Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Souper magique au Niwa

Chaque fois que je suis allée faire mes courses au supermarché Peacock, un salon de massage placé sur le chemin du retour m’a fait de l’œil. Après tous ces kilomètres marchés à travers les rues de Tokyo, mes pieds ont bien droit à un traitement de faveur … je franchis la porte et suis accueillie uniquement en japonais! Il est facile de montrer mes pieds ainsi que le nombre de minutes pour le massage, nombre que j’indique sur la calculette. Je pense que c’est la première fois que j’en fais un au Japon, j’ignore leur réputation dans le domaine mais je dois dire que c’est du sérieux, elle a une sacrée poigne cette petite japonaise, elle y va de toutes ses forces sans trop me demander si cela me convient … de toute manière nous ne nous comprenons que par gestes!

Yves a vécu une expérience similaire hier chez un coiffeur du quartier … celui-ci semblait presque plus stressé que mon mari, paraît-il. Le résultat est positif pour nous deux, comme quoi même sans langage commun, nous arrivons à communiquer. Kato appelle cela « heart communication » ou « heart language ». Les japonais sont souvent trop réservés et réticents parce que leur sens de la perfection les freine à engager la conversation même s’ils connaissent souvent quelques mots d’anglais (et même plus que les miens en japonais!)  mais dès que la confiance est établie, c’est tout différent et ils s’ouvrent vraiment, oublient leur gêne.

Yves m’emmène ce soir dans le quartier de Ochanomizu (en fait c’est moi qui guide dès qu’il me donne la destination). C’est proche de notre localisation de l’an dernier, je reconnais mon temple noir qui honore Confucius, le pont sur le canal qui offre une vue sur de vieilles petites bâtisses et le chemin de fer qui croise en diagonale ainsi qu’une basilique byzantine qui surprend un peu dans le paysage. Tokyo est ainsi, avec un urbanisme très aléatoire, me dira Sheena! C’est aussi le coin des magasins d’instruments de musique et de nombreuses papeteries ou librairies. Il y fait clair comme en plein jour, c’est rare à présent dans la ville qui tâche de réduire sa consommation d’énergie.

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Le but de la soirée est de retourner manger au Yukuri, le restaurant typiquement japonais de « notre » hôtel Niwa, où nous avions passé une superbe soirée avec Patrick. Le menu Kaeseki, servi par des dames distinguées vêtues du kimono traditionnel, est un réel délice tant pour les yeux que pour le palais. Les plats se succèdent pour nous ravir et nous surprendre; ces légumes, ces poissons, ces viandes, ces tofus façonnés sur le thème des cerisiers en fleurs – une cuisine raffinée, fraîche, aux parfums de saison, dans un décor épuré, avec vue sur le mini jardin de verdure et de lumières. L’enchantement est à son comble ce soir …

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Agréable bavardage avec Kato-san

C’est avec joie que je retrouve Kato-san pour un moment de discussion autour d’un bento sushi-sashimi. Nous parlons de nos enfants, de nos voyages et elle me raconte avoir pris des cours de français. Elle n’est pas la seule à trouver notre langue très difficile, particulièrement du fait du genre des noms, une notion qui les dépasse. Mais pour moi, le japonais reste un objectif encore plus in-atteignable; il mélange trois alphabets, à savoir les signes kanjis hérités du chinois, les hiraganas spécifiques au japonais et enfin les katakanas phonétiques, utilisés pour les noms étrangers. C’est magique pour moi d’observer la rapidité avec laquelle ils transcrivent ces symboles parfois sophistiqués.

Kato-san est une dame enjouée, drôle, ouverte que j’apprécie beaucoup. La pluie est encore au rendez-vous pour notre rencontre; toutefois elle se propose de m’accompagner à la poste après avoir imprimé à son bureau des documents pour notre séjour à Singapour. Puis nous allons marcher dans le parc Ueno où elle me commente l’intérêt des musées, elle me montre son petit temple préféré, elle m’explique les facultés de l’université des Beaux Arts et bien évidemment le phénomène cherry blossom, qui trouverait son origine dans le bouddhisme et j’en déduis que cette admiration des fleurs pourrait venir du bouddhisme zen né à Kamakura. La boucle de notre balade me fait découvrir un très vieux quartier authentique de Tokyo et j’aime échanger avec elle, qui ne s’offusque d’aucune de mes questions. La passion de son mari pour les voitures de courses va les amener en France en juin pour assister aux 24 heures du Mans, tandis qu’elle est en charge de choisir un spectacle à Paris, le Moulin Rouge ou le Lido!

Mathilde nous avait conseillé un restaurant sur le thème des ninjas; malheureusement il n’est plus possible d’y réserver une table avant notre départ. C’est à Nezu, une station au nord de Yushima, que je déniche une nouvelle spécialité culinaire à découvrir : les kushiages, des mini brochettes de légumes ou poissons frits qui nous sont servies avec du gros sel et une sauce miso très parfumée. Le Hantei se loge dans une vieille maison traditionnelle en bois sur trois étages, dont nous admirons les détails d’architecture.

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Privilège d’assister à une cérémonie au Sanctuaire Meiji

Rendez-vous fin de matinée avec Miki à la grande Torii du Sanctuaire impérial Meiji-Jingu. Elle m’avait demandé si cela me ferait plaisir de pénétrer au sein du temple pour assister avec elle à une cérémonie; l’occasion ne se représentera peut-être plus et sans être introduit, c’est impossible à faire.

Le chemin d’accès au lieu saint est long, s’étire au milieu de la végétation et passe sous plusieurs torii en bois de cèdre. La première étape consiste à se laver les mains et la bouche, avec des cuillères au long manche en bambou et il ne faut pas oublier de rincer la coupelle pour les suivants.

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Les portes d’accès se franchissent en leur milieu et s’il y a un pas de porte, il faut l’enjamber et non poser le pied sur l’arête supérieure. Devant le temple public, nous nous inclinons deux fois devant le dieu, une pièce est délicatement déposée comme offrande, deux claquements dans les mains et une dernière révérence.

