Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Le DDP à Séoul

Le réveil sonne à 5h30, c’est parti en train sur la Yamanote line puis en monorail jusqu’à l’aéroport de Haneda pour notre vol vers la Corée. Maman doit bien se demander pourquoi j’ai choisi un vol si tôt le matin, qui devra la tenir éveillée durant sa nuit si elle veut nous suivre … J’ai la chance d’être assise du bon côté de l’avion pour admirer le Mont Fuji, qui se cachait hier comme un timide – je le vois de près il me semble et c’est encore plus merveilleux que c’était inattendu pour moi. C’est un peu comme survoler le Mont Blanc quand on décolle de Genève.

Il n’est pas si facile que cela de repasser à l’anglais pour le « bonjour » et le « merci », que l’on sort en japonais à longueur de journée, c’en est devenu un réflexe. Je serai surprise par contre lorsque quelqu’un me dira parfois « konnichiwa » ici à Séoul, aurais-je pris l’apparence d’une japonaise ?

La monnaie a changé; le facteur 100 au Japon par rapport au franc suisse passe à un coefficient de 1’000; et c’est ainsi que Thomas trouvera cher mon superbe gâteau en pièce montée de macarons tout roses à plus de deux millions de wons (même en enlevant trois zéros, cela reste un beau dessert !). Et pourtant la vie ici me paraît moins chère. De plus c’est la forte période des soldes chez LOTTE; et cela ne se remarque pas seulement aux grandes affiches mais aussi à la quantité d’autocars amenant des chinois, qui rentreront chez eux avec vraiment beaucoup d’emplettes. Ils sont connus pour ces déplacements en masse, ici en Corée, mais aussi au Japon – on nous en avait parlé à Kyoto et on les repère aisément.

Voici que nous retrouvons des prises européennes et la conduite à droite – non, nous n’envisageons pas louer une voiture, par contre je vais me cogner à plusieurs piétons sur les trottoirs. Les bonnes adresses, je les retiens et c’est ainsi que nous logeons au Westin Chosun, situation bien centrale pour la ville touristique, commerçante et des affaires.

La découverte du DDP – officiellement Dongdaemun Design Plaza et plus poétiquement pour Dream Design and Play – me laisse baba d’admiration. À l’emplacement d’un ancien stade, le complexe regroupe des salles de spectacles, d’expositions, des musées, des commerces, des espaces pour laisser se développer les imaginations. Il est impossible de rendre compte avec des photos de l’ensemble de la structure, dessinée par la célèbre Zaha Hadid. Cette architecte anglo-irakienne a conçu ici un bâtiment aux formes arrondies, aux longs corridors tout blancs qui laissent le visiteur rêveur. Elle a quitté ce monde le 31 du mois dernier; ce DDP fut inauguré en 2014, cinq années après le début du projet. Lors de la démolition du stade pour lancer les fondations, des fouilles archéologiques sont apparues et elle ont été intégrées parfaitement dans le décor.

Plusieurs espaces du Design Lab sont destinés aux enfants, une garderie, des magasins de jouets ou d’objets 3D révélant la créativité innovante. Je vais passer un temps assez long à me faire punition : comment résister à toutes ces choses magnifiques, magiques, utiles ou futiles … qui sont proposées dans ce magasin trop tentant pour moi ?

Puis, quand de ma chambre, j’aperçois le soleil orange se coucher derrière la montagne, je vais me reprendre un bain de foule dans l’atmosphère vibrante du marché de nuit. Tous les magasins sont ouverts et les vendeuses sont très accrocheuses; les échoppes sur la rue (surtout de la nourriture) s’ajoutent à tous ces commerces (beaucoup de cosmétique …) et c’est la folie : il fait clair comme en plein jour et les wons se dépensent par milliers !


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Yokohama

Comme une belle journée de vacances pour moi à Yokohama en ce lundi alors que Yves rencontre la direction de l’Université de Keiō. Ça débute par une traversée en bateau vers Yamashita et se terminera au Sky garden de la Landmark Tower. Ma première impression d’une ville plus petite sera contredite quand du 69ième étage je vois l’étendue de cette ville portuaire, pas petite du tout. Le ciel est dégagé vers l’est et couvert à l’opposé; je ne verrai le Mont Fuji que dans mon imagination. Des dames prennent le thé en regardant dans sa direction, je fais de même un moment – nos pensées ne le feront pas surgir aujourd’hui.

