Blog d'Isabelle

Journal d'une Lausannoise en Asie, Australie et Amérique latine


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Sakura autour du Palais Imperial

Le séjour à Kyoto approche, il est temps de préparer les documents de voyage et les visites que j’aimerais faire – je sens déjà que mes aspirations ne pourront pas toutes être réalisées. Cela me rassure d’avoir des papiers et j’ai encore un peu de peine à trouver l’enchaînement exact des icônes kanjis sur la photocopieuse – il faut absolument que je retienne : d’abord le vert et ensuite le rose foncé!

Je me sens toutefois de plus en plus à l’aise avec le langage des mains, j’emmène Yves manger des Tempuras dans un minuscule restaurant où ni anglais ni photos ne pourront nous aider – un vrai régal … heureusement que nous ne sommes pas filmés au moment de la prise de commande ! Ce restaurant, où Shizue m’avait invitée il y a deux ans, est proche du Sanctuaire Tenmangu, fréquenté surtout par les étudiants, soit en prévision des examens, soit pour remercier pour la réussite ou alors avec l’espoir de mieux faire la prochaine fois. En descendant la bute, mon intention est de saluer Shizue (lui faire part de notre exploit pour le lunch); elle doit être occupée avec les travaux de remplacement de l’ascenseur dans l’immeuble de son bureau. En effet elle m’avait annoncé ces gros travaux, qui vont s’étaler sur trois semaines – chance que ce ne soit pas dans notre  building, nous qui occupons toujours un appartement au 7ème étage.

C’est le premier jour de ciel bleu depuis notre arrivée, je ne peux me priver d’une balade autour du Palais Impérial – lieu fétiche pour Hanami. Comment rester insensible à la beauté des cerisiers qui bordent le chemin par delà les douves protégeant le palais ? Nous sommes nombreux et pourtant la foule est calme, disciplinée et considérée comme visiteur de Hanimi et non visiteur de Tokyo. Je suis touchée d’observer les japonais qui s’émerveillent – que de photos… toujours cette envie d’en prendre encore et encore … comme pour avoir la certitude d’encrer ces moments magiques pour longtemps en nous. Le vent fait déjà virevolter les pétales délicates qui nous enveloppent comme des confettis parfumés, avant de former un tapis sur les chemins. La pleine floraison sent la fin, les jeunes feuilles vert tendre apparaissent et il en va de même pour les érables qui renaissent à la vie en ce printemps. J’apprendrai vendredi par Tadashi que Sakura s’étale sur quatre phases : d’abord ce sont les prunus qui vont fleurir et ce sont les seuls qui porteront des fruits (j’en ai vu au sanctuaire ce matin), ensuite les cerisiers à fleurs de cinq pétales puis les cerisiers pleureurs et enfin ceux aux fleurs de huit pétales, comme des petits pompons.

Le soir tombe, la lumière apporte encore un peu plus de féerie à la scène, un éclat particulier aux délicates fleurs. C’est l’heure de sortie des bureaux, les joggeurs commencent leur boucle tout autour du palais tandis que je rejoins Yves, Noboru et Kumi pour un menu Kaeseki, cuisine de la région de Kanazawa dans le restaurant Chinju. Nous sommes au septième étage de l’hôtel Marunouchi avec une vue plongeante sur la gare centrale de Tokyo, gare qui fut récemment rénovée et rétablie à sa plus juste image de celle d’Amsterdam. Nous passons une soirée tellement agréable avec nos amis, et le service assuré par des dames de grande classe vêtues de kimonos est discret et attentionné. Le décor des plats de dégustation qui se succèdent ne cessent de nous éblouir par leur finesse, leurs couleurs et aussi leur saveur …


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Kiyosumi, Kukagawa, MOT

Beaucoup de kilomètres dans les jambes et d’images dans mon iPhone au cours de cette journée qui m’amène à l’est de la rivière Sumida, dans un quartier que je découvre avec plaisir. Le jardin Kiyosumi Teien me replonge dans un de ces endroits paisibles de la ville, hors du temps, du bruit, du béton et juste pour le bien-être que procure une nature mêlée de verdure, d’eau, de lanternes, de ponts, de chemins de pierres qui donnent la sensation de marcher sur l’étang, tout en attirant les poissons qui nous ouvrent leur bouche … Toute une histoire est reliée à ce magnifique jardin, où le mont Fuji est imagé sur une petite butte, des cerisiers nous laissent rêveurs … Les pins sont taillés à la main, tout un art pour leur donner la forme de plateaux étagés.

Il m’est assez facile de sillonner les rues par ici, c’est une zone calme, avec peu de touristes et les routes sont en quadrillage. Chaque îlot a son temple avec un cimetière adjacent, je ne cesse de faire une pause pour les admirer. Il n’est pas rare de voir une personne se recueillir, une dame chantonne même tout en adressant ses prières.

Les voitures à Tokyo, et sans doute un peu partout dans les grandes villes au Japon sont assez cubiques, comme si on voulait gagner de la place en surface et la prendre en hauteur. Il est difficile de trouver des places de garages et cela coûte très cher. Les parkings ont souvent une entrée avec un plateau circulaire tournant ou alors les véhicules sont échelonnés en étages.

