Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Visite de Takayama sous la neige

Je n’ai pas encore parlé de la salle-de-bain, qui est un modèle réduit des anciens bains publics c’est-à-dire composée d’une partie où sur un tabouret très très bas, on se savonne, on se rince avec un baquet ou la douchette; une fois bien propre, on peut se détendre dans l’eau chaude de la baignoire. Et le Japon a de moins en moins de secrets pour nous …

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L’heure la plus tardive pour le petit-déjeuner était 8h et nous retrouvons la même table qu’hier soir. Nous ne sommes par contre pas encore assez japonais pour manger soupe-riz-poisson au saut du lit et c’est donc un menu européen qui garnit notre table, avec un foyer à la bougie pour fricasser soi-même œufs-lard-saucisses. Nous échangeons quelques mots avec un couple de français vivant à Tahiti et qui sont étonnés du froid. En effet il neige ce matin et eux ne sont pas du tout équipés pour se balader par ce temps, ce qui ne sera pas notre cas évidemment – notre veste en plume Uniqlo en deuxième couche fera l’affaire et nous sommes contents de retrouver nos chaussures à la sortie du ryokan!

Ainsi chaudement habillés, nous nous dirigeons tout d’abord vers le marché où chaque matin des paysannes s’installent pour vendre leurs légumes, leurs fruits, leurs légumes vinaigrés, leurs bricolages. Elles n’ont pas trop de clients ce jour et ne doivent pas avoir fort chaud, car en plus de cette neige qui tombe à gros flocons, le vent souffle en rafales.

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Nous nous trouvons  à l’entrée de Takayama-jinya, l’ancien château où vivait le clan Kanamori et ensuite le gouvernement des shoguns jusqu’au 19ième siècle. La première construction date de 1615 mais ce que nous visitons de nos jours en est la version reconstruite deux cents ans plus tard. On y visite de nombreuses salles de réception, les cuisines, des bureaux, des salles de repos ou pour le thé; on mesurait la taille des pièces en nombre de tatamis au sol. Elles sont toujours modulables, tout est parfaitement à l’équerre, les parois coulissent par simple glissement bois sur bois. Le jardin et la cour intérieure doivent être de toute beauté à la saison des feuilles et des fleurs. Les greniers à riz se visitent, sans photo autorisée; c’est là qu’était stocké ce que l’état percevait comme taxe auprès des paysans. Une salle de torture est reconstituée et illustrée – les sévices n’étaient pas légers!

Sanmachi suji est le nom de la vieille ville, principalement composée de trois ruelles dont plusieurs maisons sont classées « heritage houses« . Cela nous rappelle effectivement certains quartiers de Kyoto, avec des constructions assez basses, uniformes et de bois foncé. Elles renferment quelques musées mais surtout des commerces, des échoppes de nourriture, de biscuits, thé, d’artisanat, des restaurants et de chaque côté de la rue, une large rigole où coule l’eau en permanence. Quand on pénètre ces devantures, le décor est hors du temps; des plafonds bas, un sol en terre ou en pierre, des étalages superbes et bien garnis, sur une profondeur de bâtiment insoupçonnée.

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Plusieurs maisons hébergent des distilleries de saké; elles sont repérables par une grosse boule de feuilles de cyprès qui se balance au-dessus de l’entrée. On y déguste diverses variétés de cet alcool de riz et nous nous laissons tenter par une bouteille qui a reçu un prix d’or en 2013 et dont la tradition remonte à 1961. C’est vraiment l’escapade où nous devenons de plus en plus comme des « locaux« ! Et nous continuons à sillonner ce quartier typique qui est bien fréquenté et où s’entrechoquent les parapluies.

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Takayama est connue pour ses deux festivals de chars qui ont lieu l’un mi-avril et l’autre mi-octobre, aux changements de saison. Ces fêtes attirent des milliers de visiteurs venus admirer une douzaine de chars qui paradent pendant deux jours dans les rues; ils sont tirés par des figurants en costume d’époque et animés de marionnettes super sophistiquées. La nuit, le défilé se prolonge avec les chars éclairés de leurs multiples lanternes. Certains chars sont bien rangés dans une sorte de très haut garage; nous en avons repéré l’un ou l’autre dans la vieille ville.

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Le hall Yatai Kaikan en expose quatre durant toute l’année; c’est coloré et impressionnant par leur hauteur. Ils dateraient tous du 17ième siècle et la tradition se perpétue, attirant toujours les foules – les photos et courts-métrages font rêver. Ces chars sont montés sur roues mais il en existe un, appelé Mikoshi, qui fut porté à l’époque par 80 hommes et son poids est de 2,5 tonnes – une réplique plus petite le remplace, il devenait impossible de trouver 80 volontaires qui de plus devaient avoir la même taille.

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Ce hangar jouxte le sanctuaire Sakuramaya Hachimangu que nous trouvons fort joli, coincé à la montagne et la neige qui a garni la forêt aux alentours nous montre une image nouvelle de ces lieux de recueillement.

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Après un lunch yakiniku de bœuf Hida dont on se régale, notre motivation pour poursuivre par ce froid la visite de la ville est redescendue. Nous passons chercher notre bagage à l’hôtel avant de rejoindre la gare pour y réserver nos places sur les deux trains. Oups, l’employé au bureau JR comprend très bien notre demande mais nous avertit que tous les trains sont complets jusque 17h30. Il s’agit en effet de deux journées de congé pour le Japon; on célèbre le printemps … même s’il neige et les voyageurs sont nombreux partout. La valise prend donc place dans un casier de la gare et nous dans un bus qui nous amène à Hida no sato dans la montagne.

Ayant dû gravir quelques dizaines de mètres, le paysage est ici bien enneigé et ce n’en sera que plus beau dès que le ciel se dégagera de sa grisaille. Tout est prévu pour faciliter la vie des visiteurs; il y a non seulement des parapluies à disposition mais aussi des paires de bottes en caoutchouc en libre accès … incroyable, dans de nombreux autres pays, elles auraient disparu depuis longtemps. Hida no sato est un vaste parc où des fermes et maisons anciennes ont été reconstruites autour d’un étang; elles proviennent toutes de la région et datent pour certaines du milieu du 18ième siècle. Les toits sont en bardeaux ou en chaume, comme ceux que nous avons déjà admirés au musée en plein air de Tokyo. Toutefois la particularité des toits de ces fermes d’une région montagneuse est leur pente très forte; à cela, il y a deux explications : le rappel des mains en prière ou la neige qui ne peut s’y accumuler. Cet habitat traditionnel de la région du Chûbu se nomme Gasshô zukuri. Cette visite valait le détour, c’est paisible et les intérieurs sentent toujours bon la fumée, le bois, la paille.