C’est l’ascenseur le plus rapide du Japon (ils sont un peu comme les américains de se côté-là, toujours le plus « quelque chose ») qui m’a transportée seule face à ce panorama grandiose – enfin, pas tout à fait seule, une hôtesse m’accompagnait et tout en me tournant le dos, elle n’a cessé de baragouiner son laïus tout au long de la montée … probablement pour me dire que l’on montait à une vitesse de 750 mètres par seconde … et celle de la descente, pour remercier de la visite – là, j’ai reconnu le mot « arigato »!

Et cependant j’ai trouvé la ville beaucoup plus cosmopolite, les personnes que j’ai abordées étaient souvent bien plus à l’aise en anglais – Yves a eu la même impression à l’université. C’est le printemps, les parterres sont fleuris et des montages sont encore en réalisation; la plupart des variétés me sont connues, le climat est continental également.

Je me reconnais parfaitement sur cette promenade facile; je passe au terminal des bateaux de croisières, Osanbashi, et son architecture originale. Il est difficile de résister devant les boutiques logées dans les anciens entrepôts de brique rouge.

Le Japon est le pays où les petits chiens sont rois et choyés comme des enfants (habits colorés, poussette, collier, nœud sur la tête, …); nous avons même vu des salons de massages canins et par ce bel après-midi ensoleillé, ce sont des séances photo devant les tulipes, les pensées.

La balade le long du canal passe près du centre commercial World Porters – que je laisse volontairement sur le côté, le parc d’attractions avec ses montagnes russes multicolores et mon but est l’ancien voilier-école au pied de la tour carrée Landmark, dont l’architecte doit être le même que pour le Governement building de Tokyo.

En quittant le métro à l’issue de mon exploration, je cherche mon chemin vers le hall principal de la gare (il y a trois zones bien distinctes) quand j’entends soudain siffloter derrière moi – incroyable de nous retrouver ainsi dans la foule noire de monde ! Le trajet prend vingt minutes jusqu’à la gare centrale de Tokyo, dont nous pouvons admirer au passage depuis l’intérieur, la nouvelle coupole.

Traverser le Forum et rejoindre Muji, je peux le faire quasi les yeux fermés! Et là, c’est une valise que j’achète … entre quantité d’autres petites choses. Au grand carrefour de Ginza, nous admirons le nouveau centre Tokyu Plaza, ouvert depuis le 31 mars – clinquant, boutiques de luxe, sculptures copies de La Victoire de Samotras, tableaux audiovisuels très amusants sur le thème du cherry blossom – les pétales roses flottent dans l’air. Les vendeuses accompagnent toujours les clients jusqu’à l’entrée de la boutique (soit la ligne de séparation avec l’allée) où elles remettent le paquet à deux mains tout en s’inclinant à 15 degrés pour remercier de l’achat … prendre le temps de saluer et clôturer la transaction.

Dans ce quartier commerçant de Ginza, j’ai repéré un Misono Teppanyaki; l’accueil y est moins chaleureux qu’à celui de Kyoto mais ce soir nous nous offrons du Kobe beef incroyablement goûteux et tendre. Ce matin j’ai quitté l’appartement à 8:30 pour aller commander de nouvelles copies (communication bien plus rapide à présent, j’avais traduit quelques mots en japonais) et filer rejoindre Yves à Ueno pour monter dans le JR Tokaido vers Yokohama – il est 20:30 lorsque nous arrivons ce soir, je prépare la valise et les documents de voyage pour demain car le réveil sonnera très très tôt.


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La Swiss connection des nanas en visite à Tokyo

Alors que l’adresse de Maude ne s’était pas positionnée au point exact sur mon mapsgoogle, nous nous retrouvons … un peu aidées par nos maris qui en profiteront pour chatter pendant que nous nous cherchons. Il y a une année, nous faisions connaissance à Sydney et c’est d’Australie qu’elle est arrivée au Japon en cette fin de matinée, pour y suivre un atelier Ikebana. Après le grand plaisir des retrouvailles, c’est parti pour une expédition à nous deux dans le Tokyo tantôt hyperactif moderne du quartier de Shinjuku, tantôt dans les ruelles vraiment traditionnelles de Golden Gai ou autour du sanctuaire Hanazono et son petit marché de brocante.