Fukagawa Edo museum donne une idée des habitats traditionnels anciens le long de la rivière, avec des maisons reconstituées selon les divers métiers ou artisanats de l’ancien Tokyo, du temps où Edo était encore son nom. Les reconstitutions sont de qualité, nous transportent en arrière, on est vite imprégnés d’une ambiance où la vie était tellement différente. L’espace est dominé par une tour en bois de 10 mètres où les observateurs annonçaient avec une cloche les feux émergeants – le feu fut un gros fléau pour la ville aux maisons de bois.

Enfin ce sera la découverte du monde de Pixar qui m’instruira au MOT, Musée d’art contemporain, avec une exposition qui célèbre les trente ans (déjà) du monde du cinéma d’animation. Et au retour un petit clin d’oeil à Starck et à la célèbre porte Kaminarimon à Asakusa.


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Todai, Jimbocho, le Dome …

Mon langage avec les mains est assez efficace chez le gars des impressions, pour récupérer la commande et reproduire d’autres documents, dans d’autres formats, en couleur et différents types de papier. Tout se passe toujours avec un grand sourire et chacun est heureux quand la transaction aboutit ! Cela me donne l’occasion de flâner un peu dans le quartier de Todai, l’Université de Tokyo. Les bâtiments n’ont pas beaucoup de cachet, les portes d’entrée au campus sont traditionnelles et je ne manque pas au passage, de saluer Hachikō et son maître.

On pourrait penser que les japonais ne boivent que du thé mais c’est une erreur, ils aiment le café (importé de Colombie, Equateur, …) et l’odeur qui se répand devant les nombreux bars où on rôtit encore les grains est alléchante. Les vitrines des restaurants présentent elles souvent les plats factices – ça aide pas mal … Je précise juste que les chiots ou petits chats dans les vitrines ne sont eux pas factices! Certaines choses sont ainsi faciles à comprendre, il en va de même pour les recommandations dans le métro – les images parlent d’elles-mêmes.

Le métro est plus vieux, moins bling bling qu’à Singapour – on doit plus souvent se farcir les descentes à pied (6 volées de 25 marches à Hongo Sanchome) mais il est tellement propre aussi. Chacun veille à emporter ses déchets, rien ne se jette dans la rue – et ici aucun panneau de menace d’amende, c’est dans les gènes, la culture, l’éducation – c’est beau !! Le recyclage des déchets commence par le tri que font des personnes manuellement et on les voit transporter dans la rue d’énormes sacs de canettes par exemple. Pour en revenir au métro, il est bien agréable également de pouvoir trouver sur les quais des distributeurs de boissons froides ou chaudes, de snacks et même de glaces ou alors des kiosques qui permettent de parer à tout oubli : mouchoir en tissu, cravate, cigarettes, brosse à dents, le pic-inc avec des bentos, etc.

Une pause pour le lunch nous ramène dans le quartier de l’hôtel Niwa proche de la station de Suidobashi, ce fut notre premier contact avec le Japon il y a plus de trois ans. L’hôtel proche du dôme a toujours un restaurant panoramique au dernier étage et nous nous repérons mieux maintenant dans la métropole, une ville dense, à perte de vue. Dans les rues de Jimbocho, nous sommes à l’aise, on y retrouve les nombreux bouquinistes, une agence à l’enseigne qui présente Chamonix. Ici les motards de la police ne roulent pas en BMW mais en Honda et le vélo idéal comporte un siège devant et un à l’arrière – j’imagine un pour le bébé et un pour les courses … ou le chien peut-être (l’idéal pour Mathieu en charge de Lucie et Chinook)


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Sakura à la campagne …

Une heure et demi à bord du JR Takasaki line, aller et retour, pour me rendre à Honjo Saitama, dans une région rurale où habite mon amie Sheena (elle fait cela chaque jour pour venir travailler à Tokyo). Les immeubles gris, les buildings ont progressivement laissé place à des cultures, des quartiers de petites maisons basses. Le paysage est toujours encombré de ces longues lignes de pilônes d’électricité. A l’arrivée, c’est une vaste plaine bordée des premières montagnes – on cultive du riz, des fruits et aussi des myrtilles (si j’ai bien compris 😉 et des usines de fabrication de chips électroniques (NEC) sont d’importants fournisseurs d’emplois pour cette région de campagne. Les potagers et les fleurs entourant les maisons sont semblables à chez nous. Ils ont souvent deux maisons côte à côte; l’une plus récente pour y vivre, l’autre sert de dépôt, de rangement, d’atelier pour leurs travaux des champs et périodiquement ils détruisent la plus ancienne et inversent l’ordre des choses.

Le but principal de mon excursion dominicale – le soleil m’attend à Honjo alors que j’ai quitté Ueno avec un peu de pluie – est de partager avec Sheena et sa petite fille Mizuka un agréable moment de Hanami. Elle me prend en voiture et nous emmène vers l’allée des mille Cherry Blossom; comme beaucoup d’autres familles ou groupes, nous nous installons sur la rive d’un cours d’eau pour un pic-nic sous les cerisiers en fleurs – c’est vraiment bucolique! Je dois être la seule non-japonaise sur toute la longueur – un privilège de pouvoir vivre cette pure tradition nippone en dehors de la foule de Ueno ou de tout autre endroit de la métropole. J’ignore si Mizuka se souvient de moi depuis une année mais en tout cas, elle s’amuse avec moi et j’aime pouponner …

Nagatoro est aussi connu pour les Sakura, nous roulons dans un tunnel de fleurs – féérique ! C’est une bourgade plus touristique, pour les japonais (juste 2 millions de visiteurs par an); une localité comme d’autres que nous avons visitées, avec des magasins de souvenirs, d’artisanat, de friandises … Sheena me dépose pour aller nous chercher des Taiyaki, cette sorte de gaufres en forme de poisson fourrées à la pâte de beans ou de miso (chance que j’ai bien choisi ;-).

