Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Le palais impérial de Tokyo avant le voyage pour Kyoto

Ce serait regrettable de quitter la capitale sans être allée vers le palais impérial. Celui-ci est bien caché au milieu d’un grand parc en plein centre de Tokyo, cerné par des remparts du 16ième siècle et des douves ; il n’ouvre ses portes au public qu’une ou deux fois par an. En 1868, l’empereur Meiji transféra la capitale de Kyoto à Tokyo et il établit la résidence impériale sur le site de l’ancien palais des shoguns Tokugawa, appelé le château d’Edo. Aujourd’hui tous les touristes convergent vers l’élégant pont en pierre à deux arches, le Nijubashi, devant l’entrée principale. Les 5 km qui forment le pourtour du domaine sont le site préféré des joggers de la ville, j’en verrai à tout moment sur mon chemin. La place dite de l’Imperial Palace est de toute beauté avec son parc au sol d’un gazon parfait, coupé au couteau, tel un tapis de velours vert tendre et ses superbes pins et cyprès taillés en plateaux, minutieusement.
       
Attenant au palais, Higashi gyoen, le jardin de l’est, de 20 hectares est lui accessible au public ; on y accède par une grande porte et un chemin qui grimpe entouré de murs d’énormes pierres, avant d’atteindre le plateau sur lequel était érigé le grand donjon du château d’Edo. Des variétés de fleurs, de plantes et d’arbres agrémentent ce magnifique jardin, offrant en chaque saison aux visiteurs une balade agréable ; aujourd’hui des abricots, des roses et des bambous costauds retiennent mon attention.

       
Le temps me presse et je me dirige vers le Kitanomaru Park qui offre lui déjà de jolies couleurs d’automne sur certains de ses arbres ; outre un étang aux contours sauvages et arborisés, il abrite des musées comme le Musée National d’Art Moderne et le Musée des Sciences avec sa façade blanche composée d’étoiles. A l’autre extrémité, le Nippon Budokan Hall est une énorme construction, de style traditionnel japonais, qui date des jeux olympiques de 1964 pour les compétitions de judo et arts martiaux; aujourd’hui il est utilisé pour des manifestations sportives, culturelles ou musicales … les Beatles s’y sont produits en 1966 et on semble y attendre un groupe d’idoles ce soir !

      
Autour de la Crafts Gallery, bâtiment en briques rouges anciennement quartier général de la garde impériale, j’entends et j’observe une certaine effervescence quand soudain un garde m’accoste et m’accompagne pour me placer en toute belle place afin de voir sortir le couple impérial du palais. Waouh, quelle chance … cela s’appelle, être au bon endroit au bon moment ! Moment émouvant quand l’impératrice baisse sa vitre pour saluer les quelques personnes qui se trouvent avec moi. C’est pour eux aussi la première fois qu’ils la voient et ils en sont tout émotionnés ; une jeune fille a remarqué que je filmais, elle me donne son adresse email pour que je veuille bien lui envoyer la vidéo. J’en suis moi même ‘toute chose’. Il était 14 heures précises quand la circulation a été stoppée pour laisser passer la voiture impériale.

   


Le parc Chidorigafuchi est semble-t-il merveilleux à la saison des cerisiers en fleurs mais la balade est belle, surplombant les douves et le fossé où l’on peut louer des barques pour y naviguer. Ayant bien profité, malgré un temps un peu gris, de mon exploration du domaine impérial – avec en sus une belle cerise sur mon gâteau – je reprends la direction de l’hôtel.

  
Yves a une fois de plus été très bien accueilli à Tokyo Institue of Technology ; les étudiants ne le lâchaient pas de leurs questions après son exposé. Et l’heure est arrivée de quitter la capitale pour prendre un de ces trains grande vitesse, le Shinkansen qui nous emmène à Kyoto. Un corps de balai vient s’aligner sur le quai, 3-4 personnes en uniforme rose et en ligne comme à l’armée, devant chaque wagon … une organisation impressionnante, sur quelques minutes le train est entièrement nettoyé et bien sûr, les sièges retournés !
  
Le train présente le confort de nos TGV, avec toutefois plus de place pour les jambes ; avec le JR Pass et nos réservations de sièges faites en arrivant vendredi, nous sommes en ordre pour ce voyage. J’ai simplement un petit doute en remarquant que l’année est ’24’ et non 2012 … au Japon, il y a deux manières de compter les années, soit comme nous la connaissons, soit en comptant les années à chaque changement de règne de l’empereur. Ainsi c’est la 24ième année du règne de l’empereur Akihito. Nous quittons Tokyo et passons par Yokohama avant de nous éloigner vers l’ouest. Le paysage défile avec ses habitations dans les rues encombrées de poteaux d’électricité, le soleil faiblit, le ciel rougit et au loin les montagnes se font voir … le Mont Fuji est toujours bien reconnaissable. Il fait tout calme, les japonais sont très discrets de nature ; que ce soit dans le train, le métro, l’ascenseur et souvent même dans les restaurants, répondre au téléphone portable ne se fait pas et ils chuchotent entre eux ou même ne se parlent pas – nous étions quinze dans l’ascenseur qui nous montait dimanche au 45ième de la Mairie et on entendait les mouches voler ! C’en est presque inquiétant parfois…


En moins de trois heures, que j’ai passées à potasser ma documentation sur notre nouvelle destination, nous atteignons Kyoto et sa gare phénoménale que nous découvrirons en détail plus tard. Kyoto a été la capitale du Japon pendant plus d’un millier d’années et a conservé des trésors inestimables, peu touchés par les aléas du temps. Les bombardements auraient miraculeusement épargné la ville lors de la seconde guerre, juste grâce à la volonté d’un haut responsable américain, sans doute émerveillé par la splendeur des monuments qu’elle renferme.
Nous sommes vite mis au parfum à l’Office de Tourisme de la gare : la communication en anglais sera plus difficile que dans Tokyo. La gentillesse et l’envie d’aider compenseront le manque de langage parlé … l’employé nous remet un plan de la ville et des cartes pour les bus et métro, sans que nous ne soyons très certains de leur utilisation exacte. Le taximan nous amène sans souci à notre hôtel, avec toujours la petite carte que j’ai préparée portant les coordonnées en japonais (le gps fonctionne avec le numéro de téléphone, vraiment efficace). Yves a réservé nos quatre nuits dans un appart-hôtel (Citadines) qui est parfait et bien localisé ; l’entrée et le lobby font penser à un petit jardin et salon japonais et le personnel ici est largement bilingue.
Nous leur demandons un conseil pour le premier souper, la proposition s’avère excellente. Le Kobe Misono nous séduit : une pièce de bœuf grillée devant nos yeux, accompagnée de copeaux d’ail doux et de légumes ; la viande fond littéralement dans la bouche et nous savourons ce repas, dans un petit coin du restaurant, avec un cuisinier très sympathique, tout en dégustant pour la première fois un vin rouge japonais. Le souci du service est toujours aussi présent ; un petit bac pour poser mon sac, des cintres juste derrière nous pour les vestes, des serviettes humides avant de commencer le repas, les verres qui ne restent jamais vides et avec un sourire toujours sur les lèvres. Le restaurant se trouve dans une des grandes avenues commerçantes de Kyoto, avenues qui sur des kilomètres sont animées jour et nuit, avec des enseignes lumineuses dont nous en reconnaissons la plupart maintenant. Les trottoirs sont assez larges et couverts sur toutes les longueurs d’un immense toit blanc qui protège du soleil et de la pluie. Nous rentrons à pied à l’hôtel, sans faire fausse route … Tadashi, notre guide nous confirme sa présence samedi à 9 heures, c’est parfait.
  



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Yokohama

Magnifique surprise, la météo s’est remise au beau pour notre virée dans le sud. Yves rencontre aujourd’hui des professeurs et doctorants à l’université Keio de Yokohama ; je me dois de l’y accompagner, au cas où il se perdrait dans les trains … mais surtout la ville est en bordure de mer et promet de jolies découvertes.
Arrivés en gare principale de Yokohama, je reçois à l’Office de Tourisme un superbe plan avec les curiosités bien en évidence. Située à 30 km au sud de Tokyo, c’est une ville portuaire sur la baie qui est la deuxième ville du pays par son nombre d’habitants. Son port international reste une des principales activités pour les importations de matières premières, les exportations de soie et de produits finis mais aussi comme centre important de transport maritime de passagers. Je reconnais les enseignes des grands magasins Takashimaya et Lumine et avec Yves nous trouvons un endroit sympathique sur une terrasse surplombant un canal, pour un quick lunch ensemble.
Quand Yves rejoint Keio, je monte dans un bateau de tourisme à Bay Quater qui m’emmène vers Minato Mirai 21, une presqu’île qui abrite des bâtiments à l’architecture rénovée ou moderne, des musées, une grande roue et son parc d’attractions Cosmo World, l’hôtel Intercontinental à la forme d’une voile de bateau, la Landmark Tower dont les 70 étages en font un des plus hauts buildings d’Asie.
   
Je saute à quai près du Red Brick Warehouse ; deux anciens entrepôts transformés en galeries d’artistes, de boutiques et de restaurants dont l’intérieur a conservé les ferronneries et grosses portes d’antan. Le ciel est magnifique ; comme c’est agréable de se promener ainsi au bord de l’eau, ne sachant où poser le regard tellement c’est grandiose. Au dessus de nos têtes, une grande roue horizontale forme un passage piéton original pour enjamber l’avenue ; je me sens attirée par le World Porters, répertorié comme un centre pour la mode, le design d’intérieur, les fines épiceries … et mon sac à dos commence à se remplir ! Tout un étage vit à l’heure hawaïenne, de jolis souvenirs.