Miki a réservé notre participation à la cérémonie de midi; elle remplit pour moi – mon japonais n’étant pas assez bon … – une fiche avec mes coordonnées et mes vœux pour ce grand moment; je choisirai le bonheur de ma famille. Les cérémonies se succèdent, elles durent environ une demi-heure et se déroulent dans un superbe temple clos. Le dieu est ici invisible derrière des panneaux, le décor est à la fois sobre mais également avec des objets colorés et recouverts d’or. Nous sommes une dizaine de fidèles, assis en ligne sur les tatamis; il y a une famille qui vient présenter leur petit bébé et bien évidement, je suis la seule étrangère.

Un jeu de drum par un religieux ouvre le moment sacré, un moine chante lentement l’appel au dieu, une miko apporte, de son pas élégant et glissant, un plateau avec nos messages de vœux avant que le moine shintô ne vienne célébrer l’office, dos aux participants et en chantant ses textes. Il va prendre les messages un à un et je reconnais alors mon nom – Woah, je ne peux traduire par des mots combien je me sens impressionnée d’être là.

Les mikos sont des filles au service du sanctuaire, elles portent un hakama, large pantalon de couleur orange ici, une blouse d’une blancheur pure, un diadème doré sur leur chevelure qui doit rester longue et tenue en tresse dans une coiffe particulière. Leur mission est de danser pour implorer les kamis, elles sont deux aujourd’hui à nous charmer par leurs mouvements harmonieux et lents. Un tintement de plusieurs petites clochettes tandis que les fidèles s’inclinent vers le sol fait penser que d’une religion à une autre, on peut retrouver des similitudes. Chants et tambours clôturent ce moment magique, hors du temps pour moi. À la sortie un petit verre de saké ainsi que plusieurs cadeaux m’attendent; une plaquette porte-bonheur, du thé, des amulettes pour moi et ma famille, des sutras à méditer et non pas de l’eau bénite mais une jolie bouteille de saké!

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Miki ne peut comprendre combien cela me touche qu’elle m’ait ainsi donné la chance de vivre avec elle ce moment de recueillement. Le cadre, l’ambiance, l’espace, la résonance, le bruit des chasubles au sol, … créent une atmosphère qui inspirent la sérénité.

La traversée du parc permet de gentiment se réhabituer au monde extérieur, de reprendre sa place dans la foule vibrante de Omote-Sando. Miki cherche à me faire découvrir un plat japonais que je n’ai pas encore testé; ce seront les soba. Il s’agit d’une sorte de nouilles très populaires au Japon, elles sont préparées avec de la farine de sarrasin et se mangent dans un bol de bouillon chaud, du mentsuyu. Ah je savais qu’il y aurait un piège : faire passer des nouilles mouillées du bol à ma bouche avec deux baguettes! Mon amie est sympa, elle trouve que je m’en sors très bien et m’assure que je peux faire du bruit en les aspirant …

Une marche digestive nous amène de ce boulevard des boutiques de marque jusqu’au fameux carrefour de Shibuya. Je suis rassurée de me reconnaître en arrivant à l’approche de cette grande gare, j’avais quelque crainte qu’elle me lâche dans la ville et que le retour soit un peu compliqué. Son bureau se situe dans ce quartier qu’elle connaît super bien et elle m’emmène dans Hikarie, un building à l’architecture élevée, avec des blocs décalés, où à chaque étage des boutiques raffinées défilent sous mes mieux.

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Nous montons au Zen café pour déguster un thé vert traditionnel; il se prépare devant nous, avec de la poudre matcha soigneusement dosée, additionnée d’eau qui a cuit dans un chardon à l’ancienne et le tout battu avec un mini fouet rond de bambou. Les douceurs qui accompagnent ce thé dont l’apparence est plus proche d’une soupe, me plaisent plus si elles ont la consistance d’un biscuit sec. Le thé se hume et se boit en approchant le grand bol avec les deux mains; c’est bien ainsi que Tadashi nous l’avait montré.

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Dans ces centres commerciaux les étages en sous-sol sont toujours réservés à la nourriture, dont un étage complet pour les friandises qui sont présentées, vendues, emballées comme s’il s’agissait de bijoux! C’est incroyable, le nombre d’emballages et le soin apporté par les vendeuses pour les confectionner. Miki me fait goûter quelques-uns de ses favoris et oh surprise, la première petite galette fine sent très fort les crevettes. Je lui avoue que pour moi, les friandises doivent être sucrées et alors ce sera la pâte de haricots rouges qui domine les préparations. Et pourtant, que vois-je parmi les échoppes … un étalage de Pierre Marcolini!

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En traînant encore un peu seule dans Shibuya, je tombe également sur Lindt, sur Swatch, Zara, Disney et même sur Pronto (mais pas l’enseigne Suisse de la Coop). Je pense que ce serait très difficile de trouver une marque qui ne se trouve pas ici à Tokyo, ils ont tout. D’ailleurs nous pensions faire découvrir les stylos Faber-Castell à plusieurs de nos contacts et amis ici mais chez Itoya nous les avons vu largement représentés!

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Papotage entre une suissesse et une japonaise

Aujourd’hui je retrouve Sheena, une amie rencontrée l’an dernier; elle était l’interprète de Yves pour une de ses conférences et nous sommes toujours restées en contact. Sa situation a changé; elle est enceinte, elle a dû interrompre ses activités professionnelles et ils ont déménagé la semaine dernière. Ils se sont rapprochés de la belle-maman, ce qui est fréquent encore ici au Japon, même si celle-ci a une forte activité et ne pourra pas s’occuper du bébé. Mon amie pense rester une année à la maison à apprendre son métier de maman, c’est ainsi qu’elle le présente.

Elle a la trentaine, tout comme Benoit rencontré hier; elle est pure japonaise alors que lui est français installé ici et c’est amusant d’entendre la différence d’approche et d’analyse de la vie japonaise. Sheena a voyagé, elle a étudié en Californie pour son Master et a passé plusieurs mois en Europe. Même si elle reconnaît les avantages de la sécurité, du sens du service, de la propreté de son pays elle voit l’Europe comme un espace où la liberté est plus grande, où les gens prennent le plaisir de vivre, d’apprécier la nature. Elle rêve de grands espaces sans beaucoup de monde – tout l’opposé de Tokyo, sa ville de résidence.