Nos rires ne doivent pas toujours passer inaperçus, sillonner dans une telle ville est souvent cocasse et réserve des surprises – de plus, nous sommes moyennement équipées en systèmes de repérages sur nos téléphones portables (et pourtant nous en avons trois). Maude reprend gentiment ses marques dans l’utilisation du métro, cela reste un apprentissage constant que de se déplacer à Tokyo …

Nous parvenons au terme de notre boucle exploratoire devant le Shinjuku Gyoen Park; étant toutes deux des amoureuses de jardins, c’est tout d’abord la déception qui nous habite en voyant que le parc ferme ses portes à 16h mais tout compte fait, sirotant une bière sur une terrasse en face, nous nous consolons en observant la foule dense qui en sort, avec de gros sacs de pic-nic, pendant un bon vingt minutes sans discontinuer – le paysage aurait été trop différent des superbes photos que nous avons pu admirer à l’exposition. Chacune, nous promettons d’y venir un autre jour que le dimanche.

C’est dans un autre jardin japonais, petit et mignon, que j’ai donné rendez-vous à Yves ainsi que nos amis Hélène, Elmar et leur fils, qui commence demain un semestre à l’université de Sophia. Toute une journée à parler français, pouvoir communiquer, cela me fait du bien. Happo-en est un « resort » où les japonais viennent célébrer leur mariage ou tout autre événement. Le cadre du jardin avec ses bonsaïs, ses érables, son étang pour les photos est superbe et les restaurants doivent être à la hauteur. En tout cas, le Enyu que j’ai choisi (et fait réserver par Sheena pour être bien placés), pour notre souper entre suisses, propose en cette saison un menu kaeseki « cherry blossom » grandiose pour les yeux et le palais.


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Fushimi Inari Taisha, le sanctuaire au 10’000 Torii et un teppanyaki au Kobe Misono!

Nous avions oublié que les petits déjeuners se servent très tôt dans les hôtels au Japon; ainsi les provisions faites hier en rentrant, nous les savourons tranquillement dans la chambre – le Citadines est pour cela un excellent choix, avec sa petite cuisine. Et c’est parti pour un court trajet en train depuis la gare centrale pour Fushimi Inari; la première Torii d’accès au sanctuaire shinto nous accueille dès la sortie du train. Elle ne nous accueille pas seulement nous deux, quel monde pour ce pèlerinage au sanctuaire des 10’000 Torii, dédié à Inari, la déesse du riz. La montagne offre un décor sublime, les milliers de Torii couleur rouge vermillon nous emmènent vers les hauteurs; elles portent gravés sur une des faces le nom des donateurs. Des cafés, salons de thé, des mini-sanctuaires, tombes ou cimetières jalonnent le parcours et nous avançons en procession, procession qui se fait toutefois de plus en plus clairsemée à mesure que nous gravissons les marches. C’est tellement vaste … un temple n’est pas comme une église, c’est un lieu où vivaient moines et disciples – celui-ci est certainement aussi étendu que notre village de Lonay! C’est superbe, il faudrait sans doute y venir à 6 heures du matin pour en apprécier une plus grande quiétude … et encore, je suis certaine que nous ne serions de loin pas seuls.

J’ai promis à Yves qu’avant de repartir, je retrouverais le restaurant où il y a trois ans, nous avions adoré notre premier Teppanyaki local. C’est chose faite; nous reconnaissons même le cuisinier qui nous avait fait bien rire, au Kobe Misono ! Il s’éclate de rire encore quand je m’étonne que lui, ne nous reconnaît pas … il promet que la prochaine fois, il ne fera plus l’impair. La marche digestive le long du canal (un petit air alsacien) bordé de cerisiers qui nous donnent encore un peu de fleurs, avec des terrasses surplombant l’eau, et même une musicienne jouant d’un instrument traditionnel sur un petit ponton, sera la dernière image enchanteresse que je garderai de Kyoto, tout son charme malgré sa quantité de touristes.

Un trajet en Shinkansen est parfait pour rédiger dans mon cas et préparer ses futures conférences pour Yves. Calme, stabilité, silence, propreté, espace, service snacks/boissons, connexions …


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Arashiyama avec Tadashi

Kyoto compte plus de mille temples, il est improbable de se balader dans la ville sans en voir un et l’on passe ainsi sans arrêt d’une architecture moderne/usuelle à la tradition. Ainsi juste avant la gare centrale, moderne, magnifique et grandiose, je jette un œil au Temple Higashi Honganji qui fut une initiation pour moi, au monde du bouddhisme en 2012. C’est toujours aussi fascinant.

Tadashi nous a énormément appris à cette époque-là et c’est donc avec un très grand plaisir que je le retrouve pour cet après-midi où je vais me laisser guider, dans mes trajets et mes pensées tout au long de ses commentaires – après toutefois avoir échangé les dernières nouvelles des familles, de sa vie professionnelle aussi, durant le parcours en bus jusque Arashiyma à l’ouest de la ville.