            
La promenade conduit à Osanbashi Pier que la dame de l’Office de Tourisme m’a conseillé pour la vue ; un quai pour les bateaux de passagers à l’architecture fantastique, en forme de vagues de tous les sens, formées de lames de bois foncé. Je pourrais presque penser que c’est le même bureau d’architecte que pour le Learning Center de Lausanne. Au large un très joli pont blanc suspendu et au loin les premières couleurs de l’automne attirent mon regard.

 
Les quais continuent, avec tantôt un ancien poste de police, une jolie sculpture, une fontaine indienne, un parc et enfin la Marine Tower. Le NYK Hikawa Maru est un ‘bateau musée’ ; il transporta des passagers dès les années 30 entre le Japon et Seattle et il aurait même servi à recueillir des réfugiés juifs fuyant l’holocauste.

    
La communauté chinoise est très présente à Yokohama et on dit que son Chinatown serait un des plus grands des pays asiatiques. Dès 1859 les portes du commerce international se sont ouvertes, les traders chinois ont afflué dans la région et s’y sont installés. Les entrées du quartier, les rues, les façades des magasins, les restaurants resplendissent de couleurs, de vie, de brillance, d’animation. L’extravagance et la propreté, la bonne humeur et la vente active, les odeurs de vapeurs de buns ou de nouilles et les musiques font de ce district un lieu incontournable.

           
Notre point de rendez-vous est le Starbuck derrière la gare, où j’ai le temps de savourer un Frapuccino au caramel de beurre salé en attendant Yves qui revient super enchanté de sa rencontre du jour. Le professeur Adrian Cheok était à Singapour lorsque nous avons décidé de venir en Asie et entretemps, il a repris un poste au Japon ; ses doctorants furent très intéressés par le cours de Yves et il insiste pour qu’il vienne passer quelques mois à Keio! Il faudrait des sabbatiques plus souvent …

Le train du retour est bien chargé ; dans la chambre de l’hôtel, Yves répond à une interview pour un magazine de Lausanne avant de passer un moment avec deux japonais qui lui ont donné rendez-vous ce soir ici. Ce sont des passionnés acharnés des business models ; ils donnent des séminaires avec un plaisir que Yves a rarement rencontré. L’enthousiasme transpire dans leurs discussions ; ils organisent même des workshops le dimanche avec des familles et des enfants, laissant émerger la créativité des petits dans ce domaine où le design est primordial pour la communication. Yves en est fasciné et ici aussi, ce serait dommage de ne pas se revoir …

Je me suis éclipsée vers le centre Laqua, ayant repéré par exemple de jolies petites bottes … mais zut, les plus grandes pointures au Japon sont le 38 … Benoît m’avait bien prévenue pourtant. Les achats depuis notre arrivée, ainsi que les cadeaux reçus, se sont toutefois accumulés et je crains de ne pouvoir tout faire rentrer dans la valise ; une nouvelle valise chez Muji sera le seul luxe que je m’octroie ce soir. J’ai découvert dimanche UNIQLO, une marque japonaise de vêtements chauds (HeatTech est leur devise) et j’ai ainsi commencé à prévoir notre voyage hivernal en Chine !
La surprise est parfois de mise lorsque nous choisissons un restaurant juste au look de son enseigne ; il me semble que le Watami proche de l’hôtel est un établissement bien accessible aux étrangers … C’est assez bruyant, un repaire de jeunes étudiants – en effet nous sommes logés dans un quartier de hautes écoles et le serveur ne comprend rien à l’anglais. Merci aux photos ; nous pensons choisir des nems au crabe comme entrée, puis un steak avec des brochettes de rouleaux de poireaux et nous recevons d’abord les poireaux seuls, ensuite le steak et finalement les rouleaux frits … aucun souci, tout est délicieux et le vin rouge – pour cela, nous parvenons toujours à nous faire comprendre – aide à oublier l’ordre perturbé des plats.


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Seule à Tsukiji et Odaiba

La météo est médiocre en ce mardi, orage, pluie, vent fort et ciel sombre. Yves a une journée très chargée de rendez-vous avec des consultants qui verra dans l’hôtel, Tim l’auteur avec Alex et Yves, de l’ouvrage, BMYou qui sort aujourd’hui dans sa version japonaise, les éditeurs Shoeisha des deux versions locales qu’ils rencontreront à l’Université de Tsukuba, pour des interviews et séances photos, avant de participer en fin de journée au cours de son collègue Tim Clark.
Ma première destination est Tsukiji, connu pour son Fish Market, le plus vaste marché de poissons du pays. L’odeur se distingue déjà à la sortie de la rame de métro car les gens matinaux reviennent avec leurs achats. C’est dès l’aube que tout une monde s’agite sous une halle immense, de façon chaotique et désordonnée ; 2’800 tonnes de poisson de toutes les mers du globe transitent chaque matin ici et dès 5 heures se sont les enchères au thon, la star de l’endroit et à 7 heures commence la ruée des restaurateurs tokyoïtes, chaussés de bottes, vaquant sur un sol mouillé d’eau de mer et de sang, au milieu du ballet de charrettes et de chariots électriques. Je n’en verrai que l’effervescence des rangements, les déchets, têtes et carcasses, la valse des boîtes en frigolite et cela me convient très bien … c’est étonnamment grand et il est clairement mentionné, par des dessins style bande dessinée, que c’est un lieu de travail et non de tourisme. Nous ne devons pas perturber les marchands, le passage leur est prioritaire ; ça valait le détour.
       
Hama-Rikyu Onshi Teien était un jardin familial des shoguns, esquissé au 12ième siècle et devient la résidence secondaire des Meiji au 19ième siècle. Il est coincé aujourd’hui, comme un oasis de verdure, entre la rivière Sumida et les immeubles du Shiodome ; c’est un étang d’eau de mer alimenté par la baie de Tokyo, appelé aussi étang de marée. On y retrouve dans une magnifique végétation soigneusement taillée, des ponts de bois de cyprès menant à un pavillon du thé, des jardins à thème comme le verger d’abricotiers ou le superbe champ de cosmos, un pin majestueux âgé de 300 ans.

         
Au loin on aperçoit déjà le Rainbow Bridge que j’emprunterai à bord du monorail aérien qui mène vers Odaiba, l’île grignotée sur la baie. Le monorail circule entre deux rangées de voitures, sur un pont suspendu de 918 mètres de long et les trajectoires s’élèvent au-dessus de l’eau par une étonnante boucle formant un cercle complet. Donnant sur le port de Tokyo, Odaiba est une zone gigantesque d’attractions, de commerces, de restaurants, de divertissements. Depuis la plage artificielle, la vue est superbe sur le pont suspendu, la ville et au loin la Tokyo Tower ; on s’étonne presque de voir ici une grande reproduction de la Statue de la Liberté. L’architecture des bâtiments est spectaculaire, principalement le siège de Fuji Tv qui ressemble à un Meccano géant, l’énorme robot devant un des multiples centres commerciaux ou le Tokyo Big Sight, centre d’exposition et de congrès monumental avec ses pyramides inversées. De longues promenades paisibles mènent de long en large, avec vue sur les bateaux et aussi sur les avions à l’approche de leur atterrissage à Haneda, le second aéroport de la ville.

       
Venus Fort est un shopping mall un peu particulier, non par la variété de ses magasins mais par le décor du deuxième étage qui retrace une ambiance de rues européennes au 18ième siècle avec une fontaine baroque, une église et un ciel bleuté. Un seul magasin retiendra un peu plus longtemps mon attention, c’est l’endroit où l’on peut venir acheter un petit chiot … ils sont si adorables, ils sont superbement installés et jouent par deux ou trois dans des petits enclos vitrés.

     


En face, je fais un petit tour dans Mega Web, le show room géant de Toyota ; circuits pour enfants, modèles les plus variés, voitures hybrides ou électriques … et je reconnais la forme cubique de leurs modèles pour le Japon. La place est limitée en ville, les gens sont à la recherche de véhicules spacieux mais qui occupent peu de place au sol. Nos garçons aimeraient !
  
Je circule tantôt à pieds, tantôt en monorail sur cette île d’Odaiba et lorsque je me retrouve près du bâtiment des Telecom, un peu à l’image de la Défense à Paris, le ciel est devenu d’un noir profond alors qu’il n’est pas encore 16 heures. Pourquoi donc ne pas m’en échapper pour un moment de bien-être ? Je tente alors une expérience fantastique dans des bains chauds thermaux. Oedo Onsen Monogatari est unique à Tokyo, un centre thermal géant alimenté par une source d’eau chaude profonde de 1’400 mètres. Je suis immergée dans un monde totalement japonais et je dois me faire expliquer le déroulement, par des gestes. Je choisis d’abord la longueur et un imprimé qui me plait pour le Yukata (kimono de coton léger) que je revêts avant de traverser une ruelle étonnante, animée, avec boutiques et restaurants, qui est une reconstitution de l’ancienne Edo. C’est magnifique et amusant de voir tout le monde ainsi vêtus de la même manière mais aux motifs différents ; une bande dessinée dans les vestiaires explique comment revêtir le Yukata. Je pénètre ensuite dans la zone, réservée aux femmes, des bains chauds où l’on me remet des draps et la clé d’un deuxième casier pour y laisser mon kimono. Le silence règne dans cet énorme espace de bains de sources d’eau chaude, intérieurs et extérieurs … c’est merveilleux, les dames portent souvent le linge sur la tête pour ne pas le mouiller, et je circule de bassin en bassin pour mon plus grand plaisir. A l’extérieur, ce sont comme une rivière dans un lit de grosses pierres où l’on peut s’asseoir ou bien des bassins individuels en forme de tonneau en bois. Je comprends sur un panneau qu’il est possible pour bien parachever le circuit de faire un gommage du corps et massage de la chevelure. Sans échanger un seul mot d’anglais j’y parviens et c’est formidable ! Le scrub légèrement parfumé et toute cette eau chaude qui me libère … c’est très très bon. J’aurais encore pu profiter d’un bain de sable chaud, ce sera pour la prochaine fois !