J’aime l’idée qu’elle ne trouve pas d’explication logique au fait que les rues n’ont pas toutes un nom et qu’elles se tortillent; elle me confirme que c’est tout autant compliqué pour les japonais. Elle a souvent recours au téléphone si elle va à telle adresse, elle appelle dès qu’elle est proche de son point de chute et demande qu’on vienne la chercher à telle enseigne de Konbini par exemple! C’est un comble … son explication serait la reconstruction tous azimuts, sans plan global, presque dans l’anarchie, après les gros bombardements de 1945 et c’est depuis lors aussi que la verdure a disparu du paysage de Tokyo. Il est vrai que Kyoto, préservée par la guerre est une ville plus verte et dont les rues sont alignées à l’équerre. La tradition, les origines pèsent fortement sur une personne, je pense que sa vie restera par ici et je lui souhaite des voyages à la mesure de ses rêves.

Elle s’ennuie chez elle, ce retrait forcé du travail perturbe sa vision et ainsi notre rencontre tombe à point; moi aussi je suis ravie de pouvoir échanger avec une amie, tout-à-fait librement. Nous sommes deux bavardes et la journée passe à toute vitesse; elle sait combien j’attends la floraison des cerisiers et c’est d’ailleurs elle qui m’a envoyé en mars dernier une superbe photo toute en fleurs et en rose! Nous nous baladons dans le parc Ueno, un quartier traditionnel qu’elle aime particulièrement, où elle a vécu. Je lui fais découvrir les premiers arbres en fleurs à la base du parc; la température est tellement douce aujourd’hui, il y a du monde de sortie et elle s’en étonne elle aussi. C’est presque comme un jour de week-end. Dans l’allée principale, les agents ont dressé les cordes pour délimiter les zones latérales où les gens vont venir célébrer Sakura. Ils s’installent sur une toile bleue, font la fête à manger, à écouter de la musique et à boire; Kato me dira par la suite que c’est le seul parc de Tokyo où sont autorisées ces retrouvailles joyeuses, à même le sol et certains groupes se lèvent tôt pour réserver leur place. Ce n’était donc pas un mythe ce Cherry Blossom japonais … je crains toutefois de manquer le pic des festivités. Leur hiver fut exceptionnellement froid, avec des quantités de neige comme jamais vu et le printemps s’est fait un peu plus attendre.

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Je me sens bien habituée dans mon quartier, les magasins n’ont plus guère de secrets, je sais où trouver ce que je cherche pour mes repas et je papillonne de l’un à l’autre. Pourtant chaque jour je découvre une nouveauté; un magasin ‘tout à 100 yens’ (comme les one dollar) ou une galerie de boutiques très sympa juste sous la ligne de train Yamanote – aucun espace n’est perdu et ça se remarque tout au long des rails surélevés dans notre Ku. Je trouve toujours aussi bizarre dans le paysage urbain et compliqué pour les opérateurs, ces poteaux électriques aux fils tortillés dans tous les sens. Et pourquoi donc, dans les supermarchés, le sel et le sucre sont-ils voisins dans les rayonnages tout comme les marshmallows, les chocolats avec les chips – cela ne facilite pas mes choix!

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Retrouvailles fort agréables avec Benoit

Voici notre dernière semaine qui commence et l’agenda des rencontres s’est bien rempli. A Akihabara, nous retrouvons Benoit, qui a été notre guide si précieux lors du premier séjour à Tokyo. A l’époque il lançait un business de vente de friandises japonaises sur Internet, le succès est monté très vite et très fort; il a des clients en Europe, aux États-Unis, en Australie et ne sait presque plus où donner de la tête.

Il nous emmène dans un restaurant de quartier où les gens font leur courte pause de midi; heureusement qu’il est avec nous pour choisir parmi les trois plats du jour, seulement écrits en japonais. Lui-même n’est pas trop sûr de ce qui nous attend, ce n’est pas peu dire … et cela nous parait invraisemblable de bien manger pour moins de 15 Fs pour les trois!

Nous avons un vrai plaisir à l’entendre raconter ses aventures et principalement son nouveau projet de construction. Ils ont acquis une concession sur un terrain où leur future maison verra le jour cet automne. Nous sommes surpris de la vitesse de réalisation; quatre mois suffiront entre le début des travaux et l’emménagement. Des chambres d’hôtes sont prévues sur un des trois étages, qui sait si un jour nous serons ses invités. Il nous explique le temps qu’ils passent dans ce tout grand magasin pour choisir les finitions et le plaisir qu’il y prend; les gadgets dernier cri sont parfois abordables et ils ont par exemple craqué pour des toilettes, dont le couvercle se lève automatiquement et que l’on peut gérer avec son smart phone! Je n’ai pas trop bien compris l’avantage – lui peut-être pas non plus – mais c’est la pointe de la technologie, pour suivre entre autre la consommation.

Il nous détaille les plans qu’il a justement emportés avec lui et ce sera une joie pour nous de voir un jour cette réalisation. C’est une entreprise générale qui s’occupe de tout, les gens ne sont pas habitués à bricoler eux-mêmes pour terminer les aménagements, semble t’il; il nous dit même ne pas savoir où trouver un magasin style brico. La notion de service est très présente au Japon, il en va de même pour tout déménagement. Notre amie Sheena vient de changer d’appartement et elle n’a rien fait elle-même; cela existe évidement chez nous aussi mais le prix est souvent dissuasif.

Et Benoit nous explique qu’ils travaillent tant tous les deux qu’ils ne prennent pas le temps d’aller au supermarché et cuisiner; ils vont chercher des plats préparés, qui peuvent être très variés ou alors ils se font livrer et déposent ensuite les plats vides devant leur porte – tout est super bien organisé, tout fonctionne et la ponctualité est un de leurs points forts. Il travaille énormément avec la poste pour son commerce de bonbons, que ce soit pour son approvisionnement ou pour envoyer ses commandes; il ne doit en général par se déplacer, ils viennent apporter et chercher chez lui et … la poste travaille 7 jours sur 7, comme les magasins.

Les dépanneurs, appelés ici Konbini, sont nombreux et ouverts toute la nuit; on comprend mieux l’étonnement d’un japonais qui se retrouve un samedi à Zurich avec les magasins qui ferment leurs portes à 15h. La notion de service est également visible par tout le personnel qui gravite pour faciliter la vie, dans les magasins, dans les gares et les transports. Cela m’avait déjà frappée à Singapour, il n’y a pas de job dégradant et si quelqu’un est là juste pour vous ouvrir la porte à l’entrée d’un commerce, l’accueil et le sourire sont vraiment appréciés (le taux de chômage avoisine ici les 5%).

