lessive au repassage, du nettoyage à l’occupation des enfants. La famille part skier en Laponie à Noël, quel changement cela va leur faire par rapport au climat d’ici.
Le retour à la maison se passe très rapidement … l’avion s’est posé mardi peu après 5 heures du matin et une heure plus tard, nous sommes chez nous. Tout va pour le mieux et nous apprécions de nous allonger un moment avant de démarrer. Yves reprend le chemin de NUS et moi, outre le rangement et les lessives, j’entreprends mon travail de rédaction pour les onze journées du voyage. Ce fut tellement intense et dense, que j’ai quelques notes sur des bouts de papiers mais je voudrais me souvenir longtemps de cette découverte ; je vais prendre du temps, aller piocher sur Internet, pour retracer nos escapades.
C’est donc l’occupation première des jours qui viennent ; je me réhabitue ici aux supermarchés, à la monnaie et à leur accent. C’est agréable de comprendre et se faire comprendre ! La saison des pluies aurait commencé … les températures sont toujours aussi élevées mais un orage gronde quotidiennement. Telles des trombes d’eau, ça tombe en force et j’ouvre alors les fenêtres pour entendre et sentir l’humidité.
Ma première vraie sortie est jeudi pour ma séance d’acupuncture ; en attendant l’arrivée du médecin, nous papotons avec son assistante. Elle est singapourienne et fière de l’être ; le mélange de cultures, la tolérance envers les autres sont des points forts effectivement. Je dois aller voir le Jardin Botanique, c’est fait mais aussi le zoo et ses nouveaux pandas qui devraient être visibles pour les visiteurs dès la fin du mois. Cherchant à nous contacter, elle a fait des recherches sur le net et sa découverte du parcours de mon mari l’impressionne. La séance se poursuit, le médecin sourit en voyant que nous avons fait plus ample connaissance et ses manipulations me font toujours un plus grand bien. Les séances de Qigong ont commencé sans moi jeudi dernier et ce soir je retrouve Yves en ville pour un souper dans le quartier de Roberston, un des premiers endroits où il m’avait emmenée lors de notre arrivée en juillet. Après le japon, c’est comme un nouveau départ …
Tadashi nous accompagne une nouvelle fois pour la journée de clôture de notre initiation japonaise. Il commence par nous raconter sa journée du dimanche ; dans le cadre d’un festival des traditions ancestrales, il avait été sélectionné pour porter un kimono de la cour impériale, datant du dixième siècle. Son kimono, de couleur noire, se composait de 5 couches et c’est avec l’aide de deux assistants qu’il l’a revêtu. Et le kimono de sa compagne ‘impératrice du jour’, pesait 20 kg pour une succession de douze couches. La beauté et la richesse de ces toilettes se révèlent à l’alignement des couches qui sont toujours un peu décalées des précédentes. Il nous envoie le soir quelques photos … on ressent l’honneur et la fierté d’avoir été partie prenant de cette représentation.
Nara, notre destination se trouve à 42 km au sud de Kyoto et chemin faisant dans le train qui nous y emmène, nous papotons … il nous montre des photos du Learning Centre de Lausanne. Il a passé quelques jours en Suisse cet été, invité chez un architecte qui fut un de ses clients, comme nous. Le festival de Jazz de Montreux lui a beaucoup plu … il est sportif et aimerait venir skier dans nos Alpes – nous avons bien entendu le message. Il nous parle de son oncle qui s’est acheté une petite maison au nord de Kyoto, y a planté un champ de riz et Tadashi a participé à la récolte, une récolte d’une tonne et demi environ qui couvrira les besoins des 20 personnes de sa famille durant toute une année. On voit dans le paysage les fagots de riz qui sèchent, tête en bas. Le semis se fait en mai pour une récolte en automne à l’inverse du thé vert japonais qui se plante en automne et se cueille au printemps. Sur ces étendues de thé, spécialité de Uji – ville au sud de Kyoto, des filets noirs sont étendus pour abriter des intempéries.
J’observe en m’amusant le conducteur du train qui ganté de blanc, pointe le doigt devant, sur la droite, sur la gauche puis en haut … il fait ses contrôles : personne devant, feu ok, pas d’obstacles. Tandis qu’un autre convoyeur parle dans le micro, annonçant les arrêts et toutes les connexions possibles à chacun d’eux, avec les horaires … mais je ne suis pas certaine qu’il ne raconte pas aussi sa vie !
Nara fut la capitale, avant Kyoto, de 710 à 784 et c’est ici que le Bouddhisme arriva au Japon. Tadashi nous a préparé quelques devinettes pour nous préparer aux découvertes du jour. Les curiosités sont proches de la gare et nous entrons très vite dans le grand parc, dit le parc aux daims. Environ 1’100 daims s’y baladent tranquillement, en toute liberté, se mêlant aux touristes et aux promeneurs ; on peut les nourrir en achetant des biscuits dont le profit de la vente revient à une œuvre caritative … le bonheur pour les enfants et pour les grands. Le paysage est montagneux, verdoyant, présentant une similitude avec nos profils du Jura ; deux superbes Pagodes émergent dans le décor, l’une de cinq étages – la plus haute après celle de Kyoto –, et l’autre de trois étages.