J’ai choisi cette destination un peu éloignée (une heure en bus pour 230 yens!) en pensant très naïvement que ce serait moins fréquenté – ce l’est sans doute mais ce « moins » représente quand même beaucoup beaucoup de monde et cela fait sourire Tadashi, qui promet de me faire découvrir un peu plus loin des coins plus calmes. Nous débarquons près de la rivière Katsura, enjambée par le célèbre pont en bois Togetsukyo plus que centenaire et propice aux pêcheurs. De suite je ressens le parfum vrai de la nature sauvage et cela me plait beaucoup, cela me manquait.

Nous gravissons lentement et silencieusement le parc Kameyama; les arbres sont beaux, la forêt est vivifiante et Tadashi me raconte des légendes, des croyances bouddhiques comme il sait si bien le faire. Le monde est encore bien présent à l’entrée de la bambouseraie, ils sont impressionnants ces bambous d’une hauteur vertigineuse; j’aime écouter leur son creux au toc-toc de ma bague. C’est à nouveau un décor pour les photos, et même pour un couple de mariés – je me souviens du temps et de la sophistication de la pause que le photographe leur demande.

Non seulement des dames mais aussi de bien jeunes filles se promènent en superbes kimonos, elles trottinent avec leurs getas de bois; j’en verrai vraiment beaucoup durant ces quelques jours à Kyoto, ainsi que des garçons qui portent également l’habit traditionnel. La saison de Sakura est une des périodes pour les jolies prises de vues, ceci explique sans doute un peu ma surprise d’en voir autant. J’apprends aussi que le pin, le bambou et le prunier sont les trois arbres préférés des japonais, symbolisant la joie de vivre et si je vois la notion de bambou ou de pin sur un bento ou pour une chambre d’hôtel par exemple, cela n’a aucun rapport avec l’arbre lui-même mais cela se rapporte à une classification haut de gamme, moyen de gamme ou plus modeste (bon à savoir – je ne mangerai pas du bambou, ni ne dormirai dans un lit fait en pin ) !

La forêt cache des quartiers d’habitations, des salons de thé ou des boutiques d’artisanat, comme la fabrication de Tanuki, ces statuettes en forme de blaireau qui portent chance au commerçant qui la place dans sa vitrine, pour faire mieux que les concurrents et bien évidemment des temples en quantité. Tadashi m’en choisit deux ou trois, pour lesquels il me raconte l’origine, l’histoire des bonzes qui y ont vécu – et même Gio une jolie danseuse qui abandonnée par son mari, se fait tondre la tête et devient bonze. Gio-ji, son temple secret est tout petit et le jardin, couvert d’une variété de plus de dix mousses différentes en est le petit bijou. La mousse et l’érable sont comme les parents et les enfants – au départ la mousse garde l’humidité du sol pour permettre aux érables de voir germer leurs tendres feuilles et à l’été, quand le soleil est fort, les feuilles des arbres apportent l’ombre à la mousse, tout comme les enfants prendront soin de leurs parents plus tard. Tadashi met une telle conviction dans ses récits que sur le moment même, cela semble tellement vrai et beau … il ne raconte jamais de tristes choses, c’est toujours le bon côté qui ressort.

La localité de Sagano nous laisse plus au calme, les touristes n’ont pas poussé aussi loin leur exploration de la forêt. Il s’agit ici de maisons purement traditionnelles, menues, en bois, aux toits de roseaux et qui sont classées patrimoine historique. L’une d’elles est habitée par un artisan un peu particulier, il fabrique minutieusement des objets de décoration avec des cocons vides – c’est d’une finesse merveilleuse et nous sommes reçus très chaleureusement avec du thé (heureusement que j’ai mon interprète avec moi). Les cocons sont précieux pour la fabrication des kimonos; il faut compter 9’000 cocons pour réaliser un joli kimono, un cocon permettant de tirer 1’800 mètres de fil.

Le dernier temple au sommet de la forêt, Otagi Nenbutsu-ji est habité de 1’200 statues en pierre représentant des têtes de moines qui ont la particularité de toutes sourire ! Accrochées sur le flan de la colline, elles semblent nous regarder … elles sont parfois couvertes de mousse, elles aussi. Le timing est parfait, un bus arrive pour nous ramener en ville. Lorsque je dis à Tadashi ma crainte de pratiquer mes déplacements en bus, il me confirme que lui, les utilise uniquement ici dans sa ville mais que en visite à Tokyo ou ailleurs, il n’emprunte que le métro!