La région est plus montagneuse et le temple Hodosan, vieux de 2’000 ans, que je visite seule (Mizuka s’est endormie dans la voiture) dans une forêt de pins au pied du Mont Hodosan (au sommet j’aperçois un téléphérique) et avec en sus des cerisiers en fleurs, réveille en moi de très beaux souvenirs … tels Nikko ou Kamakura.


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Issey Miyake et Pepper !!

nos deux objectifs premiers de la journée se situent par chance sur la même ligne de métro, celle que nous prenons à 2 minutes de l’appartement. Le réflexe est déjà venu de repérer en plus sur Google le numéro de la sortie la mieux appropriée.

Le National Art Center ne présente plus les oeuvre de Murakami; nous ne perdons sans doute pas au change avec l’exposition des créations de Issey Miyake. Le design et l’arrangement des salent collent parfaitement au style – c’est fantastique. Sur Internet, je trouverai ensuite quelques photos; l’ensemble de ses réalisations, des nouveautés qu’il a introduites dans l’imagination de mannequins transparesnts en plexi, des tissus pliés/chiffonnés après la confection des vêtements, les mises à plat des robes pour lesquelles on a besoin d’un mode d’emploi pour leur donner forme … C’est un créateur à l’imagination débordante et foisonnante.

Omotesando est l’avenue du shopping de luxe, avec des ruelles adjacentes où les designers de mode ont leur espace. Yves n’est pas un and e shopping et pourtant deux bonnes raisons de me suivre : la boutique Nespresso et le nouveau magasin SoftBank (un opérateur télécom) où les petits robots Pepper conversent et interagissent avec les clients … ils ont cependant omis de leur apprendre l’anglais ! Les grands architectes ont donné à cette avenue sa renommée et le monde grouille – c’est noir sur motu les largeur des trottoirs. Un petit crochet plus au calme nous ramène vers Shibuya dont il n’est plus nécessaire de décrire le chassé-croisé légendaire.

Hier soir j’avais repéré un restaurant au cachet très typique – la devanture m’avait plu et les photos des menus étaient alléchantes. Nous n’avions toutefois pas réussi à franchir le stade de la fille à l’accueil, qui a tenté de nous faire comprendre que tout était réservé (difficile é imaginer au vu des tables). Ce soir sa première réaction est identique mais finalement, elle viendra nous rejoindre sur le trottoir et nous installe à une table. Il existe un menu en anglais avec des photos – notre choix de viande et poisson grillés sur un barbcue aux flammes qui dont l’attraction de l’endroit, sévère succulent. Et en partant, quelle bonne surprise d’entendre la fille nous saluer avec un « see you next time ». Le challenge est réussi tant pour elle que pour nous !


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ANA nous transporte à Tokyo

Une nuit bien confortable dans un Boeing de la compagnie japonaise ANA me permet de rêver aux derniers jours de chaleur et de piscine et de projeter de belles rencontres et découvertes au pays où nous nous sentirons un peu analphabètes.

Mes deux derniers jours, je me les suis offerts tranquilles entre l’appartement (lessives – tris – valises) et la piscine alors que Aves donnait encore un cours hier matin. Sa visite à NUS a été très appréciée et lors du repas final, ses collègues l’invitaient déjà our l’an prochain. Ceux-ci ont été étonnés du restaurant que j’avais trouvé hier pour notre délicieux canard laqué – dans un black&white house, un cadre idyllique, sur Rochester Park, le Min Jiang – selon eux, un choix des meilleurs ! Malgré le nombre incroyable de magasins, de centres commerciaux, j’ai très peu acheté et ainsi mes deux valises suffisent et nous les retrouvons en bon état à Narita.

Kato, notre propriétaire, et le concierge nous attendent sur le trottoir en bas de l’immeuble, avec un grand sourire – j’ai conservé un contact écrit avec elle depuis deux ans que nous la connaissons. Avec raison, elle suppose que nous n’avons pas de questions sur l’appartement – nous nous y sentons un peu comme à la maison et cela nous plaît de retrouver la domotique, les gadgets de confort de la salle-de-bain. Nous sommes venus à pied depuis la gare de Ueno; la température a bien changé sur notre nuit et alors que nous trouvions déjà que Singapour est peuplé, ce n’était rien comparé à Tokyo.

Il faut se réhabituer au fait que le rouge et le vert n’ont pas toujours la même signification que chez nous. On peut monter dans le train seulement quand la lumière devient rouge, ainsi aussi pour les toilettes libres ou les taxis disponibles mais par contre les feux de circulation sont identiques aux autres pays. Les kobans, ces petits bureaux de police de quartier et les dépanneurs konbinis sont toujours aussi nombreux et c’est rassurant – ils vont souvent nous aider. Pour une métropole de cette importance, c’est étonnant de voir autant de vélos – la circulation est calme, les taxis sont nombreux et au désespoir de Yves, il semble qu’ils soient plus rares à porter les gants blancs.