Le temple de Tofukuji – même école que celui de Kyoto hier –, fondé en 710, a compté jusque 175 bâtiments dont nombre d’entre eux ont été détruits par les incendies. Dans ce qui subsiste de ce complexe, un temple, appelé La Maison du Trésor National, expose un grand nombre de statues bouddhiques de grande valeur ; des superbes gongs et lanternes où sont gravés des sutras (versets bouddhiques), des statues de Bouddha en bronze avec les lobes de ses oreilles toujours si allongée, symbole de bonheur, de Maitreya le bouddha du futur, de Ashura – reconnaissable avec ses 3 paires de bras – le dieu méchant qui en Inde provoquait la sécheresse alors qu’au Japon il a une connotation gentille, Kannon la déesse de la miséricorde, représentée avec mille mains qui peuvent sauver mille personnes, des magnifiques statues en bois des moines de la secte Hosso – que l’on croirait presque vivants, datant de 1189 … dommage que l’appareil photo soit interdit.
Avant de nous emmener au plus spectaculaire, notre guide fait un détour par le jardin Isuien, un des plus beaux de l’ancienne capitale ; des pavillons recouverts d’une toiture en roseaux et en écorces de cyprès japonais, un étang en forme de canard, des petits ruisseaux qui serpentent entre les collines artificielles, des rochers et des arbres harmonieusement disposés de-ci de-là. Et enfin nous découvrons le temple Todaiji qui abrite le Grand Bouddha de bronze, de 16 mètres de hauteur, la plus grande statue de bronze au monde … waouh, quelle splendeur et quelle émotion ! Bouddha en position assise, sur des pétales de lotus, est représenté avec la main droite levée, d’où partent des petits fils invisibles qui vont chercher les soucis des gens – signifiant ‘ne vous inquiétez pas’ – et la main gauche ouverte à plat – signifiant ‘je m’occupe de vous et de vos problèmes’. Cela semble incroyable qu’une telle œuvre fut construite au huitième siècle par des êtres humains, tout comme le Daibutsu, le bâtiment en bois qui abrite la statue. La plus grande construction en bois du monde, elle mesure 48 mètres de haut, 57 de long et 50 de large. Et encore ! A l’époque de sa construction il faisait 80 mètres de long mais suite à un incendie il a été reconstruit dans ses nouvelles dimensions. Son toit de tuiles d’argile pèse trois mille tonnes ; dans les années 1980, il a été démonté pour des rénovations et on raconte que la construction a alors grandi de 11 cm. De nombreux pratiquants possèdent un carnet pour calligraphie dans lequel ils font dessiner dans chaque temple visité sur leur vie, le nom du temple ; à leur mort ce cahier de 50 pages doit être complet et brûlé dans le cercueil pour ouvrir le chemin du paradis !
La porte que nous voyons à la sortie date du 12ième siècle, les gardiens en bois mesurent 8 mètres de haut et sont composés de 3’000 pièces de bois agencées sans que cela se remarque à peine.
Après un lunch dans le restaurant situé au sommet de la mairie, nous marchons encore dans le parc au daims, vers un joli pavillon au milieu d’un étang, d’où les gens peuvent admirer la lune … non pas dans le ciel mais son reflet sur l’eau … encore plus magique.
L’excursion touche à sa fin, le quartier traditionnel avec ses petites maisons et boutiques a beaucoup de charme ; on y admire dans les vitrines des pinceaux et papiers pour la calligraphie, art que les enfants apprennent tous à l’école, des kimonos aux couleurs et tissus magnifiques. J’achète un sachet de thé brûlé dans un magasin qui nous attiré par son atmosphère délicieusement parfumée. Les maisons traditionnelles sont en bois ; sur la devanture est posé un seau rouge avec de l’eau pour parer au plus vite en cas d’incendie … et pend le traditionnel chapelet de poupées de singes, qui reflète la composition de la famille.
Dans le train pour le retour, nous sommes instruits sur la langue japonaise qui nous intrigue passablement. Avec le Bouddhisme, les japonais ont importé de Chine la langue chinoise et ses 5’000 kanjis … de là, par souci de simplification, ils ont créé le hiragana, langage phonétique qui traduit ces symboles kanjis, puis le katakana qui permet de transcrire des mots étrangers. Cela nous paraît bien compliqué, même si la notion de tonalité, présente dans le chinois, n’existe pas ici. Les enfants tout jeunes commencent pas le hiragana, apprennent ensuite les mille premiers signes kanjis à l’école primaire et atteindront deux mille signes à la fin du lycée ; c’est à peu près ce qu’il faut savoir pour pourvoir lire un quotidien. Benoît nous a dit qu’avec ses cours journaliers intensifs, il était à l’aise pour une conversation après trois mois d’apprentissage mais que la lecture et l’écriture sont vraiment plus ardues. A l’origine les ouvrages étaient tous écrits de droite à gauche et verticalement mais aujourd’hui nous voyons aussi des livres ou journaux avec notre présentation classique ; toutefois nombre de textes sont composés des trois ensembles de caractères.