A peine le temps de me rafraîchir un peu à l’hôtel et il est déjà temps de prendre mon plan et partir au rendez-vous du souper. Je dévie un peu de l’itinéraire proposé par les applications, qui elles ne peuvent pas être sensibles au charme d’une marche de nuit le long de la rivière Kamo-gawa; les arbres éclairés, les reflets de la ville dans l’eau, les gens qui se promènent ou d’autres qui chantent … Adam, un collègue de l’université, a eu l’idée géniale de nous donner rendez-vous dans un Starbucks, c’est toujours un café facile à trouver (je vais retenir le truc). Adam est polonais, il habite au Japon depuis une dizaine d’années.

Ayumi, son épouse, a réservé notre repas de retrouvailles dans une petite niche d’un restaurant traditionnel – la table est déjà superbement garnie des premiers plats du menu … dont on ne sait jamais quand il se termine (même pour elle qui est d’ici). C’est excellent, parfumé, raffiné et la conversation enrichissante, drôle et chaleureuse. Une des étapes du menu consiste à cuire chacun son tofu; après avoir chauffé et mangé le yuba qui mijotait dans le lait de soja, nous avons ajouté une mini-potion magique, touillé et laissé prendre pendant 3 minutes précises sans plus mélanger – le résultat est succulent, une sorte de flan très doux et soyeux qui prend sa saveur avec la sauce. Ayumi nous avoue que c’est aussi pour elle une première !


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Kyoto sous la pluie : Nishiki market

Une bien triste journée de pluie, que ce soit à Tokyo ou à Kyoto; une drache qui a commencé le matin pour se terminer dans la nuit. Et vive les parapluies transparents et les bottes en caoutchouc – je n’en avais jamais vu autant de modèles. La matinée, nous la passons en partie dans le Shinkansen, bien à l’abri. Nous sommes six à partir en course d’école, avec Shin, Sheena, Watanabe et un autre membre de l’association BMIA (association de promotion et d’accompagnement de business models). Il n’est pas nécessaire de se chercher d’un bout à l’autre du quai de notre train, en gare centrale de Tokyo – Shin nous a donné le numéro de la voiture, les numéros sont inscrits sur le quai et c’est très précis.

Durant les trois heures de trajet entre Tokyo et Kyoto, je discute joyeusement avec Sheena tandis que Yves peaufine sa conférence de l’après-midi et avec l’interprète sous la main, ce sera picobello. Les japonais ne perdent pas de temps, ils emportent dans le train un bento pour leur repas mais rien, absolument aucun déchet ne restera dans le train (il n’y a d’ailleurs aucune poubelle à l’intérieur); chacun rassemble ce qu’il doit jeter et le dépose à la sortie dans les poubelles sur les quais ou même mieux, une employée attend à chaque porte du train avec un grand sac poubelle !

A l’arrivée, nous nous séparons dans la gare; notre hôtel sera le même qu’en 2012, je m’y rends seule en métro car en cas de pluie, un peu comme à Singapour, il est impossible d’attraper rapidement un taxi. L’équipe rejoint elle le Research Park en train, après avoir acheté de quoi faire leur lunch tandis que moi, une fois installée dans la chambre, je vais m’enquérir d’un restaurant. Sheena m’a chaudement recommandé de goûter du yuba, une spécialité de Kyoto (il s’agit de la peau qui se forme sur le lait de soja quand on le chauffe pour faire du tofu). La réceptionniste du Citadines Hotel semble bien disposée à m’aider, elle m’imprime même le plan d’accès … tout écrit en japonais et me voici partie en métro puis à pied vers mon but, parapluie et plan en mains.

J’ai déjà dit que les chiffres aident, j’ai donc compris que le restaurant se trouve au troisième étage … chance que de ce côté-là de la rue (rue sans nom bien sûr), il n’y ait pas trop de bâtiments à enseignes sur plusieurs niveaux. Première tentative vers une étage trois : je me trouve devant un beauty salon … le deuxième choix sera le bon! Contente et pas peu fière, je commande au bol un des trois menus proposés, que je savoure avec joie – une douzaine de petits plats succulents, dont j’envoie vite une photo à Sheena, qui mange son sandwich. Elle me félicite en retour et me redit combien le yuba est excellent pour la santé – je suppose par moi-même que le saké est aussi très bien.