Leur approche de la vie et du monde du travail est totalement différente de ce que nous connaissons en Europe. Les japonais privilégiés ont seulement deux semaines de vacances sur une année et certains ne font quasi pas la différence entre semaine et week-end. Yves a rencontré plusieurs personnes qui en plus de leur job plein temps, organisent des séminaires en soirée ou le samedi – juste pour le plaisir ? ou parce que être actif fait partie de leurs habitudes. Les personnes à l’âge de la retraite (qui passe actuellement de 60 à 65 ans) ne s’arrêtent pas non plus, on les voit un peu partout dans les services qui sont offerts. Un des grands sujets de préoccupation est par contre le vieillissement de la population et la baisse de natalité; Yves l’a souvent ressenti dans les discussions avec les hommes d’affaires qu’il a rencontrés et les conférences auxquelles il a assisté. Cela se traduit en cette période par un fort engouement pour tout ce qui touche l’innovation et les séminaires tournent souvent autour de ce sujet.

Cette énergie débordante se traduit, de façon anecdotique, aussi dans leur comportement durant les quelques jours de vacances qu’ils s’octroient. Benoit nous annonce qu’il part en famille trois jours à Okinawa (première pause depuis plus d’une année) mais que ce n’est pas pour s’étendre sur une plage … mon épouse est japonaise, nous dit-il, elle a prévu un programme de visites et d’activités pour chaque journée. Et c’est là que je comprends pourquoi les horaires de petit-déjeuner à Hakone ou Takayama se terminaient à 8 heures; il n’y a pas de temps à perdre, les heures de vacances sont trop précieuses que pour être consommées oisivement.

Mais notre ami apprécie énormément son mode de vie ici, ne se voit pas revenir en France qu’il trouve trop chaotique et sale; sa dernière expérience dans la capitale avec les ascenseurs en panne, les grèves, les ordures qui débordent sur les trottoirs, les portiques du métro trop étroits pour la poussette du bébé l’en ont définitivement dissuadé. De plus il aime ce monde fou des mangas qui est un véritable phénomène de société. Ce n’est pas facile à comprendre pour nous, cet engouement, ce débordement d’un monde virtuel créé autour de personnages dont l’importance est inimaginable dans la vie de nombreux japonais, que l’on nomme otaku. Les mangas écrits bien sûr mais aussi tout ce qui en découle avec les séries télé, les jeux vidéos, les figurines et d’autres multiples objets à collectionner. La vente de CDs de musique n’a pas fléchi ici, les japonais ne s’amusent pas à downloader leurs titres préférés car en achetant le CD ils auront des petits avantages comme des réductions sur certains gadgets ou la possibilité de voter pour leur chanteuse favorite de AKB48 (et il existe de nombreux autres groupes).

Les nouveautés sortent chaque semaine et créent un commerce fou, pour toute tranche d’âge et de niveau de la société. J’ai même vu des boîtes de biscuits à l’effigie de héros de mangas et je parle des biscuits et non de la boîte seulement. Personnellement je suis fascinée par ces visages aux grands yeux, au sourire bon enfant, ces affiches colorées et je me plais à me balader dans Akihabara, tout en écoutant Benoit m’en détailler l’extravagance. En fin de compte c’est peut-être une rupture radicale avec le monde tellement strict du boulot, un monde artificiel qui tranche totalement, qui permet de rêver, de s’identifier à leurs héros … Comment expliquer que ces hommes d’affaires, en complet trois pièces, se retrouvent ici à fréquenter les maid-cafés, entourés de jeunes filles habillées en soubrettes? Le plus populaire est le Maidreamin où une de ces maids, depuis le balcon appelle les clients de sa voix aiguë au micro. Un soir en rentrant par une rue animée sous Ueno, nous avons pu vérifier une fois de plus qu’après leur travail, les hommes se retrouvent pour boire un verre, bière ou saké et qu’ils sont vite très très joyeux!

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Bel après-midi à Yokohama

Yokohama est la deuxième ville du Japon en terme du nombre d’habitants; on en compte 3,7 millions et le trajet en train depuis Tokyo nous montre que les deux agglomérations sont presque indissociables. Elle se situe dans la baie de Tokyo et son développement résulte de son importante activité portuaire. Au milieu du 19ième siècle, le dernier des shoguns avait choisi Yokohama comme l’un des cinq ports qui ouvrait son commerce avec les autres pays, pour la soie et le thé notamment. Il devient rapidement le premier port international au Japon mais le gros tremblement de terre de 1923 causa beaucoup de dégâts et les bombardements de la seconde guerre mondiale ne les aida pas. Ils ont remonté la pente, grâce en partie à la forte immigration de chinois opposants à leur régime, qui ont trouvé refuge ici depuis 1863.

Chinatown est l’une des plus fortes communautés chinoises au Japon. Le quartier est délimité par une dizaines de portes très typiques et une fois franchie une de ses portes, on pénètre dans un monde de ruelles colorées et aux odeurs de nourriture. De nombreux restaurants proposent de la cuisine authentique chinoise et nous nous laissons entraîner vers une affiche montrant un beau canard laqué. De suite nous reconnaissons l’ambiance qui n’est plus celle du Japon – moins de service, pas de bac où déposer sac et manteau, les verres sont encore mouillés de l’eau de lavage et je ne vous parle pas des toilettes. Nous comprenons que le menu est à un prix forfaitaire, que l’on peut choisir tout ce que l’on veut sur la carte et tout est excellent, les raviolis frits ou transparents, le poisson aigre-doux, la peau du canard laqué enroulée dans les fines crêpes. Et voici un avant-goût de ce que nous retrouverons dans une semaine à Singapour!

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Il est toujours agréable de faire une balade en bateau mouche et c’est ainsi que nous avons rejoint le parc Yamashita depuis notre arrivée à la gare. Ce parc offre une jolie balade au bord de l’eau, avant notre incursion dans Chinatown; il commémore les 40’000 morts de Yokohama lors du tremblement de terre et attire les habitants de la ville le week-end. Quel monde en effet sur ces quais, la vue est très belle, le ciel est bleu, le pont à haubans qui enjambe la baie est magnifique.