Seules les grandes avenues portent un nom – heureusement écrit en anglais aussi – et cela rend beaucoup moins aisé l’utilisation de mon application maps.me qui m’a bien guidée à Singapour. Ici elle me montre les blocs gris des immeubles, quelques symboles en changes et l’aiguille directionnelle tourne souvent comme une girouette … Ainsi c’est à force de persévérance que nous sommes parvenus à retrouver le restaurant Marugo où nous avions souvenir de tonkatsu excellent. Ils ne nous ont pas rendu la reconnaissance facile car  deux grands immeubles voisins du restaurant ont été ramenés au niveau du sol, c’était un de nos points de repère … ainsi que le mini sanitaire qui a lui été préservé. Nous sommes fiers et contents, d’autant plus que derrière nous dans la fille d’attente sur la rue, le patron vient poser sur un strapontin le panneau de « dernier client » (Yves se charge de déplacer le tout au fur et à mesure de l’avancement). Nous aimerions pouvoir plus communiquer avec les serveurs et le patron si l’anglais est peu répandu – nous leurs expliquons que nous aimons beaucoup leur cuisine et le décor rustique, typique, ils nous écoutent avec le sourire et nous répondent en japonais – un vrai dialogue de sourds, tellement joyeux !

Au Copy center en face de l’université, nous parvenons à choisir le type de papier, le format, le nombre de copies pour les canvas- le langage des mains aide et chance qu’il utilisent les mêmes chiffres (que ce soit pour un prix ou une quantité, ils les saisissent et nous les montrent toujours sur les calculettes pour vérifier la bonne compréhension, dans les deux sens).

Nos cartes Suica pour le métro sont toujours valables, nous les rechargeons et reprenons les réflexes pour emprunter le métro, trouver la bonne sortie, ne pas confondre les stations de métro et de train style Rer. Les écoliers portent un uniforme bien strict et cela va changer Yves des shorts courts, tops et tongs des étudiants de Singapour. Et les marques de costumes noirs doivent faire leurs affaires ici – tous les business men se ressemblent dans leur habillement!

Yves se demande si je me suis perdue … j’avais besoin d’une petite sieste mais j’avais trop envie de me faufiler dans le parc Ueno pour voir les cerisiers. Nos sommes vendredi après-midi et c’est noir de monde! Les groupes commencent à réserver leur emplacement, sur les bâches bleues au sol, les nombreux containers à déchets s’étalonnent le long de l’allée, certains ont déjà bien attaqué les boissons et des groupes d’hommes en costume de bureau risquent bien de rester là un moment. Certaines dames sont bien élégantes avance leur joli kimono coloré, revêtu pour venir se faire photographier devant les fleurs adorées. Un plaisir pour les amoureux et les enfants consiste à louer un pédalo sur l’étang. Et pour se restaurer, une allée regorge de petits stands où se cuisinent côte à côte des nouilles, des brochettes de poulpe, des pommes d’amour, des beignets de crevettes, des bananes enrobées de chocolat, des poissons grillées autour d’un brasero … ça sent trop bon!

Je passe au Bunka Kaikan, la salle de spectacles dans le parc Ueno, pour obtenir un programme anglais que je vais étudier – je vois juste que l’espoir d’un opéra est foutu. Un bain de foule un peu différent dans le grand marché de rue Ameyoko qui s’étend en largeur et en longueur sous les rails de la Yamanote Line – les échoppes y vendent vraiment de tout, c’est à celui qui crie le plus fort pour attirer le client. Les Pachinko (salles de jeux machines à sous) ont beaucoup de succès, c’est bruyant et enfumé. Et d’ailleurs dans la plupart des restaurants, il y a encore une zone « fumeurs ». Impensable pour moi, de me balader dans ce quartier sans me prendre une petite figurine dans les distributeurs à surprises – bonne première pêche.

Yves est lui tout content de retrouver un autre genre de distributeur -son café chaud dans une canette lui coûte le tiers du prix de ma figurine! Nous nous chipons presque les pièces de 100 yens. Le soir, les premières gouttes de pluie procurent à Yves le plaisir d’acheter un parapluie transparent au konbini du coin (le patron lui fait même une réduction de moitié … parce qu’il pleut justement!!). Je lirai que ces parapluies plastic transparent sont une originalité du Japon. Il en va de même à mon avis pour les rangements organisés des parapluies devant les musées.

Sheena nous souhaite la bienvenue par un message et elle m’attend dimanche chez elle, à la campagne.

 


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Profiter jusqu’au dernier moment …

C’est drôle cette impression qu’on nous regarde, alors que nous portons chacun une caisse en direction de la poste ; Yves est certain qu’ils seraient venus les chercher à domicile mais je n’ai pas poussé le service aussi loin ! Nous serons probablement les seuls aussi dimanche matin à sillonner les trottoirs de Bunkyo-ku en tirant nos lourdes valises vers la gare de Ueno, alors que la ville s’éveille seulement, à 6h30.

Sheena a bien senti que la plupart des endroits touristiques, je les avais parcourus, alors elle me propose vendredi de passer un moment ensemble dans un endroit plutôt insolite. Un peu comme à Happo-en, il s’agit d’un endroit où les japonais se réunissent pour célébrer un heureux événement, pour partager du bon temps dans un cadre qui fait penser au passé, à la somptuosité des scènes du temps des empereurs. Gaoien Gardens est un espace de vie où pour quelques heures, tu t’échappes de l’effervescence de la ville pour plonger dans un décor de tableaux en bois sculpté, de dorures et de plafonds peints, de boutiques et de restaurants, de fontaine ou cascade, d’un jardin intérieur autour d’un pavillon typique. Distinguée dans son kimono, la serveuse nous installe dans un salon privé – nous sommes juste Sheena, sa petite Mizuka et moi-même pour un lunch au prix tellement abordable, dans un décor lui tellement superbe de simplicité, de sérénité. Mizuka semble aimer le sol en tatamis et aussi les pickles qu’elle suce sur mon doigt, puis elle s’endort tandis que nous bavardons – nous nous découvrons l’une l’autre, un peu mieux à chacune de nos rencontres et nous apprenons la culture de l’autre. Elle pourrait être ma fille, un moment fort de mon séjour.