La descente à pied nous permet de nous arrêter au Musée des Arts et l’intuition est excellente; ce musée a reçu la distinction de trois étoiles au Michelin. Le bâtiment est déjà en lui-même une belle réalisation; perché sur une colline, il offre une vue imprenable sur les Alpes japonaises du nord. Il est dédié à l’Art Nouveau avec une influence d’Europe. Nous y admirons une collection de verreries, dont une fontaine en verre de trois mètres de haut, réplique d’une des Champs Elysées, œuvre du maître verrier René Lalique. Des vases, des plats, des bijoux d’autres artistes comme Tiffany, Gallé, Marinot me passionnent plus que mon mari et ensuite une exposition de mobilier art déco nous permet de connaître Charles Rennie Mackintosh. La boutique du musée présente des objets souvenirs très tentants et le café, au décor et à l’ambiance Mackintosh offre une pause bienvenue.

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Le retour à la maison sera plus tard que prévu mais les trajets en train sont confortables. C’est vraiment appréciable de voyager avec des gens discrets et calmes. Les espaces sont agréables, rien n’est détérioré, la propreté est irréprochable – d’ailleurs les japonais ont l’habitude de rassembler eux-mêmes leurs déchets et de les porter dans les bacs à cet effet entre les wagons. Tout est prévu également pour que le trajet soit douillet, il y a des couvertures à disposition à l’entrée de chaque voiture et là non plus, elles ne disparaissent pas!


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Koto No Yume à Takayama

Les déplacements en train n’ont plus de secret pour nous; à la gare de Ueno, joliment décorée, nous réservons les places pour le Shinkansen (et aussi le train suivant) qui va nous amener à Nagoya en 1h40. La météo ne nous est pas favorable, il pleut comme annoncé – c’est bien dommage que les prévisions soient respectées – mais c’est depuis la Suisse avant notre départ et sur recommandation de Mathilde, que j’ai réservé pour ce soir, un ryokan  très prisé.

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À Nagoya nous pratiquons comme les vrais japonais, à savoir que nous achetons dans la gare un repas bento que nous mangerons dans le train pour Takayama. Nous sommes confortablement installés dans ce train panoramique, pour 2h15 de trajet vers la région montagneuse plus au nord. Au départ nous voyageons dans le sens contraire de la marche mais dès la première gare, le train repart en sens inverse – ce qui ne nous étonne plus depuis Hakone – et tout redevient normal. Enfin presque, car ce train nous surprendra durant tout le voyage : non seulement il siffle et ralentit parfois très fort aux passages à niveau – qui sont nombreux – mais on a nettement l’impression de sentir passer les vitesses, comme dans une voiture; il accélère où rétrograde, par à-coups souvent!

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Encadrés de montagnes, la rivière, la route et la voie ferrée s’entrecroisent continuellement en s’enfonçant dans la vallée parfois étroite. Nous passons des tunnels et des ponts, nous voyons des centrales électriques, des scieries, de petites usines, des fermes, des cultures et des rizières, des villages et des temples isolés.

Il est 15h, nous arrivons à Takayama, appelée la « petite Kyoto » pour ses ruelles traditionnelles aux maisons de bois datant parfois de trois siècles. Cette petite ville a été épargnée de l’urbanisme moderne et est restée en grande partie telle qu’elle était fin du seizième siècle, alors aux mains des Kanamori, un des clans de guerriers. C’était une ville paysanne mais aussi réputée pour ses charpentiers depuis le huitième siècle quand Nara était la capitale. Une loi à l’époque obligeait les villes et villages à payer un impôt en riz ou en étoffes mais Hida, l’ancien nom de Takayama, n’en produisant pas assez que pour s’acquitter de ses taxes, envoya ses charpentiers pour construire les temples et palais de la capitale. La réputation de ces artisans ne s’est jamais estompée.

L’accueil au ryokan Koto No Yume est exceptionnel; nous avons l’impression d’être attendu par nos hôtes. C’est un charmant garçon – un moine manqué, à mon avis – qui nous accompagne. Nous commençons par nous défaire de nos parapluies et de nos chaussures, notre valise disparaît également et nous sommes invités au salon pour déguster un thé accompagné de cette douceur typique japonaise appelée shiratama zenzaï (des boulettes de riz doux dans une soupe de haricots rouges sucrés). Cette maison est magnifique, c’est magique! Notre garçons s’exprime très lentement, en anglais, et semble pris d’une grande inspiration pour tout ce qu’il nous dit ou demande. Ensuite nous choisissons chacun un Yukata parmi de nombreux motifs; il les emballe ensemble, formant un joli balluchon entouré d’un tissu à fleurs et nous emmène à notre chambre, qui porte justement le nom de « cherry blossom« . Elle ressemble assez bien à celle de Hakone quant à la disposition, sans doute un peu plus grande et surtout plus raffinée; nous sommes priés d’ôter les mules reçues à la réception, à l’entrée de la chambre et ensuite de nous asseoir sur ces chaises sans pied, tandis que lui s’installe assis sur les talons, pour nous donner les dernières instructions, s’enquérir de nos heures souhaitées de repas et enfin nous dire « now I close this door » en se retirant à reculons … nous ne pouvons nous empêcher de sourire.

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Il pleut toujours, le ciel est gris, la balade ne nous dit vraiment rien; par contre une séance dans le Onsen de l’hôtel (petit hôtel de 25 chambres) est plus attrayante. Comme de grands habitués, nous revêtons notre Yukata et rejoignons notre bain chaud qui s’avère être privé tant pour Yves que pour moi (personne n’a eu la même idée que nous). C’est petit, c’est cosy et c’est chaud; heureusement qu’il y a aussi un bassin en extérieur qui donne un peu d’air frais au visage. J’aime cette sensation de flotter, de laisser le vide s’installer dans mes pensées, ce sentiment de lâcher prise comme lors des relaxations au yoga.
Je passe ensuite choisir un diffuseur aromatique d’huile essentielle pour embaumer notre chambre; le parfum de rose se mêlera très bien avec l’odeur des tatamis. Je m’installe au sol devant la télévision qui ne transmet aucun programme en anglais et c’est donc devant des combats de Sumo que je patiente – ah ah, je sens que tu commences à avoir des yeux bridés, me dit Yves très concentré sur ses mails! Nous pouvons bientôt nous préparer pour le dîner, une dame de l’hôtel m’aide à assembler ma large ceinture et mon beau nœud. Woah, joli look, élégance presque comme une vraie japonaise … exception faite de ma taille.