    
Cette fois la nuit est bien tombée et je reprends le monorail vers la ville, avec une sortie pour aller admirer la Tokyo Tower toute éclairée. Perchée sur une petite colline, elle rayonne de ses mille feux blancs et orangers, copie de la Tour Eiffel avec 8 mètres supplémentaires. Et je rentre à l’hôtel vers 19h30, après une longue journée d’une dizaine d’heures de nouvelles explorations. Ce soir nous mangeons dans le deuxième restaurant de l’hôtel, typiquement japonais, en compagnie de Patrick, un des intervenants du premier livre. Il est au Japon pour donner lui aussi des conférences sur le modèle, notamment pour la société Fujitsu et ensuite il enchaînera sur Taiwan. Repas délicieux, de petits plats très décorés, un décor sobre et une ambiance joyeuse … je m’éclipse après le dessert, laissant mes deux compères cogiter encore sur le futur des business models.

     


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Du parc Ueno au cimetière de Yanaka, puis Ginza, un quartier chic et élégant

Aujourd’hui nous sommes seuls et Yves me dit espérer ne pas sentir de différence s’il compte sur mes qualités de guide improvisé, qui a quand même bien potassé son histoire ! Ueno-koen est un grand parc au centre de la ville, avec un zoo, des musées d’art, des étangs et des temples ou sanctuaires et où tout Tokyo vient célébrer en avril la floraison des cerisiers. Avant d’y pénétrer nous longeons les rails, dans une étroite ruelle où se tient Ameyayokocho, un des derniers marchés populaires de Tokyo, animé et grouillant, où les étals de poissons séchés, de crabes vivants, d’algues côtoient les échoppes de vêtements, de chaussures ou de téléphones portables. Benoît n’a pas manqué de nous conseiller une visite de Yamashiroya, un magasin de sept étages, tel un immense coffre à jouets avec des dérivés de mangas et de dessins animés, peluches de Totoro ou figurines de Gundam … tous personnages que nous connaissons à présent. Mais le plus grave pour moi, c’est le rayon des puzzles ;-).
      


Sur les marches menant au parc, nous sommes attirés, fascinés par un artiste à la longue barbe blanche qui avec ses pinceaux, ses fuseaux immortalisent les temples, les jardins de son pays … la tentation est forte, nous choisissons le Pavillon Doré de Kyoto et lui, nous offre un message en kanji signifiant ‘every day, a good day ‘.

Le parc est vaste, nous passons d’un petit temple à un sanctuaire, chacun ayant sa spécificité que ce soit les statues de renards qui le protègent ou bien l’allée de Torii rouges qui y mène. Malheureusement le sanctuaire Toshogu datant de 1627 et miraculeusement épargné par l’histoire est en réparation ; nous ne pourrons qu’admirer sa longue allée de grandes lanternes de pierres. Un monument commémore le drame de Hiroshima, la flamme a été coulée avec du métal extrait du site en fusion à l’époque. Une superbe Pagode à cinq étages, d’un ancien temple trône près de l’entrée du zoo. Tokyo se vante également d’être une ‘ville verte’ et ici nous avons de superbes jardins fleuris mais aussi potagers réalisés sur des supports en pente exposés au soleil.

          
Le temple bouddhiste de Jomyoin est connu pour ses étonnantes 84’000 statuettes en pierre de Jizo-bosatsu, protecteur d’enfants. La plupart des statuettes portent une sorte de bavoir ou un petit bonnet de bébé ; elles devaient assurer la protection et la survie des enfants à une époque où la mortalité enfantine était importante. Et nous arrivons au cimetière paisible de Yanaka, qui date de la fin du 19ième siècle, où reposent le dernier shogun du Japon ainsi que quelques célébrités écrivain, peintre et autres. Des tombes anciennes en pierre mais aussi plus récentes en marbre s’échelonnent dans Yanaka-bochi sur des centaines de mètres et nous observons ces planchettes de bois avec des inscriptions, dressées près des monuments funéraires. Tadashi, notre guide de Kyoto, nous expliquera qu’à la mort d’une personne, la famille appelle le moine pour qu’il donne au défunt un second nom, le nom qui permet de passer du monde des vivants au monde des morts. Ce nom est souvent assez long et c’est lui qui est gravé sur les planchettes que nous voyons dans les cimetières. Les corps sont toujours incinérés et une partie des cendres est enterrée dans le sanctuaire du quartier tandis que le reste est placé dans une petite urne, glissée dans un autel où la famille viendra se recueillir.

     
C’est un peu un jeu de piste pour ressortir de ce cimetière et nous débouchons près de la gare de Nippori, dans un quartier traditionnel et calme qui donne presque l’impression d’être dans un village plutôt que dans une grande capitale. Nous déjeunons au Café Renoir, dont l’enseigne attire nos regards … mais il n’y a ni anglais sur les menus ni dans les paroles des serveuses ! Nous choisissons sur de petites photos, sans être certains si la couleur verte correspond à de la salade, de la pomme, du wasabi ou du thé vert ni le rouge à de la tomate ou du saumon. Les sandwichs et le petit gâteau aux marrons sont très bons, le thé froid de couleur vert me surprend … il est opaque et pâteux ; Yves s’empresse de demander un café, toujours une valeur sûre.

Yanaka Ginza est une charmante ruelle au charme désuet, avec ses échoppes de thé vert et ustensiles pour la cérémonie du thé, de bonbons faits maison au parfum de gingembre ou de patate douce, de vêtements traditionnels, de tissus, de restaurants et de confiseries diverses. Le quartier a survécu aux tremblements de terre de 1923 et aux bombardements de la seconde guerre mondiale ; on y ressent l’atmosphère du vieux Tokyo populaire.
   
Mon ‘client’ réclame à présent une région plus moderne, plus vivante … et je le ramène en métro à Tokyo Station que nous pouvons photographier de jour et apprécier dans toute sa splendeur. Plus futuriste est le Tokyo Forum, une merveille architecturale, audacieuse, qui a la forme d’une énorme coque de bateau en verre, haute de 60 mètres et traversée par des passerelles ; il s’y tient des expositions, des foires ou des concerts.
  
Yves a-t-il pensé que je l’amenais dans un quartier où j’ai repéré quelques magasins qui me passionnent, à commencer par Muji (une enseigne que j’ai découverte à Singapour). Il est également séduit par ce grand établissement au design sobre, en bois, typiquement japonais et où l’on trouve de tout pour aménager sa maison ; il y a même un petit coin installé comme une vraie maison japonaise … de toute beauté. Muji est né en 1980, en réaction aux signatures griffées, proposant elle des produits simples, sans marque, basiques, intemporels et surtout fonctionnels. Font partie de la collection des meubles et tapis, des objets de l’art de la table, du bain ou du bureau, de l’habillement et du cosmétique et même de la nourriture en petits conditionnements. Je m’étonne, ou m’émerveille, devant un coussin pour lunette de WC, un vélo blanc design pour les courses ou des gants tactiles pour utiliser sur nos tablettes. Je sais où je viendrais m’approvisionner si un jour nous nous installions au Japon ! Et nous ne ressortons pas aujourd’hui les mains vides.
 
Tout à l’opposé, Chuo-dori voit se succéder les enseignes de luxe, les grands magasins et les pâtisseries mais c’est dans le bloc Chuo-ku que je déniche Ito-Ya, avec l’aide d’une charmante jeune dame qui se renseigne elle-même pour nous y guider, tel que nous l’ont décrit le gens ayant visité le Japon. Ito-Ya est une papeterie renommée pour son washi, papier traditionnel fait main, uni ou imprimé, ses pinceaux, ses pâtons d’encre pour la calligraphie, ses tissus pour en faire des sacs ou des emballages … waouh, comment ne pas résister !
    
Les trottoirs sont peuplés d’acheteurs ; alors que nous regardons le plan à la recherche du Sony Building, un autre monsieur très chic, très classe se propose de nous aider. Il discute, se renseigne sur nos origines, se plait à dire que son fils a étudié à l’université de Keio et que lui a voyagé en Suisse … il est bavard, sympathique, me suggère l’une ou l’autre photo tandis qu’il chemine avec nous jusqu’à l’intérieur du bâtiment Sony ! Nous le remercions avec moult courbettes et arigato gozaimasu (sachant que le r se prononce l comme le v se prononce b, Yves se dit Ibou) dont nous sommes à présent familiers et nous apprécions ce show room extraordinaire d’un des plus grands fabricants de matériel électronique du Japon. Sur plusieurs étages sont étalées les nouveautés dans le domaine des télévisions, des consoles, des téléphones … couleur et design sont les caractéristiques frappantes de la marque, pour ma première impression.
  
Nous rentrons sur Jimbocho où Yves achète quatre exemplaires de son livre en version locale, pour offrir aux collègues qu’il rencontrera ce soir et les prochains jours … ce qui étonne la vendeuse qui nous fait remarquer que c’est un livre en japonais … oui, oui … et que c’est quatre fois le même … eh oui !
J’ai droit à une petite pause jacuzzi à l’hôtel pendant que Yves va rencontrer le professeur Nonaka, en compagnie de Noboru, deux personnes qui utilisent et diffusent le modèle BMG ici à Tokyo. L’accueil est formidable, le plaisir est totalement partagé de part et d’autre ; ils s’échangent leurs livres respectifs et forment le vœu de se revoir prochainement, probablement ici au Japon.
Sur ces bonnes nouvelles, nous montons tous joyeux vers le croisement de Suidobashi et choisissons un restaurant qui se trouve dans Meets Port, un bâtiment cylindrique où s’échelonnent des restaurants traditionnels sur cinq étages. Et nous allons nous refaire un délicieux Yakiniku sur la table, servis par des hôtesses en jolis kimonos et tellement attentionnées. Je passe la serviette humide pour se rafraîchir avant le repas et la grande bavette qui épargne nos blouses, pour relever des points plus inattendus : sur chaque table, un petit bouton pour les appeler dès que nous sommes prêts à commander par exemple, le grand tissu qu’elle pose sur nos sacs afin qu’ils ne soient pas éclaboussés, le bac au sol qui permet d’y ranger son parapluie éventuellement, la grille qui est changée en cours de repas dès qu’elle est trop noire de sucs de viande. Les tables sont en marbre ou plus souvent en laque très épaisse, donc sans nappe et les plateaux de bois ou bambou tressé recouverts eux aussi de laque japonaise parfois colorée. La soirée se passe en beauté, le guide a bien travaillé tout le jour et le maître est heureux!