Notre balade se poursuit dans le quartier de Meguro, elle va m’aider à dénicher quelques produits que j’aimerais rapporter ; j’essaie de lui expliquer quel type de sauce je cherche, elle croit savoir mais les emballages, aucun mot d’anglais et pour le transport, il me faudrait un contenant rigide et petit (en général c’est dans une grande bouteille en plastic que l’on trouve les sauces !). Elle m’emmène ensuite vers le centre commercial Atré, très élégant, puis à Ebisu Garden Place, et une fois de plus le mot « garden » n’a pas la signification que j’attends. Peu de verdure mais un quartier très moderne, des bâtiments imposants en marbre rose, des sculptures de Rodin et même une construction qui ressemble à un petit château à la française. Suis-je toujours à Tokyo ? Il paraît que c’est un endroit très fréquenté par les expatriés … en mal de style de vie occidental. Pour terminer en beauté cette journée ensemble, nous montons au dernier étage du building principal pour une vue panoramique toujours aussi impressionnante.

Samedi c’est la dernière préparation pour le retour en Suisse et l’agenda est déjà très rempli pour les deux petites semaines que nous y passerons avant de partir vers le Canada. Je remplis assez rapidement les valises, activité que mon amie appelle très joliment un puzzle, une sorte de jeu pour que tout rentre et trouve sa bonne place !

Une petite escapade dans les rues de Tokyo, en plein centre, dans l’animation de Ginza et je montre à Yves certaines de mes récentes découvertes. Un apéro au Pastis dans un café du nom de « Aux Bacchanales », c’est pour me réhabituer gentiment à l’Europe, tout en m’amusant à observer une mamy qui promène non pas son petit-enfant dans une poussette mais bien son chien et elle est drôlement équipée pour le faire boire et manger, le chiot. Dans ces rues piétonnes de Ginza durant le week-end, il y a du monde mais non pressé et c’est très agréable. Tandis que Yves est attiré par l’Apple store où il espère pouvoir acquérir une Apple Watch, je m’approche d’un attroupement – les gens prennent tout simplement en photo deux chats perchés sur un panneau de signalisation et on dirait bien qu’ils comprennent être les vedettes du jour ! On pousse la balade quelques rues plus loin toujours dans l’espoir de cette montre dernier cri, qui fait tant parler d’elle mais pas de chance, il fallait figurer sur une liste de réservation – c’est râlant de savoir qu’ils en ont pourtant … insister ne servira à rien (ce qui sort du cadre prévu n’est pas envisageable, dans la culture d’ici).

Le dernier souper sera un Yakiniku chez Jojoen au 38ème étage de la tour Ebisu Garden Place ; une grillade sur la table, du Wagyu Beef qui fond dans la bouche, Tokyo illuminée à nos pieds – « le décor idéal pour un selfie à la japonaise », me dit Olivier en voyant notre photo !

Demain c’est le départ, toujours avec l’espoir de revenir – ça facilite les séparations ; les toilettes vont vite devenir moins confortables, les métro et bus plus bruyants, par contre le fromage suisse est excellent et le chocolat de chez Kevin bien supérieur au Meiji !

 


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Le soleil me sourit pour de nouvelles découvertes

Ce sera le même genre d’émerveillement mercredi à Happo-en ; cette fois, je suis seule pour le découvrir, m’y balader à ma guise, admirer la collection de bonsaïs plusieurs fois centenaires. Ils appellent ceci un « resort », dans une enclave paradisiaque au milieu des buildings. Ici se célèbrent des mariages, des cérémonies – l’endroit est tellement magique pour les photos, féérique pour tout événement joyeux. Il ne manque rien, le temple, la chapelle, le pavillon du thé, les restaurants et même les chambres d’hôtel. Il m’est difficile de quitter ce cadre enrobé d’érables tendres, je me lance vers un restaurant et je me débrouille très bien finalement pour me retrouver assise à un sushi bar, admirative de la dextérité du chef qui prépare mon menu exquis, avec en toile de fond la forêt verdoyante des feuilles dentelées des érables japonais. C’est vraiment très apaisant, je me dois d’y emmener Yves et ce sera chose faite le lendemain même – mais comment as-tu déniché un tel endroit ? Comment ? je ne le sais plus mais je ne l’oublierai pas, c’est certain et pour une fois le nom est facile à retenir … Emilien réagira à mes photos : de toute évidence, lors de leur voyage, eux aussi sont tombés en admiration devant la magie de l’endroit !

Après avoir vu ce qui est des plus raffiné, je vais à la recherche du Temple Reiyukai Shakaden, une œuvre des plus massives qui soit, impressionnante cependant. La structure a une forme inversée de pyramide en escaliers, elle est construite de granite noir et sur son toit, deux anneaux d’or. Le temple fut construit en 1925 pour une secte bouddhiste et j’accéderai seulement à l’énorme hall pour la méditation devant un Buddha géant. Il semble qu’il y ait également un réservoir de 400 tonnes d’eau potable qui servirait à la ville en cas de catastrophe. Ce bâtiment est imposant, peu esthétique à mon goût, il figure parmi les constructions étonnantes de Tokyo et il semble toucher de partout des habitations toutes simples.