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Les tables sont déjà dressées avec un super assortiment qui compose l’apéritif et nous repérons la nôtre au drapeau suisse. La cuisine de la région attire les plus fins gourmets du Japon, semble-t’il; elle trouve son origine loin dans le passé où un repas demandait une semaine de préparation. Le menu est composé d’une dizaine de plats utilisant des légumes cultivés ici auprès de Takayama ainsi que des poissons pêchés dans les rivières voisines. Nous nous régalons de tout – soupes, sashimi et sushi, poissons frits et saumon grillé, légumes vinaigrés et grillade sur céramique de bœuf Hida, tellement tendre et savoureux. Notre serveuse est charmante, elle nous explique bien chaque sauce qui accompagne tel plat et nous conseille un très bon saké sec pour illuminer ce repas majestueux, dans une salle au décor vraiment japonais, sobre et raffiné.

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La même bonne surprise en remontant : nos lits sont prêts … à leur manière, que j’améliore en sortant des armoires un deuxième matelas pour une nuit plus confortable. Sur mon oreiller, une jolie petite grue origami me souhaite de bien dormir … Dans une chambre zen, on peut voir un grand écran de télévision, être traversés par les ondes du wifi mais par contre, le téléphone est caché par un tissu et il n’y a point de miroir – le feng sui a ses règles. Les bruitages ne sont toutefois pas du tout feng sui pour nous et ce n’est qu’après avoir déniché toutes les prises et les interrupteurs des lampes, du frigo et du chauffage que je peux tomber dans les bras de morphée.

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Autour du Palais Impérial

Noboru et Kumi nous invitent ce midi au Tsuruya, un des restaurants de l’hôtel Peninsula, qui a la réputation d’être le petit frère de celui de Kyoto, un trois étoiles au Michelin! Woah, nous sommes gâtés, la cuisine s’apparente aux menus Kaeseki où de nombreux petits plats sont exclusivement préparés avec des produits frais de saison, où couleur, odeur, croquant, saveur, apparence éveillent tous les sens. Ce repas autour d’une cuisine traditionnelle qui se révèle être tout un art en soi, se déroule fort agréablement avec nos amis, le service est assuré par des dames discrètes, vêtues d’un superbe kimono et le décor est très épuré. C’est parfait mais je n’ose pas prendre de photo, le souvenir restera seulement dans nos mémoires.

Me trouvant juste à un coin du Parc Impérial, je choisis de rester par ici pour ma découverte de l’après-midi. Le palais impérial est bien caché dans un parc, protégé par de hautes murailles du seizième siècle, entouré de douves et il n’est ouvert au public que deux jours sur l’année (2 janvier et 23 décembre, jour anniversaire du souverain). Il fut autrefois le château d’Edo, forteresse des shoguns de 1619 à 1868 et depuis l’ère Meiji, il est devenu la résidence principale des empereurs. Le château fut toutefois presque entièrement détruit par les bombardements américains en 1945 et le palais actuel, de type plus occidental date de la fin des années 1960.

Un large chemin entoure le parc, il est la piste privilégiée des joggeurs de Tokyo sur ses 5 kilomètres, que je vais parcourir … sans courir! Mon point de départ est le pont de pierre Niju bashi, qui n’est toutefois pas l’accès qu’emprunte la famille impériale; plusieurs larges portes bordent les diverses entrées du parc.

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C’est en dehors de l’enceinte que je me mets en marche dans les sens des aiguilles d’une montre; ici se trouvent les différents ministères et l’on observe de nombreuses antennes au sommet des bâtiments – le ministère de la justice, en briques, la Diète Nationale vue hier soir, la Cour Suprême tel un gros bunker de béton, le Théâtre national de style plus japonais avec sa façade de bois sombre et ensuite la Radio ainsi qu’un magasin au pignon amusant, Wacoal, spécialisé en lingerie.

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Mon chemin s’élargit en un joli petit parc, sans perdre de vue les fossés d’eau qui bordent le domaine impérial. Les consignes de respect et de bonne tenue sont ici détaillés en version plutôt textuelle, ensuite plutôt bande dessinée pour enfants et il faut noter que tout est respecté. Les premières fleurs de cerisiers nous montrent le bout du nez et de grands panneaux parlent déjà du festival Hanami, qui littéralement signifie « regarder les fleurs » et tout spécialement Sakura pour les cerisiers. Des ouvriers sont à l’œuvre pour poser tous les cinq mètres des spots qui créeront une ambiance féerique une fois la nuit tombée. Le Parc Chidorigafuchi est, avec Ueno, un des endroits privilégiés pour admirer cette floraison rosée qui ne devrait pas tarder.

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Je m’écarte quelque peu des douves pour aller voir Yasukuni-jinja, un sanctuaire shintoïste fondé en 1869 et qui rend hommage aux kamis de 2,5 millions de japonais morts pour le pays. L’allée, bordée de lanternes de pierre, avec de massives Torii très hautes, mène tout d’abord à la statue de Ōmura Masujirō, un commandant militaire du 19ième siècle qui a été le père de l’armée moderne au Japon.

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Ensuite on découvre le temple et ses jardins, toujours super bien entretenus et où les premiers cerisiers attirent déjà les appareils photos; dans une galerie j’admire également une exposition d’ikebana. Ce sanctuaire est par contre controversé et crée la polémique à chaque visite du premier ministre car il honore aussi treize criminels de guerre ainsi que le général Tojo, qui était chef du gouvernement durant la deuxième guerre mondiale.

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En ce jour il est toutefois très courtisé pour prendre des photos; il semble en effet que ce soit les célébrations de diplômes et je me trouve prise au milieu d’une foule impensable de jeunes avec leurs amis et familles, les garçons élégants dans leur costume sombre et les filles magnifiques avec leur hakama brodé de fleurs, assorti d’une blouse colorée. Le hakama est un large pantalon plissé, à l’origine porté par les nobles et  les garçons pour les arts martiaux mais adopté aujourd’hui par les filles lors des cérémonies de graduation comme celle-ci ou dans les temples par les Mikos. Je me fais discrète, remontant à contre sens le flux de ce monde enjoué, c’est un grand jour pour ces centaines d’étudiants. Les événements se passent visiblement dans le Nippon Budokan Hall, un gros bâtiment massif qui a accueilli les compétitions de judo et d’arts martiaux lors des jeux olympiques de 1964.