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Le sanctuaire shintoïste Meiji-jingu et les quartiers branchés de la jeunesse

Ce matin, Yves prend son petit-déjeuner avec le professeur Noboru Konno ; l’échange est fructueux et il s’avère que c’est lui qui a écrit la préface de BMG dans sa version japonaise. Il lui propose également une rencontre le lendemain avec la star des professeurs japonais, le professeur Nonaka qui a lui rédigé la bandelette teaser du livre ! Offrir un petit présent, bien emballé est une coutume japonaise et aujourd’hui nous recevons une œuvre sur tissu, dessinée par un artiste local réputé.
Benoît est au poste à 10 heures pour une seconde journée de découvertes ; nous sommes un peu étonnés lorsque dans la gare (Eki en japonais), il nous arrête devant un distributeur de boissons … je dois m’en approcher bien en face et voici que la machine me propose un thé chaud au jasmin ou bien un jus de mandarines – Yves fait de même et le résultat est une boisson énergétique ou une bière. La technologie et l’attrait des gadgets ont conduit à ce processus qui selon l’âge, le sexe, la saison, l’heure de la journée nous fait une proposition de boisson ! Amusant …
Notre visite culturelle du matin est le sanctuaire shintoïste Meiji-jingu qui fête cette année les 100 ans du décès de l’empereur Meiji ; il fut construit en 1912, au cœur d’un immense parc superbe qui compterait 150’000 arbres. A l’entrée, une magnifique Torii de 12 mètres en bois de cèdre, doux et sobre ouvre le chemin vers une large allée où les touristes et les fidèles affluent particulièrement le dimanche matin pour admirer les mariages traditionnels qui y sont célébrés. Sur le côté droit on peut voir une alignée de tonneaux de saké et en face des vins de Bourgogne!
    
Le temple est majestueux, nous reconnaissons à présent les différentes étapes qui précèdent la présentation des offrandes et les prières. C’est un lieu d’une beauté simple, où règne la sérénité ; le temple a des lignes épurées, un toit de cuivre sur des murs en cyprès japonais. Nous avons la chance d’y voir ce matin plusieurs mariages avec leurs séances de photos ; le marié porte toujours le même costume traditionnel gris foncé ligné sur le dessous et noir au dessus, les épouses sont souvent en blanc, superbe kimono brodé et revêtent parfois par-dessus une autre toilette lumineuse de couleurs, dans les cheveux soit des fleurs, soit une coiffe traditionnelle tandis que les parents sont eux habillés en noir. Ces costumes traditionnels sont loués pour la cérémonie ; j’en viens à échanger quelques mots avec le papa, la sœur et la grand-mère d’une jeune fille qui va se marier dans quelques heures … c’est émouvant de les entendre, de percevoir leur fierté de pouvoir célébrer un mariage dans un cadre aussi mythique. Les séances de photos sont méticuleusement orchestrées par le maître de cérémonie, qui prend soin de chaque détail, chaque pli dans une robe, le port des lunettes, l’orientation des visages … c’est incroyable, tout doit être parfait. L’organisation est impressionnante ; avant de se diriger pour la photo de famille, les dames ont des caisses où déposer leur sac-à-main, qui seront recouvertes d’un drap. Beaucoup de petits enfants sont si mignons en kimonos et on voit arriver les familles avec des valises à roulettes ; elles iront se changer dans une salle réservée. Nous assistons devant nos yeux à la procession d’un couple de mariés avec leur famille et précédés par les prêtres … c’est magique, émouvant !

           

En quittant ce parc, une dame promenant son chien se laisse fièrement photographier et Benoît nous explique que les chiens sont rois. On les habille, on les chausse, il y a quantité de magasins avec toutes sortes de jouets, vêtements et matériel pour eux et ils sont de sortie comme un bébé dans une poussette très confortable ! Nous poursuivons vers le parc Yoyogi-koen, l’un des plus grands de la ville où se retrouvent les familles et les groupes de jeunes pour un bon bol d’air. On y fait du jogging (souvent par deux avec les poignets enlacés), on y répète des morceaux de danse, des pièces de théâtre, on y joue au badminton et autres … Les roses sont encore en fleurs aujourd’hui mais c’est surtout au printemps les célèbres cerisiers en fleurs qui font toute la beauté de ce parc. Au sud se trouve l’imposant stade national, avec son toit suspendu, construit pour les jeux olympiques de 1964. L’animation y règne ce dimanche, probablement un événement musical.
  

Sur le pont de pierre qui enjambe la ligne ferroviaire nous croisons quelques jeunes gothiques ; elles avaient l’habitude de se regrouper le dimanche par ici mais il semble qu’elles se dispersent depuis quelques temps, peut-être perturbées par les touristes qui les prenaient en photo, nous dit Benoît. Il nous emmène dans l’étroite ruelle Takeshita-dori où là nous en verrons bon nombre et les boutiques sont pour eux, originales, excentriques et peu chères. C’est l’endroit branché de cette jeunesse, collégiens ou lycéens, aux revenus modestes, qui s’agglutinent pour découvrir les dernières nouveautés.
      

Dans le prolongement la foule s’amenuise, l’ambiance est plus calme et ce sont des boutiques design, plus chics, plus à notre goût, qui selon le thème offrent un décor vraiment artistique. C’est l’endroit de Tokyo où je pourrais vivre … nous nous y sentons bien.
Omote-Sando est l’avenue des Champs Elysées de la capitale nippone, large boulevard arborisé où s’alignent les vitrines de haute couture. Un petit écart nous fait découvrir une fabrique artisanale de bonbons aux dessins de fruits, de fleurs, de personnages ; je les avais déjà vus à Singapour mais ici nous pouvons voir les dames qui roulent le bandeau de sucre jusqu’à obtenir un bâtonnet qui sera sectionné en candies ! Et qui craque ici pour en acheter ??
Un nouveau centre commercial vient de s’ouvrir sur l’avenue principale et sur le toit, s’est installé un Starbuck où nous prenons notre lunch par un temps superbement bleu et chaud ; la vue nous confirme l’étendue de la ville et nous repérons les quartiers grâce aux grands parcs et aux tours Skytree et Tokyo Tower.

         


Nous reprenons notre pas en direction du quartier de Shibuya, en traversant des rues qui font penser à La Rue Neuve de Bruxelles, avec des boutiques pour des jeunes plus friqués qui se promènent avec le sac Louis Vuitton. Je m’étonne de ne pas voir de grand supermarché d’alimentation et Benoît explique que la dame japonaise aime cuisiner des produits hyper frais, elle fait très souvent ses courses dans la petite supérette de son quartier. On appelle ‘Konbini’ les petits magasins que l’on trouve à chaque coin de rue ; les 7-eleven ou les FamilyMart sont les plus répandus au Japon et il nous y montre les bonnes marques pour les douceurs (Meiji, Kit-Kat, les Pocky de Glico) aux goûts de chocolat, fraise et bien sûr thé vert. Partout nous retrouvons des salles de jeux Pachinko, des magasins d’électronique, de mangas, de figurines … avant de découvrir Shibuya 109, une tour de Babel de la mode, repaire inconditionnel des jeunes filles lookées, branchées, manucurées, maquillées comme des poupées qui créent la tendance ! Dix étages de boutiques, de la plus chic à la plus folle, avec des vendeuses aussi joyeuses, aguicheuses, volubiles … un monde génial, qui a vu son pendant masculin créé de l’autre côté de la rue. Shibuya 109 est un must pour l’ambiance du shopping à Tokyo, une vraie expérience.
         

Nous plongeons alors dans Shibuya Crossing, une intersection emblématique, immortalisée dans ‘Lost in Translation’, avec ses diagonales de passages piétons, sa foule compacte, ses publicités géantes ; les jeunes se donnent rendez-vous à la sortie de cette gare la plus fréquentée et où la statue de Hachi-ko, noyée dans la cohue, rend hommage à ce chien fidèle qui après la mort de son maître vint l’attendre tous les soirs à cette station. De nombreux quartiers ont ainsi leur mascotte avec son histoire.
 
  

De Shibuya nous remontons en train vers Shinjuku, le quartier animé des affaires, du commerce et de la nuit, avec sa forêt de gratte-ciel d’un côté et de l’autre le fatras d’enseignes clignotantes de Kabuchiko, le quartier chaud. A la sortie de la gare, un moine fait la manche ; c’est le premier que nous voyons et ce sont les seuls autorisés à récolter ainsi des fonds. Les buildings Keio du groupe qui comprend hôtels, lignes de trains, magasins, l’école de design en forme de gros cigare sont sur la route qui nous mène à la Mairie. Benoît nous montre l’école où il a appris le japonais et où il a aussi rencontré celle qui deviendra son épouse ; il était payé pour être l’élève d’une candidate enseignante et il a ainsi gagné sur tous les plans.
 

TMG, Tokyo Metropolitan Government building est la plus grande mairie au monde avec ses 243 mètres de hauteur et dont la silhouette s’inspire de Notre-Dame de Paris. Au 45ème étage des tours jumelles, deux observatoires offrent au public un panorama vertigineux. Nous y accédons vers 16h30, le temps est clair, le soleil orangé se couche non loin d’où émerge le cône mythique du Mont Fuji … un moment intense et captivant … je ne pensais pas le voir au cours de notre voyage, je suis gâtée !
     