L’hôtel Imperial est lui aussi une des images de la ville, il est situé au coin du parc Hibiya et je n’y étais jamais entrée. Ayant cependant lu dans un livre chez nos amis de Grenoble qu’il était une œuvre de Frank Lloyd Wright, ma curiosité est titillée. C’est le luxe, des moquettes aux lustres, des tapisseries aux dorures, des boutiques aux restaurants et je suppose que les chambres en sont de même. La première construction, de style colonial, date de 1890 et c’est en 1923 que Frank Lloyd Wright en fait un superbe palais, dont la maquette exposée fait penser au Raffles de Singapour. Il sera par contre détruit dans les années 60 et c’est aujourd’hui un building moderne, aux lignes droites et épurées.

Une autre mission de Yves était de retrouver l’hôtel qui figure dans la Bande Dessinée de Blake & Mortimer, « Les trois formules du professeur Satō ». Quelques recherches pour dénicher son nom et le localiser ; il s’agit du New Otani qui a également servi de cadre pour un 007 et personnellement je serai plus fascinée par le jardin qui l’entoure avec ici une jolie cascade et un mur d’azalées en fleurs magnifiques. Il y a finalement dans cette ville géante au premier aspect austère, tellement de petits bijoux cachés, tels que celui-ci.

Il faut que je commence à penser au départ et au déménagement ; pour être certaine de ne pas stresser à devoir tout faire entrer dans mes valises, je vais chercher à la poste des boîtes que nous expédierons. Cela paraît tout simple, dit ainsi mais c’est en montrant du doigt, en faisant des gestes et des dessins que je parviens à obtenir ce que je souhaite : non seulement les boîtes mais aussi la grille des tarifs selon le mode d’envoi et le poids et aussi les formulaires adéquats à remplir. Je me débrouille de mieux en mieux … la réservation du train pour l’aéroport le jour du départ est à présent chose vraiment aisée !

Yves a un programme chargé de conférences cette semaine, je le seconde comme je peux en l’aidant à la préparation du matériel et à la recherche des déplacements pour rejoindre les différents endroits. Il interviendra auprès de quelques grandes entreprises japonaises, donnera des présentations pour ses collègues de l’Université et ce mercredi, c’est l’éditeur de la version japonaise du deuxième livre VPD qui organise un événement fin de journée pour célébrer la sortie et profiter de la présence de Yves au moment adéquat. La pile d’ouvrages à l’entrée de la librairie Maruzen de Marunouchi est impressionnante ; une huitantaine de personnes ont répondu à l’appel de Shūeisha ce soir. Sheena est la traductrice, elle commence à bien connaître le sujet et le rythme de Yves. C’est également sympa pour moi de revoir des têtes connues, Shin, Konno, Miki, Minako, etc – tous me reconnaissent et me réservent un accueil très chaleureux, je partage un peu ainsi l’expérience de mon mari. La soirée se prolonge en plus petit comité autour d’une table garnie à outrance de plats traditionnels japonais dont aucun de nous deux ne se lasse. Les discussions sont joyeuses et souvent facilitées ce soir par Sheena car certains éditeurs ne sont pas à l’aise en anglais. Et cadeaux, cadeaux … toujours.

En fin d’après-midi, j’accompagne à pied Yves jusque Todai, l’Université de Tokyo. Il se dirige vers la business school alors que moi, je pars à la recherche de Hatchikō. Hélène m’a appris qu’une nouvelle sculpture a été inaugurée cette année, cette fois non plus à Shibuya mais sur le campus, devant la faculté d’agronomie et avec le chien, un Akita brun doré et son maître. Je ne connaissais qu’une partie de l’histoire de ce chien fidèle dont parlent tous les guides à Tokyo mais j’ignorais que son maître était professeur d’université. Il s’appelait Hidesaburo Ueno, leur histoire se déroule dans les années 20 et Hatchikō ne passera finalement que 17 mois avec le professeur qui décèdera subitement un jour sur le campus et laissera donc le chien à son malheur devant la station de métro de Shibuya où il l’attendra durant 9 années. Hatchikō possède sa page Wikipedia, plusieurs articles à son sujet et figure même dans des scénarios de films.

 


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Avec des amis autour d’un repas, d’une exposition, d’un jardin japonais

Le mauvais temps nous attend au retour à Tokyo, nous en profitons pour travailler à l’appartement et pour moi aussi, planifier les activités de cette dernière semaine. Le tout s’active généralement en fin de séjour, j’y suis habituée et mes déplacements se font de plus en plus facilement – je repère d’avance le numéro de sortie de la station de métro ciblée ainsi que s’il est préférable de monter dans une rame du début ou de la fin du train, pas si compliqué finalement, même si parfois je cafouille un peu.

Lundi soir nous retrouvons Nobu et son épouse Kumikke, dans un restaurant du quartier d’Akasaka (c’est trouver le bâtiment qui est parfois moins évident vu que les rues n’ont pas de nom et les maisons pas de numéro – merci à maps.google). Le souper se déroule dans une petite loge privée d’un établissement traditionnel qui propose une cuisine de la région de la préfecture de Kōchi, justement au sud de la mer de Seto (nos amis sont surpris que nous connaissions). La serveuse, élégante dans son kimono est très bavarde et joyeuse, le menu Kaeseki se décline en de nombreux plats, avec du tofu, des légumes, des pickels, des bouillons, du poisson et entre autres de nombreuses variantes de poulpe et de bonito (une variété de thon rouge). C’est naturellement après l’échange des cadeaux que chacun reprend en métro la direction de son nid ; peu de tokyoïtes possèdent une voiture, les places de parc étant onéreuses et rares alors que le réseau de transports en communs est étendu, efficace et que le vélo est un moyen de locomotion adopté assez largement.