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Selon mes souvenirs, je traverse le parc Kitanomaru en direction de la Crafts Gallery qui se trouve en face de la large porte où j’avais eu la chance l’an denier de voir passer l’empereur et l’impératrice – c’est nettement plus calme, personne d’important en vue. Mon énergie n’est plus assez grande que pour entrer parcourir les galeries du Momat, le musée national d’Art moderne, et je termine plutôt ma boucle du pourtour du palais afin de reprendre le métro à Hibiya.

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Danse du Dragon doré

Je me souviens avoir lu dans mon guide bleu que le 18 mars, les tokyoïtes fêtent quelque chose au temple Sensô-ji. Sans plus d’informations, nous prenons la direction d’Asakusa sur le temps de midi et quelle chance que d’arriver juste pour assister à cette danse du dragon doré. Une procession menée en tête par des moines, des dames, des enfants précède le dragon qui ondule au-dessus de nos têtes; suivent des Geishas et apprenties geishas, les Maikos. Nous sommes contents de nous mêler à la foule des gens venus admirer cette célébration, combien visuelle, qui rappelle une pêche miraculeuse d’une statuette de la déesse Kannon qui aurait eu lieu en l’an 628 (eh bien, le dragon a déjà souvent dansé depuis le nombre des années!).

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Asakusa est l’un des quartiers les plus authentiques de la ville, les ruelles aux alentours de la porte Kaminari-mon et de la rue Nakamise regorgent de boutiques d’artisanat, de nourriture et de restaurants avec du cachet. Nous franchissons au hasard la porte du Tatsumiya et nous ne serons pas déçus – ce qui n’est d’ailleurs jamais arrivé encore. Un délicieux hot pot comme menu du jour, dans un décor ancien qui nous ravit et une carte de saké à ne savoir que choisir (bien évidement ces cartes-là ne sont jamais en anglais et de toute manière à quoi cela pourrait servir les novices que nous sommes); la serveuse nous sera de très bon conseil et aura la main légère – les verres sont remplis jusqu’à débordement dans les sous-verres qui ici permettent le refill!

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Le timing est moins bon pour notre croisière en bateau sur la Sumida; je propose donc de marcher sur ses quais en descendant vers le sud, la température est agréable mais un vent fort nous prend de face. Ce soir Sheena me confirme par mail que c’est le premier jour de ce vent du sud typique qui souffle en force au printemps sur Tokyo … youpie! Ça ne nous effraie pas, au contraire il amène à nos narines le délicieux parfum des jasmins roses des parterres du bord du fleuve. Des travaux nous obligent à remonter dans les rues de la ville, nous replongeons ensuite vers l’eau et je reconnais un joli pont bleu. Les bateaux de croisière se croisent alors que nous marchons d’un bon pas jusqu’au niveau d’un canal qui rentre vers l’ouest de la ville, apercevant pas très loin la première île de la baie de Tokyo.

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Marunouchi est l’endroit où Yves a son rendez-vous et c’est de là que je continue ma promenade vers le parc Hibiya, contournant le palais impérial pour aller dénicher le bâtiment de la Diète Nationale (le terme diète désignant au Japon le Parlement). La Diète a été créée ici par la constitution Meiji en 1889 et se compose également de deux chambres. Le bâtiment date de 1936, il s’apparente à un gros bloc de granit aéré par des colonnes et surmonté d’un toit en forme de pyramide.

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Balade de mémoire …

Une bonne matinée de travail; et Yves est lui parti à la recherche d’un petit magasin que j’ai repéré, pour tenter de faire imprimer des Canvas pour ses futures présentations. Il revient satisfait, le marchand a fait un essai et ils se sont compris pour les quantités, le grammage, le prix en donnant les montants sur la calculette, comme c’est souvent le cas – il ira rechercher le tout mercredi.

Le cadre, l’ambiance et le décor de l’assiette bento où j’emmène Yves pour le lunch (restaurant qui a retenu mon attention lors d’une balade dans le parc Ueno) sont très bien; les tables et les chaises sont basses mais c’est toutefois plus confortable qu’à même le sol.

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Pensant simplement sortir pour le repas, je n’ai emporté ni plan ni carte, ce sera donc sur base de notre intuition et de nos seuls souvenirs de l’an passé que nous faisons une balade vers le grand cimetière. Nous quittons le parc Ueno et croisons plusieurs classes d’enfants, tous en uniforme bleu foncé, avec des petits chapeaux qui diffèrent de couleur d’un groupe à l’autre. La mémoire se réveille au fur et à mesure que nous progressons dans les ruelles vers le cimetière Yanaka (encore un cimetière comme point de repaire!).

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C’est l’un des premiers cimetières publics de Tokyo, avec ses vieilles pierres tombales recouvertes de mousse, ses statuettes, ses lanternes et ses planchettes de bois déposées derrière les tombes où sont inscrits le nom du défunt, celui de sa secte bouddhique et le second nom que le moine donne au défunt pour l’aider à passer du monde des vivants à celui des morts.

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Nous nous souvenons également du temple Tenno-ji, de la secte Tendai, qui aurait son origine au quatorzième siècle; il subsiste peu de temples à Tokyo datant d’avant la période Edo. Le moine bouddhiste Nichiren aurait sculpté lui-même sa statue … elle est très belle!

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Le salon de thé Renoir où nous avions mangé est toujours bien là et en descendant vers la ruelle des magasins, nous admirons encore quelques petits temples de diverses sectes.

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Yanaka Ginza Dori permet de voir d’anciens magasins, boutiques d’artisans, marchands de poissons, petits bazars; ce passage étroit d’à peine six mètres de large est bien fréquentée malgré son isolement – septante échoppes s’alignent sur ses 175 mètres de long. Et le retour est facile; la station de Sendagi se trouve sur notre ligne de métro Chiyoda.

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L’architecture moderne à Tokyo

Après une journée hier à visiter l’architecture traditionnelle du Japon, nous prend l’idée ce matin de partir avec l’appareil photo à la recherche de bâtiments récents à l’architecture originale de grands architectes.