Le moment est venu de nous quitter – qui sait nous reverrons-nous peut-être en Suisse ou au Japon – et Tadashi nous fait présent de son flyer de guide ‘Japon sans sushi’ ! Le Haruka est le train rapide qui nous conduit à l’aéroport d’Osaka, grand aéroport où tout se déroule au mieux ; quelques achats de dernières minutes et un souper tempuras avant un vol nocturne de six heures où tous les deux nous ferons de doux et merveilleux rêves …
C’est moi encore aujourd’hui qui vais faire office de guide touristique et nous commençons par réserver à la gare les places pour le train du retour demain soir vers l’aéroport de Osaka … snif. La météo est triste, il pleut, les parapluies et k-ways sont de mise ; je ne passe pas inaperçue avec ma veste de pluie rose fluo que Thomas m’a achetée chez Esprit, au sein des costumes sombres des gens qui se rendent au travail !
Kyoto est entourée de montagnes et se caractérise par la présence d’un grand nombre d’érables japonais. L’enceinte du temple de Tofukuji en compte deux milles qui ont déjà commencé à revêtir leur manteau rouge d’une telle beauté picturale. Le complexe est une représentation du bouddhisme zen depuis 750 ans ; le pont en bois Tsutenkyo qui traverse la vallée, long d’une centaine de mètres, offre une vue apaisante sur cette nature luxuriante. De nombreux bâtiments sont imposants comme la porte Sanmon de 22 mètres de hauteur, une des plus anciennes de la ville et le grand temple aux mêmes dimensions.
Le temple Hojo est entouré lui sur les quatre côtés par un jardin, chacun avec son caractère zen, mélange de tradition et d’abstraction moderne considéré comme un exemple de jardin zen contemporain ; l’un arrangé comme un damier de verdure et de pierres, un autre comme un jardin sec où sur un tapis de fin gravier joliment ratissé sortent des rochers, certains recouverts de mousse ou encore un jardin d’azalées ou de pierres cylindriques provenant des anciennes fondations … un moment de méditation tout en écoutant un office chanté par un moine qui frappe le gong d’une main et sonne parfois la cloche de l’autre, apaisant !
De retour par le train à la gare de Kyoto, nous en prenons quelques photos et profitons pour la visiter de l’intérieur ; une construction hyper moderne, sur onze étages, qui n’a pas été de suite à sa création en 2009 acceptée par les habitants. Isetan, une grande enseigne japonaise s’étale sur de nombreux étages de part et d’autre du hall central que l’on gravit par d’impressionnants escalators, jusqu’au sommet où nous prenons un lunch dans un petit restaurant, choisissant encore un Bento sur base d’une petite photo.
Au Miyako Messe, le musée d’artisanat traditionnel, nous assistons à des danses et présentations de geishas maquillées, coiffées et vêtues de leur plus belle parure … nous admirons les danses et les toilettes mais ne comprendront rien aux commentaires uniquement diffusés en japonais, c’est très beau ! Un must à Kyoto est le parcours à pied du Chemin de la Philosophie, chemin qu’a foulé jour après jour un célèbre philosophe de Kyoto, tout en méditant, le professeur Nishida Kitaro. Le sentier longe un vieux canal, semblable à nos bisses du Valais, prenant son départ au temple Nanzenji près duquel nous découvrons par surprise un superbe aqueduc de briques rouges, construit fin du 19ième siècle, faisant partie d’un canal pour un projet ambitieux de transport de marchandises. La pluie a cessé et le ciel nous laisse au sec pour une jolie promenade tranquille dans la nature … nature qu’un artiste peint avec charme, assis sur un petit pont qui enjambe l’eau. Grâce à nous, il se dit content d’avoir gagné sa journée, qui s’annonçait morose et il nous offre une petite reproduction au fusain également. L’alignée de cerisiers qui borde cette demi-heure de balade laisse présager un spectacle formidable à la saison des Cherry Blossoms …
Le cadre bucolique laisse soudain place à un décor plus touristique, avec nombre de visiteurs et de pousse-pousse mais aussi une ruelle en pente gorgée de boutiques de souvenirs et de friandises, telles les rues de nos villages de Provence. Elle mène au Temple Ginkakuji, appelé aussi Pavillon d’Argent car il fut construit au 15ième siècle pour servir de villa à un shogun qui désirait le couvrir de feuilles d’argent. Le souhait ne fut jamais réalisé et à sa mort la villa fut transformée en temple bouddhique. Son rez-de-chaussée est construit selon une architecture japonaise traditionnelle alors que l’étage adopte le style des temples chinois. Sur le faîte est perché un Phoenix de bronze, pointant vers l’est et qui protège le temple dédié à Kannonbosatsu, déesse de la miséricorde. Le temple trône sobre et même un peu sombre au sein d’une forêt abondante, avec d’innombrables érables, que l’on peut gravir pour admirer le panorama mais nous restons subjugués par le charme incroyable de son jardin sec. On s’imagine les mouvements des vagues et le Mont Fuji moulé dans du sable blanc ; reflet d’un travail inimaginable, pas un faux pli, pas une trace qui diverge, pas une feuille pour entacher la pureté du tableau … certains de ces jardins sont refaits par les moines chaque matin, notamment ici où le grain est très fin, et parfois un seul ratissage hebdomadaire suffit. Quelle splendeur !