La ville s’éclaire de tous ses feux, c’est magique vu de haut et nous redescendons nous plonger dans le quartier des cinémas, des salles de Pachinkos, des bars où cette fois ce sont les garçons maquillés et parfaitement nippés qui racolent dans les rues. Benoît nous explique le fonctionnement des maisons particulières aux devantures bigarrées qui guident les visiteurs vers les endroits de plaisirs selon leurs souhaits particuliers … un vrai commerce qui marche à la commission. Les Love Hotels sont ici très chics ; on peut y louer une chambre à l’heure ou bien pour une nuit de 20h à 8h. L’étroitesse des maisons japonaises laisse peu d’intimité aux jeunes et même aux couples qui vivent encore souvent avec plusieurs générations ; ainsi est né le succès de ces hôtels qui permettent de passer un agréable moment intime dans un cadre souvent luxueux et sur un thème envoutant parfois. On y va sans se cacher mais toutefois après avoir choisi sur un écran la chambre qui plait, on paie à une réception munie d’une vitre noire qui assure la discrétion. L’hôtel dont nous verrons l’entrée n’a même pas de fenêtres. Ce genre d’établissement servirait quand même aussi pour la prostitution. Et pour les hommes d’affaires (et pourquoi pas les femmes), en attente d’un train par exemple, il existe des chambres à louer, comme un petit studio tout calme où s’allonger sur un fauteuil confortable avec la télé, la musique, des jeux vidéo et tous les services que l’on peut imaginer et commander.

 

Et voici encore une journée inoubliable qui a commencé dans la tradition des mariages au sanctuaire Meiji et qui se termine dans le quartier chaud de Tokyo … deux extrêmes que Benoît nous a parfaitement fait partager, avec joie, bonne humeur et humour … Grand merci !


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De Senso-ji, le temple bouddhique au monde des mangas

C’est Benoît notre guide français qui va nous emmener ces deux jours à la découverte de la métropole ; le contact est très rapidement noué et nous le suivons, facilement avec sa casquette rouge … cela me sera bien utile quand je serai à la traîne pour prendre de multiples photos. En bordure de la rivière Sumida, un bâtiment signé par le célèbre designer parisien Philippe Starck en 1989, pour la non moins célèbre brasserie Asahi, représente un bock de bière mousseuse, soit un monolithe de granit noir couronné d’une gigantesque flamme dorée de 43 mètres. Et à l’arrière, la nouvelle tour de Tokyo, la SkyTree est ouverte au public depuis le mois de mai ; elle mesure deux fois la tour Eiffel et en plus de restaurants, commerces et d’un observatoire sur la ville et sur le mont Fuji par temps clair, elle est un relai d’émission pour la radio et la télévision … elle n’est pas à notre programme de la journée.

Nous parvenons à Kaminarimon, la porte du tonnerre, avec ses statues de divinités de la foudre et son énorme lanterne de papier rouge ; elle est l’entrée du temple Senso-ji et l’un des endroits les plus photographiés de la ville. Une allée piétonne, étroite et grouillante de monde est bordée d’une centaine d’échoppes traditionnelles, offrant des kimonos, des perruques de geishas, des souvenirs et des encens, des ombrelles et les éventails, des douceurs colorées et des crackers de riz laissant échapper une agréable odeur. Sur la seconde porte, sont exposées les chaussures du Bouddha, d’une taille imposante ! La pagode chez les japonais est devenue une très haute construction de 5 ou 7 étages alors qu’à l’origine du bouddhisme en Inde, elles étaient en pierre et de taille bien plus modeste. Elle renferme les cendres du Bouddha et lors d’un festival annuel, les cendres sont portées en procession dans les rues depuis le sanctuaire, dans des Mikoshis, petits temples dorés très lourds, portés par une cinquantaine de personnes. Benoît nous explique, devant un petit Bouddha en bronze caressé par des dames, qu’il est de coutume de caresser les parties du corps pour lesquelles nous aimerions guérison.
       
Ensuite je commence les étapes du cheminement vers le temple ; tout d’abord je lis ‘ma fortune’, en tirant un petit bâtonnet d’une boîte … zut, il s’agit d’un message de ‘mauvaise fortune’ mais mes prières pourront tout changer. J’enroule le message sur le portique à cet effet, il y a déjà de nombreux Ema, plaquettes en bois sur lesquelles les fidèles expriment leurs remerciements ou leurs vœux au Bouddha. Un grand vase rempli de sable où sont piqués des bâtons d’encens incandescents apporte quand on y respire, la purification intérieure du corps mais aussi de l’esprit. La bouche et les mains sont purifiées par l’eau que l’on puise dans une fontaine ; celle-ci est superbe. Les offrandes et les prières peuvent alors se faire dans le temple. Senso-ji est le plus grand, le plus ancien et le plus populaire de Tokyo ; la ville ayant été fortement détruite durant la guerre, de nombreux bâtiments ont dû être reconstruits par la suite.
  


Dans ce temple, on vénère Kannon, la déesse de la miséricorde ; au 7ème siècle, deux pêcheurs auraient trouvé dans les eaux de la Sumida une petite statuette de la déesse, emmêlée dans leurs filets et c’est ainsi qu’à côté du temple principal, un petit sanctuaire shintoïste a été construit dix siècles plus tard, pour rendre hommage aux pêcheurs. Ce serait un des seuls bâtiments à avoir échappé aux séismes, incendies et dégâts de la guerre. Dans la salle de prière du temple Senso, a lieu un office chanté par des moines et assisté par quelques fidèles seulement mais il paraît qu’au Nouvel An, l’attente pour venir faire ses offrandes est de plusieurs heures, toute la rue est noire de monde. Dans les entourages des lieux saints, plusieurs personnes viennent avec le costume traditionnel du kimono, que ce soit pour fêter un anniversaire ou un événement familial. C’est tellement mignon quand il est porté par des enfants ; soie, broderies, couleurs et getas de bois. Les espaces sont vastes, on ne trouve jamais un temple seul mais souvent un jardin japonais y est adjacent, avec ses lanternes et ses ponts de pierre, sa rivière aux carpes, ses massifs de verdure superbement taillés ; j’apprécie particulièrement pour son parfum délicatement orangé, l’Osmanthus, aussi appelé ‘Olivier odorant’.
     

Nous quittons le monde de l’histoire et du bouddhisme pour passer à un aspect beaucoup plus moderne de la vie des japonais … le monde du jeu et ses Pachinkos, une sorte de croisement entre un flipper et une machine à sous. Des salles immenses sont omniprésentes, avec des rangées infinies de machines, un bruit assourdissant, une atmosphère enfumée … le jeu pour l’argent n’étant pas autorisé, la loi est contournée mafieusement en passant par un gain de billes, que l’on échange contre des cadeaux, que l’on revend dans une boutique voisine. Les petites rues du quartier Asakusa sont jalonnées de poteaux d’électricité qui resserrent encore l’espace libre pour circuler ; dans un passage couvert, nous admirons de splendides katanas, des kimonos traditionnels et des tissus, avant d’atteindre Kappabashi, la rue des ustensiles de cuisine. Sur une longueur de huit cent mètres, il y a plus de 170 boutiques de grossistes proposant vaisselle et couteaux, ustensiles et tabliers, moules et emporte-pièces mais aussi toutes ces assiettes factices en cire que l’on nous présente dans les devantures des restaurants ! La quantité, la variété et ce regroupement sont impressionnants et magiques.
      
A un carrefour, Benoît nous montre un Koban, petit bureau de police que l’on trouve pour chaque quartier ; on peut toujours s’y renseigner quand besoin est. Il y a bien de nombreux plans affichés mais ce n’est pas toujours évident de se repérer. Une adresse est donnée par un nom de quartier, un nom ou numéro de bloc et enfin un numéro de maison dans le carré mais ceux-ci ne sont pas toujours en séquence. Les gens circulent beaucoup à vélo, pas toujours de dernier cri, équipés de paniers pour les courses, les enfants ou les chiens et aussi muni d’un pied qui s’articule vers l’arrière et qui donne une vraie stabilité. La ville est super propre, les trottoirs brillent et aucun déchet ne traîne ; notre guide nous dit que sa voisine nettoie chaque jour le trottoir devant chez elle et coupe quasiment aux ciseaux les herbes au pied de l’arbre sur ce même trottoir.
Quoi de plus étonnant que de découvrir un magasin qui vend des autels en bois pour honorer les morts au sein de la maison ; il y en a un dans chaque famille où l’on dépose des photos, des fleurs, des offrandes. Ce sont de jolies pièces en bois clair ou sombre, brut ou le plus souvent laqué. L’office de tourisme est un très beau bâtiment avec ses lattes de bois ; une maquette du quartier permet bien de localiser notre cheminement du jour et de ce que nous pourrons faire nous-même lundi sans le guide. Un exemple de Mikoshi est en vitrine, étincelant.
Nous faisons Itadakimas (bon appétit) avant de commencer un très bon repas de tempura, porc et ebi, les grosses crevettes savoureuses ; les menus sont souvent composés d’une salade, d’un plat principal, de quelques légumes vinaigrés et d’un bol de soupe miso. La pause est bienvenue et je profite pour prendre des notes et poser de nombreuses questions à Benoît.
      