Kyoto est une ville plus petite que Tokyo et on y parle encore moins l’anglais; toutefois sa topologie des routes bien quadrillées, aussi pour les lignes de métro, rend les déplacements assez faciles. C’est la pluie et la cacophonie des parapluies qui vont guider mon emploi du temps pour la fin de l’après-midi, à savoir explorer le marché couvert Nishiki avec ses plus de 130 commerces; il s’étend tout en longueur, en couleurs et les échoppes super bien présentées vendent des friandises, des souvenirs, des pickles, de la viande ou du poisson, de la nourriture cuisinée ici sur place … qu’est-ce que ça sent bon !! Mais je suis loin d’être la seule à avoir eu cette idée, on avance à la queue leu-leu et j’observe que Kyoto est une ville beaucoup plus touristique – je me retourne même assez souvent en entendant parler français.

Marre de la foule et ses bousculades, je me dirige vers le métro – sans reprendre mon souffle à l’air de la rue – pour rentrer à l’hôtel. Le repos sera de courte durée, un message me convie déjà à rejoindre le groupe de la conférence pour le souper. C’est en taxi que je pense plus facile d’y aller sans être trempée à l’arrivée mais le taximan me déposera à deux rues du bon bâtiment (sans que je ne m’en doute évidemment, il semble si sûr de lui) … je cherche, j’appelle Sheena, je me renseigne à un point d’information du Park de recherche – où la connaissance de l’anglais ne doit pas être une compétence requise – je persévère et retrouve enfin l’équipe qui nous invite au repas.

La conférence, heureusement traduite par notre amie, a eu un gros succès auprès des membres d’un important incubateur de Kyoto. Son directeur est un bon vivant, très enjoué; nous nous retrouvons une dizaine dans un petit restaurant local, nous occupons tout l’espace, tant c’est minuscule et le menu se cuisine juste à côté de nous. Une fois encore ce sont divers petits plats goûteux qui s’accumulent sur la table; le volume sonore monte à mesure que les bouteilles s’ouvrent et comme tous les asiatiques, ils prennent des couleurs et en oublient parfois que nous ne comprenons pas le japonais. C’est très drôle, on ressent profondément leur fierté pour leur pays et tout spécialement ces habitants de Kyoto qui ne désespèrent pas que leur ville, tellement chargée d’histoire, bien conservée en plus, redevienne un jour la capitale du Japon (le ministère de la culture serait d’ailleurs déjà revenu dans la cité qui a dirigé le pays avant Tokyo). Nous nous éclipsons les premiers, pour une marche digestive jusqu’à l’hôtel, les laissant continuer avec leur mélange bière-vin-saké : ils s’octroient la fête ce soir!


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Sakura autour du Palais Imperial

Le séjour à Kyoto approche, il est temps de préparer les documents de voyage et les visites que j’aimerais faire – je sens déjà que mes aspirations ne pourront pas toutes être réalisées. Cela me rassure d’avoir des papiers et j’ai encore un peu de peine à trouver l’enchaînement exact des icônes kanjis sur la photocopieuse – il faut absolument que je retienne : d’abord le vert et ensuite le rose foncé!

Je me sens toutefois de plus en plus à l’aise avec le langage des mains, j’emmène Yves manger des Tempuras dans un minuscule restaurant où ni anglais ni photos ne pourront nous aider – un vrai régal … heureusement que nous ne sommes pas filmés au moment de la prise de commande ! Ce restaurant, où Shizue m’avait invitée il y a deux ans, est proche du Sanctuaire Tenmangu, fréquenté surtout par les étudiants, soit en prévision des examens, soit pour remercier pour la réussite ou alors avec l’espoir de mieux faire la prochaine fois. En descendant la bute, mon intention est de saluer Shizue (lui faire part de notre exploit pour le lunch); elle doit être occupée avec les travaux de remplacement de l’ascenseur dans l’immeuble de son bureau. En effet elle m’avait annoncé ces gros travaux, qui vont s’étaler sur trois semaines – chance que ce ne soit pas dans notre  building, nous qui occupons toujours un appartement au 7ème étage.

C’est le premier jour de ciel bleu depuis notre arrivée, je ne peux me priver d’une balade autour du Palais Impérial – lieu fétiche pour Hanami. Comment rester insensible à la beauté des cerisiers qui bordent le chemin par delà les douves protégeant le palais ? Nous sommes nombreux et pourtant la foule est calme, disciplinée et considérée comme visiteur de Hanimi et non visiteur de Tokyo. Je suis touchée d’observer les japonais qui s’émerveillent – que de photos… toujours cette envie d’en prendre encore et encore … comme pour avoir la certitude d’encrer ces moments magiques pour longtemps en nous. Le vent fait déjà virevolter les pétales délicates qui nous enveloppent comme des confettis parfumés, avant de former un tapis sur les chemins. La pleine floraison sent la fin, les jeunes feuilles vert tendre apparaissent et il en va de même pour les érables qui renaissent à la vie en ce printemps. J’apprendrai vendredi par Tadashi que Sakura s’étale sur quatre phases : d’abord ce sont les prunus qui vont fleurir et ce sont les seuls qui porteront des fruits (j’en ai vu au sanctuaire ce matin), ensuite les cerisiers à fleurs de cinq pétales puis les cerisiers pleureurs et enfin ceux aux fleurs de huit pétales, comme des petits pompons.