Les choux à la crème et les confiseries fourrées de pâte de haricots rouges nous permettront de tenir un moment avant le repas du soir ; Yves avait entendu parler par des collègues des Yatsuhashi, spécialité de Kyoto, ces petits triangles de pâte de riz et de cannelle, fourrés aux marrons, à la fraise, au chocolat … il n’en raffole pas mais moi, cela me plait.
Le retour dans la civilisation est obligatoire … nous ne pouvons vivre tout le temps dans ce monde sacré et paisible ; nous connaissons le chemin de retour par les rues commerçantes animées même le dimanche et faisons une halte au BAL, conseillée par Tadashi pour sa librairie. Et quelle librairie ; elle s’étend sur 3 ou 4 étages et comprend un large rayon en anglais … ce sera lourd mais je craque. Et c’est à deux endroits très visibles que Yves retrouve les versions japonaises de BMG et BMYou. Le reste du magasin abrite les collections de Muji ; on sent presque chez soi déjà.
Il ne faudrait pas rater notre dernier souper au Japon … et pourtant ce fut presque le cas : ma première adresse s’avère beaucoup trop bruyante et enfumée – eh oui, la cigarette est encore autorisée dans les lieux publics. Une petite attente qui me serre le cœur et j’entraine Yves vers un taxi qui nous amène dans le quartier de Gion. Une révélation … un endroit inespéré … comme dans nos rêves. Le YakinikuKaiseki à Yasaka propose à ses clients des petits salons privés, avec la table toute basse, les merveilleux shojis – portes coulissantes typiques, un serveur aux petits soins pour nos moindres questions et désirs … le nôtre, probablement le seul qui parle l’anglais est adorable. Il nous suggère un Kaiseki course menu, soit un menu traditionnel digne de la ‘haute cuisine’ et nous voyons se succéder des plats délicats, d’une qualité adorable, une présentation digne de la renommée japonaise, avec comme plats principaux deux assortiments de morceaux de bœuf que nous grillons à notre table – le serveur nous montrant chaque fois sur lui, la pièce en question (joue, langue, côte, cuisse, …) et nous tâchons de ne pas en rire. Nous croyons rêver, si cela ‘ce n’est pas terminer en beauté’, me dit Yves …
Tadashi est japonais, il a étudié le français et l’histoire dans une université bouddhique de Kyoto ; il sera notre guide ce samedi. Je lui ai demandé de nous faire découvrir le fameux Pavillon doré dont nous avons acheté la peinture à Tokyo. Tadashi va nous apprendre beaucoup sur l’histoire de la ville, ses coutumes et ses religions ; il vient d’être nommé guide officiel et en fait son métier plein temps tandis que Benoît le faisait occasionnellement, quelques jours par mois.
Les temples correspondaient autrefois au mairies actuelles, tout citoyen était rattaché à un temple de son quartier, ce qui explique leur multitude : Kyoto compte encore 1’600 temples aujourd’hui pour 1’500’000 habitants. Nous prenons le bus vers le nord-ouest, en direction de Kinkakuji (-ji signifiant ‘temple’), le Pavillon d’Or qui fut à l’origine, au quatorzième siècle, la villa de détente d’un shogun qui voulait montrer son pouvoir devant les chinois, avec lesquels il souhaitait entreprendre des relations de commerce. La splendeur de cette résidence en est le reflet. Le bois est tout d’abord recouvert de laque qui à l’époque était très coûteuse et c’est pour protéger la laque, qu’il le fit recouvrir de feuilles d’or sur les deux étages supérieurs qui se reflètent magnifiquement dans le lac. Le jardin qui l’entoure est lui aussi d’une splendeur indescriptible et le ciel bleu dont nous jouissons ce matin ne fait que raviver les couleurs. A la mort du shogun, la villa fut transformée en temple et fut détruit malencontreusement en 1950, par un moine, un peu dérangé qui en voulant se supprimer a mis feu au magnifique édifice … le Phoenix qui trônait au sommet du toit, était signe de renaissance et les habitants de Kyoto ont tous donné de leur labeur pour reconstruire le temple à son image cinq années plus tard et on ne peut que les en remercier. Il y a toute une symbolique dans les éléments du temple et de son jardin ; par exemple, dans tout point d’eau on retrouve des grosses carpes, noires, blanches ou rouges mais aussi une cascade et on raconte que la carpe qui parvient à grimper la cascade se transforme en dragon. Le dragon représente la réussite, les carpes les humains et la cascade les difficultés que nous avons à franchir dans notre vie … A l’entrée du temple figurent inscrits les cinq commandements du règlement ; le cinquième est ‘du saké, tu n’abuseras pas’ ! Et ce n’est pas moi qui vais en abuser, son parfum est assez âcre à mon goût. Beaucoup de dames qui se promènent dans les rues ou les temples portent le kimono et Tadashi nous explique qu’il existe à Kyoto un ‘kimono passport’ qui procure à celle qui le porte un certain nombre de privilèges et d’avantages dans les musées, les temples, les restaurants, les magasins !