Départ de Ginza où nous sommes surpris de voir le large boulevard transformé en piétonnier ce dimanche; l’intersection des deux avenues est connue pour son immeuble arrondi surmonté d’une horloge. C’est avec l’aide du soleil que nous choisissons de quel côté poursuivre. Le magasin Gap possède une jolie façade et en face, celle de Hermès, une tour élancée de verre, réalisée par Renzo Piano.

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En chemin une boutique Manneken n’échappe pas à l’œil de mon mari; la gaufre chaude toute nature est excellente – ils en proposent également une, version couleur verte! Fujiya et Sony encadrent le grand carrefour suivant et notre oreille est soudain attirée par une musique de tambours. Entracte amusant dans le brouhaha de la circulation; il s’agit d’une récolte de fonds pour Fukushima et le spectacle est typique.

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Dans la liste des buildings futuristes, figure bien évidemment le Forum, ce bâtiment vitré en forme de coque de bateau, aussi élégant à l’intérieur qu’à l’extérieur; on le doit à Rafael Viñoly, architecte uruguayen. En nous dirigeant vers la station de métro qui se trouve le long du parc impérial, nous admirons le siège de Mitsubishi, un mélange de façades de briques rouges et d’éléments plutôt art déco.

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Le point suivant sur notre liste est le Musée Watari-Um qui expose actuellement les photographies de l’artiste Harumuchi Saito. La construction à été dessinée par notre compatriote Mario Botta; un espace assez étroit, de forme triangulaire, avec beaucoup de béton brut et des décrochements ouvrant le regard. La boutique est elle aussi fort attrayante dans ce qu’elle propose comme objets design.

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Marchant par des ruelles vers l’avenue Omotesando – décidément elle nous poursuit celle-là – nous nous arrêtons pour manger en terrasse dans une crêperie bretonne, un repère avéré de français et même le serveur, japonais pourtant, nous aborde dans la rue dans notre langue. Le quartier est assez luxueux au regard des voitures qui y circulent, Maserati, Porsche, BMW, Corvette.

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Le magasin TOD´S aux fenêtres dissymétriques a été dessiné par Toyo Ito et il jouxte Hugo Boss qui a lui aussi une forme originale de sablier allongé. Hier en lisant une rubrique de mon guide, j’ai appris que c’est le géant de l’immobilier Mori Minoru qui a commandité l’architecte Tadao Andô, originaire d’Osaka, pour réaliser le centre spectaculaire qu’est Omotesando-Hills (le même architecte que le centre design 21/21 de Midtown).

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Je n’ai pas pu retrouver les architectes de toutes ces superbes boutiques de la rue mais certaines sont spéciales, Burberrys, Louis Vuitton, Ralph Laurent. Yves tient particulièrement à l’immeuble Dior qui s’élance dans sa blancheur transparente; une réalisation du bureau SAANA qui a réalisé le Learning Center de Lausanne. Pour le centre commercial Gyre, là où nous avons visité l’autre week-end les jeunes créateurs de mode et le MoMA store, il s’agit d’un groupe d’architectes hollandais connus sous MVRDV. Avec un peu de recul et le regard qui s’élève, on remarque la spécificité de la construction; au rez c’est Chanel qui s’est installé.

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Une petite pause s’impose, en remontant l’avenue, chez Nespresso! C’est un cas que Yves aborde souvent dans ses séminaires, ici aussi il pourra en parler. Nous nous laissons offrir un café me dégustation, belle approche marketing. Pour terminer en beauté notre parcours architectural, nous admirons la façade de trapèzes bombés de verre loupe de chez Prada, qui aux couleurs du jour finissant offre de jolis reflets; c’est ici une conception de Herzog & de Meuron. Et juste à côté, quelques magasins font partie d’un petit complexe aux façades formées de lattes en bois dont l’allure est très japonaise.

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Les plans dont nous disposons ne sont en général pas assez précis ni complets que pour les suivre à la lettre mais nous parvenons toujours à prendre la bonne orientation pour rejoindre un point de chute. Ici nous visons le grand cimetière Minami Aoyama que nous traversons pour atteindre la station de métro Nogizaka qui va nous ramener à la maison sans changement de ligne.

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L’histoire architecturale de Tokyo

Le train nous amène aujourd’hui très à l’ouest de notre localisation vers la gare de Musashi Konagei; là avec un peu d’aide nous trouvons le bus et l’arrêt qui nous permettra de visiter un musée un peu particulier. Depuis la période où elle s’appelait Edo (1600 à 1868), Tokyo a subi de nombreux incendies, tremblements de terre, guerres, inondations qui ont détruit son patrimoine architectural. C’est pourquoi en 1993, le gouvernement a inauguré au sein d’un grand parc, un musée en plein air où sur sept hectares ont été reconstruites trente-cinq maisons après avoir été démontées pièce par pièce de différents quartiers de la capitale. Les plus anciennes datent du début de l’ère Meiji et les plus récentes des années 1960. Toutes ces maisons se visitent, nous allons donc sans cesse nous déchausser, et le mobilier exposé est toujours d’époque.

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Nous commencerons pas un studio photo, une résidence privée au jardin magnifique avant de nous attarder dans des fermes très anciennes et une maison des gardes du temps des shogouns, au toit de chaume dont l’épaisseur me surprend. Nous aimons beaucoup ces habitations entièrement construites en bois, aux sols recouverts de tatamis ou de plancher, aux parois coulissantes de tous genres permettant d’occulter, de privatiser tel endroit – les fenêtres, les stores, les murs, … tout coulisse. Une dame nous montre les premières salles-de-bain où l’eau s’écoule vers le sol directement, les anciens foyers où l’on cuisait le riz et qu’ils alimentent toujours de feu à l’heure actuelle car c’est la seule façon de conserver ces habitations et leurs toits de paille – la fumée est nécessaire pour éliminer les insectes destructeurs et assurer la sécheresse de cette couche de paille. Elle nous avoue ne pas savoir d’où vient cette habitude qui perdure de vivre à même le sol; les chaises sont plus confortables, nous dit-elle!