Le soir tombe, la lumière apporte encore un peu plus de féerie à la scène, un éclat particulier aux délicates fleurs. C’est l’heure de sortie des bureaux, les joggeurs commencent leur boucle tout autour du palais tandis que je rejoins Yves, Noboru et Kumi pour un menu Kaeseki, cuisine de la région de Kanazawa dans le restaurant Chinju. Nous sommes au septième étage de l’hôtel Marunouchi avec une vue plongeante sur la gare centrale de Tokyo, gare qui fut récemment rénovée et rétablie à sa plus juste image de celle d’Amsterdam. Nous passons une soirée tellement agréable avec nos amis, et le service assuré par des dames de grande classe vêtues de kimonos est discret et attentionné. Le décor des plats de dégustation qui se succèdent ne cessent de nous éblouir par leur finesse, leurs couleurs et aussi leur saveur …


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Kiyosumi, Kukagawa, MOT

Beaucoup de kilomètres dans les jambes et d’images dans mon iPhone au cours de cette journée qui m’amène à l’est de la rivière Sumida, dans un quartier que je découvre avec plaisir. Le jardin Kiyosumi Teien me replonge dans un de ces endroits paisibles de la ville, hors du temps, du bruit, du béton et juste pour le bien-être que procure une nature mêlée de verdure, d’eau, de lanternes, de ponts, de chemins de pierres qui donnent la sensation de marcher sur l’étang, tout en attirant les poissons qui nous ouvrent leur bouche … Toute une histoire est reliée à ce magnifique jardin, où le mont Fuji est imagé sur une petite butte, des cerisiers nous laissent rêveurs … Les pins sont taillés à la main, tout un art pour leur donner la forme de plateaux étagés.

Il m’est assez facile de sillonner les rues par ici, c’est une zone calme, avec peu de touristes et les routes sont en quadrillage. Chaque îlot a son temple avec un cimetière adjacent, je ne cesse de faire une pause pour les admirer. Il n’est pas rare de voir une personne se recueillir, une dame chantonne même tout en adressant ses prières.

Les voitures à Tokyo, et sans doute un peu partout dans les grandes villes au Japon sont assez cubiques, comme si on voulait gagner de la place en surface et la prendre en hauteur. Il est difficile de trouver des places de garages et cela coûte très cher. Les parkings ont souvent une entrée avec un plateau circulaire tournant ou alors les véhicules sont échelonnés en étages.

Fukagawa Edo museum donne une idée des habitats traditionnels anciens le long de la rivière, avec des maisons reconstituées selon les divers métiers ou artisanats de l’ancien Tokyo, du temps où Edo était encore son nom. Les reconstitutions sont de qualité, nous transportent en arrière, on est vite imprégnés d’une ambiance où la vie était tellement différente. L’espace est dominé par une tour en bois de 10 mètres où les observateurs annonçaient avec une cloche les feux émergeants – le feu fut un gros fléau pour la ville aux maisons de bois.

Enfin ce sera la découverte du monde de Pixar qui m’instruira au MOT, Musée d’art contemporain, avec une exposition qui célèbre les trente ans (déjà) du monde du cinéma d’animation. Et au retour un petit clin d’oeil à Starck et à la célèbre porte Kaminarimon à Asakusa.


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Todai, Jimbocho, le Dome …

Mon langage avec les mains est assez efficace chez le gars des impressions, pour récupérer la commande et reproduire d’autres documents, dans d’autres formats, en couleur et différents types de papier. Tout se passe toujours avec un grand sourire et chacun est heureux quand la transaction aboutit ! Cela me donne l’occasion de flâner un peu dans le quartier de Todai, l’Université de Tokyo. Les bâtiments n’ont pas beaucoup de cachet, les portes d’entrée au campus sont traditionnelles et je ne manque pas au passage, de saluer Hachikō et son maître.

On pourrait penser que les japonais ne boivent que du thé mais c’est une erreur, ils aiment le café (importé de Colombie, Equateur, …) et l’odeur qui se répand devant les nombreux bars où on rôtit encore les grains est alléchante. Les vitrines des restaurants présentent elles souvent les plats factices – ça aide pas mal … Je précise juste que les chiots ou petits chats dans les vitrines ne sont eux pas factices! Certaines choses sont ainsi faciles à comprendre, il en va de même pour les recommandations dans le métro – les images parlent d’elles-mêmes.