Si le Bouddhisme est né au cinquième siècle avant JC en Inde, il est arrivé au Japon seulement au sixième siècle après JC. De manière très simplifiée, on peut dire que Bouddha, né dans une famille riche, face à la pauvreté et à la souffrance autour de lui, a voulu aider son peuple en leur proposant une méthode, une école de vie qui vise à chasser le désir – la souffrance vient du désir de ce qu’on ne peut atteindre, sans ce désir la souffrance n’a plus de raison d’être ; puisons le bonheur en nous-même. Et dans le bouddhisme, on distingue deux courants : celui de la terre pure, celui de la prière, celui des aristocrates qui prient leur dieu pour être sauvés après la mort et celui de la méditation, celui des guerriers, le bouddhisme ‘zen’ de ceux qui ne pensent pas à la mort et qui méditent, ressourcent leur esprit ici sur la terre.
Le Shintoïsme trouve lui ses racines loin dans la préhistoire, comme une religion populaire animiste, croyant à la présence d’une âme aussi bien dans les humains, que dans les objets et dans tout élément de la nature et qui vénère les kamis, les divinités qui habitent toute chose, que ce soit le soleil, le vent, la foudre, le tremblement de terre … pour ainsi s’en protéger. Les prêtres shintos ont plus une fonction politique et sociale que la fonction sacrée qu’ont les moines bouddhistes. Il y aurait quelques huit millions de divinités shintoïstes.
Au Japon tous les sanctuaires sont shintos tandis que les temples sont bouddhiques mais tout japonais pratique l’une et l’autre des croyances qui selon eux se complètent ; le shintoïsme pour les baptêmes et les mariages et le bouddhisme pour les enterrements.
La fréquentation des temples, où l’on vient vénérer ses ancêtres, est ainsi estimée à 90% et pour ne pas réveiller nos morts, on frappe délicatement le gong avant de prier pour leur repos. A l’opposé, les fêtes célébrées dans un sanctuaire étant plus joyeuses, l’habitude est de sonner la grosse cloche de cuivre et de claquer dans les mains après avoir fait son offrande. Nous approfondissons ainsi avec Tadashi notre connaissance et compréhension du comportement des fidèles que nous observons dans chaque endroit sacré visité depuis une semaine maintenant. En quittant cet endroit magique, il nous montre la montagne où le 16 août les gens de Kyoto ont coutume d’allumer des feux pour honorer les ancêtres, c’est un peu l’équivalent de notre fête de Toussaint. Les rues sont étroites ici au dessus de la ville et il semble que la conduite à gauche soit née justement de cette étroitesse, afin que les samouraïs qui portaient leur katana sur la hanche gauche, ne les cognent pas en se croisant.
La seconde étape sera le Temple Ryoanji mais tout d’abord il nous emmène vers un petit sanctuaire rouge – le rouge étant la couleur du shintoïsme, comme le soleil qui se lève ou se couche – avec un simple autel où déposer les offrandes. Les temples et les sanctuaires sont tous construits en bois, du cèdre ou du cyprès et les toits sont faits de grosses tuiles d’argile anthracite ou d’écorces de cyprès. Avant d’ériger un grand temple, ils construisent un sanctuaire pour demander aux dieux l’autorisation de construire à cet endroit et s’en assurer la protection. Le rite vaut encore à l’heure actuelle quand les japonais construisent leur maison de manière traditionnelle, il s’agit alors d’un petit autel qui souvent restera dans ou devant l’habitation. Et une fois pas mois environ, un moine vient y prier avec la famille ; il reçoit ainsi une aumône. Il y a encore beaucoup de moines qui exempts de taxes, vivent de ces dons et des diverses entrées que nous payons sur les sites – on a vu également que certains faisaient l’aumône dans la rue. Tadashi a étudié dans son université avec des candidats moines, ce qui le rend probablement tellement à l’aise avec toutes ces traditions religieuses.
Ryoanji est surtout connu pour son jardin sec où quinze rochers émergent d’une mer de sable blanc … on s’assied en face et on reste à observer, à méditer … sa pureté et sa simplicité sont l’émanation du bouddhisme zen. Tout ici encore est symbolique ; le sable représente l’eau, la rivière et les pierres représentent des tigres qui sautent pour traverser cette rivière – le tigre étant l’animal du bonheur en Chine, et le jardin zen s’inspire des mythes chinois. Nous avons beau tenter de compter les rochers, nous n’en trouvons pas quinze … tout comme chacun de nous a une part cachée, secrète, ici aussi certaines pierres sont cachées. Mais il y en a un nombre impair, toujours un nombre impair dans la mythologie car un nombre pair signifie la séparation possible en deux parts égales, la discorde et neuf est le chiffre impair par excellence. Notre guide nous fait reprendre le bus, qui même s’il semble rempli peut toujours accueillir plus de monde … on se serre et on entasse ;-). La matinée se clôture en beauté avec la visite de Daitokuji, endroit moins touristique mais quel n’est pas notre étonnement devant ce village de temples ! C’est incroyable, ces rues où s’alignent temple sur temple ; il y en a une vingtaine mais cinq seulement sont ouverts au public. On y transmet l’enseignement du bouddhisme zen, la diffusion de la doctrine au décès de chaque fondateur d’école de vie. Aujourd’hui un mur d’enceinte délimite chaque bâtiment du complexe mais autrefois ce sont ces lanternes de pierre qui faisaient office de frontière entre les propriétés et cela facilitait la reconnaissance de son territoire en cas d’incendie, ce qui fut malheureusement très fréquent par le passé. Il y a dans ce village des trésors superbes et de magnifiques jardins datant du 15ième au 17ième siècle. Tadashi nous emmène dans son temple préféré, Kotoin et nous découvrons une jolie salle de méditation, sobre, face à la nature aux couleurs apaisantes … La méditation s’apprend à l’école dès la tendre enfance et il n’est pas rare que les japonais aillent seul, avec des amis ou la famille, méditer dans un endroit qui leur tient particulièrement à cœur. Serait-ce celui-ci pour notre guide, nous ne ferons que le supposer.