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Suivent certaines habitations plus modernes, parfois dessinées et habitées par l’architecte lui-même en leur temps; certains se seraient inspirés de l’Europe suite à des voyages qu’ils y ont fait, alliant ainsi par exemple une tendance hollandaise ou allemande au style japonais. Nous mangeons dans celle de l’architecte allemand George de Lalande, qui se trouvait près de Shinjuku, et qu’il a rehaussée de deux étages en bois; nous sommes superbement installés dans le petit jardin et en nous entendant papoter, notre voisin de table se fait un plaisir de s’adresser à nous en français. Il est professeur émérite, enseignait la peinture et la calligraphie – nous l’avions d’ailleurs vu à l’œuvre au début de notre balade.

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Au centre du parc, un petit temple mausolée construit par une princesse pour honorer sa mère; il date de 1652. Et les deux maisons suivantes du début du vingtième siècle, celle de la famille d’un politicien influent et celle de la famille Nishikawa connue dans le commerce de la soie, je les adopterais volontiers; elles ont des espaces agréables, des galeries extérieures, une harmonie toute simple et le jardin, partiellement reconstitué me plairait également.

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Nous atteignons la dernière partie avec un bureau de Koban – pas très différent de ceux que l’on voit dans tous les quartiers de la ville – et de nombreux commerces, un tailleur, un bar, une papeterie, un fleuriste, un magasin de sauce soja et saké, une échoppe de casseroles, un fabricant de cosmétiques ou d’ombrelles. Certaines façades sont recouvertes d’une fine brique ou de cuivre mais les ossatures sont toujours entièrement en bois. Nous avons l’impression de nous balader dans un décor de tournage de film, c’est superbe et nous arrivons au bout de la rue aux bains publics, avec une large porte d’entrée et une enceinte semblables au style des temples chinois; ce sont des bains de luxe, les salles intérieures sont larges, hautes, lumineuses et joliment décorées – même si nous trouvons que les bassins eux-mêmes ne sont pas très grands.

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La ferme que nous visitons en dernier est très prestigieuse, son toit toujours fascinant, l’odeur de fumée agréable, sa cour intérieure inspirant la sérénité.

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Et voici une visite qui nous a tous deux intéressés; nous reprenons un bus qui rentre vers la gare – facile à présent – pour ensuite rentrer vers la ville en train. A Shinjuku, nous prenons un métro pour aller zoner dans le quartier de Roppongi. Un énorme complexe, repérable de loin, caractérise ce quartier surtout fréquenté par des touristes étrangers et des expatriés. La grande tour bombée, la Mori Tower, du nom du magnat de l’immobilier Mori Minoru aussi appelé l’empereur de la pierre, est très belle du haut de ses 238 mètres; l’araignée aux longues pattes, œuvre de la française Louise Bourgeois, signale l’entrée du centre commercial tout moderne et esthétique et l’on aperçoit la première tour de Tokyo construite en 1958, qui ressemble à la Tour Eiffel. Le carrefour de Roppongi connaît peu de moments calmes et il est surmonté d’une voie express.

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Les souvenirs de l’année dernière revivent, nous nous dirigeons à l’instinct vers des immeubles aux façades de verre qui constituent ce qui s’appelle Midtown; un énorme complexe également, inauguré en 2007, avec des espaces verts, des bureaux, des logements, l’hôtel Ritz-Carlton et une galerie commerçante très luxueuse. Une animation se passe en cette fin de journée autour des glaces Ben&Jerry – pensée pour nos deux fils qui en raffolent.

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À une des extrémités du bâtiment, un espace est réservé aux designers; il s’agit de 21/21, nom donné pour signifier la volonté du centre d’aller au-delà de la perfection, du 20/20. Nous y parcourons une exposition sur le riz, élément très important ici en Asie mais c’est surtout l’architecture de l’édifice qui nous plait, fait d’un mélange d’acier, de béton brut, de verre. L’architecte, Andô Tadao, l’a voulu léger, aérien, faisant penser à un oiseau de papier; dans ce lieu de réflexion, les designers japonais et étrangers sont invités à venir présenter et lancer leurs nouveaux concepts.

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La ville s’éclaire de ses milles lumières et nous allons retrouver le Gonpachi, un restaurant resté bien ancré dans nos souvenirs. La salle est toujours originale, le décor des auberges d’antan, les menus sont excellents, les serveurs un peu plus polyglottes qu’ailleurs car c’est un repère de touristes également; ici a été tournée une scène du film Kill Bill.

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Rencontre auteurs – éditeurs autour de BMG

Miki et Minako viennent nous chercher à midi pour nous emmener manger et nous faire découvrir de nouveaux endroits. Elles sont tout heureuses de nous recevoir, c’est touchant. Minako travaille pour la maison d’édition qui a publié la version japonaise de BMG et Miki a sa propre affaire de consultance en marketing et business modèles. Elle est devenue une fan du Canvas, l’utilise énormément dans ses contacts avec les entreprises locales et vient de publier un livre sur les cas qu’elle a abordés. L’offrir à Yves est une marque de reconnaissance, même si le frein de la langue sera rédhibitoire.

Nous avons l’habitude de nous déplacer en métro mais nos deux compagnes préfèrent héler un taxi; je ne suis pas certaine que ce soit plus rapide et pourtant notre chauffeur est assez nerveux, il a la conduite brusque. J’ai l’impression que les taximen se ressemblent tous, cheveux grisonnants, lunettes, gants blancs, costume sombre; leurs taxis sont toujours nickel propres, les dentelles recouvrent les appuie-tête et les portières s’ouvrent automatiquement tant au départ qu’à l’arrivée!

C’est au Maisen qu’une table est réservée; ce restaurant, qui s’est établi dans le bâtiment d’anciens bains publics, a pour spécialité le porc pané. Il est accompagné de chou râpé, servi cru et nature – diverses sauces sont proposées pour accompagner légumes et viande – ainsi que du radis en purée. Ce n’est pas la première fois que nous recevons ce bol de purée mouillée blanche et Miki confirme que cela aide à la digestion. Nous ne sommes pas seulement les quatre; Masanao, professeur d’université à Kobe a souhaité rencontrer Yves car il utilise également la méthode dans ses cours. Son éditeur est justement le mari de Minako et le contact s’est ainsi fait rapidement – tout se sait très vite ici. Masanao semble tout impressionné de la rencontre et s’empresse de demander une dédicace. Les quatre repassent très souvent entre eux au japonais, le dialogue est parfois décousu mais l’ambiance est fort chaleureuse.