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Yokohama est également un centre important pour les croisières de passagers, son terminal international, Ôsanbashi a été réaménagé en 2002 par un cabinet d’architectes londoniens FOA qui a remporté le concours lancé en 1995. La réalisation est spectaculaire, le terminal mesure 430 mètres de long, compte deux niveaux au-dessus de la mer et le toit aux formes courbes a été créé dans le but d’attirer les promeneurs. L’espace intérieur est géant, sans piliers et aujourd’hui, pour la fête du printemps, nous avons la chance d’y écouter au passage un concert classique. C’est immense, le terminal peut accueillir de deux à quatre gros paquebots en même temps.

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Ensuite sur une petite presqu’île, la promenade nous amène vers une autre animation : un circuit miniature de formule 1 pour des voitures télécommandées. C’est amusant et les concurrents nous paraissent très adroits. Deux anciens entrepôts en briques rouges sont aménagés en centre commercial, avec des boutiques au cachet vraiment superbe; nous nous frayons un passage dans la foule, les photos ne sont pas autorisées et nous faisons une petite pause au troisième étage dans un bar très design.

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La promenade Kishamichi, sur d’anciens rails de train et bordée d’eau des deux côtés nous amène à Minato Mirai 21. C’est le nouveau centre financier et commercial, dont la ville s’enorgueillit; ils l’appellent aussi le Port du Futur et il a été construit sur une zone en partie reprise sur la mer. Un parc d’attractions attire les familles et à l’entrée, le superbe quatre-mâts, Nippon Maru, en service jusqu’en 1984 comme bateau école, fait partie aujourd’hui du Musée de la Marine. Le quartier est surmonté d’immeubles très hauts, dont l’hôtel Intercontinental en forme de demi-lune et la tour très carrée, LandMark Tower de 70 étages, qui était la plus haute du Japon jusqu’à la construction de la Skytree de Tokyo.

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Ici ce ne sont que centres commerciaux gigantesques et flamboyants de marbre, avec des corridors à l’infini, des escalators dans tous les sens. L’on passe d’une tour à une autre et c’est reparti pour des étages de boutiques sans fin; de plus, contrairement à d’autres centres commerciaux luxueux, les japonais font vraiment ici des emplettes – un bain de foule assuré avant de reprendre un train direct sur Tokyo et retrouver la quiétude de notre quartier de Yushima.

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Le quartier de Hongo

Une petite sortie aujourd’hui dans le quartier de Hongo où se trouve l’université de Tokyo. Entourée d’un mur d’enceinte, elle se présente comme une très grande concentration de bâtiments, sans réelle homogénéité d’architecture. Une des trois ou quatre portes d’accès est une porte laquée rouge qui est classée site historique, datant d’avant l’université et ayant pour origine la célébration du mariage de la fille du onzième shogun. Yves me dit qu’il y a 150 bâtiments répertoriés et peu d’entre eux portent un nom traduit en anglais – je me demande vraiment comment il a pu repérer le sien. L’université accueille quand même des étudiants étrangers et dans la faculté ISchool, un programme d’été est enseigné en anglais, justement sur l’Innovation.

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La faculté d’ingénieurs est réputée et dans un hall, des étudiants de robotique sont affairés autour de la réalisation d’une machine qui semble très complexe. Il y a peu d’étudiants pour l’instant, c’est la pause entre les semestres et ce sera la semaine prochaine que la foule des jeunes resurgira. L’université compte quelques 28’000 étudiants, elle est très réputée en Asie; elle fut créée en 1877 et est couramment abrégée sous le nom de Tōdai.

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Je peux imaginer que l’université a grossi au fil du temps et qu’il leur a fallu de nouveaux espaces; le choix semble avoir été de construire en hauteur et par-dessus d’anciens bâtiments et cela donne un mélange ancien-moderne parfois spectaculaire. À un endroit, d’énormes pieux soutiennent une construction moderne qui recouvre un vieil immeuble de briques rouges. Cela ressemble un peu à ce que nous avons vu à Toronto avec le Ontario College of Art and Design, qui était plus coloré et aéré.

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Un petit musée sur les mangas, Yayoi yumeji museum, retient notre attention, l’affiche est attirante mais la visite ne permet que d’admirer de superbes dessins et croquis, sans aucune explication en anglais … ah ah, c’est seulement à la sortie, au petit magasin que je trouve un ouvrage où le nom de l’artiste est mentionné en anglais; il s’agit de Hikozo Ito qui est mort centenaire en 2004. Même sur Internet, je ne trouverai aucun article parlant de lui et pourtant ses dessins sont fascinants.

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En rentrant par les ruelles, je ne m’étonne plus de dénicher, entre des logements, un temple tout beau et traditionnel. Et la belle surprise est de découvrir dans un magnifique ciel bleu, les premiers cerisiers éclatant de fleurs roses à l’entrée de Ueno Park. C’est incroyable l’importance de cet événement pour les japonais qui s’y arrêtent pour quelques photos.

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Visite de Takayama sous la neige

Je n’ai pas encore parlé de la salle-de-bain, qui est un modèle réduit des anciens bains publics c’est-à-dire composée d’une partie où sur un tabouret très très bas, on se savonne, on se rince avec un baquet ou la douchette; une fois bien propre, on peut se détendre dans l’eau chaude de la baignoire. Et le Japon a de moins en moins de secrets pour nous …

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L’heure la plus tardive pour le petit-déjeuner était 8h et nous retrouvons la même table qu’hier soir. Nous ne sommes par contre pas encore assez japonais pour manger soupe-riz-poisson au saut du lit et c’est donc un menu européen qui garnit notre table, avec un foyer à la bougie pour fricasser soi-même œufs-lard-saucisses. Nous échangeons quelques mots avec un couple de français vivant à Tahiti et qui sont étonnés du froid. En effet il neige ce matin et eux ne sont pas du tout équipés pour se balader par ce temps, ce qui ne sera pas notre cas évidemment – notre veste en plume Uniqlo en deuxième couche fera l’affaire et nous sommes contents de retrouver nos chaussures à la sortie du ryokan!