Chaque moine a son petit pavillon pour la cérémonie du thé et c’est au 16ième siècle que Senno Rikyu a ici dans ce village instauré cette coutume, qui fait ainsi partie prenante que la pratique religieuse. La pièce est petite, basse de plafond et le sol recouvert d’un tatami; on s’y tient courbé et assis. Les pièces étaient chauffées par du charbon de bois incandescent qui brûlait dans des vases de céramique – donc pas de cheminée dans les maisons traditionnelles japonaises. Le maître reçoit son client pour marquer leur amitié, en lui offrant du thé, toujours du thé vert au Japon, et en commençant par un thé léger pour aller vers un thé plus fort. La vraie cérémonie dure quatre heures et est accompagnées de confiseries, souvent en pâte de haricots, pour adoucir l’amertume du thé qui se corse. Ainsi s’explique la profusion de pâtisseries et confiseries de toutes sortes que l’on voit en ville.
Kyoto est connue pour sa quantité d’érables et ses jardins au sol de mousse. La terre y est argileuse et donc propice à la mousse car elle conserve l’humidité, ce qui permet de bien nourrir les arbres dont les érables et on dit qu’en échange, lors du soleil cuisant de l’été, c’est le feuillage des érables qui protègent la mousse ! Ne ferais-je pas moi aussi un jardin de mousse, on croirait un tapis de velours … et plus besoin de tondeuse ! Pour l’anecdote, j’avais trouvé très étrange d’observer une dame dans un jardin de Tokyo qui enlevait les herbes poussant au milieu de la mousse alors que nous pratiquons l’inverse chez nous.
Le moment du lunch est arrivé ; le Sarasa s’est installé dans des anciens bains publics … un bâtiment lui aussi resté authentique où les murs sont toujours recouverts des céramiques et où le mur de séparation hommes/femmes est encore visible. Les bains publics existent toujours et sont fréquentés surtout par des étudiants qui n’ont pas de salle d’eau dans leur chambre. Ils s’appellent sento alors que onsen est utilisé pour les bains avec une source naturelle d’eau chaude, comme à Tokyo. Le Sarasa propose des menus du jours sous forme de Bento, avec divers petits plats délicieux, tempura, haché en sauce soja avec tomates, légumes vinaigrés, riz, soupe miso … tout simple et très frais.
Nous verrons un sento encore actuel et une fabrique de tatamis – ils sont faits avec des herbes spéciales cultivées sur des îles proches de l’équateur – avant de nous diriger vers le quartier de Nishijin. C’est le quartier où sont fabriqués les kimonos, une spécialité reconnue dans tout le pays utilisant les techniques de tissage jacquard de France. Orinasu-kan, un petit musée expose quelques superbes kimonos ayant été portés pour des représentations au célèbre théâtre Noh et notre intérêt pour le sujet pousse le patron à nous faire visiter la salle de leur atelier de tissage traditionnel qui est en pleine activité ! C’est un vrai privilège et nous sommes impressionnés par ce travail manuel minutieux, où les canettes de fils de soie colorée et or jonglent dans les mains de ces artisans pour créer des bandes de tissu aux détails fabuleux. Dans une autre salle sont exposés des modèles d’imprimés que des clientes viennent choisir pour la confection de leur prochaine tenue élégante de sortie. Un monde que l’on ne pouvait imaginer, encore tellement réel … et faisant penser à un autre temps. Il faut neuf mille petits cocons de soie pour confectionner un seul kimono. A l’issue de la visite la dame pour offre le thé avec une pâtisserie … dans un joli petit salon.
Tadashi nous presse pour que nous soyons à l’heure au Nishijin Textile Center pour le défilé de kimonos en nature … leur défilé de mode habituel et là nous voyons à l’œuvre une personne préparant les cartes perforées pour une machine de tissage jacquard, de la broderie de surface et du travail pointilleux de collage de fines feuilles d’or.
Nous – surtout Yves qui n’est guère passionné par ce genre de toilettes – avons bien mérité une petite récompense ; le guide nous emmène dans un salon de thé où le confiseur façonne devant nos yeux des fleurs et des verdures en pâtes de haricots blancs ou rouges, selon la coutume. Nous les savourons avec respect, accompagnés du traditionnel thé vert servi pour les tea time japonais ; un thé opaque et un peu pâteux, préparé avec de la poudre de feuilles de thé vert écrasées. Cela demanderait une petite habitude pour s’y faire, nous préférons le thé vert grillé et son parfum fumé. Les japonais consomment principalement cinq variétés de thé vert.