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Le restaurant est proche de Omotesando et toute la troupe se met en marche vers l’avenue des boutiques de marque. Miki souhaite me faire découvrir d’une part un magasin de souvenirs, le Bazar Oriental (c’est bien un nom pour les touristes!) et je reconnais qu’il y a de très jolies pièces. Ensuite c’est Omotesando-Hills, un énorme centre commercial qui a remplacé un ensemble de petites maisons; j’avais lu l’information sur un guide sans y être encore venue. C’est génial comme concept; les boutiques se succèdent le long d’une sorte de rue en pente qui monte en lacets. L’architecte a creusé afin de ne pas dépasser la hauteur des anciennes bâtisses et a réussi à créer un espace géant sur cinq niveaux.

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Masanao discute passionnément avec Yves tandis que les femmes regardent les vitrines ou les files de gens qui patientent pour du chocolat, une glace ou des popcorns. La proposition ensuite est de partir vers Shinjuku pour une grande librairie. L’enseigne du centre ne nous est pas inconnue puisqu’il s’agit de Takashimaya comme à Singapour et idem pour la librairie qui n’est autre que Kinokuniya où nous avons aussi acheté plusieurs livres à Singapour. Tandis que je m’intéresse à quelques mangas – ma connaissance sur le sujet est vraiment nulle – Masanao va acheter les deux ouvrages qu’il a écrits sur business models, pour les offrir. Nous voici donc avec trois livres business en japonais … bonne chance, Yves!

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Miki et Minako nous font encore découvrir Tokyu Hands, un magasin géant sur huit étages avec tout pour bricoler dans la maison, au bureau; il s’appelle ‘creative life store’. Nous prenons tous les quatre un dernier thé avec une douceur, dans un salon aux produits chinois, où je me régale d’un pudding à la mangue adouci au lait condensé. Nous décidons de rester en contact, avec l’espoir de partager encore un agréable moment ensemble d’ici notre départ.

Avant de rentrer chez nous, je veux montrer à Yves le nouveau supermarché rénové au sous-sol de Matsuzakaya. C’est fou, l’ambiance qui y règne; tous les vendeurs crient, interpellent les clients pour vendre soit leurs salades, soit leur thon, … Le mélange entre les rayons du supermarché lui-même et les échoppes indépendantes tout autour est flou et dynamique. Il y a un personnel nombreux pour aiguiller, renseigner – avec nous c’est plus compliqué – et aussi pour former les files aux caisses (il ne faut pas croire que l’on peut se mettre où l’on veut), étrangement disposées au plein milieu du jeu. Il règne une telle cacophonie dans ce supermarché – je n’ai jamais rien vu de tel! Et c’est luxueux, un peu comme Globus, en nettement plus grand …


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Lunch avec Kato-san et musée national

Le retour vers Tokyo hier s’est déroulé comme si nous étions déjà de grands habitués des transports en commun japonais, avec changements de trains, réservations de places en dernière minute pour le Shinkansen et le métro jusqu’à l’appartement. Nous avons papoté sur le premier tronçon avec deux dames japonaises qui habitent près de Yokohama; le plaisir de pouvoir échanger en anglais fut partagé, elles étaient charmantes.

Ce midi Kato-san, la gérante de l’immeuble, m’emmène manger dans un petit restaurant à deux rues d’ici, où les tempuras sont la spécialité; nous sommes installées le long d’un comptoir et toute une série de légumes et poissons panés et frits tout frais nous sont servis au fur et à mesure – on voit même encore les crevettes se tortiller quand il les décortique (au moins nous sommes assurées de la fraîcheur, me dit Kato). Elle est bavarde et très joyeuse; je passe un super moment à discuter avec elle. C’est assez drôle, elle est très petite et à côté de moi dans la rue, cela la fait beaucoup rire; elle reconnaît qu’elle a une taille en-dessous de la moyenne et pour la satisfaire je lui dis que moi, c’est le contraire!

Nous prenons un café dans le lobby de l’autre immeuble qu’elle gère et où elle a son bureau; son père aimait énormément la calligraphie, elle me montre une brochure avec plusieurs de ses œuvres et celles qui sont dans nos appartements ont été dessinées par lui. Même si c’est mystérieux pour moi, je les trouve très jolies; ce sont souvent des pensées ou poèmes chinois.

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Il pleuvine, il vente et je poursuis ma balade digestive en contournant le parc Ueno avec l’intention d’aller visiter un des musées, une activité idéale pour la météo du jour. Dans les alentours, je me laisse aller à l’intuition, dans les ruelles de ce quartier traditionnel; je passe près d’un petit temple bien sombre et bien caché puis près de l’université des Beaux Arts avant de déboucher juste devant le Musée National de Tokyo.

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Ayant observé puis déposé moi-même mon parapluie dans les bacs prévus à cet effet (gratuit et avec une clé), je choisis de parcourir le bâtiment principal consacré à l’art au Japon. Il s’appelle Honkan et je lui trouve une apparence un peu austère avec sa structure en béton et son toit de tuiles – c’est le style « impérial » qu’a voulu lui donner  l’architecte Watanabe Jin. D’autres constructions de l’enceinte présentent des œuvres du reste de l’Asie, des expositions temporaires, des trésors archéologiques ou des reliques d’un ancien temple.

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C’est le plus ancien musée du Japon, né d’une première exposition qui remonte à 1872 et aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers d’objets y sont présentés tout au long de l’année. Je me plais à m’imprégner de l’histoire de ce pays, de la succession des différentes périodes aux noms qui me disent parfois quelque chose et cela au travers de l’évolution de sa culture et de son art. Les premières figures en terre cuite remontent à la période Jomon que l’on situe il y a 12’000 ans. Des objets en bronze, des porcelaines, des calligraphies, des écritures de sutras en rouleaux, etc sont présentés et traduisent les étapes qui vont se succéder. Évidemment la religion, le bouddhisme arrivé au Japon au milieu du sixième siècle, prend une part importante de la culture du pays et je retrouve ici, dans ce rapide cours d’histoire, l’introduction du bouddhisme zen pendant la période shogounale de Kamakura.

Au seizième siècle c’est le maître Sen no Rikyu qui amène à son apogée la fameuse cérémonie du thé, influencée par la Chine dans ses ustensiles mais dont la notion d’humilité et de simplicité caractérise la cérémonie japonaise (on parle de l’esthétique wabi-sabi).