Ainsi chaudement habillés, nous nous dirigeons tout d’abord vers le marché où chaque matin des paysannes s’installent pour vendre leurs légumes, leurs fruits, leurs légumes vinaigrés, leurs bricolages. Elles n’ont pas trop de clients ce jour et ne doivent pas avoir fort chaud, car en plus de cette neige qui tombe à gros flocons, le vent souffle en rafales.

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Nous nous trouvons  à l’entrée de Takayama-jinya, l’ancien château où vivait le clan Kanamori et ensuite le gouvernement des shoguns jusqu’au 19ième siècle. La première construction date de 1615 mais ce que nous visitons de nos jours en est la version reconstruite deux cents ans plus tard. On y visite de nombreuses salles de réception, les cuisines, des bureaux, des salles de repos ou pour le thé; on mesurait la taille des pièces en nombre de tatamis au sol. Elles sont toujours modulables, tout est parfaitement à l’équerre, les parois coulissent par simple glissement bois sur bois. Le jardin et la cour intérieure doivent être de toute beauté à la saison des feuilles et des fleurs. Les greniers à riz se visitent, sans photo autorisée; c’est là qu’était stocké ce que l’état percevait comme taxe auprès des paysans. Une salle de torture est reconstituée et illustrée – les sévices n’étaient pas légers!

Sanmachi suji est le nom de la vieille ville, principalement composée de trois ruelles dont plusieurs maisons sont classées « heritage houses« . Cela nous rappelle effectivement certains quartiers de Kyoto, avec des constructions assez basses, uniformes et de bois foncé. Elles renferment quelques musées mais surtout des commerces, des échoppes de nourriture, de biscuits, thé, d’artisanat, des restaurants et de chaque côté de la rue, une large rigole où coule l’eau en permanence. Quand on pénètre ces devantures, le décor est hors du temps; des plafonds bas, un sol en terre ou en pierre, des étalages superbes et bien garnis, sur une profondeur de bâtiment insoupçonnée.

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Plusieurs maisons hébergent des distilleries de saké; elles sont repérables par une grosse boule de feuilles de cyprès qui se balance au-dessus de l’entrée. On y déguste diverses variétés de cet alcool de riz et nous nous laissons tenter par une bouteille qui a reçu un prix d’or en 2013 et dont la tradition remonte à 1961. C’est vraiment l’escapade où nous devenons de plus en plus comme des « locaux« ! Et nous continuons à sillonner ce quartier typique qui est bien fréquenté et où s’entrechoquent les parapluies.

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Takayama est connue pour ses deux festivals de chars qui ont lieu l’un mi-avril et l’autre mi-octobre, aux changements de saison. Ces fêtes attirent des milliers de visiteurs venus admirer une douzaine de chars qui paradent pendant deux jours dans les rues; ils sont tirés par des figurants en costume d’époque et animés de marionnettes super sophistiquées. La nuit, le défilé se prolonge avec les chars éclairés de leurs multiples lanternes. Certains chars sont bien rangés dans une sorte de très haut garage; nous en avons repéré l’un ou l’autre dans la vieille ville.

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Le hall Yatai Kaikan en expose quatre durant toute l’année; c’est coloré et impressionnant par leur hauteur. Ils dateraient tous du 17ième siècle et la tradition se perpétue, attirant toujours les foules – les photos et courts-métrages font rêver. Ces chars sont montés sur roues mais il en existe un, appelé Mikoshi, qui fut porté à l’époque par 80 hommes et son poids est de 2,5 tonnes – une réplique plus petite le remplace, il devenait impossible de trouver 80 volontaires qui de plus devaient avoir la même taille.

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Ce hangar jouxte le sanctuaire Sakuramaya Hachimangu que nous trouvons fort joli, coincé à la montagne et la neige qui a garni la forêt aux alentours nous montre une image nouvelle de ces lieux de recueillement.

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Après un lunch yakiniku de bœuf Hida dont on se régale, notre motivation pour poursuivre par ce froid la visite de la ville est redescendue. Nous passons chercher notre bagage à l’hôtel avant de rejoindre la gare pour y réserver nos places sur les deux trains. Oups, l’employé au bureau JR comprend très bien notre demande mais nous avertit que tous les trains sont complets jusque 17h30. Il s’agit en effet de deux journées de congé pour le Japon; on célèbre le printemps … même s’il neige et les voyageurs sont nombreux partout. La valise prend donc place dans un casier de la gare et nous dans un bus qui nous amène à Hida no sato dans la montagne.

Ayant dû gravir quelques dizaines de mètres, le paysage est ici bien enneigé et ce n’en sera que plus beau dès que le ciel se dégagera de sa grisaille. Tout est prévu pour faciliter la vie des visiteurs; il y a non seulement des parapluies à disposition mais aussi des paires de bottes en caoutchouc en libre accès … incroyable, dans de nombreux autres pays, elles auraient disparu depuis longtemps. Hida no sato est un vaste parc où des fermes et maisons anciennes ont été reconstruites autour d’un étang; elles proviennent toutes de la région et datent pour certaines du milieu du 18ième siècle. Les toits sont en bardeaux ou en chaume, comme ceux que nous avons déjà admirés au musée en plein air de Tokyo. Toutefois la particularité des toits de ces fermes d’une région montagneuse est leur pente très forte; à cela, il y a deux explications : le rappel des mains en prière ou la neige qui ne peut s’y accumuler. Cet habitat traditionnel de la région du Chûbu se nomme Gasshô zukuri. Cette visite valait le détour, c’est paisible et les intérieurs sentent toujours bon la fumée, le bois, la paille.

La descente à pied nous permet de nous arrêter au Musée des Arts et l’intuition est excellente; ce musée a reçu la distinction de trois étoiles au Michelin. Le bâtiment est déjà en lui-même une belle réalisation; perché sur une colline, il offre une vue imprenable sur les Alpes japonaises du nord. Il est dédié à l’Art Nouveau avec une influence d’Europe. Nous y admirons une collection de verreries, dont une fontaine en verre de trois mètres de haut, réplique d’une des Champs Elysées, œuvre du maître verrier René Lalique. Des vases, des plats, des bijoux d’autres artistes comme Tiffany, Gallé, Marinot me passionnent plus que mon mari et ensuite une exposition de mobilier art déco nous permet de connaître Charles Rennie Mackintosh. La boutique du musée présente des objets souvenirs très tentants et le café, au décor et à l’ambiance Mackintosh offre une pause bienvenue.