Pour le repas du soir, nous retrouvons Adam, un professeur polonais rencontré hier à l’université, accompagné de sa copine, japonaise de Osaka et d’un autre collègue de Hong-Kong. Le restaurant qu’ils nous font découvrir, O Mo Ya, allie la cuisine asiatique et française, autour d’un menu orienté poisson. La maison est une ancienne bâtisse en bois, où l’on se déchausse à l’entrée, marchant sur des tatamis ou des planchers. Le repas est excellent, la discussion animée et joyeuse, comme de amis qui se retrouveraient et raconteraient leurs expériences récentes ou leurs derniers voyages. Adam est au Japon depuis une douzaine d’années et il raconte les grands moments de doutes, de peurs, de questionnements qui ont suivi la catastrophe de l’année dernière et l’afflux de la population qui s’éloignait du centre du séisme. Les trains étaient remplis de mamans avec leurs enfants et lui-même a accueilli chez lui plusieurs compatriotes qui ne sont jamais retourné vers le nord. La pression était grande de la part des familles qui en Europe n’avaient pas les mêmes informations que sur place …
Nous nous quittons avec l’espoir de nous revoir prochainement, lors de leur voyage en fin d’année vers la Malaisie et très probablement Singapour.
Quand on observe le plan de Kyoto, on s’aperçoit qu’il y a presque à chaque coin de rue un temple, un sanctuaire ou un jardin … c’est inimaginable, il va falloir choisir ! La ville est quadrillée par ses rues et avenues, parfaitement à l’horizontale et verticale, ce qui devrait rendre plus aisé le repérage. Il n’y a que deux lignes de métro et quelques lignes de trains mais ce matin nous partons à pied découvrir notre quartier. J’ai posé sur le plan plusieurs sites répertoriés comme monuments Unesco – il y en a une vingtaine sur toute la ville ! Les deux temples Honganji nous émerveillent déjà, par leur taille, leur architecture de bois foncé – le plus vaste édifice en bois de la ville -, leurs espaces et la sérénité qui y règne. Un mur d’enceinte entoure souvent les espaces religieux et nous n’avons pas accès à tous les bâtiments, des moines habitant quasiment dans chacun des temples. La fontaine pour les ablutions est jolie dans notre première visite de ce matin et de belles cloches ciselées de bronze trônent sur les hauteurs. Il y a souvent un petit musée, un espace de repos où est servi du thé, une bibliothèque. Nous allons prendre l’habitude de nous déchausser plusieurs fois par jour … les salles de prières nous sont ouvertes, recouvertes au sol de tatamis sur toute la surface, avec des statues de Bouddha, des offrandes et par chance, nous entendons parfois un office et les chants de moines. Une coursive en bois conduit d’un temple à un autre, au sein d’une même espace et comme chacun se promène pieds nus, tout est calme et reposant. On pourrait juste s’asseoir, regarder la beauté des architectures, écouter la nature et les chants.
Yves doit me quitter pour aller donner sa conférence à l’Université de Kyoto tandis que je poursuis mon chemin dans les ruelles derrière mes temples, découvrant une magnifique porte de l’autre côté de l’enceinte puis un bâtiment comme une maison de maître, qui est une autre université et la porte Shimabara qui fut l’entrée d’un quartier de plaisirs et de divertissements. Le train m’emmène un peu plus au nord pour aller visiter le château Nijo et en chemin je m’arrête déjà dans un petit temple tout simple, entre les maisons, avec son petit jardin zen, et sa salle de prière ouverte où pose un magnifique gong – j’y suis seule. Devant moi apparaissent des dames parées de leur kimonos et chaussées de leurs getas comme si c’était dimanche, elles ont traversé le jardin Shinsen-en où je me faufile également … une petite merveille de nature déjà un peu orangée, un étang tortueux, un pont arqué de bois rouge, un autel pour des offrandes. Kyoto est ainsi, parsemée de beautés aux endroits où on ne s’y attend pas … il faut flâner, pénétrer dans les ruelles et se laisser surprendre et émerveiller.
Je ne serai pas seule par contre au château … une trentaine d’autocars sont garés le long des douves. Le château fut construit en 1603 par les shoguns Tokugawa, comme résidence secondaire lors de leurs séjours à Kyoto ; la demeure est somptueuse avec des salles agencées en escaliers et aux parois recouvertes de panneaux peints, de vraies œuvres d’art. Nous pouvons encore aujourd’hui admirer une douzaine de chambres, de salles de réception, de bureaux, … en nous promenant sur les couloirs extérieurs construits en lattes de bois légèrement espacées et avec des clous qui font un petit bruit quand on marche, signalant toute présence. Les jardins sont eux aussi magnifiques, soignés comme toujours ici au Japon et depuis l’ancien donjon, la vue s’étend sur la ville entourée de montagne et de forêt. L’eau qui stagne dans les fossés entourant le château est de couleur verte avec des remouds dessinant des arabesques et où se reflètent les arbres des parcs. Dans la cour en gravier proche de la haute porte de sortie, des échoppes se sont installées, attirant les touristes par l’odeur des confiseries, des nouilles, des soupes, des brochettes qu’ils cuisent … pour moi, ce seront quelques sushis franchement succulents et un thé vert, comme il se doit. Les étals de souvenirs et d’artisanat ont aussi pris place dans ce lieu très fréquenté.