Du treizième siècle jusqu’à l’ère Meiji (1868), ce sont les samouraïs qui règnent; leurs armures, leurs cuirassés, leurs sabres sont impressionnants de sophistication. Une salle expose de superbes paravents peints faisant état des rencontres entre japonais et européens, échanges situés au seizième siècle.

On en peut pas parler d’art et de culture japonaise sans évoquer non plus plus le théâtre et la couture. Le théâtre Noh trouve ses origines au quatorzième siècle, uniquement joué par des hommes portant tous un masque. Les mouvements sont lents, symboliques; les costumes deviendront de plus en plus sophistiqués. Et la version plus dansée, plus musicale, s’appelle Kabuki et est née à Kyoto trois siècles plus tard. La mode se traduit dans ces robes aux formes droites, aux tissus soyeux, aux broderies fines, appelées à l’origine Kosobe, l’ancêtre du kimono. Aujourd’hui encore nous croisons dans la rue, dans le métro, des dames et même des jeunes filles très élégamment vêtues du kimono traditionnel; le Japon est vraiment un pays de contrastes entre modernité, nouveautés et coutumes, traditions.

Le pluie ne s’est pas calmée pendant les deux bonnes heures de visite, il me reste des courses à faire pour regarnir les victuailles, avant de rentrer au chaud. En rue cela surprend toujours non seulement de voir et entendre surgir un camion pompier, une ambulance, une voiture de police, tous feux clignotants et sirènes retentissantes mais qui aussi diffusent par les micros un message aux usagers sur les routes et les trottoirs : nous imaginons qu’ils avertissent, qu’ils mettent en gardent, qu’ils demandent poliment qu’on leur laisse l’accès libre … amusant!


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Le Mont Fuji

Leurs toilettes sont plus confortables que leurs lits, me dit Yves ce matin … nous jouerons futés ce soir en doublant nous-mêmes la couche des matelas! Le buffet du petit-déjeuner ressemble étrangement à celui d’hier soir (poisson, soupe, nouilles, salade) et fort heureusement pour moi, il y a un petit coin avec pain, confiture, crêpes, cornflakes. Et nous voici calés pour aller attendre le premier bus qui doit passer vers 9h20 au-dessus de l’hôtel et nous emmener au lac Ashi; la route étroite grimpe en lacets dans les montagnes.

Un beau lac nous attend à l’arrivée, il se situe à une altitude de 760 mètres, il occupe un cratère formé par l’activité volcanique et a la particularité de ne pas geler l’hiver – on y pêche truites et carpes toute l’année. En attendant notre bateau de croisière, nous nous intéressons à un distributeur automatique de boissons – il y en a vraiment partout. Yves y choisit un café chaud, appelé ‘demi-tasse‘, qu’il va savourer dans une canette … excellent!

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Et voici notre bateau pirate qui nous emmène à l’autre bout du lac – on se croirait presque sur le Lac de Joux si ce n’est que ce n’est point la Dent de Vaulion qui pointe son nez … mais bien le Mont Fuji ! Woah comme il est beau, encore recouvert de neige; il se dégage du haut de ses 3776 mètres dans un ciel bleu sans aucun nuage. Les appareils photo crépitent et le Torii rouge qui émerge des flots apporte son petit plus aux pellicules. Il semble que nous soyons bien chanceux – comme disent les québécois – car le Fuji a la même réputation que le Cervin, à savoir d’être souvent en partie caché par la brume ou les nuages. Il fait par contre assez froid, j’ai revêtu mon équipement d’hiver alors qu’en Suisse les messages nous racontent des températures printanières.

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A Tôgendai nous prenons un télécabine, fort confortable et silencieux, en direction de Owakudani; le Fujisan se révèle alors jusqu’à sa base et voilà le symbole du Japon, tout clair tout net sous nos yeux éblouis.

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Owakudani est nommée la grande vallée bouillonnante, au pied du volcan Soûn; des effluves de vapeur d’eau et de souffre jaillissent de la montagne comme si elle fumait. Et l’odeur qui s’en dégage fait penser à des œufs pourris; tiens donc c’est justement la spécialité d’ici. Au bout d’un petit sentier sillonnant dans la nature encore enneigée – nous sommes à 1000 mètres d’altitude -, les visiteurs se ruent sur des œufs durs à la coquille noire, qui ont cuit dans un bassin d’eau thermale et noirci par le souffre. Je n’hésite pas très longtemps, ça ne me tente guère et tant pis si je ne profite pas de prolonger ainsi ma vie de sept années!

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Un second télécabine redescend vers la localité de Sounzan, le Mt Fuji nous dit au revoir et ensuite nous atteignons Gora à bord d’un funiculaire. C’est un petit village touristique où nous mangeons un lunch rapide dans un bistrot qui ne doit pas figurer dans les guides – on a l’impression d’être dans la salle-à-manger de la propriétaire, fort sympathique et contente de nous servir. Au bureau d’information, une dame m’explique en japonais, sur un plan japonais comment rejoindre à pied notre dernière visite de la journée : le Musée d’art en plein air, Chokoku-no-mori Museum.

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Nous allons y passer un moment très agréable et paisible; le sculpteur Henry Moore a dit : « La sculpture est un art de plein air ». Ce n’est que vérité ici où dans un décor naturel de verdure, quelques 700 œuvres contemporaines sont mises en valeur; un parcours qui passe par Rodin, Niki de Saint-Phalle, Miró, Calder, Henry Moore ainsi qu’un pavillon consacré à Picasso. Magnifique halte!

Le Tozan Rail est ce train qui parcourt la vallée, un vrai tortillard qui fait date; à deux ou trois reprises, il nous fait bien sourire quand après un changement de poste entre le conducteur et le garde à l’arrière du train – orchestrés comme des automates aux gestes strictes de leurs maints gantées de blanc – le train repart dans le sens inverse en deux fois, formant ainsi des Z plutôt que des courbes pour redescendre vers Hakone-Yumoto. Un retour donc un peu plus long qu’imaginé mais qui permet, comme les asiatiques dans les transports en commun, de fermer les yeux et piquer un léger somme!

La séance de relaxation et bien-être dans les bains ne se loupe pas; de mon côté, il y a beaucoup de jeunes adolescentes qui papotent en sourdine et aujourd’hui également quelques mamans avec des enfants de trois ou quatre ans, ce qui m’étonne un peu car je pensais que les petits ne fréquentaient pas ces bassins d’eau chaude. C’est une joie de les voir se laisser surprendre, s’émerveiller, s’éclabousser …