Un petit trajet en transport public et nous nous laissons guider vers Akihabara, le quartier fou, éclatant, de l’électronique, des jeux, de l’érotisme, des mangas, des maid cafés. La Mecque des Otakus, comme on appelle au Japon les personnes passionnées par un intérêt particulier, mangas, idoles japonaises, jeux vidéo ou même un sport ! Un monde que sans notre guide, nous n’aurions pas apprécié à sa juste valeur et dans ses profondeurs. Tout d’abord, il nous emmène dans Yodobashi-Akiba, un mega-store d’appareils électroniques de tout genre, allant des téléphones, aux ordinateurs, aux aspirateurs, aux auto-cuiseurs de riz, aux appareils photos, tv et sono, aux montres et j’en passe. C’est immensément fou dans l’offre en quantités et en variétés de modèles (un million d’articles en magasin)… des étages et des étages de marchandises … tout est parfaitement rangé et brillant de propreté. De plus les japonais utilisent peu la carte de crédit, tout se paie ici en cash, que ce soit une télévision, un appareil photo ; ses beaux-parents ont par exemple payé en liquide leur voiture ! Etonnant … Souvent le salaire est encore versé dans une enveloppe ; quel intérêt à le laisser aux banques ? Le quartier de l’électronique ne se limite bien évidemment pas à ce grand magasin, il y en a quantité d’autres dans les rues avoisinantes, c’en est aveuglant.
 
De là nous passons au monde de l’érotisme ; au grand jour, sans se cacher, dans une ambiance loin d’être obscure, s’échelonnent des commerces, parfois sur plusieurs étages de Dvds, poupées, appareils de tout genre pour les amateurs de sexe … ici non plus, nous n’aurions pas mis les pieds sans l’œil avisé de Benoît. Cela fait partie des divertissements des japonais en toute simplicité et déjà nous sentons que les figurines de dessins animés les inspirent énormément.
La ville électrique va bientôt s’illuminer de ses néons clignotants, de ses idéogrammes géants quand nous traversons les rues des jeux vidéo, SEGA et autres. Dans tous ces domaines de divertissements, on trouve aussi bien du neuf, que de la location ou de seconde-main (mais toujours en parfait état car les japonais sont soigneux). Et pour les bricoleurs, tout petit matériel est accessible pour monter soi-même son gadget électronique … incroyable.
Pour passer un bon moment, les japonais sont fans également des maid cafés ou des cafés à thème. Les jeunes filles habillées en soubrettes, interpellent dans la rue, sur le thème du café qu’elles représentent ; elles portent une coiffe de chat, une mini-jupe, des habits de Mickey ou de Hello Kitty … et elles sont des dizaines ainsi à racoler. Une ambiance joviale et gentille qui nous étonne là aussi.
Benoît désespère devant notre manque de culture dans le domaine des mangas et des dessins animés japonais ; nous sommes vraiment incultes … mais apprenons à connaître Hatsune Miku, un personnage de dessin animé très mignon, qui a autant de succès chez les adultes qu’auprès des jeunes. Elle se produit même en concert virtuel, devant un public déchaîné. Les magasins de figurines, objets et cartes de collections tournant autour de ces personnages de fiction sont étonnants … je m’y accrocherais bien ! Les mangas aussi touchent autant les adultes, parlant de politique ou de médecine – Tezuka Osamu est connu pour ce genre de sujets ; certains dessins ont un côté provocateur. Et il y a même des éditeurs de petites histoires manga écrites par des auteurs-artistes inconnus ; on les achète, on les revend, on se les échange … ça grouille de monde ! L’aventure commence par un dessin animé, qui s’il décolle est transcrit en film et/ou épisodes télé, avec toute la panoplie annexe des objets fétiches qui s’accumulent. Certaines séries durent ainsi une dizaine d’années, voire plus.
       
Une pause dans un café à thème, le Good Smile Café, sur le thème de mangas évidemment, nous ravit : nous choisissons une table sur le thème de Tari Tari, une de leurs productions personnelles. Les menus sont dessinés selon cette histoire, des écrans passent les épisodes des dessins animés, des figurines adorables sont exposées, nous tirons au sort un badge à leur effigie … tout est fait pour rendre ce café attrayant. Et quand un nouveau client arrive, tous les serveurs les uns après les autres ‘chantent’ le petit mot de bienvenue ! Des sketch books sont à disposition pour laisser les amateurs exprimer leur art … il y a des merveilles. Certains passionnés collectionnent les figurines articulées et en font des prises de vue pour créer des films de stop motion, captivant. Il faudra que je lise ou regarde des aventures de ‘One Peace’, manga sorti en série ou de ‘Totoro’, film d’animation, si je veux revenir au Japon …
Entretemps, avec l’aide de Benoît, nous avons fait faire deux tampons avec notre prénom traduit en japonais ; une petite boutique, tenue par un couple âgé, qui a pris la tâche à cœur pour nous façonner ces petits bijoux souvenirs de notre passage à Tokyo. C’est un mode de signature en effet fort utilisé ici et nous sommes fiers de notre acquisition.
  
AKB48 devrait aussi signifier quelque chose pour nous, mais non, rien … et nos garçons non plus ne semblent pas connaître ce groupe de 60 jeunes filles qui chantent sur scène, produisent des dvds, se produisent dans des émissions tv, font des publicités … des icônes dont les garçons, de tous âges, s’arrachent les signatures, les cartes, les objets fétiches ! Et nous terminons notre virée dans les lumières et les bruits des centres de divertissements de Tokyo, par des sortes de luna-park où après le travail ou la journée de cours, les jeunes viennent se défouler, se défoncer sur des jeux vidéo musique, guerre, agilité, voire même des cabines de karaoké ou des Pouli Koula, soit des cabines où les filles peuvent se maquiller, se déguiser de mille manières et se prendre en photos les plus loufoques ou les plus romantiques.

Au passage encore, un petit café à thème, le Gundam Café avec ses robots géants. Non loin de notre hôtel, nous traversons les rues où s’alignent cette fois des dizaines de magasins spécialisés d’instruments de musique, principalement des guitares.

Quelle journée fascinante, époustouflante, déroutante, envoutante … que nous terminons par un délicieux souper dans le restaurant de l’hôtel, avec un personnel très attentionné et une présentation des plats comme des œuvres d’art.



 
   


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Le rêve devient réalité

Un rêve de trente années devient réalité pour Yves ce matin ! Un vol de sept heures à bord d’un boeing 777 de Singapore Airlines nous transporte à Tokyo, il est 7h40. Le paysage à l’approche de cette grande capitale de près de 33 millions d’habitants nous ferait presque penser à la Belgique, un pays plat avec beaucoup de verdure et de champs de cultures. Nous nous posons à Narita, l’aéroport qui est le plus éloigné de la ville. La file et les démarches d’immigration se passent assez rapidement, avec prise d’empreintes et de photo ; déjà nous constatons l’efficacité et la gentillesse du personnel qui aiguille la foule. Un vol Swiss s’est posé près de nous ; les gens qui en sortent sont habillés plus chaudement. La valise récupérée ainsi que ma petite carte Victorinox qui n’a pas pu voyager avec moi (un joli panneau Mrs Poncin m’attend près des tapis roulants !), les douaniers nous apposent un joli Visa et l’aventure peut commencer.
  
Le train rapide Skyliner qui doit nous mener au centre ville est déjà à quai mais nous ne pouvons prendre place avant un nettoyage minutieux, qui a lieu après chaque trajet et surtout le pivotement des sièges pour que les voyageurs soient toujours dans le sens de la marche, épatant ! Le train est spacieux, confortable, peu fréquenté, ponctuel et les annonces, précises, sont données dans un anglais très clair. Le paysage défile, très différent de Singapour ; le ciel est d’un bleu parfait, l’horizon s’étend bien au loin sur une région sans collines, la ville approche et nous remarquons de suite tout ce réseau d’électricité qui est encore en hauteur, tellement visible.

Nous voici arrivés à Ueno Station, c’était assez facile et nous prenons des forces dans un « Vie de France », avec de délicieux croissants mais un personnel qui ne parle pas l’anglais … le bonjour, le merci, le bon appétit se devinent ; elles sont très souriantes et parlent énormément. Il semble que les japonais ne soient pas du tout avares de mots. Le ton est chantant, nous nous faisons l’oreille gentiment, c’est joli. Ici nous déposons l’argent et reprenons le change sur un petit plateau ; chaque pays a ses coutumes. A Tokyo, le réseau de trains et de métro est très dense et je l’ai déjà un peu étudié avant de partir ; aux interconnexions, il faut souvent ressortir et chercher la gare du train ou du métro que l’on cherche. Ainsi à la gare JR (Japan Railway), nous parvenons à faire trois démarches et en sommes assez fiers : Yves achète à un guichet automatique, avec un minimum d’indications en anglais, des cartes multi-réseaux SUICA ; nous échangeons les vouchers achetés à Singapour contre un JR Pass pour les grandes lignes de train – beaucoup de cachets, de papiers à remplir et un double contrôle par une autre opératrice ; et c’est à un troisième guichet que nous réservons nos places pour le voyage à Kyoto de jeudi – en présentant un papier avec la date, la destination et l’heure, tout se fait très vite. La gare grouille de monde, sans toutefois que ce soit fort bruyant – pas de cris, pas de mouvements de foules ni de bousculades.
  
Le climat étant tout différent de celui de Singapour, les codes vestimentaires le sont également ; il est facile de noter qu’il y a ici plus de recherche, plus de variété, plus de coquetterie. Et nous ne sommes que partiellement étonnés de voir plusieurs japonais porter le masque blanc sur le nez et la bouche ; ce serait autant pour la pollution que pour des problèmes d’allergies ou simplement en cas de rhume afin d’éviter de propager les microbes.

Un taximan nous conduit à notre hôtel ; ils sont équipés de gps, ils entrent le numéro de téléphone de l’adresse de destination et le navigateur les dirige. Tous les taxis sont nickel-propres, tout brille; le chauffeur actionne les portières, il ne faut surtout pas toucher et les dossiers et appuie-têtes sont recouverts de jolies petites dentelles blanches … tous les détails sont soignés ici au Japon. Nous verrons même des camions de chantiers aussi rutilants qu’un miroir et un ouvrier polir une boîte-aux-lettres publique ; Singapour est propre mais Tokyo la bat encore.