Le métro est plus vieux, moins bling bling qu’à Singapour – on doit plus souvent se farcir les descentes à pied (6 volées de 25 marches à Hongo Sanchome) mais il est tellement propre aussi. Chacun veille à emporter ses déchets, rien ne se jette dans la rue – et ici aucun panneau de menace d’amende, c’est dans les gènes, la culture, l’éducation – c’est beau !! Le recyclage des déchets commence par le tri que font des personnes manuellement et on les voit transporter dans la rue d’énormes sacs de canettes par exemple. Pour en revenir au métro, il est bien agréable également de pouvoir trouver sur les quais des distributeurs de boissons froides ou chaudes, de snacks et même de glaces ou alors des kiosques qui permettent de parer à tout oubli : mouchoir en tissu, cravate, cigarettes, brosse à dents, le pic-inc avec des bentos, etc.

Une pause pour le lunch nous ramène dans le quartier de l’hôtel Niwa proche de la station de Suidobashi, ce fut notre premier contact avec le Japon il y a plus de trois ans. L’hôtel proche du dôme a toujours un restaurant panoramique au dernier étage et nous nous repérons mieux maintenant dans la métropole, une ville dense, à perte de vue. Dans les rues de Jimbocho, nous sommes à l’aise, on y retrouve les nombreux bouquinistes, une agence à l’enseigne qui présente Chamonix. Ici les motards de la police ne roulent pas en BMW mais en Honda et le vélo idéal comporte un siège devant et un à l’arrière – j’imagine un pour le bébé et un pour les courses … ou le chien peut-être (l’idéal pour Mathieu en charge de Lucie et Chinook)


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Sakura à la campagne …

Une heure et demi à bord du JR Takasaki line, aller et retour, pour me rendre à Honjo Saitama, dans une région rurale où habite mon amie Sheena (elle fait cela chaque jour pour venir travailler à Tokyo). Les immeubles gris, les buildings ont progressivement laissé place à des cultures, des quartiers de petites maisons basses. Le paysage est toujours encombré de ces longues lignes de pilônes d’électricité. A l’arrivée, c’est une vaste plaine bordée des premières montagnes – on cultive du riz, des fruits et aussi des myrtilles (si j’ai bien compris 😉 et des usines de fabrication de chips électroniques (NEC) sont d’importants fournisseurs d’emplois pour cette région de campagne. Les potagers et les fleurs entourant les maisons sont semblables à chez nous. Ils ont souvent deux maisons côte à côte; l’une plus récente pour y vivre, l’autre sert de dépôt, de rangement, d’atelier pour leurs travaux des champs et périodiquement ils détruisent la plus ancienne et inversent l’ordre des choses.

Le but principal de mon excursion dominicale – le soleil m’attend à Honjo alors que j’ai quitté Ueno avec un peu de pluie – est de partager avec Sheena et sa petite fille Mizuka un agréable moment de Hanami. Elle me prend en voiture et nous emmène vers l’allée des mille Cherry Blossom; comme beaucoup d’autres familles ou groupes, nous nous installons sur la rive d’un cours d’eau pour un pic-nic sous les cerisiers en fleurs – c’est vraiment bucolique! Je dois être la seule non-japonaise sur toute la longueur – un privilège de pouvoir vivre cette pure tradition nippone en dehors de la foule de Ueno ou de tout autre endroit de la métropole. J’ignore si Mizuka se souvient de moi depuis une année mais en tout cas, elle s’amuse avec moi et j’aime pouponner …

Nagatoro est aussi connu pour les Sakura, nous roulons dans un tunnel de fleurs – féérique ! C’est une bourgade plus touristique, pour les japonais (juste 2 millions de visiteurs par an); une localité comme d’autres que nous avons visitées, avec des magasins de souvenirs, d’artisanat, de friandises … Sheena me dépose pour aller nous chercher des Taiyaki, cette sorte de gaufres en forme de poisson fourrées à la pâte de beans ou de miso (chance que j’ai bien choisi ;-).

La région est plus montagneuse et le temple Hodosan, vieux de 2’000 ans, que je visite seule (Mizuka s’est endormie dans la voiture) dans une forêt de pins au pied du Mont Hodosan (au sommet j’aperçois un téléphérique) et avec en sus des cerisiers en fleurs, réveille en moi de très beaux souvenirs … tels Nikko ou Kamakura.