Je repars vers l’est avec le métro jusque la station de Higashiyama où un monsieur aimerait vraiment m’aider avec mon plan mais son anglais est inexistant et mon plan n’est pas en japonais ! La rue Jingu michi est enjambée par une énorme Torii d’un rouge éclatant qui se repère de loin et c’est l’entrée vers l’esplanade des musées d’arts traditionnels et modernes, vers le sanctuaire Heian Jingu et son jardin. Ici on voit beaucoup de pousse-pousse qui transporte les touristes d’un temple à un sanctuaire ; ce sont souvent des jeunes qui les tirent portant soit un chapeau noir pointu ou un bandana un peu à la mode ninja et ils courent dans les rues qui ne sont pas toutes planes pourtant. Ce sanctuaire est à l’image de sa Torii, flamboyant de cette couleur rouge typique, avec les toits courbés, de cuivre vert comme on se les imagine tellement bien ; les couleurs ressortent d’autant mieux sur les sols de gravier clair.
Le plan propose des circuits pédestres et c’est ainsi que j’emprunte une petite rue qui monte et sillonne vers la colline dans un décor de verdure … verdure qui ressemble plus à notre végétation européenne que ce que je connais à Singapour. Et là encore, je découvre temple sur temple, de belles constructions en bois qui se mêlent au paysage … plus on s’enfonce, plus on voit surgir de temples, autels ou sanctuaires. Le plus majestueux est le temple Chion-in avec toutes ses dépendances, presque un village en soi. Un édifice imposant au milieu est en rénovation, les échafaudages et les toiles le recouvrent entièrement … quel boulot, mais je suppose que de cette manière, les autres temples peuvent rester accessibles aux visiteurs et aux fidèles.
Le parc Maruyama englobe tout ce quartier est vaste sur ma carte, je le quitte en plongeant vers le quartier de Gion, le quartier traditionnel de Kyoto. Shinbashi-dori m’amène à deux ruelles tellement typiques avec leurs maisons basses, en bois sombre, évoquant l’architecture de l’ancien Japon ; un petit canal bordé d’arbres et enjambés de ponts menant à des restaurants ou des boutiques d’artisanat local. Le temps s’est comme arrêté dans cet endroit où se promènent encore dans les rues des maikos (apprenties geishas) mais aussi des couples de jeunes mariés comme j’en croise en cette fin d’après-midi, avec leur kimono resplendissant et leur ombrelle.
Le calme se transforme vite en activité de shopping (pour les autres…) dès que je passe la rivière Kamo pour m’engager dans Shijo-dori, une des artères de magasins à la mode, d’où partent également deux galeries couvertes historiques de la ville, longues à perte de vue.
A l’hôtel je retrouve Yves qui a fait une présentation fort appréciée par les étudiants et chercheurs du professeur Kanaka et c’est la première fois, qu’il a donné cours en chaussettes, me raconte-t-il. Il a offert ici son ouvrage en japonais, qu’il avait recouvert comme la coutume le propose, d’un tissu décoratif acheté à Tokyo chez Muji – quand le professeur lui rend le tissu, Yves le pousse à le garder mais non, la tradition est que le cadeau est déballé et l’emballage rendu au visiteur. La technique s’appelle Furoshiki et j’ai moi-même acheté un de ces morceaux de tissus avec lequel je ferai un sac … je pensais bien le garder pour moi. Les codes et les coutumes sont omniprésents et ce ne doit pas être évident de tout assimiler pour les expatriés. Durant une pause à l’hôtel, je cherche sur le net un restaurant typique pour ce soir, une sorte de cuisine à découvrir. Yves me fait confiance et nous demandons au lobby de l’hôtel de bien vouloir nous réserver une table ; nous sommes toujours étonnés de la longueur de la conversation téléphonique, juste pour réserver une table … mais que racontent-ils donc ? Il est vrai que le simple bonjour, au revoir ou merci dans les magasins n’est pas non plus expéditif !
Le Junidanya est une ancienne maison en bois et c’est dans un cadre purement authentique que nous découvrons le Shabu Shabu, la fondue chinoise à la façon japonaise. Un grand chaudron de cuivre avec un tube central, où bouille de l’eau et où l’on fait cuire soi-même la viande et les légumes, ensuite plongés dans une sauce de leur spécialité et que l’on mange avec des baguettes bien sûr. J’en ai encore l’eau à la bouche …
Nous sommes à quelques pas de mon quartier Gion des maikos où Yves s’émerveille lui aussi, devant ces rues qui ont conservé leur caractère d’antan. Pas de geishas en vue mais tellement de dames qui portent le kimonos en ville ; on n’avait pas vu cela dans la capitale. La balade nocturne pour rentrer aux Citadines est celle que j’ai faite quelques heures plus tôt mais avec la magie des éclairages et des enseignes. Nous admirons au passage les nombreuses vitrines et les décors des boutiques de friandises, d’artisanat et de souvenirs. Les rues vivent encore intensément à cette heure tardive … quand les commerces ont fermés leur devanture, ce sont les restaurants, les bars, les salles de jeux et les pachinkos qui prennent le relai.