Une autre ressemblance est sans nul doute leur faculté de vente : le réceptionniste de l’hôtel Niwa nous réserve un accueil hyper chaleureux, nous vente les qualités de la chambre réservée, tout en proposant un bon deal pour un upgrade qui nous permettra de passer encore un séjour plus inoubliable, et avec un jacuzzi dans la chambre … il ne devait pas en dire plus pour que nous craquions. L’hôtel est idéalement situé près d’une station métro et aussi train, dans une petite ruelle qui s’avèrera d’un calme profond la nuit ; le design de ce petit établissement est ravissant, sobre et purement japonais.
  
Midi approche, le ventre tiraille, nous débutons très fort avec un lunch au 43ème étage du Dome Hotel ; le buffet est magnifique, nous avons envie de tout goûter, la fontaine de chocolat blanc coule à flot, la vue sur 360° nous enchante. Le Dome est un stade de baseball et une salle de spectacles ; les gens y font la file pour des réservations et pour s’épargner les jambes, certains ont laissé par terre leur sac-à-dos ou ont scotché un papier pour réserver leur place. Pourrions-nous imaginer cela en Europe ? Le quartier abrite aussi un parc d’attractions avec des montagnes-russes, une grande roue, etc et bien évidemment des restaurants et le centre Laqua, notre premier centre commercial japonais. Les boutiques nous paraissent très attirantes, les décorations sont raffinées, les vêtements très attrayants ; le shopping sera pour plus tard.
       
Nous tombons littéralement sous le charme du parc Koishikawa Korakuen, le plus ancien parc de Tokyo, dessiné au 17ème siècle et dont les paysages représentent en miniature des lieux japonais et chinois ; son pont de pierre en forme de demi-arc dont le reflet dans la rivière crée une vision de la lune, son étang avec une île où trône un héron, ses petits chemins sillonnant dans une végétation variée, ses jardins à thème dont une petite rizière, ses lanternes, sanctuaires et temples … un paradis au milieu des buildings.
     
Impatients de découvrir notre chambre, et aussi de tester le métro, nous faisons un petit crochet pour emprunter une des innombrables lignes du Subway ; avec les couleurs et les destinations inscrites en anglais, rien de trop compliqué à première vue et tout se passe dans un calme incroyable. Les hommes sont tous en costumes sombres et cravate, c’est presque comme un uniforme … les écoliers le portent tous, le vrai uniforme, jusqu’à la fin des études secondaires. Il semble donc que ce soit juste la période des études supérieures qui permet à la jeunesse de revêtir un peu de variété et d’originalité ; nous verrons des dames sortant d’une entreprise, toutes en tailleur classique bleu ou noir. Quel changement par rapport à Singapour !
Du quinzième étage de notre chambre, nous surplombons une des écoles du quartier et au loin des immeubles à n’en pas finir. C’est un vrai plaisir après une nuit en avion et une belle balade, de se plonger dans le jacuzzi pour un moment de détente – des sels parfumés, un écran en face du bain pour regarder la télé, un décor moderne et impeccable de propreté et de technologie. Je ne peux passer sous silence, le test tant attendu des toilettes japonaises, avec ses jets, soufflerie, désodorisant et son siège chauffant … il faut l’avoir vécu pour comprendre et apprécier. Cette technologie, ou ce gadget, est né dans les années 1980 et aujourd’hui, même les toilettes publiques en sont équipées. La maison japonaise est souvent sobre, de taille assez petite mais avec une pièce recouverte au sol d’un tatami, servant à l’origine de salon du thé, ou de chambre d’amis, de jeux ou de bureau. La domotique est perfectionnée, recherchée et interagit souvent par la voix ; par exemple une petite voix signale si l’eau coulée dans la baignoire serait trop chaude pour y plonger ou bien elle signale qu’elle va actionner au contraire le réchauffement si l’eau s’est trop refroidie. Un système de parlophone entre les différentes pièces permet de communiquer sans se déplacer : ‘le repas est servi’ ou bien ‘tu peux sortir le bébé du bain’ …
Bien requinqués nous partons à la découverte des rues au sud de l’hôtel ; pedibus nous parcourons Jimbocho, le quartier des bouquinistes (il y en aurait 160 dont le stock total dépasse 10 millions d’ouvrages). Des dizaines de petits magasins, vieilles librairies proposent des tonnes de vieux livres, illustrés, des estampes, souvent de seconde main … la ville présente ainsi plusieurs quartiers à thème ; celui-ci est totalement impressionnant, même si évidemment toutes les œuvres sont en japonais. Dans une plus grande librairie, sur huit étages, nous tentons de demander où trouver le domaine Business … eh oui, BMG est bien ici en quelques dizaines d’exemplaires traduits, avec une couverture redessinée en style manga !
Après les rues de bouquinistes, c’est le quartier des magasins de sport et l’on retrouve des marques bien connues, entre autres pour le matériel de ski et snowboard qui est ici encore en profusion. Nous sommes bien dans un pays qui connaît des saisons et les sports correspondants ; la nuit tombe tôt, avant 17 heures et la température également … nous reprenons une habitude courante pour nous, qui est de s’habiller plus chaudement pour sortir à l’extérieur, contrairement à Singapour.
  
La gare centrale de Tokyo est un magnifique bâtiment immense, de briques rouges, érigé en 1914 sur le modèle de celle d’Amsterdam. Elle est le point de départ du quartier de Marunouchi, ses tours modernes, centre financier et commerçant très actif, des rues bordées d’arbres aux guirlandes lumineuses donnant presque un air de Noël avant l’heure. Les grandes marques de couture, bijouteries, montres sont ici mais dans le centre commercial nous découvrons de nouvelles marques locales. Les décors de boutiques sont merveilleux, les vendeuses sont dynamiques, elles sont élégamment habillées, maquillées, coiffées de chapeaux, excentriques ; elles essaient des vêtements ou manteaux, au point de les confondre avec des clientes … la seule différence est probablement qu’elles ne portent pas de sac-à-main et qu’elles parlent haut et fort, avec ce ton chantant. Un monde de la mode qui paraît réellement très fascinant, un vrai plaisir. Une rue de restaurants au dernier étage, tous très attrayants au vu des photos mais pas facile d’en comprendre plus. Yves a une envie de viande, un bon morceau de steak et c’est moi qui choisis … un établissement où, pas de chance, il n’y a ni photo ni english menu, juste une vitrine où j’ai vu beaucoup de viande ! Un seul jeune serveur parvient à nous expliquer que ce sera une sorte de charbonnade avec une variété de morceaux différents ; on se régale, dans la bonne humeur, faisant griller nous-même nos morceaux qu’il faut ensuite manger avec les baguettes … merci de nous avoir donné une bavette ! La viande n’a pas du tout la couleur rouge d’un filet de bœuf comme nous le connaissons, elle est au contraire très nervurée de blanc mais elle fond littéralement dans la bouche. La vue plongeante sur la gare éclairée de briques rouges ajoute au charme de ce premier souper japonais qui restera un de nos meilleurs souvenirs gastronomiques. L’expérience métro puis train pour le retour vers l’hôtel est concluant, nous passons notre permis ‘déplacement à Tokyo’ avec succès. Le sentiment est assez étrange pour moi ; parmi une population à 99% japonaise, nous devrions nous sentir tellement différents et pourtant leur taille, leur habillement, leur discrétion me permettent presque de me confondre plus facilement dans leur monde.
    


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Deepavali

Les chinoiseries présentées par une dame des FOM me passionnent un peu moins que lundi dernier. J’apprends toutefois que les Cours d’Angleterre, de France, de Hollande, de Suède ont été attirées dès le 16ème siècle par les motifs d’Asie, faisant souvent un doux mélange entre l’art indien et chinois, que ce soit dans les tapisseries, les céramiques, les laques, les lanternes, les meubles et plus tard le thé et les services à thé (auxquels ils ont ajouté le pot à lait et le sucrier, absents en Asie). Après avoir importé ou ramené d’explorations des objets dits chinoiseries, les européens ont commencé à les fabriquer eux-mêmes, avec souvent plus de symétrie et de géométrie mais tout en conservant les motifs typiques, que ce soient les dragons, les oiseaux, les phoenix, les éléphants, les pivoines, les bambous, les ombrelles, les pagodes et j’en passe. Le Royal Brighton Pavilion, la chinese room de Buckingham Palace, le chinese Pavilion de Drottningholm en sont encore un bel héritage.

Le soleil rayonne dans un beau ciel bleu à ma sortie du Musée et je sillonne les rues avoisinantes, sans prendre le métro, ni mon plan … pour refaire certaines photos mieux valorisées et aussi élargir mon périmètre. Je n’avais pas encore approché le Padang, ce terrain de sport mythique bordé d’arbres centenaires et au cœur du quartier des édifices gouvernementaux. D’un côté le très select et fermé club de cricket et de l’autre le recreation center pour les citadins. Non loin de là, est érigé un mémorial aux victimes militaires de la guerre, avec sur une face ceux de la guerre 14-18 et sur l’autre ceux de la seconde guerre mondiale.  A l’image d’un obélisque tronqué et ajouré, telles des baguettes de béton tendues vers le ciel, un monument plus récent rappelle aux mémoires les nombreuses victimes civiles de la guerre avec le Japon.
Une jolie fontaine bleue en fonte a été commanditée en souvenir de Tan Kim Seng, un commerçant malais qui fut le leader de la communauté chinoise de Singapour au 19ème siècle et qui a œuvré principalement pour les travaux d’apport d’eau aux habitants.
Au passage on peut admirer la chambre de Commerce de Singapour qui a conservé une façade à l’architecture typiquement chinoise, dans une rue aux constructions plus modernes.
          