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Le retour à la maison sera plus tard que prévu mais les trajets en train sont confortables. C’est vraiment appréciable de voyager avec des gens discrets et calmes. Les espaces sont agréables, rien n’est détérioré, la propreté est irréprochable – d’ailleurs les japonais ont l’habitude de rassembler eux-mêmes leurs déchets et de les porter dans les bacs à cet effet entre les wagons. Tout est prévu également pour que le trajet soit douillet, il y a des couvertures à disposition à l’entrée de chaque voiture et là non plus, elles ne disparaissent pas!


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Koto No Yume à Takayama

Les déplacements en train n’ont plus de secret pour nous; à la gare de Ueno, joliment décorée, nous réservons les places pour le Shinkansen (et aussi le train suivant) qui va nous amener à Nagoya en 1h40. La météo ne nous est pas favorable, il pleut comme annoncé – c’est bien dommage que les prévisions soient respectées – mais c’est depuis la Suisse avant notre départ et sur recommandation de Mathilde, que j’ai réservé pour ce soir, un ryokan  très prisé.

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À Nagoya nous pratiquons comme les vrais japonais, à savoir que nous achetons dans la gare un repas bento que nous mangerons dans le train pour Takayama. Nous sommes confortablement installés dans ce train panoramique, pour 2h15 de trajet vers la région montagneuse plus au nord. Au départ nous voyageons dans le sens contraire de la marche mais dès la première gare, le train repart en sens inverse – ce qui ne nous étonne plus depuis Hakone – et tout redevient normal. Enfin presque, car ce train nous surprendra durant tout le voyage : non seulement il siffle et ralentit parfois très fort aux passages à niveau – qui sont nombreux – mais on a nettement l’impression de sentir passer les vitesses, comme dans une voiture; il accélère où rétrograde, par à-coups souvent!

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Encadrés de montagnes, la rivière, la route et la voie ferrée s’entrecroisent continuellement en s’enfonçant dans la vallée parfois étroite. Nous passons des tunnels et des ponts, nous voyons des centrales électriques, des scieries, de petites usines, des fermes, des cultures et des rizières, des villages et des temples isolés.

Il est 15h, nous arrivons à Takayama, appelée la « petite Kyoto » pour ses ruelles traditionnelles aux maisons de bois datant parfois de trois siècles. Cette petite ville a été épargnée de l’urbanisme moderne et est restée en grande partie telle qu’elle était fin du seizième siècle, alors aux mains des Kanamori, un des clans de guerriers. C’était une ville paysanne mais aussi réputée pour ses charpentiers depuis le huitième siècle quand Nara était la capitale. Une loi à l’époque obligeait les villes et villages à payer un impôt en riz ou en étoffes mais Hida, l’ancien nom de Takayama, n’en produisant pas assez que pour s’acquitter de ses taxes, envoya ses charpentiers pour construire les temples et palais de la capitale. La réputation de ces artisans ne s’est jamais estompée.

L’accueil au ryokan Koto No Yume est exceptionnel; nous avons l’impression d’être attendu par nos hôtes. C’est un charmant garçon – un moine manqué, à mon avis – qui nous accompagne. Nous commençons par nous défaire de nos parapluies et de nos chaussures, notre valise disparaît également et nous sommes invités au salon pour déguster un thé accompagné de cette douceur typique japonaise appelée shiratama zenzaï (des boulettes de riz doux dans une soupe de haricots rouges sucrés). Cette maison est magnifique, c’est magique! Notre garçons s’exprime très lentement, en anglais, et semble pris d’une grande inspiration pour tout ce qu’il nous dit ou demande. Ensuite nous choisissons chacun un Yukata parmi de nombreux motifs; il les emballe ensemble, formant un joli balluchon entouré d’un tissu à fleurs et nous emmène à notre chambre, qui porte justement le nom de « cherry blossom« . Elle ressemble assez bien à celle de Hakone quant à la disposition, sans doute un peu plus grande et surtout plus raffinée; nous sommes priés d’ôter les mules reçues à la réception, à l’entrée de la chambre et ensuite de nous asseoir sur ces chaises sans pied, tandis que lui s’installe assis sur les talons, pour nous donner les dernières instructions, s’enquérir de nos heures souhaitées de repas et enfin nous dire « now I close this door » en se retirant à reculons … nous ne pouvons nous empêcher de sourire.

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Il pleut toujours, le ciel est gris, la balade ne nous dit vraiment rien; par contre une séance dans le Onsen de l’hôtel (petit hôtel de 25 chambres) est plus attrayante. Comme de grands habitués, nous revêtons notre Yukata et rejoignons notre bain chaud qui s’avère être privé tant pour Yves que pour moi (personne n’a eu la même idée que nous). C’est petit, c’est cosy et c’est chaud; heureusement qu’il y a aussi un bassin en extérieur qui donne un peu d’air frais au visage. J’aime cette sensation de flotter, de laisser le vide s’installer dans mes pensées, ce sentiment de lâcher prise comme lors des relaxations au yoga.
Je passe ensuite choisir un diffuseur aromatique d’huile essentielle pour embaumer notre chambre; le parfum de rose se mêlera très bien avec l’odeur des tatamis. Je m’installe au sol devant la télévision qui ne transmet aucun programme en anglais et c’est donc devant des combats de Sumo que je patiente – ah ah, je sens que tu commences à avoir des yeux bridés, me dit Yves très concentré sur ses mails! Nous pouvons bientôt nous préparer pour le dîner, une dame de l’hôtel m’aide à assembler ma large ceinture et mon beau nœud. Woah, joli look, élégance presque comme une vraie japonaise … exception faite de ma taille.

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Les tables sont déjà dressées avec un super assortiment qui compose l’apéritif et nous repérons la nôtre au drapeau suisse. La cuisine de la région attire les plus fins gourmets du Japon, semble-t’il; elle trouve son origine loin dans le passé où un repas demandait une semaine de préparation. Le menu est composé d’une dizaine de plats utilisant des légumes cultivés ici auprès de Takayama ainsi que des poissons pêchés dans les rivières voisines. Nous nous régalons de tout – soupes, sashimi et sushi, poissons frits et saumon grillé, légumes vinaigrés et grillade sur céramique de bœuf Hida, tellement tendre et savoureux. Notre serveuse est charmante, elle nous explique bien chaque sauce qui accompagne tel plat et nous conseille un très bon saké sec pour illuminer ce repas majestueux, dans une salle au décor vraiment japonais, sobre et raffiné.