Nous apprendrons lundi soir la naissance de la petite Cloé chez Aline – quel bonheur ; ce n’est que la cinquième naissance dans la famille et nos proches depuis le début de l’année (Thomas à Granges, Noémie à Morges, Telly à Toronto, Emmanuelle à Marche) et dès le mois de mai, nous nous réjouirons encore pour la petite fille franco-japonaise de nos amis Benoît et Akiko ici à Tokyo, pour la naissance à Wavre chez Catherine et Yoan. Fin juin sera le comble de notre bonheur et ensuite, je ne regarderai plus d’autres bébés 😉

Mardi midi je retrouve Miki près de Omotesando, elle connaît de très bons restaurants dans Tokyo et a réservé pour nous dans un établissement qui change un peu de style ; c’est plutôt du moderne japonais, pour une cuisine « fusion » excellente et ravissante. Ensuite nous poursuivons un bout de chemin ensemble, toujours dans le moderne de la ville, avec l’avenue des grandes marques dont les magasins sont souvent dessinés par de célèbres architectes. Ainsi je suis en mission pour Yves, d’aller repérer le nouveau magasin Miu Miu, dessiné par l’agence de Bâle Herzog & de Meuron, tout comme en face d’ailleurs l’enseigne Prada, avec sa façade en mosaïque de verre. Il a appris cette ouverture dans notre quotidien suisse Le Temps – il y a deux semaines que cette boutique a ouvert et j’épate Miki en le lui apprenant (elle se le fera confirmer par une vendeuse ;-).

Nous allons ensuite remonter dans le temps, en visitant le Musée Nezu dont l’exposition actuelle présente les œuvres de Ogata Kōrin, en commémoration des 300 ans de sa mort. Le point de mire consiste en deux larges paravents, où il a peint sur un fond doré à la feuille d’or – sur l’un des iris avec uniquement des nuances de bleu profond et de vert et sur l’autre, des branches de cerisiers aux fleurs rouges et blanches séparées par un tronc sombre, révélant la tension dans ce face-à-face (c’est du moins la signification qui en est donnée). Toutes ses œuvres sont d’une finesse, d’un réalisme, d’une vivacité par les couleurs – j’aime beaucoup. Dans d’autres salles, je serai impressionnée par le travail sur des objets de bronze chinois, retrouvés lors de fouilles, qui datent de plusieurs siècles avant J.C. – c’est inimaginable.

Le musée a été rénové récemment, alors qu’il avait ouvert ses portes en 1941 pour héberger la collection léguée par Nezu Kaichirō, le premier d’une lignée. Il se situe dans un vaste terrain et il est ainsi entouré d’un jardin japonais superbe, dans une végétation de pins et d’érables, avec comme il se doit, un étang central tapissé d’iris, des pavillons pour la cérémonie du thé, des lanternes de pierre, la mousse en couvre-sol, des animaux sculptés, des ponts arrondis, des barrières façonnées avec des troncs de bambous. Je reste toujours autant fascinée par les contrastes, tradition/modernité, immeubles/jardins, qui se côtoient dans ce pays !

 

 


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Depuis deux ans, je voulais voir Miyajima, proche de Hiroshima.

C’est aussi une île de la mer de Seto qui sera notre prochaine étape, après avoir combiné aujourd’hui bateau, train, shinkansen, train à nouveau et ferry. Nous logerons ici dans un Ryokan bien traditionnel, le Ryoso Kawaguchi ; la propriétaire que j’ai appelée à notre arrivée au port de Miyajimaguchi avant de prendre le bateau (j’ai juste dû dire « Isabelle » et elle a répondu « Hai Hai Isabelle » – un peu comme des messages codés, convenus d’avance) nous envoie une voiture au débarcadère sur l’île – service top classe.

Selon un moine qui traversa le pays en 1643, Miyajima est l’un des trois sites les plus spectaculaires et par conséquent des plus visités du Japon – l’île serait empreinte d’histoire, de mystères, comme un Japon en miniature, a-t-il dit. De notre côté c’est son célèbre Torii rouge émergeant dans la mer qui a poussé notre voyage jusque si loin de Tokyo. Il est le portail d’entrée d’un sanctuaire shinto, Itsukushima, qui lui aussi repose dans l’eau. Ce Torii impressionnant mesure presque 17 mètres de haut, pèse 16 tonnes ; il est périodiquement reconstruit depuis la période Heian et celui que nous admirons est la huitième version qui date de 1875. Ses piliers les plus gros mesurent dix mètres de circonférence, ils sont en bois de camphrier, recouverts d’une laque vermillon qui protège de la corrosion et ils sont simplement posés sur le sol. À marée basse, il est possible de marcher sur le sable les 200 mètres qui séparent O-Torii du sanctuaire.