La plus ancienne église chrétienne de la ville est l’Armenian Church, minuscule et immaculée ; elle fut construite en 1835 grâce à une levée de fonds auprès des arméniens d’Inde et de Java mais aussi des européens et chinois de l’île. La communauté arménienne n’a jamais été très nombreuse mais ils furent prospères et la ville leur doit le Raffles Hotel, The Straits Times newspaper et la découverte d’une orchidée hybride qui portera le nom de son inventrice, Vanda Miss Joaquim. Au fond du jardin, restent des vestiges d’un cimetière et partout règne une atmosphère de recueillement.
 
Parmi les bâtiments d’époque, figure l’ancienne caserne des pompiers ; une grande bâtisse de briques rouges avec ses tours ; c’est également une aquarelle qui est sur ma to do liste … J’arrive au MICA (ministère de l’information, de la communication et des arts) reconnaissable de loin par ses volets aux multiples couleurs, juste en bordure de la rivière. C’était anciennement le poste de police de la ville. Les cours intérieures sont aussi colorées et on y découvre des sculptures assez imposantes.
   
Je suis dans les heures de visite aujourd’hui pour pénétrer dans la grande mosquée du Sultan ; je me laisse raconter un bout de son histoire par un vieux musulman qui avait 7 ans quand les bombes japonaises ont détruit le quartier, sans toucher l’édifice religieux qui a ainsi sauvé quelques cinq mille personnes, dont lui-même. Il paraît qu’à la base du dôme doré, la couronne sombre est faite de tessons de bouteilles sombres, offertes par la population pauvre qui voulait participer à la construction de la mosquée ! Les photos sont autorisées dans la grande salle de prières des hommes mais pas dans celle des femmes ( « elles sont plus vite dérangées par les visiteurs » …  s’en excuse-t-il auprès de moi !).

Le quartier indien, Little India, célèbre Deepavali, la fête des lumières et c’est là que nous nous retrouvons avec Yves pour passer un moment de la soirée. Les illuminations en quantité, dans la rue principale font penser aux lumières de Noël chez nous et cela reste magique dès que le ciel s’assombrit. De nombreuses tentes ont poussé comme des champignons un peu partout, offrant encore plus de marchandises à vendre, bibelots, vêtements, bijoux, fleurs, fruits et légumes. C’est également le jour du ramassage des cartons : un peu vieillot comme système. Un camion s’est arrêté au beau milieu de la rue et les gens arrivent avec des vélos super chargés ou des charrettes en bois, pour apporter leurs cartons à éliminer ! Ici à Little India, on pourrait presque oublier que nous sommes dans la grande métropole moderne de l’Asie. C’est pourtant très sympathique, les indiens nous interpellent dans la rue pour s’enquérir de « comment nous allons ce soir » … Nous nous mêlons à la population locale pour manger au Komala, des crêpes que l’on trempe dans un éventail de sauces délicieusement parfumées et parfois un peu fort épicées. Un monsieur s’assied à notre table pour boire son café, les dames de la table voisine nous font admirer la belle plante verte qu’elles viennent d’acheter, une spider plant … et c’était pas cher ! On ne peut rentrer à la maison sans que je montre à Yves ce qu’est Mustafa ! Il n’en revient pas … des marques et des quantités inimaginables !
     
Et c’en est fini pour quelques jours avec mes sorties, pour pouvoir préparer le voyage au pays du soleil levant …


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Journée des artistes

N’est-il pas étonnant de voir sur des affiches ici à Singapour, le nom du village ‘Le Brassus’ ? Les grands horlogers Audemars Piguet ont une équipe commerciale ici pour l’Asie, des clients importants. Ils fêtent cette année les quarante ans de la Royal Oak et on mis sur pied à cette occasion une exposition très instructive qui a voyagé de New-York à Milan, Paris, Beijing et Dubaï. Ici à Singapour, elle sied dans l’ancienne gare routière de Tanjong Pagar, gare désaffectée même si elle reliait la Malaise il y a encore peu d’années. Le taximan est très sceptique à l’idée de nous abandonner devant cet ancien bâtiment auquel il est certain que nous n’aurons pas accès. Il se trompe et notre persévérance est récompensée! L’exposition a attiré quelques centaines de personnes chaque jour, nous raconte un des commerciaux, en français bien sûr et nous sommes plusieurs ici à parler notre langue. La Royal Oak aurait été dessinée sur une nuit seulement par un certain Gérald Genta, designer italien, commandité par le président de l’époque, qui voulait une monte qui attire par son esthétique et son originalité. Sa forme octogonale est toujours reconnaissable et les multiples modèles déclinés depuis 1972 sont présentés dans des vitrines de toute beauté. Le modèle comporte quelques six cents pièces minuscules, que l’on peut observer au travers de loupes ; un ‘vrai bon jurassien’ est présent lui-aussi, avec sa machine artisanale qui façonne les disques de base. Intéressant, distrayant, amusant de se sentir un moment proches et fiers de notre Vallée de Joux.
  
Ce week-end au centre ville nous permet de déambuler dans les rues du quartier financier, de Chinatown et nous prenons le temps d’admirer les buildings hyper modernes mais aussi les musées et les temples. Yves se fait apostropher par un indien dans Nagora Dargah, un petit sanctuaire musulman ; il lui prétend que les indiens musulmans étaient les premiers à avoir introduit le négoce à Singapour. Juste à côté, le temple Thian Hock vient juste de re-dévoiler sa splendeur après des mois de rénovation. Des lions à l’entrée, des dragons sur les toits de ce temple taoïste du ‘bonheur céleste’, qui a bien évolué depuis sa première version toute en bois en 1842, construit pour protéger les chinois qui débarquaient en terre promise ! C’est le plus ancien temple chinois de Singapour et son architecture et son design superbes lui ont valu la reconnaissance suprême de l’UNESCO.
          
Ces rues aux shophouses colorées ont déjà inspiré de nombreux artistes et aujourd’hui nous observons un groupe d’élèves peintres, pas mal doués. Nous connaissons quelques aquarelles de Derk Corke et aussi de Graham Byfield qui a illustré un SketchBook sur Singapour. Yves me donne pour mission de dénicher un maximum de ces endroits et de les capter en numérique. Certains bâtiments sont connus mais d’autres beaucoup moins et ensemble nous quittons le quartier touristique à la recherche de la Baba Blue House, que Yves trouve magnifique. Construite par la fille d’un commerçant chinois de Malaisie, en son honneur, cette jolie petite maison, devenue bâtiment historique, est gérée de nos jours par le Musée de NUS .
      
Et enfin, ‘Phase 47′ est un spectacle de danse qui nous rappelle les studio perfo de Sylviane et Jean-Marc. Perdu entre les buildings de marbre du quartier des affaires, un grand édifice, ancienne école probablement, aux façades enjolivées par des graffitis colorés, le TAPAC (Telok Ayer Performing Arts Centre) héberge des écoles de danse, de théâtre, d’opéra. Le spectacle de ce week-end est une collaboration entre deux danseuses singapouriennes et deux japonaises, jouant en partie avec de l’improvisation. La salle n’accueille qu’une vingtaine de spectateurs qui sont emportés par le rythme, la musique, l’expression des artistes … un très joli moment.
    

Raffles Hotel

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Imaginons un oasis à l’âme coloniale au milieu de l’effervescence du commerce et du trading. Voilà comment je qualifie le mythique Hôtel Raffles. La semaine dernière, l’admirer depuis le dixième étage du Fairmont nous a donné envie d’y plonger pour une journée.

Il date de 1887 et a été reconnu monument national cent ans plus tard. Dans les années 1920 – 1930, il fut la mecque de célébrités, acteurs et écrivains (Chaplin, John Wayne, …) qui étaient accueillies par un célèbre concierge sikh ; c’est toujours le cas aujourd’hui. Le hall d’entrée est majestueux ainsi que tout le bâtiment qui a gardé son charme d’antan. Ses coursives pour les arcades de shopping et pour l’accès aux chambres sont de bois foncé, donnant sur des cours et jardins malais aux 50’000 plantes. Les suites sont toutes vastes, avec un petit salon et salle-à-manger, aux fenêtres garnies de jolis rideaux et aux volets boisés de style ranch. Le mobilier est dans le décor de l’époque, richement agrémenté de tableaux, lampes, objets divers, tapis d’orient et même de livres ; la salle-de-bain, de marbre avec cette ancienne robinetterie dorée.

L’hôtel occupe tout un carré sur le plan de la ville ; on s’y balade, on s’y perd, on chine entre les boutiques de luxe, les spas aux marques françaises, les bars et restaurants, le théâtre, les salles de réception, les jardins et les fontaines. L’accueil est plus que parfait avec un cocktail maison de renommée, le Sling dont je tairai tous les ingrédients ! Ce doit être un luxe que de s’offrir un mariage ici au Raffles, les jeunes mariés sont tous deux habillés dans les tons crème et se promettent fidélité dans les jardins entourés de palmiers avec le chant des cacatoès … Le service est à la hauteur de la réputation ; de l’accueil (j’ai déjà mentionné le Sling), au service de chambre, aux portiers, aux serveurs … ils ont tous des mots attentionnés, gentils, avec une pointe d’humour.

Le cadre du Grill est flamboyant par ses lustres scintillants, sa hauteur de plafond et sobre aussi dans sa napperie blanche pure, ses couverts avec le palmier éventail qui est également finement brodé sur la serviette. Je reçois même une petite chaise pour y déposer mon sac à main ! Le buffet du petit-déjeuner propose tous les mets froids tandis que les boissons et plats chauds sont préparés à la demande. Un petit garçon voit arriver toute l’équipe des serveurs avec un joli gâteau chocolat garni de bougies … ce n’est pas banal de fêter ses 10 ans au Raffles !

Tout est fait pour avoir le sentiment profond de vivre une expérience unique baignée dans le climat du temps des colonies …

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