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La même bonne surprise en remontant : nos lits sont prêts … à leur manière, que j’améliore en sortant des armoires un deuxième matelas pour une nuit plus confortable. Sur mon oreiller, une jolie petite grue origami me souhaite de bien dormir … Dans une chambre zen, on peut voir un grand écran de télévision, être traversés par les ondes du wifi mais par contre, le téléphone est caché par un tissu et il n’y a point de miroir – le feng sui a ses règles. Les bruitages ne sont toutefois pas du tout feng sui pour nous et ce n’est qu’après avoir déniché toutes les prises et les interrupteurs des lampes, du frigo et du chauffage que je peux tomber dans les bras de morphée.

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Autour du Palais Impérial

Noboru et Kumi nous invitent ce midi au Tsuruya, un des restaurants de l’hôtel Peninsula, qui a la réputation d’être le petit frère de celui de Kyoto, un trois étoiles au Michelin! Woah, nous sommes gâtés, la cuisine s’apparente aux menus Kaeseki où de nombreux petits plats sont exclusivement préparés avec des produits frais de saison, où couleur, odeur, croquant, saveur, apparence éveillent tous les sens. Ce repas autour d’une cuisine traditionnelle qui se révèle être tout un art en soi, se déroule fort agréablement avec nos amis, le service est assuré par des dames discrètes, vêtues d’un superbe kimono et le décor est très épuré. C’est parfait mais je n’ose pas prendre de photo, le souvenir restera seulement dans nos mémoires.

Me trouvant juste à un coin du Parc Impérial, je choisis de rester par ici pour ma découverte de l’après-midi. Le palais impérial est bien caché dans un parc, protégé par de hautes murailles du seizième siècle, entouré de douves et il n’est ouvert au public que deux jours sur l’année (2 janvier et 23 décembre, jour anniversaire du souverain). Il fut autrefois le château d’Edo, forteresse des shoguns de 1619 à 1868 et depuis l’ère Meiji, il est devenu la résidence principale des empereurs. Le château fut toutefois presque entièrement détruit par les bombardements américains en 1945 et le palais actuel, de type plus occidental date de la fin des années 1960.

Un large chemin entoure le parc, il est la piste privilégiée des joggeurs de Tokyo sur ses 5 kilomètres, que je vais parcourir … sans courir! Mon point de départ est le pont de pierre Niju bashi, qui n’est toutefois pas l’accès qu’emprunte la famille impériale; plusieurs larges portes bordent les diverses entrées du parc.

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C’est en dehors de l’enceinte que je me mets en marche dans les sens des aiguilles d’une montre; ici se trouvent les différents ministères et l’on observe de nombreuses antennes au sommet des bâtiments – le ministère de la justice, en briques, la Diète Nationale vue hier soir, la Cour Suprême tel un gros bunker de béton, le Théâtre national de style plus japonais avec sa façade de bois sombre et ensuite la Radio ainsi qu’un magasin au pignon amusant, Wacoal, spécialisé en lingerie.

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Mon chemin s’élargit en un joli petit parc, sans perdre de vue les fossés d’eau qui bordent le domaine impérial. Les consignes de respect et de bonne tenue sont ici détaillés en version plutôt textuelle, ensuite plutôt bande dessinée pour enfants et il faut noter que tout est respecté. Les premières fleurs de cerisiers nous montrent le bout du nez et de grands panneaux parlent déjà du festival Hanami, qui littéralement signifie « regarder les fleurs » et tout spécialement Sakura pour les cerisiers. Des ouvriers sont à l’œuvre pour poser tous les cinq mètres des spots qui créeront une ambiance féerique une fois la nuit tombée. Le Parc Chidorigafuchi est, avec Ueno, un des endroits privilégiés pour admirer cette floraison rosée qui ne devrait pas tarder.

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Je m’écarte quelque peu des douves pour aller voir Yasukuni-jinja, un sanctuaire shintoïste fondé en 1869 et qui rend hommage aux kamis de 2,5 millions de japonais morts pour le pays. L’allée, bordée de lanternes de pierre, avec de massives Torii très hautes, mène tout d’abord à la statue de Ōmura Masujirō, un commandant militaire du 19ième siècle qui a été le père de l’armée moderne au Japon.

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Ensuite on découvre le temple et ses jardins, toujours super bien entretenus et où les premiers cerisiers attirent déjà les appareils photos; dans une galerie j’admire également une exposition d’ikebana. Ce sanctuaire est par contre controversé et crée la polémique à chaque visite du premier ministre car il honore aussi treize criminels de guerre ainsi que le général Tojo, qui était chef du gouvernement durant la deuxième guerre mondiale.

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En ce jour il est toutefois très courtisé pour prendre des photos; il semble en effet que ce soit les célébrations de diplômes et je me trouve prise au milieu d’une foule impensable de jeunes avec leurs amis et familles, les garçons élégants dans leur costume sombre et les filles magnifiques avec leur hakama brodé de fleurs, assorti d’une blouse colorée. Le hakama est un large pantalon plissé, à l’origine porté par les nobles et  les garçons pour les arts martiaux mais adopté aujourd’hui par les filles lors des cérémonies de graduation comme celle-ci ou dans les temples par les Mikos. Je me fais discrète, remontant à contre sens le flux de ce monde enjoué, c’est un grand jour pour ces centaines d’étudiants. Les événements se passent visiblement dans le Nippon Budokan Hall, un gros bâtiment massif qui a accueilli les compétitions de judo et d’arts martiaux lors des jeux olympiques de 1964.

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Selon mes souvenirs, je traverse le parc Kitanomaru en direction de la Crafts Gallery qui se trouve en face de la large porte où j’avais eu la chance l’an denier de voir passer l’empereur et l’impératrice – c’est nettement plus calme, personne d’important en vue. Mon énergie n’est plus assez grande que pour entrer parcourir les galeries du Momat, le musée national d’Art moderne, et je termine plutôt ma boucle du pourtour du palais afin de reprendre le métro à Hibiya.

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