Le spectacle, le soir de notre arrivée, est extraordinaire ; les illuminations, la marée haute, le recueillement des visiteurs nous transportent comme dans un autre monde. Les édifices construits sur pilotis, semblent flotter sur la mer, dans laquelle ils se reflètent tout en lumières rouges. Le sanctuaire est lui-même composé de nombreux pavillons, reliés par des pontons en bois (300 mètres de corridors au total) ; il est dédié aux trois déesses gardiennes de la mer. Ses origines remonteraient à la fin du 6ième siècle tandis que les bâtiments furent construits à partir du douzième siècle. Nous sommes subjugués par ce spectacle nocturne, nous nous parlons par gestes, émus – c’est tellement magique. Nous parcourrons à nouveau le site le lendemain, à marée basse cette fois et pourrons alors nous promener sur les pontons.

L’île est aussi réputée pour sa nature éblouissante, nous aimerons beaucoup le parc Moijidani que nous traversons avant de prendre le téléphérique qui gravit le Mt Misen. Des érables japonais en quantité, sont flamboyants dans leur vert tendre – c’est tout simplement magnifique. Et décidément, les daims se baladent au Japon là où les touristes affluent, ici comme à Nara – certains nous ont pris par surprise le soir dans les ruelles tellement silencieuses du village.

Le Mt Misen culmine à 530 mètres, le téléphérique est une très bonne idée mais pourquoi ne pas l’avoir amené au point le plus élevé – probablement pour nous permettre de faire nous aussi notre pèlerinage, de crapahuter dans la nature de cette forêt vierge dite primitive, entre végétation et rochers. Cette randonnée nous conduit vers des temples créés il y a plus de 1200 ans, vers des vestiges de certains phénomènes surnaturels dont subsistent d’étranges gros rochers et aussi vers le feu éternel du temple Reikado – ce feu brûlerait depuis 1200 ans et c’est avec sa chaleur que la flamme du mémorial de la paix à Hiroshima a été allumée.

C’est au début du neuvième siècle que Kobo Daishi, sur sa route de retour de mission vers Kyoto, créa ici la secte Shingon ; il vécut dans cette montagne comme un ermite ascète durant cent jours, à pratiquer la méditation dite « Gumonji », tout en maintenant le feu « Goma ». Le pavillon construit autour du chaudron est appelé le Sanctuaire des amoureux, la flamme étant symbole du feu éternel de l’amour … Il faudrait y venir trois fois et donc le mériter cet amour intarissable !

Du sommet, la vue devrait s’étendre sur toute la mer de Seto ; ceci par temps clair mais aujourd’hui ce seront des vues japonaises (comme sur les longs panneaux peints) avec des arbres pointant du brouillard qui s’offrent à nous. Au village, la rue commerçante, appelée l’Omotesando de Miyajima, rassemble quantité de boutiques d’artisanat et de spécialités culinaires – c’est ici qu’on déguste les meilleures huîtres du Japon ; elles sont grillées sur les braséros dans la rue. Aux devantures des magasins de Machiya dori pendent des lanternes caractéristiques qui hier soir à elles seules assuraient l’éclairage. Notre expérience gastronomique au Ryokan restera une des meilleures ; un menu Kaeseki, aux spécialités de la région, toutes en finesse, en parfums, en couleurs et en saveurs. Il était amusant de noter que les occidentaux revêtaient le Yukata pour venir au repas tandis que les asiatiques avaient conservé leurs vêtements de ville !

Miyajima est associée par sa proximité à Hiroshima, la ville de la paix et nous passons de l’île où les dieux et les hommes cohabitaient à la ville tragiquement connue de l’histoire de la seconde guerre mondiale. La météo est très morose pour notre visite du Parc Mémorial de la Paix – le message est clair : une telle horreur ne doit pas se reproduire. Le 6 août 1945 une bombe nucléaire explose à 600 mètres au-dessus de la ville, détruisant, intoxiquant, brûlant tout ; le musée est poignant, les récits relatés émouvants, il retrace très visuellement la catastrophe et ses suites, encore tangibles de nos jours chez les personnes qui l’ont vécue. Un seul bâtiment a tenu en partie debout, appelé aujourd’hui le Dôme et autour duquel le parc a été construit. Il s’agissait de la Chambre de Commerce, dont seule l’ossature métallique a tenu.

Le Cénotaphe reprend la liste des victimes connues ou supposées avoir péri de la bombe, tout document recensant la population ayant bien évidemment brûlé dans l’incendie – c’est un bâtiment moderne, dessiné par Kenzo Tange, architecte réputé au Japon. Se souvenir, pour qu’un tel enfer ne se reproduise pas, le message est tangible partout et la visite ne peut laisser personne sans émotion, mais c’est surtout un message sur la force de rebondir vers un avenir plus radieux suite à la tristesse, au deuil, à la souffrance atroce. Les japonais en sont un exemple vivant, que malheureusement ils ont vécu encore une fois plus récemment avec Fukushima. Des bouteilles d’eau un peu partout sur le site sont là pour se souvenir des gens assoiffés qui erraient dans les décombres après le bombardement, n’ayant pour boisson que la pluie noire des cendres qui tomba sur eux après la fameuse fumée blanche appelée le champignons géant.

Mais l’endroit le plus poignant du parc est sans doute le mémorial pour les enfants, autour de l’histoire qui fut très médiatisée, de cette petite fille, Sasaki Sadako, qui fabriqua de ses mains plus de 600 grues en origami, se raccrochant à la croyance que 1000 grues en papier verraient son vœu de guérison se réaliser. Le 6 août 2015, les japonais se souviendront, en se voulant les messagers de la paix …